Tome V
130 SOCIÉTÉ DES JACOBINS 18 aviul 1793]
PRÉSIDENCE DE MARAT
Un membre a demandé qu'on supprimât du procès-verbal le paragraphe qui rapporte que Marat a été conduit par les applaudissements jusqu'au fauteuil de la présidence.
La rédaction du procès-verbal a été adoptée avec cette suppression.
[Une députation de la section Bon-Conseil vicnl donner lecture d'une })clition adressée à la Convention, j)Our réclamer dos })Oursuites contre Buzot, Barl»aroux, Guadet, Gcnsonnc '. — Le Président félicite la députation. — Albitte déclare qu'il n'est pas modéré et que pourtant il trouve la pétition prématurée. Bappelcz-vous, dit-il, le parti que Barbaroux a tiré de la pétition de la Société de Marseille. [Il est interrompu fréquemment.) — C... et Desfieux appuient la demande de pétition et sont applaudis. Ce dernier cite parmi les rolandistes Barère*, Gensonné, Petion.
Un membre fait lecture d'une lettre de Landau, qu'il a traduite de Fallemand : cette lettre apprend que Landau est bloqué, que l'ennemi est près de Luxembouriî, que, les Mayençais ayant écrit à Gustinc, celui-ci leur a répondu qu'il leur donnerait la liberté au printemps prochain. A la fin, le lecteur s'écrie :]
Autrefois, on disait : « Il vaut mieux couper quelques tètes que de faire périr cent mille hommes. Aujourd'hui, il faut couper cent mille têtes pour sauver vingt-quatre millions d'hommes. [Applaudi.)
\C... dit que c'est un acte de scélératesse d'avoir refusé la démission hypocrite de Custine.
Un membre, qui fait partie du Tribunal révolutionnaire, invite la Société à soutenir le tribunal. — C... dit que les pouvoirs du Tribunal révolutionnaire sont trop Itornés :]
Si vous ne faites pas décréter que le Tribunal révolutionnaire pourra faire arrêter et guillotiner les députés et tous les autres fonctionnaires, je dis que la contre-révolution est faite.
[C... annonce que Granet, député à la Convention, lui a annoncé que les
1. Cette pétition fut imprimée à part, Bibl. nat., Lb 40/1725, in-8".
2. En cllet, Barère votait alors et parlait avec les Girondins. Voir son discours du 2 avril contre Marat. [Moniteur, t. XVI, p. 3o.)
Marseillais avaient arrêté tous les ex-nobles et gens suspects. Les Sociétés de Vaucouleurs, Pertuis, Dunkcrque, Tarbes, Crémieux , adhèrent au projet d'abonnement.]
La séance a été levée à dix heures.
SÉANCE DU MEUCRKDI 11) AVHIL 1703
PRÉSIDENCE DE MARAT
Le citoyen Dubuisson, vice-président, occupe le fauteuil.
[Miltir /ils, dénoncé la veille aux Jacobins, par la Société fraternelle des deux sexes, dont il est un des fondateurs, comme agent du ministre Le Brun, se justifie. Il a été tout simplement recommandé par sa section au ministre des affaires étrangères comme 1res capable d'aller prêcher le patriotisme dans les déparlements. Au reste, il renonce à celte mission qui lui fait des jaloux. (// esl fipplau(lL) — Les (Irfenseiirs o/'ficii'ux, nommés pour faire délivrer le jacobin (iaulhier, arrêté connue suspect, rendent compte de leurs premières démarches. — L'n mrmbre de la Sociclé de Pèr'miieux, muni d'un dijjlôme de la Société centrale, se plaint d'avoir été' arrêté arbitrairement. — La Société renvoie l'examen de cette dénonciation au Comité du scrutin épuraloire.
Bentabole croit devoir rendre compte des j)rincii)aux incidents de la séance de la Convention d'aujourd'hui, attendu que tous les journaux tronquent les motions et les discours des patriotes, l'etion a prononcé un grand discours contre la Montagne, à propos d'une adresse de la section de la Halle-au-Blé, qui demandait la mise en accusation de Roland et des « députés coupables ». Vergniaud et Guadet ont prétendu que les Jacobins étaient d'accord avec la faction d'Orléans, et que l'émeute du 9 au 10 mars était un des effets de cet accord. — Danton a répondu à l'etion. Robespierre a prononcé un grand discours contre Vergniaud '.j
Il a parlé avec beaucoup de force, mais les murmures ont souvent étouffé sa voix.
