‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 65 sur 141 · Voir ta pièce suivante · texte numérisé non relu

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Le Président lui adresse ces mots : « Danton, tu as sauvé hier la République dans la Convention ' ; monte à la tribune ! »

Danton. — Frères et amis, généreux fondateurs de la République, vous qui dans tous les grands périls avez été le point de ralliement du peuple, je ne vous entretiendrai point des mesures de salut public; mes collègues ont vu que j'avais donné hier le maximum de ma force et de ma pensée. Je suis actuellement anéanti. Si je ne viens pas parmi vous aussi souvent que je le désirerais, c'est que je suis occupé dans les Comités et à la Convention-. Sachez que je vous égalerai en génie, en audace révolutionnaire, et queje mourrai Jacobin. Souvent je suis obligé d'employer des ménagements pour ramener des esprits faibles, mais d'ailleurs excellents; mais le bonheur public est toujours l'objet de mes travaux, et je vous présage à l'avance que nous serons vainqueurs. Ne redoutez point les efforts de la faction ; il n'y a rien de commun entre le peuple et les administrateurs ; je suis instruit de bonne part que le peuple se dispose à en faire justice. On fera encore un exemple terrible des contre-révolutionnaires. [Applaudi.)

Hanriot paraît à la tribune. Le Président lui déclare qu'il a bien mérité de la patrie.

« Attendez, s'écrie ce citoyen, que j'aie fini ma carrière; alors vous mettrez ce cadavre dans un coin, et vous direz : Il a bien mérité de la patrie. Un général n'est que le premier soldat de la Répubhque; on ne doit applaudir qu'au courage et aux vertus.

« Qu'est-ce qui m'amène parmi vous, qui êtes des Brutus? C'est que vous avez toujours été purs, c'est que vous avez toujours été les amis du peuple. Vous savez qu'on a mis à la tête du département de la guerre un ci-devant noble. »

L'orateur lit ensuite une adresse du corps électoral, dans laquelle on peint avec force la scélératesse des ex-nobles, qui a déterminé l'arrêté d'exclure de toutes les fonctions civiles et militaires ces esclaves blanchis par l'ambition, que quatre années de forfaits et d'horreurs font envisager avec efl'roi, etc.

[Bentabole se plaint que la Convention ail nonunc Beauharnais, un ci-

1. Danton avait prononcé un grand discours à la Convention dans la séance du 13 juin 1793. Cf. Moniteur, t. XVI, p. 639.

-'. Danton s'occupait alors très activement de négociatimis diplomatiques en vue de la paix. Le 29 juin, il fit partie de la section de la guerre en même temps que de celle de la diplomatie au Comité de salut public. Recueil des actes du Comité de salut public, t. V, p. 119. Voir Aulard, La diplomatie du premier Comité de salut public, dans la revue La Révolution française, t. XYIII.

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devant noble, ministre de la guerre. Il reproche au Comité de salut public de s\Mre trop itressé de présenter cette nomination à l'Assemblée.]

LeCtENDre. — Je viens d'entendre dire par quelques citoyens : il est bien infâme que la Montagne ait nommé Beauharnais ministre. Je déclare qu'il est faux que la Montagne ait nommé Beauharnais ministre. Elle a été prise au dépourvu ; elle ne s'attendait pas qu'on nommât un ministre dans une séance du soir. Elle croyait qu'on lui présenterait seulement une liste de candidats. Le Comité de salut public, sans songer à la responsabilité à laquelle il s'exposait, a dit que Beauharnais seul pouvait remplacer dignement Bouchotte. [Bruit.)

[L'orateur ajoute :]

Je ne conçois pas comment Beauharnais a pu être nommé ministre de la guerre. Le Comité de salut public commence à être usé. Il ne faut pas attribuer à la Montagne le modérantisme de quelques-uns de ses membres. Je dis que la Montagne est pure, qu'elle fera le bien, et que, si elle était trop faible, elle appellerait le peuple pour l'aider à faire le bien. Beauharnais ne possède aucune des connaissances propres au ministère ; vous faites d'un bon général un mauvais ministre.

Le Comité, en appelant Beauharnais au ministère, a semblé reconnaître le principe qu'on m- peut être bon ministre sans être noble ; d'où il s'ensuivrait que, s'il n'y avait plus de nobles,il faudrait en faire pour avoir des ministres.

