‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 77 sur 141 · ADRESSE AUX FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ADRESSE AUX FRANÇAIS

'Paris, imprimerio [iiitriotique et républiraine, in-8° de (i p. — Bih!. r.at.,

Lb H)H\i.

CiTOYKNS NOS FRÈRES,

l'n nouveau crime vient encore d'exciter l'indiiinalion des amis de la liberté, de régalilé et de riuimanité.

Les poignards que la discorde aiguisait dans le Calvados ont atteint un représentant du peuple, et le jour est à peine passé où dans Paris se firent entendre ces sons lugubres : Marqt vient d't'tre assassiné, Mnrat est mort !

Citoyens, cet homme extraordinaire n'est plus. Apprenez donc enfin à le connaître; que la calomnie dorme pour un moment, que l'envie cherche d'autres aliments. Français! jugez s'il fut l'ami du peuple ! Reconnaissez aussi les traîtres!

Une femuie fanatique, ou, pour parler plus vrai, la main qui dirigeait le crime, a, même en frappant Marat, laissé un témoignage qui sert à le faire connaître. Citoyens, cette femme s'était deux fois présentée chez lui, et, n'ayant pu être admise, attendu que, malade depuis longtemps, il avait besoin de repos, elle lui écrivit en ces termes : « Marat, Je suis malheureuse ; tu ne te refuses Jamais, m'at-on (lit, à l'humanité souffrante ; écoute-moi donc, Marat. »

Il la lit introduire; il était alors dans le bain. Cette femme s'approche, lui dit qu'elle est de Caen, lui parle des conspirateurs du Calvados ; et, dans le moment où il lui disait : « Rassurez-vous, citoyenne, le peuple de ces contrées commence à ouvrir les yeux sur son erreur, les traîtres subiront bientôt la peine de leurs crimes, ^) celte femme tire un couteau qu'elle tenait caché dans son sein, le plonge dans le sien. Il appelle au secours. On arrive, il ne respirait plus. Citoyens, telle est la fin tragique de Marat. La furie qui l'assassina a elle-même avoué ces faits. Elle est de cette classe qui fait verser les torrents de sang que la France prodigue à l'Europe pour sa liberté. Cette femme était envoyée à Paris par les conspirateurs de Caen, et chargée de remettre des imprimés incendiaires, ainsi qu'une lettre de Barbaroux à un membre du côté droit nommé Deperret.

Ce membre, à la barre de la Convention, a aussi avoué ces faits. Il

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est encore d'autres particularités; Tinstruction du procès les fera mieux connaître. Mais celles du procès que nous vous rapportons suffisent pour dessiller les yeux obscurcis de l'erreur; le crime, les assassins, sans doute, ne voudront pas y voir.

Il en est de ces aveugles comme de ces sourds, dont les plus dangereux sont ceux qui savent si bien feindre de l'être.

Citoyens, vous le voyez, ces hommes qui ont sans cesse à la bouche les mots sacrés de vertu, àliumanilé, ne s'en servent que pour arriver phis facilement au but de leurs forfaits ; c'est au nom de l'humanité qu'ils parviennent à enfoncer le poignard dans le sein de Y Ami du Peuple.

Citoyens, les poignards qui viennent encore de frapper Marat sont les mêmes qui ne firent que glisser sur [^éonard Bourdon. Ils appartiennent à cette faction impie, qui appelle les vrais patriotes des désorganisateurs, des anarchistes., des septembriseurs.

Elle se disait sous le couteau, et pas un cheveu de leur [sic) tète n'est tombé! De tels hommes ont-ils pu égarer quelques départements ? Ah ! bientôt, n'en doutons pas, nos frères, à la lueur livide de tant de forfaits, reconnaîtront qu'ils étaient dans les sentiers de l'erreur ! Ils verront que le crime empruntera toujours, pour réussir, les honorables couleurs de la vertu. Ils sauront reconnaître l'hypocrisie et ses fauteurs. Ils se rappelleront que, dans le Nouveau-Monde et sur les rives fertiles de la féconde Egypte, des torrents de sang furent aussi répandus jadis, au nom du Dieu de paix.