[La députation de la section de la Halle-au-Bli' est admise à donner lecture de la pétition qu'elle a présentée à la Convention'. — Robespierre
1. Voir le Moniteur, t. XVI, p. 100 ù 119. Cest dans ce débat que Guadet compara les discours des Montagnards aux croassements de quelques crapauds, et que Marat linterrouipit par cette apostrophe : « Vil oiseau, tais-toi ! » (p. 104 . C'est dans cette séance aussi que Vergniaud, répondant aux accusations de Robespierre, sécria. « Nous modérés ! je ne l'étais pas, le 10 août, Robespierre, quand tu étais caché dans ta cave ! » p. Ifî'.
•2. Voir Bibl. nat., Lb 40/1878, in-8".
132 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [10 avril 1793]
prend la parole à ce sujet. II déclare que le fond de l'adresse est bon, qu'il faut seulement la rédiger en termes plus mesurés. Il propose d'y ajouter la demande suivante :]
11 faut que le peuple demande que le Tribunal révolutionnaire fasse le procès à cette faction d'Orléans, aux Sillery et à tous les traîtres; c'est une dérision de mettre en otages des hommes qu'il faut punir; on les met en otage dans les mains de la justice. Yoilà l'objet essentiel qu'il faut faire entrer dans Ja pétition de la section de la Halle-au-Blé.
[Robespierre termine son discours au milieu des applaudissements. — Desfieux dit qu'il est impossible de séparer les factions de Dumouriez et d'Orléans; elles n'en forment qu'une seule, menée par Gensonné, Petion, Gorsas et autres. — Albitte prononce un discours violent, dont voici la conclusion :]
Qu'on vienne nous demander la condamnation à mort de tout ce qui porte le nom d'Egalité; qu'on vienne nous demander qu'il soit permis de tuer tout émigré que l'on rencontrera dans Paris, et de chasser tous ceux qui tiennent ou qui ont tenu des propos aristocratiques ! Alors la cause de la liberté triomphera , et les Montagnards se rallieront pour faire punir les traîtres. L'Assemblée est toute dans les bons patriotes, et quand il n'y aurait que dix bons députés dans la Convention, la Convention serait complète.
Robespierre. — L'adresse qui doit être présentée à la Convention doit être signée par tous les citoyens de la République. 11 faut une adresse qui soit l'histoire de la Révolution, et qui peigne à grands traits tous les crimes des aristocrates, des modérés, des intrigants. Il faut qu'un patriote éclairé s'en empare ; il faut qu'il déroule les trames dont nous sommes investis; il faut qu'il éclaire la France et même l'univers. Je demande que cette adresse ne soit comptée pour rien. Il faut en détruire le germe ; elle doit être refaite en entier.
Je demande que, lorsqu'il sera question de ce grand acte nécessaire au salut public, on convoque pour cet effet une assemblée extraordinaire dans les sections, pour délibérer sur les moyens de dénoncer à la France entière la trame criminelle des traîtres; quand cette tâche sera remplie, alors vous viendrez à la Convention et vous démasquerez les traîtres à la face de la nation. Je demande que tous les citoyens s'unissent pour repousser cet avorton d'adresse, et qu'on adopte la grande et décisive mesure que j'ai proposée.
Un membre a demandé qu'on nommât sur-le-champ des commissaires pour rédiger cette Adresse.
[Le bureau a désigné, pour aller demain à rÉvêché présider à la réiLiction nouvelle de l'adresse de la section de la Halle-au-Blé, les citoyens Nos\, Lafaye, Sauvey et Duhuisson.]
LYII
PRÉSIDENCE DE MARAT
Le ciloyen Dubuisson, vice-président, occupe le fauteuil.
[Un membre vient presser les députés patriotes de se rendre au plus vile à la Convention, pour s'opposer au décret d'accusation contre Marat, ([ui va être mis aux voix. — Le Vire-Prrsidenf dit qu'un courrier extraordinaire annonce que le 10 avril la nuuiicipalilé de Dijon a arrêté onze voitures de farine allant de Paris à Chàlon-sur-Saônc. La Société envoie cinq commissaires porter cette nouvelle à la municipalité de Paris et arrête l'impression de l'affiche de la lettre de Dijon. — La Société de Melun, jusque-là égarée, est de nouveau dirigée par des sans-culottes, (pii prient la Soci(''té-mère de leur accorder la correspondance. Adopté par acclamation.