[Robespierre prononce à ce propos un long discours dont voici les principaux passages :

« Le peuple est sublime, mais les individus sont faibles; ce{)endanL dans une tourmente politique, dans une tempête révolutionnaire, il faut un point de lalliement. Le peuple en masse ne peut se gouverner; ce point de ralliement doit être dans l^aris ; c'est là qu'il faut ramener les contre-révolutionnaires pour les faire tomber sous le glaive de la loi. C'est là que doit être placé le contre de la Révolution. Tout ce que le peu|)le i)0uvait exiger, c'était (lue la Convention marchât dans le sens de la Révolution ; elle y marclie actuellement.

« Je reviens au point de la discussion. J'ai été le premier à manifester ma défiance à l'égard des nobles. Je puis assurer cpie je suis un des patriotes les j)lus défiants et des i)lus mélancoliques qui aient paru dci)uis la Révolution. Eh bien ! je vous déclare que j'ai vu avec une douleur extrême que RouchoUc n'était plus ministre de la guerre. Je n'ai jamais parlé à Rouchotte, je ne l'ai jamais vu, et je déclare (lue je le regarde conmie l'houune ([ui réunit le plus de talent et de patriotisuu'.

» 11 est possible que Houciiotle ait plus de talent (pie d'activité, qu'il soit

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plus propre à délibérer dans un conseil qu'à régler les opérations de nos armées, mais il est certain qu'il réunit les lumières au patriotisme le plus pur. Quant à Beauharnais, je ne me prononcerai point sur ses qualités morales. Je conviens même qu'à rAssemldée constituante, il n'a jjas joué le rôle d'un contre-révolutionnaire ; mais il est noldo, il est d'une famille ([ui était très accréditée à la cour, et cela suffit pour m'empèclier de lui accorder une entière confiance. Au surplus, je sais que le Comité de salut public l'a proposé de bonne foi.

'. Il est des moments où j'ai jugé sévèrement ce Comité ; mais, d'après un sérieux examen, je me suis convaincu que ce Comité désirait sincèrement le salut de la République, et il est impossible que des hommes occupés d'intérêts aussi pressants que multipliés ne soient pas exposés à des surprises. Il faut les juger par l'ensendde de leurs travaux, et non pas par leurs opérations partielles. >'e croyez i)as que je prèdie le modérantisme : au contraire, je itrêclie la surveillance la ])lus rigoureuse

" Je viens de vous dire le moyen qu'il faut prendi'c pour calmer vos in- (juiéludes; voici celui que la prudence et vos principes doivent vous conseiller. Parlez à l'oiùnion publique, adressez-vous aux patriotes de la Convention, adressez-vous aux meml)res du Comité de salut pui)lic. S'il existe des faits contre Beauharnais, vos vumix seront renq)lis. >•

Sur la proposition d'Hassi'nfrafz et de Tcrmssnii, la Société nomme cin([ commissaires pour prépaici- un judjet d'organisation du ministère de la guerre, qui sera jjrésenté à la Convention. —Le Pir.sidriil lit une lettre du citoyen llurel, im|irimeur à Moulins, qui annonce l'arrestation de BrissoL à Moulins."}

La séance a été levée à onze heures.

ADRESSE AUX CITOYENS ÉGARÉS DE QUELQUES DÉPARTE- MENTS, PRONONCÉE A LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA LI- RERTE ET DE LÉGALITÉ, PAR LE CITOYEN LECHARD JEUNE, MEMBRE DE CETTE SOCIÉTÉ.

S. 1. n. (i.. in-S" de 11 p.. 1511)1. iiat., Lb iO/l.'iS.

Citoyens nos Fuères,

De grands maux mena(;aient la patrie ; ses plus ardents défenseurs étaient tombés sous les coups de la trahison des généraux perfides; la voix des patriotes ne pouvait plus se faire entendre ; en vain les fidèles représentants du peuple dénonçaient le perfide Dumouriez et ses complices ; ils étaient qualifiés de calomniateurs. Demandaient-ils

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le rappel de tous les généraux qui ont livré au despote autrichien la malheureuse Belgique, encore toute fumante du sang des patriotes ? Ils étaient appelés désorganisateurs. Demandaient-ils vengeance des généraux perfides qui avaient trahi la patrie, des fournisseurs qui avaient dilapidé les deniers de la République? Ils étaient nommés des hommes de sang. Les patriotes demandaient-ils le décret d'accusation contre les députés parjures, tour à tour protecteurs et protégés de Dumouriez, contre ces mandataires infidèles, que ce nouveau Catilina, alors qu'il levait l'étendard de la rébellion, alors qu'il demandait un roi à la Convention nationale, désignait comme les seuls hommes autour desquels devaient se ranger tous les honnêtes gens, tous les amis des lois ? Ils étaient accusés de vouloir dissoudre la Convention nationale. Demandaient-ils le décret d'accusation contre ces hommes qui avaient secoué la torche de la guerre civile, en demandant l'appel au peuple, contre ces hommes qui avaient voulu sauver le tyran, dont le nom seul faisait horreur au monde ? Demandaient-ils le décret d'accusation contre ces hommes tarés de crimes, dont la postérité ne prononcera les noms qu'en frémissant d'horreur? Ils étaient accusés de vouloir dissoudre la Convention nationale.

