Tome V
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si sa chute assure le triomphe de la liberté, nous y consentons, persuadés que la postérité un jour en reconnaîtra quelques vestiges, et élèvera avec ses débris une colonne à la Liberté ! »
Tels étaient, Citoyens, le vœu, le serment des Parisiens, lorsque la Convention nationale mit en état d'arrestation les membres désignés coupables par la majorité des départements. A l'instant, celte ville, qui ne présentait que des citoyens agités, inquiets sur le sort de leur patrie, offrit aux cœurs sensibles le spectacle le plus touchant ; et, d'une extrémité de cette grande ville à l'autre, les cris de : Vive la République une et indivisible! Vivent les Représentants du Peuple ! Périssent les traîtres ! se firent entendre. Jamais Paris, Cito3'ens nos frères, n'eût offert un tableau plus touchant, si, comme tant de fois, nos chants se fussent confondus ensemble.
Mais, Citoyens, une fatalité ne nous a pas permis de jouir longtemps d'un si grand bonheur ; nous apprenons que des malveillants ont dénaturé les faits, qu'ils ont calomnié la journée du 31 mai, à jamais mémorable dans les fastes de Phistoire; nous apprenons qu'ils ont appelé contre nous nos frères des départements, qu'ils ont insinué aux hommes faciles à tromper que la Convention n'avait pas été libre, et qu'elle avait délibéré au milieu des baïonnettes. Quelle perfidie ! Les habitants de Paris savaient bien qu'en demandant le décret d'accusation contre les députés criminels de lèse-nation, des contrerévolutionnaires profiteraient de cette agitation, et sous le masque du patriotisme se porteraient à la Convention pour y exécuter de coupables projets. Les citoyens de Paris, qui voient dans la représentation nationale le salut de la patrie, firent de leurs corps et de leurs baïonnettes un rempart aux représentants du peuple. Jamais les députés ne furent plus libres. Fatigués d'une longue séance, ils vinrent fraterniser avec le peuple, passèrent dans tous les rangs ; ils promirent tous que bientôt la France serait heureuse, et que, s'il était des hommes assez, criminels pou*" s'opposer à son bonheur, ils seraient livrés à la vengeance des lois.
En un instant, mille cris d'allégresse de Vive la République une et indivisible! retentirent dans les airs. Ah ! que n"étiez-vous avec nous! Nos cœurs se fussent épanchés les uns dans les autres, et notre bonheur eût été parfait.
Déjà, Citoyens, la Convention n'offre plus le spectacle affligeant de la discorde; les délibérations sont calmes, et chaque décret est un bienfait pour la République.
Depuis longtemps le peuple attendait une Constitution, qui, en lui prescrivant d'un côté ses devoirs, lui assurât de l'autre son bonheur
fondé sur des bases immuables, et, jusqu'au 31 mai, il n avait pu l'obtenir. Brissot, Petion et ses complices, chargés de présenter ce travail à la Convention, ne l'avaient pas encore fait. Ils accusaient la Montagne, les Jacobins d'entraver leurs opérations ; et, cependant, à peine sont-ils frappés d'un décret d'arrestatio)), que, huit jours après, cette sublime Montagne, pour toute réponse à ces vils calomniateurs, présente à la France entière une Constitution fondée sur les bases sacrées de la liberté et de l'égalité.
Cette Constitution est lue ; ceux mêmes qui s'y étaient opposés ra|)plauflissent avec transport, et la Convention en décrète l'impression et l'envoi aux départements. Citoyens nos frères, la journée du 31 mai n'eût-elle opéré que ce miracle, tous les bons Français doivent la chérir, puisqu'elle a donné à la France une Constitution républicaine, qui doit assurer pour toujours son bonheur, et servir de base à celle du genre humain.
Quels que soient, Citoyens nos frères, les moyens qu'emploient nos ennemis pour nous désunir, quelle que soit votre détermination, nous vous assurons d'avance que nous irons au-devant de vous, que nous vous embrasserons comme nos amis, que nous vous rendrons compte de notre conduite, persuadés que ce que nous avons fait, vous l'eussiez fait vous-mêmes. Alors nous confondrons nos cœurs ensemble ; notre union fera trembler les tyrans. Les méchants rougiront d'avoir allumé la guerre civile entre des frères qui ne peuvent trouver le bonheur que dans l'union la plus parfaite : et, honteux de leurs forfaits, ils rentreront dans le néant, et la France sera libre.
La Société des Jacobins de Paris a arrête\ dans la séance du vendredi li juin, l'an deuxième de la République, l'impression et Venvoi de l'adresse ci-dessus aux Sociétés affiliées.
Signé: Bourdon (de l'Oise,, président; Ciiampertois, vice-président; Damd, Duouesnoy, députés ; Sambat, Giot, Courtois et Lyon, secrétaires.
