Tome V
:Vi SOCll'lïK T)KS JACOIJLNS [20 kév. 1793]
« Les Jacobins voient sans s'émouvoir toutes les passions humaines et tous les efTorls du royalisme.
« Le citoyen Garnery, ex-président de la Société ^ a dit : « Je « m'engage à solder et équiper, pendant un an, un volontaire, et je « dépose, pour les frais de la guerre, les bracelets de ma femme, et « un assignat de 50 livres. J'mvite ceux qui calomnient les Jacobins «< à en faire autant. » Les membres de la Société, électrisés par cet exemple, ont au môme instant donné leurs boucles, leurs habits, leur numéraire, dont le sommaire composa la somme totale de 5,888 livres.
« La Société arrêta que les dons patriotiques seraient reçus pendant quin/e jours ; les souscriptions à la municipalité se montaient à 2,400 livres.
« Je ne dois pas vous laisser ignorer la radiation du citoyen Simond, membre de votre Société et député à la Convention; je vous enverrai les motifs de cette mesure de sévérité ; tout ce que je puis vous dire, c'est que ce membre a tellement molesté la Société, qu'il y aurait eu de la pusillanimité à ne pas l'expulser. »
[L'alTilialioii csL accordrc ;i la Sociélc de Tonnerre.
C... et Thuriot jirenncnt la déronsc de Siniond; il a fondé la Société dn Mont-Blanc et porté dans ces contrées les i)reniiers rayons de la liberté. Il est victime des aristocrates et il se justifiera à son retour.
La discussion s'étend des all'aires de Savoie à celles de Nice et de Liège.]
Marat monte à la tribune ; les applaudissements l'y accompagnent : « Citoyens, s'écrie-t-il , deux de nos frères martyrs de la liberté, ont présenté une pétition à la Convention nationale; quelques intrigants en ont eu vent, et, comme Dumouriez et Moreton y étaient inculpés, il serait possible que cette pétition fût ensevelie dans la poussière des Comités; je demande que vous accordiez des défenseurs officieux à ces pétitionnaires. — J'ai une autre proposition à vous faire : le ministre de la guerre vient de nommer commissaire ordonnateur un contre-révolutionnaire connu; je demande que la Société invite ce ministre à le rappeler; c'est le meilleur moyen de connaître s'il est dans les principes de la liberté. »
La Société a nommé pour défenseurs ofTicieux les citoyens Prieur et Al bitte.
La discussion s'est ouverte sur la seconde proposition de Marat.
[Un des trois commissaires envoyés à Beurnonville pour le questionner à ce 1. Il s'agit des Jacobins de Chambéry.
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sujet rapporte (jue le ministre a dit qu'il ne connaissait pas Bolidoux, le commissaire ordonnateur accusé d'incivisme '.
Prieur rend comi)le des démarches qu'il a faites pour iirocurer des secours aux soldats blessés, en attendant leur entrée aux Invalides.
Collot iCHerbois rend compte du travail du Comité de Constitution de la Société. Voici le passage le plus intéressant de son rapport :]
Nous ne vous présenterons pas une Constitution dans quinze jours, mais au moins une Déclaration des Droits de Tliomme, fondée sur les vrais principes de la liberté et de l'égalité. Il ne faut point de Conseil exécutif; il deviendrait trop gros et trop gras; il ne faut qu'un atelier exécutif, qu'un atelier obéissant, où tous les ouvriers soient attachés à la besogne.
[Enfin, Jcanboii Saint-Aiidrt' j)ropose de nommer une Commission pour examiner un mémoire relatif à la situation de la Suisse vis-à-vis de la France. — Adopté. I
La séance a été levée à dix heures.
PHÉSIDEXCE DE l}lLLALI)-VARfc;NXE
Un des secrétaires fait la seconde proclamation des onze candidats dont les noms ont été allichés. Ils ont été admis sans difficulté. Trois autres candidats ont été proclamés pour la première fois.
[Lecture du procès-verbal, |)uis de la correspondance. Lue lettre d'iui citoyen de Calais contient, entre autres clioses, la dénonciation suivante :]
Le décret rendu par la Convention, en faveur de Beaumarchais, est une surprise *. Son emprisonnement à Londres est un tour de Figaro : j'alfirme qu'il ne doit rien à celui qui l'a fait arrêter. Ce
1. cf. Recueil des actes du Comité de snlut public, t. H, p. 3o2, "y'ii.
