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acte de justice. Ce serait vous déclarer leurs complices, ce serait prouver que plusieurs d'entre vous craignent la lumière que ferait jaillir l'instruction du procès de ces membres suspects. Nous demandons que vous établissiez dans chaque ville des armées révolutionnaires composées de sans-culottes, en proportion de leur population ; que l'armée de Paris soit portée à quarante mille hommes, payés aux dépens des riches, à raison de quarante sous par jour. Nous demandons que sur toutes les places publiques s'élèvent des ateliers où le fer se convertisse en armes de toutes espèces.
« Législateurs, frappez les agioteurs, les accapareurs et les égo'istes marchands. Il existe un complot affreux de faire mourir de faim le l»euple, en portant les denrées à un prix énorme. A la tête de ce complot est l'aristocratie mercantile d'une caste insolente, qui veut s'assimiler à la royauté et accaparer toutes les richesses, en faisant hausser les denrées de première nécessité, au gré de sa cupidité. Exterminez tous ces scélérats : la patrie sera assez opulente, s'il lui reste les sans-culottes et leurs vertus. Législateurs ! venez au secours de tous les infortunes; c'est le cri de la nature, c'est le V(ini des vrais patriotes! Notre cœur est déchiré par le s[)ectacle de la misère publique. Notre intention est de relever Ihomme; nous voubuis qu'il n'y ait pas un malheureux dans la République. Kpurez le Conseil exécutif; chassez un Gohier, un Garât, un Le Brun, etc., renouvelez le directoire des postes et toutes les administrations corrompues, etc. »
« Il est nécessaire, s'écrie lorateur, qu'une masse importante du peuple porte cette adresse à la Conventicjn. Quoi ! le? patriotes dorment encore, et s'occupent de discussions insignifiantes, tandis que les journaux perfides provoquent ouvertement le peuple! Nous verrons si nos ennemis oseront s'opposer à des mesures dont dépend la félicité d'une république. »
Le TRÉsiDENT. — La Société entend avec la plus vive satisfaction les accents du patriotisme le plus pur, le plus ardent; elle secondera vos efforts de tout son courage, car elle a les mêmes principes et elle a manifesté les mêmes opinions. Quels que soient les moyens et les efforts de nos ennemis, la liberté ne périra pas, car il restera toujours dans le cœur des Français ce sentiment, que l'insurrection est la dernière raison du peuple. {Applaudi.)
[Un membre défend (ioliior, qui a toujours très bien reçu les dèputations des Jacobins, et qui lui a dit l'autre jour qu'il désirait faire partie de la So- •ciété. — Mamt déclare que Gohier est un faux patriote et blànie Terrasson d'avoir accepté une place au ministère de la justice. — Hassenfratz présente
SOCIÉTÉ DES JACOBINS [[0 mai 17931
un i)rojet de lettre aux citoyens de Bordeaux. — Sur la demande de Tliuriot, Hasscnfratz est invité à donner à celle lettre une rédaction plus conforme aux principes de haicnnlô. — Billaiid-yarenne annonce que le rapport sur Roland a été distribué ce malin. La Société arrête la réimi)ression de ce rapport et son envoi aux Sociétés affiliées *.]
La séance a été levée à onze heures.
PRÉSIDENCE DE BENTABOLE
[Un membre annonce que Le Clerc, député extraordinaire de la ville de Lyon, a été frappé hier sur le Pont-Neuf.]
Le citoyen Louis - fait lecture d'une lettre de Strasbourg, qui apprend que cette ville est infectée par l'aristocratie, et qui révèle divers complots. Il ajoute :
« Je viens de recevoir des lettres de Marseille. Je ne dois pas vous dissimuler que les nouvelles qu'elles contiennent sont affligeantes ; mais les patriotes ne doivent pas se décourager. Ce sont les sections de Marseille qui ont fait en quelque sorte la Révolution; mais les sans-culottes n'ont rien perdu de leur énergie, et ils reprendront bientôt le dessus. Ce sera l'exemple des Parisiens qui réglera la conduite des citoyens du midi. »
L'orateur lit ensuite une lettre qui lui est adressée par un patriote de Marseille.
1. Rapport fait par le citoyen Brival, au nom du Comité de sûreté générale, relativement aux papiers trouvés chez le citoyen Roland et inventoriés par les commissaires de la Convention. Imprimé par ordre de la Convention nationale. — Paris, imprimerie patriotique et républicaine, s. d., in-8° de 68 p. — Bibl. nat., Lb 40/764.
A la fin du rapport se trouve la note suivante « La Société a arrêté dans sa séance du , l'an second de la République, que le discours ri-dessus sera imprimé et envoyé aux Sociétés affdiées. Signé : Di;bl:issun, Vice-président, Jay, DuQCESNOY, députés, CoixDRE, Champehtois, Phieii!, Secrélaires ». Entête de la première page de rcxeuqdairc de la Bibliothèque nationale, on lit ime note manuscrite ainsi conçue : » lieçu le lundi !24 juin 1793, ù la Société des Jacobins. » Cette note et rabsencc de toute ijuUcalion chronologique dans le texte imprimé ont amené lautcur du Catalogue de l"lIistoire de h'rance de la Bibliolliéque nationale, ainsi que M. Tourncux, ù dater cette i)iéce (hi ■2'i '\\\\n t7'J.'î. en faisant toutefois leurs réserves. — Cf. Le 38/2-24, in-8".