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PRÉSIDENCE DE BOURDON (DE l'oISE;
[Champertois, Vice-Présidonf, occupe le fauteuil. — Une députalion de c'itoyens do la Société de la section de l'Homme-Armé est admise. L'orateur
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dôclarc que colle Société est composée de deux cents stins-ciilottes dévoués à tf» Montagne.]
Le Vice-Président. — Si tous les citoyens de la République avaient, comme vous, assisté aux séances de celte Société, jamais les insinuations astucieuses des Brissot et des Gorsas ne les auraient égarés. Les sentiments que vous faites éclater ne peuvent être accueillis que favorablement par la Société ; elle vous invite aux honneurs de la séance. [Applaudi.)
Le Vice-Président donne ensuite le baiser fraternel aux membres de cette députation. [Applaudissements .)
L'orateur de la même députation sollicite l'avantage d'être admis au nombre des membres de la Société. [Renvoyé au Comité de présentation.)
Le procureur général syndic du département de la Corrèze monte à la tribune :
« Les pères, les amis de la liberté, dit-il, n'apprendront pas sans intérêt que mon département a résisté aux propositions de fédéralisme qui Ijii ont été faites par les départements de la Côte-d'Or et de la Haute-Vienne. » [Applaudi.)
« J'ajouterai, s'écrie un membre., à ce que vient de dire le préopinant, que le département de la Corrèze a huit cent cinquante bommes armés et équipés pour voler au secours des patriotes de la Montagne. »
Dartigoeyte. — Après trois mois d'absence, je me retrouve enfin au milieu de mes frères, je me retrouve au centre des vertus héroïques qui ont illustré la France. Nommé commissaire par la Convention, j'ai été dans le département des Landes*. Là on est Jacobin; là les calomnies insérées dans les j(jurnaux n'ont point corrompu l'esprit public; là j'ai trouvé les marques du respect pour la Convention nationale; parce que j'étais républicain, parce que j'ai voté la mort du tyran, partout j'ai reçu des témoignages d'affection. Tout ce qui n'est pas Jacobin n'est écouté par personne, parce qu'on sait que les Jacobins ont tout fait pour la liberté. Sur une population de deux cent mille âmes, le département a fourni un bataillon de huit cents hommes, indépendaunnent d'un recrutement de trois mille hommes. On a arrêté de placarder ignominieusement tous ceux qui seraient assez lâches pour refuser de combattre pour la patrie. Toutes les citoyennes ont électrisé leurs maris et en ont fait des héros. Ce-
1. Par décret du 0 mars 1793. la Convcnlioi) avait envoyé JJarligoeylu t* ichuu dans lo Gers et les Landes-, pour y surveiller ]c recrutement.
pendant les journaux nous ont calomniés; Brissot et Gorsas nous ont représentés comme des désorganisateurs et des anarchistes.
Après la nouvelle de l'insurrection du 31 mai, dans le premier moment d'efîervescence , les citoyens se portèrent dans leurs sections; quelques-uns délibérèrent de nous garder pour dtages. En vertu de cette délibération, quelques citojens se présentèrent chez nous; ils étaient sans armes; je désirais dans ce moment de mourir comme Le Peletier; je me trompais. Ces citoyens nous abordèrent avec tous les égards possibles; ils me dirent que le peuple était dans un élat de fermentation qui mettait nos jours en danger , ils nous engagèrent de nous rendre à la maison commune. Nous cédâmes à cette invitation. Rendus à la maison commune, nous observâmes que nousélious libres partout, et que nous voulions partir : on nous laissa partir. Nous traversâmes tranquillement Bordeaux; mais, à quelque distance de cette ville, nous filmes arrêtés et conchiits à la municipalité de Bordeaux. Nous trouvâmes le conseil général de la Commune en permanence; et, comme un républicain doit dire la vérité, je déclarerai que ce conseil eut pour nous tous les égards qui sont dus à la représentation nationale. Nous fûmes invités à la séance. Le conseil prit avec nous toutes les mesures nécessaires pour protéger notre départ, malgré l'arrêté contraire des sections, qui fut révoqué le lendemain. Tout concourt à me faire espérer que le peuple reviemira bientùt de ses erreurs. Lis sans-culottes sont trompés ; mais ils ont l'inslinct de la liberté, et ils se convaincront bientôt que les riches, qui les mènent, n'ont en vue que leurs intérêts particuliers.
Dans le département du Gers, j'ai vu beaucoup plus de patriotisme dans les campagnes que dans les villes; il règne dans les villes un fanatisme constitutionnel, car les prêtres ont fait mettre dans les prisons de la ville d'Auch beaucoup de citoyens par la seule raison qu'ils n'allaient pas à la messe. Nous savons, mon collègue et moi, que des contre-révolutionnaires profitent de la liberté pour nous mener à l'esclavage ; il importe que les administrations ne dégoûtent pas les patriotes par des arrestations arbitraires et illégales, et qui tendent à prouver que le nouveau régime est plus despotique que l'ancien. Ce département a fait emprisonner des femmes, des vieillards, des hommes caducs, qui, en leur supposant toute la virulence de l'aristocratie, ne pourraient être dangereux.