Telle était, Citoyens nos frères, la triste situation de la République, lorsque beaucoup de départements demandaient vengeance de tant de forfaits, dans des pétitions énergiques, enfouies dans des Comités présidés par ces mêmes scélérats. Tel était l'état alTreux des choses, lorsque Paris, berceau de la liberté, se relevant spontanément de son sommeil coupable, fit le serment sacré de sauver la République et de rendre à tous ses frères la liberté, qu'une quarantaine de factieux voulaient lui ravir.

Les Parisiens n'ont pas considéré si quelques départements, égarés par les calomnies répandues contre eux par la faction Brissot, blâmeraient leur démarche, les accuseraient de domination sur les autres départements. Ils n'ont pas calculé le précipice profond qu'ils creusaient sous leurs pas, si leurs efforts étaient vains : ils n'ont vu que la patrie menacée, la liberté expirante. Ils ont entendu la volonté suprême de la majorité des départements leur dire : « Parisiens, hommes du 14 juillet, du 10 août, vous écrasâtes les premiers le monstre hideux thi despotisme ; vous fîtes disparaître la Bastille ; conjointement avec nous, vous renversâtes le trône du tyran ; nous posâmes ensemble les premiers fondements de la République sur les débris du trône encore fumants du sang des patriotes. Mais ce n'est pas assez ; d'autres destinées sont réservées à vos courages intrépides. Quoi! Parisiens, parce que vous avez souvent bien mérité de la patrie,

vous vous endormiriez paisiblement sur quelques lauriers, vous oublieriez qu'en vous faisant nos adieux après la chute du tyran, nous vous avons flit : Les contre-révolulionnaires sont dans nos murs; ils savent bien que détruire Paris, c'est anéantir la République. Eh bien ! si, malgré vos efTorls, ils levaient une tête audacieuse et voulaient opprimer la liberté, appelez vos frères, vos amis des départements ; nous volerons à votre secours, et celte union imposante fera rentrer dans le néant ces vils scélérats, que la terre a vomis pour désoler l'humanité ! »

Citoyens nos frères, les Parisiens ont entendu cette voix de fraternité et de consolation ; ils ont senti que, forts de cette union, ils pourraient braver les tyrans et les poursuivre partout où ils se trouveraient et sous quelque dénomination qu'ils se présentent. Vous avez relevé leur courage, vous les avez enorgueillis, en remettant dans leurs mains le bonheur de la République, et, pénétrés de leurs devoirs et des engagements qu'ils avaient contractés envers vous, ils ont fait le serment, le 31 mai, de sauver encore une fois la République et de s'ensevelir plutôt sous ses décombres que de voir de vils intrigants lui déchirer les entrailles, se la partager, puis, après, la livrer au premier despote qui se présenterait pour lui donner des chaînes.

Paris a frémi sur un avenir aussi cruel; il s'est levé en masse ; il a été déposer dans le sein des représentants du peuple sa sollicitude sur le triste sort de la République; il leur a retracé de nouveau les crimes de la faction de Vergniaud, Guadet, Gensonné, qui, au mois de juillet 1792, avaient eu l'impudence de s'offrir pour médiateurs entre le peuple et le tyran, sans le consentement du Corps législatif.

Paris a représenté combien ces hommes étaient coupables d'avoir demandé l'appel au peuple pour allumer la guerre civile, d'avoir voulu sauver le tyran, afin de pouvoir un jour le remettre sur le trône ; combien ils étaient coupables d'avoir déclaré la guerre à tous les peuples, sans avoir mis nos frontières sur un état de défense respectable ; combien ils étaient coupables d'avoir irrité les départements les uns contre les autres, pour conduire au fédéralisme et anéantir l'indivisibilité de la République. Les Parisiens ont dit aux représentants du peuple : « Choisissez entre l'alternative de frapper les coupables d'un décret d'accusation, ou de voir votre pays rentrer sous le joug de la tyrannie. Quant à nous, nous vous déclarons, représentants, que, quelle que soit votre décision, nous avons juré de vivre libres ou de mourir, et nous tiendrons notre serment. Si notre malheureuse cité est destinée à donner un grand exemple, s'il est vrai qu'on cherchera un jour sur quels bords de la Seine Paris a existé,

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