Flambeaux du fanatisme et ceux de la discorde, vous serez éteints par le sang qui coule encore du sein de l'Ami du peuple ! Peuple, ton Ami est donc mort 1 Répète à ceux qui le méconnurent ce qu'il avait fait pour mériter ce titre honorable !

Marat avait constamment défendu les droits du peuple ; fermement attaché à ses principes, il a toujours suivi la même ligne; il avait, pour servir le peuple, foulé aux pieds le plus terrible des préjugés peut-être, je veux dire celui qui existait contre les dénonciations.

Les institutions de votre enfance nous apprenaient à mépriser les dénonciateurs; l'âge mùr nous les faisait craindre.

C'est que les espions sont les auxiliaires dont se se'rt un desposte pour assurer son règne et faire agir l'arbitraire.

Mais, dans les Républiques, dénoncer ceux qui se cachent, c'est démasquer les traîtres, c'est servir la patrie. Marat a rendu cet immortel service à son pays; et, si quelques âmes étroites n'ont pu s'élever à cette hauteur, ou si d'autres [lerlides, sentant combien il était nuisible à leurs forfaits, ont cherclié constamment à l'avilir sous l'as-

[20 .TLiLLKT 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 317

pect de dénonciateur, le i»eiiple, pins juste, contirma à .V«/'a< le litre glorieux de son Ami. Sans cesse à la piste des traîtres, il anéantit avec les armes du ridicule les Gazalès et les Maury ; il démasqua les 1 éviscurs de 1791 ; il annonça les complot? de La Fayette et de Capet; il mérita, par ses services, d'être choisi par le département de Paris membre de la Convention ; et, l'œil toujours fixé sur les intrigues de la Gironde, il servit efïicacement à dévoiler et leur complice Dumoiiriez et leurs trahisons perfides.

Mais de vrais républicains aussi, dit-on. n'ont pas vu distinctement ce qu'était Marat.

Eh bien! sentinelle avancée du salut public, il devait souvent crier : « Alerte/ » Car constamment le poste a été menacé. IMus avancé que d'autres, il voyait mieux les mouvements des traîtres ; et placé, en quelque sorte en enfant perdu, il a fini par succomber sous le poignard des ennemis de la patrie. Mais, citoyens, celui qui se dévoue pour son pays meurt toujours glorieusement.

Avec Marat, dans le tombeau descendront sans doute la calomnie et l'envie. Les services seuls (pi'il rendit à sa patrie sont les appuis qui porteront sa mémoire à la postérité.

Citoyens nos frères, s'il vous reste encore un doute sur Marat, nous vous dirons que les mêmes cœurs et les mêmes yeux qui versèrent des larmes sur la tombe honorable de Michel Le Peletier, qui frémirent aux dangers cpie courut Bouriîon, ont pour Marat versé les mêmes larmes, éprouvé les mêmes angoisses.

Citoyens nos frères, l.Vmi du peuple est mort sans laisser de quoi se faire enterrer; la nation a satisfait à ce devoir. On lit sur son tombeau ces mots, qui, gravés par les Parisiens, ne seront jamais efl'acés : o Marat, CAmi du peuple^ assassiné par les ennemis du Peuple. »

La Société, dans sa séance du ^IG juillet 1793, Van second de la République une et indivisible, en a arrêté l'impression, la distribution à ses membres et d ceux des tribunes, l'envoi aux Sociétés populaires et aux Armées.

SiMOND, président, député ; Giot, vice-président ; Dui- dur, Lyox, Lequoy, Dumont, secrétaires.