Cette conduite engagea mon collègue Ichon de donner un ordre au déparlement d'apporter ses registres, et c'est ici que peuvent se dévoiler les principes fédéralistes. Il délibéra que les commissaires,
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vu les événements derniers, étaient sans pouvoir, et qu'il ne devait point lui. obéir. Mon collègue n'insista pas, et il écrivit à la Convention. Le département ne se contenta pas de cet acte de désobéissance; il députa deux de ses membres pour dénoncer mon collègue comme un anarchiste qui a outrepassé ses pouvoirs. Ces députés sont ici, et je compte imprimer à leur front le cachet indélébile de l'ignominie.
Les Montagnards sont les sauveurs de la liberté, car il est constant que leurs détracteurs ne voulaient la Révolution que pour jouir de toutes les faveurs, de toutes les distinctions, que pour placer une oligarchie à la place du despotisme. (Bruit.)
Je suis fâché que ces vérités aient déplu à quelques membres de cette Société, qui ont sans doute échappé au scrutin épuratoire. [Applaudi.)
L'orateur finit en protestant de son attachement inviolaI)le aux pi'incipes républicains. [Applaudissements.)
Le Vice-Président annonce que le résultat du scrutin a appelé à la présidence le citoyen David, et à la vice-présidence le citoyen Lemoine.
Le nouveau Président prononce le discours suivant :
« Frères et amis, vous avez voulu encourager mon patriotisme en m'accordant Thonneur de présider vos séances. Je ne m'en enorgueillirai pas ; je sais m'apprécier; je suis un soldat de la liberté, et je mourrai pour sa défense. » Applaudi.)
[Lecture de la correspondance. — La Société d'Avigliana, en Piémont, demande Taffdiation qni lui est accordée. — On lit une lettre d"un citoyen de Lyon, que le représentant Albitte, en mission à Tarmée des Alpes, a envoyée à la Société i)ar un courrier extraordinaire. Cette lettre dénonce la coalition formée par les intrigants dans le midi. (Renvoyé au Comité de salut public). Alhittc ajoute qu'on reçoit à rarmée des Alpes le Journal de la Montagne, qui est bien l'ait. — Lue députation de la Société de Vernon obtient l'entrée de la séance : L'orateur de la députation déclare (pie la Société api)rouve la conduite des Parisiens et qu'elle demande l'affiliation. — Robespierre, tout en félicitant les membres do la Société de Vernon, demande qu'on ne leur accorde l'affiliation qu'après les formalités d'usage. — Thuriot rappelle que les citoyens de Vernon sont les premiers qui ont paru à la barre de la Convcmtion pour approuver Tinsurrection du 31 mai; il demande i)0ur la Société de Vernon ralTilialion immédiate, qui est accordée.
Un député des Sociétés de Beaucaire et d'Avignon annonce que la Riunicipalité de Beaucaire est contre-révolutionnaire comme celle de Marseille : elle a proclamé la loi martiale. La ville d'Avignon est encore attachée à la République. Si Marseille, si Nîmes, si Lyon venaient à se coaliser, déclare l'orateur, la patrie serait dans le i)lus grand danger.]
Fabre d'Églantine. — Ce que vous venez d'entendre sur la situalion du midi doit vous reporter au véritable ordre du jour, les mesures de salut public. Les intrigants, dans Tintention de pervertir l'opinion publique, firent attribuer au ministre Roland des fonds, non que cent mille francs fussent suffisants pour remplir ce but criminel, mais ils voulurent donner un prétexte de consacrer 10 à 12 millions à cette œuvre d'iniquité.
Des écrits corrupteurs continuent encore de circuler dans les départements; j'ai imaginé un moyen d'arrêter la circulation du poison des écrits perfides sans porter atteinte à la liberté de la presse ; ce moyen consistait à ce que le Comité de sûreté générale, réuni à celui de salut public, pût déclar."r que tel ou tel journal est perniciejix ; l'eiret de cette déclaration serait d'interdire la faculté de la poste aux journalistes dont les feuilles seraient jugées dangereuses, sauf à eux à les envoyer à leurs frais. Cette mesure n'a pas été adoptée. Pour y suppléer, je demande qu'il soit rédigé trois journaux, un pour les campagnes (nos ennemis l'avaient bien senti, car ils ont entrepris la Feuille Villageoise), un pour les villes, et un pour les armées : celui-ci est du plus grand intérêt, car on continue d'égarer les défenseurs de la République. Je veux que ces journaux soient payés par la nation et distribués gratis au nombre de quarante-cinq mille exemplaires. Ces jounuuix seront signés par trente députés. Les frais de celte institution ne s'élèveront pas à 500,000 livres.