1. Beauniarcli.iis avait été décrété d'accu-satiou à propos d'un marché de fusils et après un rappurt du Comité des armes, le 28 novembre 1792. ill était alors à Londres.) Le 10 février 1793, la Conveutitui lui accorda, sur sa demande, une suspension du décret daccusation pendant deux mois, afin qu'il pût venir de Londres à Paris pour se justifier. Voir Moniteur, t. XIV, p. 592, et t. XV, p. ii2, et Recueil des actes du Comité de salut public, t. 1, p. 24, .12, 53, oi; t. IV, p. 1.56, 236, 279.
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Beaumarchais est un des collaborateurs des faux assignats avec Bertrand de MoUeville, Peltier^ et Galonné.
[Saiiil-Maur propose cl la Société décide que les lettres contenant des dénonciations de ce genre seront remises au Comité de surveillance, sans être lues publiquement, afin de ne pas nuire au crédit des assignats.
La Société de Dinant-sur-Meusc écrit i)Our assurer qu'en Belgique les assignats seront reçus; elle demande l'affdialion, qui lui est accordée.
On lit la lettre des républicains marseillais à Charles Rarbaroux ; la Société de Marseille en envoie i)lusieurs exemplaires imitrimés, accompagnés de la lettre suivante :]
Citoyens nos frères, nous vous faisons passer une circulaire, que nous adressons à toutes les Sociétés affiliées-, et qui a pour objet le rappel de tous les membres de la Convention qui ont voté pour l'appel au peuple. Nous insistons sur la nécessité de faire retirer la faction brissotine et girondiste. {Vifs applaudissements.)
Nous vous envoyons quelques imprimés de la lettre de rappel envoyée à Barbaroux, avec l'adhésion de vingt-trois sections sur vingtquatre ^. Nous lui déclarons qu'il ne peut rester plus longtemps dans un poste dont il est indigne.
[Nous vous envo3'ons] la lettre aux Sociétés affiliées, qui commence par ces mots : « Le tyran n'est plus, mais ses créatures existent encore >». Elle a pour objet la convocation des Assemblées électorales, pour le rappel des traîtres, pour le premier jour de mars, et l'anéantissement des procédures commencées à l'occasion des malheurs révolutionnaires des 2 et 3 septembre*.
[Chabot fait des objections à ce projet. Les Marseillais ont consulté leur cunu\ mais ils n'ont )>as consulté resi)rit ))ublic. La Montagne n'a la majorité ni dans l'Assemblée ni dans le pays. Si l'on adopte la mesure proposée, on risque de voir la Convention désorganisée en face de l'ennemi, et les départements, qui ne ressemblent pas à ceux de Paris et des Bouclies-du- Rhùnc, envoyer des députés encore moins patriotes que les anciens. — Interronq)u par le bruit et repris ]iar le Président, Cliabot continue ainsi :]
Je ne sais pas pourquoi on a oublié les adresses des Sociétés afTi-
1. Peltier j)ubliait à Londres, (Ie2)uis le mois d"(H"tobre 1~!)2, un journal intitulé Dernier Tableau de Paris. Cf. Moniteur, t. XIV, p. 241.
2. On trouvera un extrait de cette circulaire dans le Moniteur, t. XV, p. 7G"i. Elle fut improuvée par la Convention, après un vif débat, dans la séance du jeudi soir 21 mars 179.3.
3. 11 s'agit des sections de Marseille, qui élaicnt au nombre de vingt-quatre.
4. Le 8 février 1793, la Convention avait rendu le décret suivant : « Les procédures relatives aux événements des premiers jours de septembre seront provisoirement suspendues. » Procès-verbat de la Convention, t. VI, p. 123.
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liées. Qu'écrivent-elles à la Convention nationale ? Elles demandaient, il y a deux mois, l'expulsion de Marat, de Robespierre, de Basire, de Merlin et d'autres ; et je demande qui empêchera une faction hypocrite d'agiter encore la République, lorsque la Convention sera composée de Montagnards.
[Il loniiine en suppliant les Jacobins de ne \n\.s suivre l'exemple de Cuadet'.]
Le buste de Michel Le Peletier est apporté dans la salle et installé au milieu des applaudissements.
[On discute rinscriplion à mettre sur le busle. On arrête (piil sera ceint d'une couronne civu|ue,(iue les citoyennes des irilumes prometlenurapporter dimanche ])rocliain.