:II8 SOCIKTK DKS JACOlilNS ^-IH .uillkt IT'.Cj]

CXXYII

PRÉSIDENCE DE SIMOND

On lit la liste des candidats ; personne ne réclame, mais Dafourny observe que l'assemblée n'est pas assez nombreuse pour qu'on puisse en conclure que l'acceptation des candidats est unanime.

Thérêt demande que des listes de candidats soient afTichées de chaque côté de la porte d'entrée.

On répond que la porte et les couloirs sont souvent obstrués, et que cet inconvénient se fera surtout sentir lorsque les listes de candidats seront afTichées.

Différentes propositions d'afTichement sont faites, et l'on arrête celle d'en poser sur tous les murs de la salle.

[Un citoyen de Xecers fait hommage à la Société d'un tableau qui roj)résenlc la victoire de Jcmajipos.]

Dufourny demande que la Société fasse une adresse aux Sociétés populaires, pour les engager à lui envoyer des notes sur le compte de ceux qu'elles nous députent pour fraterniser au 10 août.

Secondement que, comme on ne vit pas d'affection seulement, les députés des assemblées primaires fassent tous leurs efforts pour faire arriver avec eux des farines et des denrées de toute espèce.

Lacoste offre de lire à la Société les pièces originales qui constatent la trahison des trente-deux députés détenus. [Applaudi.)

Châles invite son collègue, vu la longueur de ce rapj^ort, à le déposer entre les mains des commissaires nommés ad hoc. (Arrêté.)

[Châles prononce un long discours pour établir que les hommes de la liévolution doivent rester fidèles à l'esprit de Marat. Il se plaint que les fonctionnaires fassent la cour aux ministres. 11 attaque vivement les représentants en mission, qu'il accuse de ne s'occuper que de vivre en bonnes relations avec les généraux et les officiers. — Un membre déclare qu'il a vu Châles en conversation avec un aristocrate, Nanteuil de la Narville, administrateur des postes. — Auvraij demande que Destournelles, ministre des contributions publiques, présent à la séance, explique pourquoi il a conservé des aristocrates dans les administrations qui dépendent de son ministère. — Destournelles réi)ond (pi'il ne sait par qui les remjtlacer. Il dit notamment :]

Un homme qui appartenait à mon prédécesseur Clavière, qui lui

[28 .luiLLET 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 319

servait de secrétaire, et qui peut-être avait sa confiance, m'est devenu suspect par cela seulement; je lui ai dit que je nommerais à sa place ; il s'est retiré ; je n'ai trouvé personne encore pour le remplacer.

Veut-on me désigner celui que je dois prendre? Je ne crois pas qu'il entre dans l'intention de la Société de me nommer un secrétaire ; il est une responsabilité attachée à ma place, et je ne crois pas qu'il soit possible de me donner des agents dont je serais responsable; il faut m'ùter ce lien, si l'on veut que je me serve des agents qui n'ont pas ma confiance, d'hommes dont je ne suis pas sur.

Vous me regarderiez comme un être pusillanime et peu digne de mes fonctions, si j'étais capable de me laisser influencer à ce point. Je vous déclare que je suis Jacobin et que je saurai mériter ce titre.

[Brichrt rr|)liquo que Dcsfournellcs élude la question (ju'on lui a posée. — Desfieux affirme que Dostournollcs lui a assuré que son premier soin, en entrant au ministère, serait d"éi)uier les Inireaux et les aihninisli'afions.]

C... — Je demande que le ministre soit invité à destituer maintenant tous les commis de ses bureaux, dont le patriotisme lui est suspect.

Plusieurs voix. — Non, non ! Nous le surveillerons. Point d'invitation !

Destournelles. — J'aime mieux reconnaître que de contester ce que vient de dire Desfieux... Je ne m'en souvenais pas. (J/u;v/a«'es.)

Non, je ne m'en souvenais pas ; j'ajouterai même que dans ce moment je n'en ai aucune idée. {Desfieux applaudit du geste.) Et ceux qui me connaissent savent que je ne mentis jamais. Desfieux convient qu'il ne veut pas m'inculper ; mais, le voulût-il, son exposé seul contient ma justification.