Je demande que les Jacobins présentent une pétition pour, que cette dissémination de la vérité se fasse aux frais du Trésor public. On éclairerait ainsi toute la République, et vous sentiriez avant quinze jours toute l'infiuence d'une pareille institution. (Applaudissements.)
C... — En appuyant les mesures du préopinant, j'en proposerai une, non moins essentielle. Il faut que les Jacobins de Paris soient debout chaque jour, que leurs séances soient permanentes.
DuFOURNY. — Nous désirous tous , avec Fabre d'Églantine , que tous les hommes instruits éclairent l'opiuion publique , mais je ne crois pas que les députés puissent se permettre de diriger l'opinion publique, puisque l'opinion publique doit les diriger eux-mêmes. Leur tâche est de faire des décrets, et non d'influencer l'esprit public ; ce serait une espèce d'aristocratie.
Un membre demande l'ajournement de la discussion sur la proposition de Fabre d'Églantine. [Arrèlé.)
iTevmsson demande qu'on rende publiques les séances de tous les <( Conii-
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t(''S il'adininislration ». — Thuriol s"v oppose, en (léclaranl que les délibérations de toutes les autorités doivent (Mrc publiques, mais qu'il est impossible d'administrer sous les yeux de tout le monde.]
Robespierre. — Comme il serait très malheureux pour la Société de s'occuper de choses oiseuses, j'observe que la publicité que demande Terrasson est absolument sans objet. Cette publicité est constitutionnellement établie; les municipalités, les conseils généraux de districts et de départements ne peuvent délibérer qu'en présence du peuple. Le préopinant veut que la publicité s'étende aux Comités administratifs; or il est décrété que les Comités administratifs seront publics. On va même jusqu'aux Comités de la Convention.
Je demande si ces mesures ne s(»nt pas sans objet, lorsque rien ne peut être adopté sans être adopté par la Convention. Je demande s'il est bien important que le peuple sorte de la Convention pour aller passer le reste de la journée aux Comités. A quoi tend donc la motion ? A occuper l'altention publique de choses insignifiantes. Dans une pétition pareille, la Convention ne trouverait ni dignité, ni énergie. Les salons étroits des Comités ne peuvent contenir le peuple. Quels seraient les individus les plus ardents à s'y trouver ? Ce seraient les espions des cours étrangères. Le Comité de salut public ne peut pas contenir plus de cinquante personnes. Je demande si les aristocrates et les agents des puissances étrangères ne composeraient pas la majorité de l'auditoire. Les délibérations auraient ainsi les désavantages de la publicité, sans en avoir les avantages. Il est des mesures qui, sous l'écorce de la popularité, ne sont favorables qu'à nos ennemis, et je vous prie, citoyens, de peser dans votre sagesse ces réflexions.
La Société passe à l'ordre du jour.
Une dépulatlon de la Société de la Bulle-des-Moullns est admise. L'orateur annonce que les séances de cette Société sont permanentes et qu'elles se tiennent à l'ancien réfectoire de Saint-Roch ; il remet les anciennes cartes et il demande à la Société les deux diplômes du trimestre d'avril. [Accordé.)
La séance a été levée à onze heures.
17 JUIN 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 2fi5
PRÉSIDENCE DE DAVID
[André Dumonl donne lecture d'une adresse de félioilation envoyée à la Commune de Paris par les citoyens d"Abl>eville. — Jeanbon Saint-Andié donne lecture d'une lettre du conseil général du département d'Indre-et-Loire, qui assure qu'il fait tous ses efforts pour éveiller le patriotisme de ses concitoyens contre les rebelles. Sur la proposition de Jeanbon Saint-André, la Société arrête qu'elle écrira aux administrateurs du département d'Indreet-Loire pour les remercier et à Léonard Bourdon pour exciter son patriotisme.]
Un membre demande que le Comité de salut public fasse punir tous les conspirateurs de la Vendée.
Jeanbon Saint-André. — Nous attendons des renseignements de Bourdon, et le Comité de salut puhlic ne fera aucune grâce aux traîtres qui lui serout désignés.
Je ne suis point assez crédule pour ajouter fui aux blessures du général Menou. Je sais que l'on a joué cette comédie; je me rappelle que Valence, qui prétendait avoir la peau du crâne enlevée, n'avait que quelques égratignures. Je sais qu'on cherche à nous tromper, et dès que nos commissaires nous auront transmis des renseignements certains, nous ferons tomber toutes les tètes des conspirateurs.
[Ballots fils dîné, mendjre de la Société fraternelle des deux sexes, vient faire lecture d'une lettre adressée à lui par Tallien et datée de Tours, le 15 juin. C'est un récit détaillé de la défaite qui a eu pour conséquence la prise de Saumur, puis de Chinon par les rebelles. Les débris de l'armée défaite à Saumur se réunissent à Tours. Il compte beaucoup sur Tarméc de Niort.]