La discussion sur le rappel des reiu-ésentanls est ajournée à la prochaine séance.
Le Président annonce (lu'unc dépulalion de citoyennes de la section des Qualrc-.Nations demantle la disposition de la salle des Jacobins pour le lendemain, à quatre heures, afin d'y discuter sur les accaparements. — Des/ieux observe que, la salle étant tous les après-nndi à la disposition <les citoyens des quatre-vingt-cjuatre déparlemenls, Défenseurs de la llépubliciue *, on ne peut la donner aux citoyennes (jue le matin. — On pouirail leur ollrir la salle de la Société fraternelle*, contenant huit cents places.
Robespierre le jeune objecte (jue les discussions trop répétées sur les denrées alarnuMit la Hépubliipie. — On rinlerroiupl. — Il continue, et la Société passe à l'ordre du jour/
Cet arrêté augmente le tumulte. Les tribunes crient qu'il y a dans le sein même de la Société des marchands, des accapareurs, qui s'enrichissent des malheurs publics.
Le Président est obligé de se couvrir. Le calme ne renaît pas.
[Le Président e.\i)lique que les Jacobins n'ont plus la disposition de leur salle pendant la journée, (ju^ils ne ])Ourraient absolument pas la prêter.
Dubois-Crancé prétend (ju'il faut d'abord conquérir la liberté, qu'après on aura les denrées à bon marché. — Il dit ipie, eomnie prt'sident de; la
1. Le 10 dcccnibre 1792, Guadet avait fait à la Convention une motion tendant à faire rappeler par les Assemblées électorales les députés traîtres ù la patrie. Moniteur, t. XIV, p. 701-702.
2. 11 s'agit d'un Club qui siéfreait dans le même local que les Jacobins et qui s'appelait : Société des défenseurs de la République une et indivisible des SS départements (ou encore : de tous les départements), séante aux Jacobins Suint- Honoré. CL ïourneux, Bibliographie, t. 11, n°' 9838 à 9842.
3. La Société fraternelle des patriotes de l'un et l'autre sexe (cf. Tourneux, t. H, n" 10023 à 10049) siégeait dans le même bâtiment que les Jacobins, mais occupait une autre salle.
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Convention', il repoussera avec liornMir la pétition qui a pour objet la taxe dos denrées *. — Le bruit recommence.
C... dit que, si Ton permettait aux citoyennes de se réunir dans cette salle, trente mille femmes pourraient exciter du désordre dans Paris.
Jeanboii Saint-A)ulré dit que le remède sera de chasser des Sociétés populaires ceux qui suscitent des discussions à ce sujet ])0ur troubler l'ordre. — 11 conclut ainsi :]
Ce n'est pas le moment d'agiter la question des subsistances. Elle n'est point à l'ordre du jour, elle compromettrait le calme et la tranquillité dont nous avons besoin. La Société doit s'occuper imperturbablement de l'examen de la Constitution, et nulle autre matière ne doit être mise à Tordre du jour, avant que celle-là soit épuisée.
[Anthoinc rend compte du travail du Comité (1(> Constitution de la Société.]
La Société a arrêté, sur la proposition d'un membre, de charger le Comité de correspondance de rédiger une Adresse aux Sociétés affiliées, pour leur faire connaître les vices du nouveau plan de Constitution ^,
[La Société reçoit diiïérentes députalions.]
La séance a été levée à dix heures.
PRÉSIDENCE DE JULLIEN (dE LA DRÛME)
Avant l'ouverture de la séance, un citoyen est monté à la tribune et a fait lecture d'un plan de Constitution, dans lequel il a retracé les conséquences qui dérivent du principe que c'est clans l'obéissance au vœu général que consiste la liberté politique.
1. Dubois-Crancé présida la Convention du 21 février au 7 mars 1793.
2. Des pétitions relatives à rétablissement d'un maximum étaient fréquemment apportées à la Convention. Le 11 février 1793, une députation des quarantehuit sections de Paris s'était présentée à ce sujet à la Convention ; elle ne fut entent] lie que le 12, et sa demande donna lieu à une longue discussion. {Moniteur, t. XV, p. 430-437.) — L'orateur de la députation, accusé d'avoir parlé au nom de plusieurs Sociétés sans avoir reçu mandat de leur part, fut arrêté et mis à la disposition du Comité de sûreté générale. {Procès-verbal de la Convention, t. YI, p. 184.)