Le ministre entre dans le détail de sa vie depuis la Révolution, fait voir qu'à la Commune il a passé les nuits pendant trois mois, a tenu constamment la sonnette, qu'un jour il fut foulé aux pieds et manqua perdre la vie, victime de son dévouement et de son patriotisme, etc.; que, dans d'autres administrations qui lui furent confiées, il avait toujours rempli ses fonctions de manière à mériter l'estime et la confiance de ses concitoyens, et que ses sentiments seuls l'avaient porté au ministère qu'il occupe en ce moment. Ces faits sont reconnus par tout le monde.

Il continue : « Depuis que je suis au ministère, non seulement je n'ai pas changé de méthode, mais un homme que j'avais résolu de réformer, m'avant envové sa démission avec des formes insolentes,

;t20 S0CIKT1-: DES JACOBLNS [28 .iriLucr 1703]

je lui onlonnai de rester à son poste, jusqu'à ce que le Conseil Teùt jugé indispensable, et qu'il eût subi sa révocation. »

Le Président rappelle au ministre que la Société n'eut jamais l'intention d'enjoindre aux fonctionnaires publics de se servir de tels ou tels, que sa vie privée et publique jusqu'à son avènement au ministère offre plus d'un trait que les patriotes applaudiront avec plaisir, que la Société se réserve le droit de le juger avec le public, selon la manière dont il se conduira désormais.

Un citoyen demande à ajouter de nouveaux faits.

On réclame l'ordre du jour de toutes parts ; il est adopté.

Le Ministre de la marine repousse les inculpations dirigées contre lui ; il démontre que, s'il eût fait sortir, comme on lui reproche de ne l'avoir point fait, la flotte du port de Toulon, elle était prise à coup sûr par deux flottes, bien supérieures en force, qui croisaient dans ces parages.

[Une di'putation de la section des Lombards vient lire une lettre qu'elle a reçue de Lille et qui démontre que le général La Valette est un traitre.]

La séance a été levée à dix heures et demie.

CXXYIII

PRÉSIDENCE DE SIMOXD

Girard lit une demande que fait à la Société Lulier, procureur [général] syndic du département, au nom de l'Université, pour qu'elle veuille bien, le 4 août prochain, lui prêter sa salle pour la distribution des prix. C'est le local le plus propre à inspirer à ces jeunes gens l'amour de la République et de la liberté ; ce n'est que là que peut se célébrer dignement cette cérémonie d'émulation, qui assure à chacun le prix et la récompense de ses talents ou de ses vertus.

[Maisonpierre présente à la Société un nouveau modèle de chevaux-dcfrisc. — Un officier autrichien, qui a déserté et qui se trouvait à Arras avec trois cents de ses comjjagnons, a appris l'arrêté du ministre qui ordonnait que les déserteurs ne seraient employés (ju'en Vendée. Il prie la Société de lui donner des défenseurs officieux pour appuyer auprès du ndnistre la demande (jue lui et ses camarades font d'être employés dans l'armée de Vendée. — Robespierre s'y oppose ; il invite les républicains à se méfier des déserteurs

[29 .luiLLET 17!J3j SOCIÉTÉ DES JACOBINS 321

cl demande qu'on envoie une dépulalion au maire de Paris et au commandant général pour les inviter à l'aire arrêter tous les déserteurs étrangers qui sont dans la caj)itale. — Buhem. Benuird, Hassenfi-atz jtarlent successivement j)0ur appuyer la j)roposition de Robesjjierre.]

U)î citoyen avertit que déjà il s'est fait, dans toutes les sections, des recherches qui n'ont pas été infructueuses, et que pUisieurs hommes justement suspects ont été arrêtés; on les continuera jusqu'à ce qu'elles soient entièrement purgées, et l'on espère que les autres sections [sic) ne négligeront pas de suivre cet exemple '.