G... — Je suis bien éloigné d'adopter les espérances que l'on veut bien nous donner. Nous avons des traîtres de l'espèce la plus insolente ; nous eu avons qui ont osé proposer au Comité de salut public, non pas de les caresser, non pas de les flatter, mais de se courber devant eux.
[L'orateur fait allusion aux mesures de conciliation proposées par le Comité de salut public à l'égard des départements rebelles, particulièrement du département de l'Eure *.]
i. Voir Recueil des actes du Comité de scdul public, t. IV, p. o77, et Procèsverbal de la Convention, t. XIV. p. 49.
^♦>ti SOCIÉTÉ J>ES JACOBINS [17 .iii.x 17')3]
JiCANBON Saint-AndhI']. — Je puis dire à la Société que les députés du département de l'Eure étaient venus au Comité de salut public, que l'on a consulté ces députés sur les mesures qu'il convenait de prendre, que c'est de concert avec ces citoyens, reconnus très patriotes, que ces mesures ont été adoptées, et qu'ils ont eu l'initiative.
J'assure que le Comité de salut public est bien intentionné à l'égard des négociations avec les départements ; je déclare que cette idée appartient à quelques membres très énergiques, et qu'elle est appuyée sur des motifs que l'on pourrait justifier. On a cru qu'il importait de rapprocher les esprits dans un mouient où la constitution doit rallier tous les Français à un intérêt commun.
[L'orateur d'une ilépululwu du Jura déclare que les citoyens de ce département sont partisans de la Montagne. L'administration dn déiiarlemcnt seule est avec la faction. <> Dès le 4 mai, elle avait arn-té d'envoyer des députés à Bourges, dit l'orateur. Examinez cette époque, citoyens. Ce n'est donc pas l'insurrection du 31 mai qui a été le motif de leur démarche. » Les adnùnislrateurs du déparlement du Jura ont fait inscrire sur les drapeaux des volontaires de leur déparlement <■ Guerre aux anarchistes ! » au lieti de « Guerre aux Autrichiens ». La commune de Dùle, ayant manifesté son indignation, le conseil général du département a arrêté qu'il enlèverait à cette commune « ses canons et ses subsistances ». Mais la commune ne les livrera pas. L'orateur ajoute que le département de l'Ain, voisin de la Savoie, est entré dans la coalition. 11 termine en invitant la Société à préparer un plan d'épuration des états-majors et des administrations. La Société décide ([u'cUe instituera un Comité chargé de iiréscnter un tableau de la situation d(> la Ilé- |)ublique.
Bcslieux propose (ju'on invile la Convention à mander à sa barre les administrateurs rebelles.
Hassenfratz i)ropose que la Société demande à la Conunune de Paris de dresser la liste des volontaires de l'armée de la Vendée qui ont été i)ris, j)uis remis en liberté par les rebelles, et qui sont revenus à Paris. 11 est nommé connnissaire à cet effet avec Terrasson, Péreyra et Ferrières.]
La séance a été levée à onze heures.
ÇY
PRÉSIDENCE DE DAVm
[Lafaye fait lecture d'un rajipurl rédigé i)ar La Porte, conunissairc du pouvoir exéculif ', sur ce (pii s'est passé à Angers après la prise de Saumur.
i. Sur la missiou de La Purte. voir Hecueil des actes du Comité de saint public, t. IV, p. 14:;.
[19 .iui.\ I793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 2()7
Lu Porte rend compte qu'à Angers et à Cliàteau-lionlier, il a entendu des habitants dire qu'il ne fallait i)as résister aux rebelles, j)Our ne pas être pillé. — Sbnond rend compte de l'adhésion des administrateurs du département du Mont-Blanc aux glorieuses journées du 31 mai et du 2 juin. — Chrétien lit une lettre, datée de Caen, du 14 juin : cette lettre annonce que Corsas, Buzot et Salle sont à Caen, et que les autorités constituées de la ville persécutent les partisans de la Montagne.]
Bentabole demande qu'on envoie à la Commune de Paris des copies de toutes les adresses contenant l'adhésion aux journées des 31 mai et l'"'' juin.
« Les détails, ajoute l'orateur, que Barère nous a donnés sur l'armée de la Vendée ne sont pas exacts; il nous a dit que les rebelles étaient en petit nombre et qu'ils n'étaient armés que de fourches et de bâtons, tandis que le citoyen La Porte, commissaire du pouv(»ir exécutif, nous apprend (pie le nombre s'élève à trente milb,' et qu'ils sont bien armés.
« Je demande qu'on m)mme trois commissaires pour recueillir avec soin tous les faits relatifs aux événements de la Vendée, à l'armée du Nord, à la conduite du f:;énéral W'im[)fï'en, et à celle des citoyens de Paris qui sont partis pour fédéraliser la Gironde et quelques autres départements, et qui doivent être dénoncés au Tribunal révolutionnaire. »
Cette proposition est mise aux voix et adoptée. Les commissaires nommés |)ar la Société sont Bentabole, Si moud et Lafaye.