2. 11 s'agit proliablemeul de .Jean-Antoine Louis, (iéjnité du Bas-Uhin à la Con-« vention.
[Cette lettre annonce que les sections de Marseille se sont déclarées eu permanence, qu'elles ont déclaré que la souveraineté du peuple résidait en elles, qu elles ont établi un Comité central, un Tribunal soi-disant populaire, enfin qu'elles vont annoncer toutes ces mesures dans une adresse à la Convention. « Le parti Barbaroux » est maître de la ville.]
G... — Dans la section du Mail, il y a dix à douze coquins, à la tète desquels est un nommé Burtel, qui a crié : (( Vive la souveraineté de la Convention ! » [Bruit.)
La Société arrête l'impression et l'afliche de la lettre de Strasbourg et l'envoi au Tribunal révolutionnaire.
La Société arrête au surplus d'envoyer les lettres de Marseille au Comité de salut public.
Lk Président. — J'annonce à la Société qu'après un combat entre la Montagne et le Marais, qui a duré depuis midi jusqu'à sept heures, il a été décrété qu'il sera ouvert sur-Ie-cliamp un emprunt forcé d'un milliard sur les riches, qui sera payé trois ans après la paix '. {Applaudissements réitérés ; les transports de joie éclatent et se prolongent pendant prrs d'un quart d'heure.)
[Maure confii'me la nouvelle du lùlc de rciiipnuil forcé.]
Léonard Bourdon. — La mesure de l'emprunt forcé est daulant plus avantageuse qu'elle attache les riches à la Révolution, et qu'elle devient une raison puissante pour eux de désirer et d'accélérer la paix.
La division qui règne dans la Convention a beaucoup influé sur les sections.
Les aristocrates et les feuillants, voyant qu'ils avaient un parti dans la Convention ont cru (pi'ils [louvaient se montrer impunément. Si les patriotes se rendaient plus assidûment à leurs sections, s'ils imposaient silence aux aristocrates, quand ils prennent la parole, ceux-ci n'oseraient plus se montrer. Aucun intrigant ne se présente actuellement dans la section des Gravilliers, parce que les patriotes ont chassé tous ceux qui se sont montrés.
Le citoyen Châles dénonce Courcelies comme un chef de tripot, qui se vante de manger la soupe chez Buzot, Barbaroux et autres intrigants, et annonce que les présidents de sections doivent incessamment se porter à la Convention avec tous les clercs de notaires, de procureurs, les commis de bureaux et autres petits messieurs, etc. Ils demanderont la dissolution des Sociétés populaires et particuhè-
1. Voir Moniteur, t. XVI, p. 4.31-139, et Procès-verbal de la Convention, t. XII, p. 63-71.
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rement de celle des Jacobins. « J'ai été, ajoute Châles, instruit de ce projet par un citoyen qui m'a pris pour Salle; vous voyez qu'on travaille les sections, et qu'il n'y a pas un moment à perdre pour déjouer les complots de nos ennemis. »
Maure. — Si les sans-culottes ne se portent pas en masse aux sections, les intrigants qui y dominent feront passer le décret de la force départementale, et vous verrez que les hommes d'État seront appuyés par les baïonnettes. {Grand tumulte.)
Léonard Bourdon communique un arrêté de la Société de Lons-le- Saunier qui blàuie une lettre du citoyen Vernier*, qui accuse la municipalité de Paris du projet de rétablir le despotisme en exerçant un pouvoir dictatorial.
[MazMcl proi^osc qu'on choisisse pour remplacer Santerrc le citoyen La Valefto. — Hassenfratz trouve qu'il n'est pas assez énergique et demando (pie la Société presse Boulanger de revenir sur son refus. La proposition d'ilassenl'ratz est adoptée. — Des députés de Lyon rendent compte du pa- Iriolisme de leur cité : elle a formé une armée révolutionnaire, levé un emprunt forcé sur les riches, proscrit les feuilles de Carra, de Corsas, de Brissot et la Quotidienne^.]
Le Président. — Le monstre de l'aristocratie, du fanatisme, du feuillantisme fait un dernier eflfort pour anéantir la liberté. Mais le yénie de la liberté triomphera. La Convention a tout fait pour le peuple, en obligeant les riches de verser un milliard dans le trésor national. La tranquillité et le bonheur seront les heureux fruits de ce décret populaire. Bientôt les intrigants et les journalistes perfides vont être anéantis, et la liberté triomphera.
[Un membre affirme (pi'il y a des patriotes à Marseille et à Toulon : il faut les encouragera résister aux conire-révolutionnaires. La Société rinvitc à se réunir aux commissaires chargés de jiorler au Comité de salut public les lettres de Marseille.]
La séance a été levée à onze heures.