Auvray déclare que la section du Mail, malgré les instances qu'on lui a faites, n'a pas encore voulu étaijlir de Comité de salut public, parce que cette section est le repaire des brigands, des conspirateurs, des aristocrates de toute espèce, qui s'y retirent pour n'être pas tourmentés. On y trouvera des Charlotte Corday, des monstres écumants de rage, qui n'attendent que l'instant favorable pour tomber sur les patriotes et les égorger.

On met aux voix la proposition de Robespierre, tendant à ce qu'il soit envoyé au maire de Paris et au commandant de la garde nationale parisienne une invitation de faire arrêter tous les déserteurs.

Elle est arrêtée.

Un citoyen observe que des citoyens, qui viennent dans le sein de la Société avec confiance et en quelque sorte sous ses auspices, ne doivent poiut y être inquiétés par la police, qui d'ailleurs n'a pas droit de se mêler dans la Société.

JJufourny soutient que l'arrêté n'est point pris, puisqu'il n'a point été entendu, et que, fùt-il pris, il faudrait le rapporter.

[Robesplerrr répond ([u'il voit dans la Société « beaucoup de mines autrichiennes '>. On Tapplaudil.

Hassenfruiz se plaint véhémentement des motions incidentes, qui toujours écartent la Société du véritable objet intéressant et salutaire qui devrait l'occuper en ce moment. « On ne veut point, dit-il, avoir un ordre du jour, et cependant la diversité d'objets, et quelquefois leur inutilité, rend cette mesure de jour en jour plus nécessaire, v

Il avertit qu'aujourd'hui la Convention s'est occupée du plan d'é-

1. Le 28 juillet, la nouvelle de la capitulation de Mayent^e fut annoncée à la Convention par Basire au nom du Comité de salut public. [Moniteur, t. XVII, p. 328.) Dans la même séance, le Comité de salut public s"était l'ait autoriser à décerner des mandats d'amener et d'arrêt. [Procès-verbal de la Convention, t. XVII, p. 3,34.) En conséquence de cette autorisation et sous le coup de l'émotion produite par la capitulation de Mayence, on opéra, dans Paris, le 28 et le 29 juillet, un grand nombre d'arrestations et de perquisitions.

ÏOME V. 21

Mi SOCIKTK MHS .lAConi.NS '20 .iiii.lf.t 1703]

ducation publique de Michel Le Peletier'. Ce sont là véritablement des mesures de salut public, car la manière dont nous élèverons la postérité sauvera ou perdra notre patrie. La Convention l'a mis à son ordre du jour; demain on le discutera; personne de nous n'est préparé ; on ne s'en occupe point, et la Convention l'aura décrété, peut-être, sans que nous en ayons pris connaissance.

Félix Le Peletier annonce que mille exemplaires du plan d'éducation de Michel Le Peletier vont être distribués aux membres, à leur sortie, et qu'on l'ofifrira mercredi prochain aux citoyens et citoyennes des tribunes, et à tous ceux à qui il est arrêté d'en distribuer.

Châles appuie la proposition d'Hassenfratz, et avertit que peut-être mercredi il serait trop tard. La Convention a mis ce plan à son ordre du jour et a décrété que celui-là seul serait discuté avec les modifications que présentera le Comité d'instruction publique, reconnaissant que le plan de Michel Le Peletier avait infiniment d'avantage sur tous ceux qui lui ont été présentés jusqu'à ce jour.

Un membre de la Convention^ qui vient de commencer un journal intitulé : le Frank en vedette -, fait à la Société l'hommage des quatre premiers numéros.