[Desfieaj: demande que la Société invile la Convenlioi) à mander à sa bari'e les administrateurs du dé})artenient de la Gironde. — Sur la proposition d'un membre, la Société décide cpi'il sera envoyé séance tenante des commissaii'cs au Comité de salut public pour l'inviter à faire retirer tous les ex-nobles des places civiles et militaires et à n'en plus employer à l'avenir. I^a Société désigne à cet elTet l'errières, Pereyra, ('ourtois ', Boissel, Roussillon, Auvray '.
C... i)arle de la nécessité d'épurer les états-majors et les administrations ; il dit notauuiient :]
Il faut renouveler le Comité de salut public ; il a nommé Beauharnais qui, s'il eut été conservé, aurait fait le troisième volume de la contre-révolution.
Vous connaissez tous le patriotisme de Bouchotte. 11 faut seconder
1. Ce membre parait être Alexandre Courtois, ex-commissaire national en Belgi((ue. Voir Recueil des Actes du Comité de salut public, t. I, p. 4o8.
•2. J.-B. Auvray faisait partie de la Commune de l^aris. Voir Tourneux. Procèsverbaux de la Commune de Paris,]}. 146. J.-B. Auvray est sans doute le membre du Comité de Correspondance de la Société des Jacobins dont le nom est orthographié Auvresl dans les circulaires imprimées par orch'e de la Société.
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ce brave patriote ; il est entravé dans sa marche ; dès qu'il parle au Comité, des députés, que je ne veux pas nommer, s'élèvent avec emportement contre tout ce qu'il propose d'utile à la chose publique.
[Un membre de la Société populaire cV Orléans fait lo tableau des progrès rapides des rebelles et dit qu'il faut quo lo peuple français se lève en masse. La Société décide que lîenlabolo et Julien (de Toulouse) accompagneront l'auteur do cette proposition au ministère de la guerre et au Comité de salut public.
Lafaye fait lecture do la correspondance. — La Société de Toulouse se félicite du triomphe de la Montagne. — La ville de Lesparre annonce qu'elle a refusé de faire cause commune avec les Girondins de Bordeaux. — La Société de Beaunc, la Société de Poitiers dénoncent les menées fédéralistes qui se font dans leurs départements respectifs. — La Société de Rouen, par lettre du 14 juin, romjjt avec la Société-mère]
La séance a été levée à dix heures.
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PRÉSIDENCE DE DAVID
[Un membre fait lecture d'une lettre de Marat, dans laquelle l'Ami du peuple explique qu'en disant que le peuple avait besoin d'un chef, il entendait ])ar ce mot un guide, et non pas un maître. La Société arrête l'impression de cette lettre'. — Un membre annonce que les citoyens Dubois de Crancé et Albitte, en mission à l'armée dos Alpes, viennent d'informer la Convention de l'événement contre -révolutionnaire qui a ensanglanté Lyon. — Boissel ajoute que Roland est à la tète de ce mouvement. Il demande compte du retard apporté à l'impression du rajjport des pièces saisies chez Roland. L'imprimeur déclare que ce rapport sera imprimé dimanche. — Jeanbon Saint- André déclare qu'il faut tâcher de ramener les citoyens égarés des départements en leur donnant une Constitution, on maintenant lo salaire des prêtres. Il est heureux que la majorité de la Société se soit prononcée contre la proposition faite par Cambon, do supitrinior le traitement des ecclésiastiques*. L'orateur termine par ces mots :]
Les Feuillants, qui voient très clair, car c'est leur intérêt qui leur
1. Société des Amis de la Liherlé et de l'Éyatité (sans autre titre). Paris,
imprimerie patriotique et républicaine, s. d., in-S" de 4 p. — Bibi. naf., Lb 40/739. Sur les explications déjà données par Marat à ce sujet, voir plus haut, p. 226.
2. Voir t. IV, p. 476 et suivantes. Voir aussi la Révolution française, revue d'histoire moderne et contemporaine, t. XXV. p. 146-lo.3. — C'est le 13 novembre 1792 que Cambon avait propose de supprimer les dépenses du culte.
sert de lorgnette, craignent de tomber dans le précipice. Il faut achever de dissiper les prestiges employés par les administrateurs. Il faut que votre correspondance soit active, que vous frappiez à coups redoublés snr les préjugés, que vous ne soyez arrêtés par aucuns sacrifices, car le salut de la République doit être la première des considérations. Il faut composer avec les préjugés. La raison et la philosophie feront leur chemin et finiront par atteindre le but; mais il faut, en gémissant sur la faiblesse de nos frères des départements, avoir égard à cette même faiblesse. Il faut ne laisser aucun prétexte aux prêtres ; il faut prouver aux départements qu'ils sont induits en erreur par des prêtres créiiules ou mal intentionnés. Il faut éclairer les uns et convaincre les autres d'imp(jsture.