Hassenfratz émet des soupçons sur la fidélité de Custine. Il se déclare opposé au projet qu'on prête à Harère, de vouloir proposer dans le Comité de salut public d'entamer des négociations de |)aix avec les tyrans étrangers. — C... déclare (pie Custine est évidenuiient un traître : il se contredit sans cesse dans ses lettres. — Il est interrompu par un membre de la Convention, Le Cointre, qui annonce que Marat vient d'être décrété d'arrestation '. Il fait de la séance un récit dramatique : il affirme que Corsas a donné un coup de poing à un député patriote, qui prenait la défense de Marat. — Robespierre confirme la nouvelle. Il fait le récit des débats, loue le discours (jue Danton a prononcé i)our défendre Marat, et les réponses de ce dernier ; il termine par la proposition suivante :]
Je clemaude que tous les membres de la Société, que tous les citoyens des tribunes, qui nous entendent, se répandent dans les sections pour éclairer le peuple sur les manœuvres des traîtres, et que la Société des Jacobins confonde la calomnie en arrêtant une adresse dans laquelle elle prêchera le calme en dévoilant toute la scélératesse de nos ennemis. [Applaudi.)
1. Voir Moniteur, t. XVI. p. 136. Marat avait été dénoncé par Guadet, pour avoir signé, comme président de la Société des Jacobins, l'adresse que nous avons reproduite à la suite du procès-verbal de la séance du '\ avril. Voir plus haut p. 126.
134 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [12 avril 1703]
Cette proposition est mise aux voix et adoptée par acclamation. Les citoyens Robespierre, Simond, Dubuisson, Gaillard, Sambat et Hébert sont cbargés de la rédaction de cette adresse.
[Lcclurc do la correspondance. Los Sooiôtôs de Monldidier, Saint-Etienne, Laval adhèrent au plan d'abonnement.]
La séance a été levée à dix heures.
PRÉSIDENCE DE :MARAT
Le citoyen Dubuisson, vice-président, occupe le fauteuil.
[Desfieux rend eoniple des diMiiarches des oincj commissaires envoyés i)ar la Société à la miuiicipalilé de Paris, jiour lui annoncer la saisie des voitures de farine à Dijon ; ils sont allés, avec cinq commissaires du conseil général de la Commune, faire leur rapport au Comité de salut public. Celui-ci les a renvoyés au ministre de l'intérieur, qui leur a assuré que cette circulation ■ était normale; mais ils lui ont l'ait de vives remontrances, parce qu'ils peuvent être sur les traces d'un comi)lot destiné à all'amer Paris. — MungCy interpellé, répond qu'il n'a eu aucune part à la nomination de son successeur '. Il déclare que lui, Monge, a cessé toutes relations avec Brissot depuis six mois. — C... fait l'éloge du patriotisme de Dalbarade. — Dubois de Crancé déclare que Monge est un digne membre de la Société.
llobespierre le jeune attaque le ministre Le Brun. Il propose (pio les quatre-vingt-deux députés, qui ont voté contre la mise en accusation de Marat, expliquent leur vote à la tribune des Jacobins. — Hiirion denuuide, que pour épargner le temps, on se contente du compte rendu de Dubois de Grancé. — Dubois de Crancé rapporte que plus de soixante déjjulés, au nombre desquels il est, ont signé sur le bureau de la Convention l'adresse à l'occasion de laquelle Marat est poursuivi. La Société arrête l'impression de l'opinion de Dubois de Crancé^. — C...*sc j)laint d'avoir reçu un coup de canne de Corsas au moment où il proposait de mettre Salle en accusation.
1. Dalbarade, nommé par l.i Convention ministre de la marine, le 11 avril 1793. ■^Procès-verbal de la Convenllon, t. IX, p. 200.)
2. Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité ; du i6 jnnrs 119:}, l'an II' de la République française ; opinion de Dubois-Crancé, improvisée à la tribune (te la Convention, sur le décret d'accusation contre Marat. Paris, imp. patriotique et républicaine, s. d., in-8° de 8 p. — Bibl. iiat., Lb 40/748. — Malgré la date que porte le titre, c'est bien le discours prononcé à la Convention, le 13 avril, à minuit.