« Je n'espère point, dit-il, réunir au talent de Marat son énergie révolutionnaire, son incroyable activité, sa perspicacité, et toutes les qualités qui faisaient de lui l'antagoniste le plus terrible de la noblesse, des prêtres et des rois ; mais je tâcherai pourtant d'écrire de manière à ce que l'on me juge digne de marcher sur ses traces. Je demande que la Société veuille me faire passer toutes les dénonciations qui pourraient venir à sa connaissance. »

[Une di'putation de la section de Bon-Conseil domando qu'on hii adjoigne certains membres do la Société, qu'elle désigne, pour aller avec elle proposer dos mesures révolutionnaires au Comité de salut public. — Hébert dit qu'on annonce que Merlin de Thionvillo a été fait prisonnier et peut-être tué lors de la capitulation de Mayonce. Il fait la proposition suivante :]

Je demande, si Merlin court des dangers ou s'il est mort, que tous les prisonniers de guerre que nous tenons en ce moment soient constitués ses otages, et que leur tête nous réponde des attentats commis sur la personne d'un de nos représentants.

DuBUissoN. — L'inquiétude que vient de manifester Hébert au

•1. C'est en eflet dans la séance de ta Convention du 29 juiltet que Robespierre présenta le plan d'éducation publique de Le Peletier. Moniteur, t. XVll, p. 269.)

2. Il s'agit du journal publié par Gutfroy sous le titre de Rottf/ij/f ou le Frank en vedette. Le premier numéro de ce journal parut le 21 juillet 1793. — Cf. Tourneux. B/hî'ogroptue. t. II. n" 10S97.

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f^ujet de Merlin n'est heureusement pas aussi fondée qu'il luirait le croire. Nous avons même quelques espérances flatteuses qu'il a échappé à ses assassins.

Dubuisson entre alors dans un détail circonstancié des événements qui suivirent cette journée. 11 en résulte que les plus fortes probabilités se trouvent en faveur do la fuite et du salut de Merlin. (Applaudisscmeyits.)

[Une lettre do Cambrai annonce qn'nn général a fait arrêter des citoyens qui « lui parlaient le langage du patriotisme ... Sur la proposition de Châles, la lettre est renvoyée au Comité de salut public]

La séance a été levée à dix heures.

rxxix

SÉANCK DC MERCIlKUl ;]1 .H ILIJ-T 17!»;{

PRÉSIDENCE DE SIMOND

[Un cil„!/p>i dit ,p,-o„ aniion.-e .pie ];, capiiiilaliou de Maveuee est démentie. — Jntnbiui Snb,(-.\,„lrr ivp,„i,| «p,,. ,.-,.s| „„ laiiv bniil.'

Escudier demande la parole sur une lettre <lu ministre de la nuirine, et une autre de Toulon qui annonce que, si la flotte fût sortie du port de cette ville, deux escadres espagnoles ou anglaises, qui croisent dans la Méditerranée, s'en seraient rendues maîtresses. '

Jeanbon Saint-André, qui avait la parole, en profite pour dire que le mal dans la marine vient de ce qu'un décret de l'Assemblée constituante donna au ministre de la marine la nomination des officiers de la marine. Ils sont nobles et par conséquent font le mal avec l'intention de le faire.

11 fait eu peu de mots la peinture de l'état actuel de notre marine 11 en résulte que la désorganisation la plus complète la désole aujourd'hui, que les ministres se sont conduits comme des ignorants, sinon comme des traîtres.

Escudier prend alors la parole et dit : « Dalbarade est coupable- J'ai remis à Gouthon les chefs d'accusation que j'ai recueillis contre ce ministre perfide, je les ai signés; je vous répète ce que je vous ai tilt, il y a un mois et demi, contre le ministre de la marine, je vous dis que Dalbarade n'avait nommé que des contre-révolutionnaire^

324 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [31 .iiiLUvr 1793]

que des ennemis de la République dans le port de Toulon, et qu'il avait compromis par là le salut du midi.