[Hébert, membre du club des Cordeliers cl soldat tic la Légion germanique, qui revient blessé de la guerre de Vendée, déclare qu'il n'y a que des traîtres dans Tarmcc qui combat les rclicUcs. — Julien {de Toulouse) répond que la Légion germanique s'est signalée par son indiscipline et sa lâcheté. — Simond demande des mesures énergiques de salut pidtlic ; il dit entre autres choses :]
Nous n'avons plus qu'un moyen de sauver la patrie, c'est de discuter ici les plans de campagne de nos ministres et de présenter de meilleurs plans ; car alors, si les ministres les négligent, il sera évident qu'ils sont des contre-révolutionnaires.
Les victoires que l'on chante se réduisent à rien. On nous prépare des pièges affreux pour pouvoir flétruire par la ruse l'armée française, parce qu'on ne peut l'anéantir par la force.
L'emprunt que l'on fait sur les riches est un bénéfice immense pour eux. Ils prêtent des assignats, quand ils valent peu ; on leur rendra avec intérêt, quand ils seront accrédités.
Marat a demandé beaucoup de têtes pour assurer le salut de la République. On n'a pas voulu les lui donner ; la Convention n'a donné que celle du roi. Kh bien ! qu'en est-il arrivé? C'est que, pour épargner ces têtes, on a sacrifié prés de cinq cent mille hommes.
Si, pendant le mois qui doit précéder l'acceptation de la Constitution, nous ne nous unissons pour éclairer l'opinion publique et déjotier les complots des malveillants en les réduisant à une nullité absolue, je déclare que la paix publique sera pendant six ans un problême. [Applaudi.)
[Une députation des citoyens d'Évreux annonce que quatre districts de l'Eure, sur les six qui composent ce département, ont refusé de prendre part à la rébellion des administrateurs du département. Ce sont Gisors, les Andelys, Pont-dc-1'Arche, Louvicrs. L'orateur lit une adresse de la Société de
270 SOCŒTE DES JACOBINS [21 .lui.x 1793]
Pont-de-FA relie, qui approuve rinsurreotion du 31 mai. La Société de Pitres demande l'affiliation. — Fne (lé]iutalion de la section de Bon-C-onseil, puis une députation de la section du Muséum, viennent annoncer à la Société que ces sections s'occupent de recliercher les aristocrates qui sont parmi leurs membres et de les dénonccï" au Tribunal révolutionnaire.
Lecture de la corrosjiondance. f.a Société i]q Sedan adhère à l'insurrection de Paris.]
La séance a été levée à onze heures.
PRÉSIDENCE DE DAVID
[Lecture de la correspondance. La Société d'Amiens, nouvellement fondée par André Dumont, envoie une adresse dans laquelle elle donne son adhésion aux journées du 31 mai et du 2 juin. Elle demande l'aldliation, qui lui est accordée. De plus, la Société arrête (pie l'adresse de la Société d'Amiens sera imprimée K — Une lettre annonce que les trois sections de Saint-Quentin ne reconnaissent plus la Convention. — Doppei écrit de (Grenoble que la Société de Chambéry est feuillantisée et que la ville de (irenoble est pour les Cirondins. On lit une lettre adressée par Mercier à une dame cpii lui reprochait de prendre parti pour les Brissolins.]
Bill.\ud-Varenne. — La lettre qui vient de vous être lue est le coup de pied de l'âne, qu'il faut mépriser. {Bruit.) Mercier, qui avait paru devancer la Révolution, n'a monté qu'une seule fois à la tribune de la Convention, et c'a été pour se plonger dans la fange. Mercier a outragé le peuple fi-ançais. Quand on a proposé l'article de la Constitution qui porte que les Français n'écouleront aucune proposition de pai.\ de la part des ennemis qui souillent leur territoire, Mercier nous a demandé si nous avions transigé avec la victoire ; nous lui avons répondu que nous avions transigé avec la mort '. Il nous a demandé si nous avions le courage et les vertus des Romains. « Oui, avons-nous répliqué; car, quoique, depuis l'époque de la Révolution, nous aj'ons été constamment trahis, nous avons remporté plusieurs victoires, et nos ennemis n'ont pu obtenir aucun avantage décidé. »
1. L'Assemblée populaire d'Amiens, séante en la salle du Concert, à la Société des Jacobins de Paris, salut. — Paris, s. d., in-S" ilc 6 p. — Bibl. nat., Lb 40/760.
•2. Gclto réponse célèbre fut faite à Mercier par Basirc . dans la séance de la Convention du 18 juin n!)3. Moniteur, t. XVI. p. 681).
[23 JiiN 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 271
La Convention a aboli la loi martiale ' ; il faut encore qu'elle en décrète une, celle qui <loit proscrire tous les traîtres et tous les rebelles. {Applaudi.)
[Robespierre propose et la Société décide que la discussion des grandes mesures révolutionnaires sera constamment à Tordre du jour.]
Jeanbon Sainï-Andué. — En rétlécbissant sur la situation de la République, il est facile de se convaincre que le système de fédéralisme existe réellement et qu'on s'efforce de le réaliser.
C'est surtout dans les départements du midi qu'on veut fédéraliser la République et la partager en plusieurs états. Lyon, Marseille, Toulouse, Arles paraissent seconder ces projets criminels, et jouer le plus grand rôle dans ce système de division. Le mal est grand sans doute, mais il n'est pas impossible d'y apporter remède ; nous voyons que dans le midi le peuple commence à s'éclairer. Soit nécessité, soit raison, Nantes est revenu de son égarement. Le département de Lot, qui avoisine celui de Haute-Garonne, commence à ouvrir les yeux ; leur égarement fut prompt, mais leur retour est franc et sincère. Nous avons des moyens de régénération, il faut les employer ; les uns appartiennent à la Société, d'autres à la Convention nationale.
Les autorités constituées de Toulouse demandent à transiger ; cela provient de ce qu'elles ont peur. Il faut soutenir la Société populaire de cette ville, qui en était opprimée, mais qui commence à relever le front. On leur écrira de ne pas se décourager et de persister dans les bons principes.
Plusieurs Sociétés populaires sont fidèles à la cause de la liberté.
On vous a dit que plusieurs membres de la Société populaire de Toulouse avaient cédé à des propositions d'accommodement faites par les autorités constituées. Il faut écrire à nos frères de Toulouse que l'accommodement qu'ils ont fait avec des contre-révolutionnaires exige de sérieuses réflexions. Il faut leur dire qu'entre le vice et la vertu, entre le patriotisme et le feuillantisme, il n'y a ni trêve, ni accommodement. Par là vous encouragerez le zèle de cette Société et vous lui communiquerez c€tte énergie qui doit sauver la liberté.
Il faut porter un regard sévère sur les administrateurs contrerévolutionnaires, qui nous retracent le moment oii ils étaient à genoux devant les valets d'un tyran. Il faut adopter une mesure générale; il faut les détruire, ces administrateurs. [Applaudi.)
1. La loi martiale fut abolie par la Cnveiitiou dans la séance du 23 juin, sur la proposition de Billaud-Varcnne. MuiiUeiir. t. XVI, p. 730.
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11 faut leur faire sentir tout le poids de la puissance nationale. Il faut leur prouver que, quand des administrateurs osent s'élever contre la souveraineté du peuple, ils ne sont que des rebelles, et qu'ils doivent plier leur tête sous le joug de la loi ; partout la loi trouvera de nombreux défenseurs.
Le peuple du midi est bon; il manque peut-être de lumières; mais, quand on lui montre le flambeau de la vérité, il s'en saisit, il brûle tous les réfractaires. Il ne faut point transiger avec les administrateurs corrompus ; il faut frapper tous les coupables. Ceux qui sont restés fidèles seconderont nos eff"orls. Alors le peuple reconnaîtra que la Convention nationale est le seul point de ralliement.
Vadier. — Le préopinant a oublié plusieurs faits essentiels. Le plus grand crime qu'aient commis les autorités constituées de Toulouse, c'est d'avoir empêché la réunion des membres de la Société populaire, c'est d'avoir cherché à diffamer Chabot, d'avoir méconnu l'autorité de la Convention et fait arrêter les commissaires, etc.
Chabot avait envoyé à la Commune de Toulouse des membres de la Société populaire de Bordeaux ; mais les tribunes, garnies de clercs de procureurs, les huèrent. On leur donna ordre de partir dans vingt-quatre heures, et leur vie fut exposée.
L'orateur se plaint qu'on ait rappelé Baudot et Chaudron-Roussau, excellents patriotes, tandis qu'on envoie dans la Vendée des conspirateurs.
« Il y a, s'est-il écrié, dans ce rappel, un dessous de cartes. Il y a dans le Comité de salut public des endormeurs, des gens qui soufflent le froid et le chaud, et qui viennent comme des porteurs d'eau. (Applaudi.)
» Lacuée*, homme suspect d'incivisme, est dans cette ville (Toulouse). Les autorités constituées l'ont porté en triomphe et lui ont dit qu'il resterait malgré le Comité de salut public, qui avait lancé contre lui un mandat d'arrêt, dont ils se moquaient, ainsi que de la Convention. »
Il demande sa destitution et son arrestation, ainsi que celle de Dûuziet, commandant de la garde soldée de celte ville, singe en tout de La Fayette, dont il imite jusqu'au cheval blanc; celle encore de Lombet -, qui n'emploie les 300,000 livres que lui a données la Convention qu'à pervertir le peuple ^.
1. Voir Recueil des actes du Comllé de salut public, t. lY, p. 75.