[L'orateur dénonce le ooniniissairo-ordonnak'ur de la marine Puissant, Taniiral Trogoiï, le chef d'administration Huon ; il ajoute (juil a i)Orlé ses dénonciations au Connté de salut public, (jui doit en l'aire un raj)i)Ort. — Boilaboli- demande cju'on envoie au nùnistrc de la marine une conunission pour l'inviter à faire une enrpiéte sur les mesures prises pour la défense dans les ports de Brest et de Toulon. — Clidles veut qu'on étende celte enquête à la conduite de tous les administrateurs du Var. Les deux propositions sont chaudement appuyées.]

La séance a été levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE SIMOND

Boissel^ qui prétend que quelques membres de la Société n'ont pas reconnu la nécessité de destituer les nobles, prend de là l'occasion de rappeler combien, au contraire, cette mesure est instante et indispensable.

Valcour à ce sujet rétablit la question, d'abord équivoque, au suje^ des prêtres, qui leur avaient été accolés. On avait confondu leur destitution avec leur anéantissement. Gomme ministres d'un culte quelconque, Valcourt veut qu'on les conserve ; comme agents quelconques d'une administration publique, il veut qu'on les destitue, et qu'alors ils fassent cause commune avec les nobles.

{Desfieux annonce que les armées de la Héi»ublique marchent sur Lyon.]

IL annonce que nos ennemis mettent en usage un nouveau moyen pour dégoûter nos frères des départements de venir fraterniser avec nous. On leur dit qu'à peine arrivés, réunis, la Convention leur ordonnera de marcher sur les frontières.

Il invite ses concitoyens à rassurer chacun de ceux avec lesquels il peut être en correspondance, et, attendu que ce bruit a empêché beaucoup de nos frères des départements d'aller se faire enregistrer, il veut qu'on les engage à remplir au plutôt cette formalité.

Un citoyen ynembre de la Socictc des amis de la liberté et de l'éga-

[■2 AOi-T 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 323

lilé de La Rochelle dit que c'est peut-être l'arrêté pris par cette Société qui a donné lieu à ces craintes. « Mais bien loin,dit-ii, [d'être] l'effet d'une conspiration, il a été dicté par le pur républicanisme, et il serait désirable que toute la République l'adoptât. Ce serait d'engager les gens qui n'ont point de famille à marcher généralement au secours de nos frères; mais on n'a pas prétendu les forcer. La République ne veut que des défenseurs patriotes, et il ne faut pas regarder comme tels ceux qui ont besoin d'être contraints à combattre pour elle. >)

[Palloj/, enfant do douze ans. vient faire part à la Société d'un arnMé, qu'a pris la Société Iratorncllc des deux sexes, d'ériger un buste à Maral et à Le Peletier, et d'engager les Jacobins à assister par députation à l'inauguration qui doit s'en faire dinianclie prochain ; la Convention, la Conununc s'y trouveront (le même. — Le Prrsident ré|)ond (pi'inviter la Société à assister à l'inauguration des bustes de .Maral et I.e Peletier, c'est offrir à la Société de prendre un « nouveau plaisir en faisant face à un nouv(>au devoir ». Il ajoute : << Sans doute ces deux hommes célèbres méritent que leur image comme leur souvenir vive éternellemeiU parmi nous, mais entre .Marat et Le Peletier, il doit rester un vide qu'occupera bii-nlùl le grand honune ipù doit paraître, qui sauvera son pays et donnera la paix en assurant le bonheur du monde. »

Un citoyen relève la dernière phrase du discours du président, et prétend qu'on j)eut lui donner de singulières interprétations.

Sunond, (pu avait quitté le fauteuil, répond qu'il a entendu dire qu'un sansculotte,, un républicain, (pu aurai! le bonheur de sauver sa patrie, mériterait de siéger au nulieu de ces deux victimes de l'aristocratie. — Lcgendre vient expliquer les |)aroles de Simond. Il déclare que Simond a voulu dire que, si les aristocrates devaient tuer un patriote, le jour de la fête du 10 août, comme ils ont tué Le Peletier après le 21 janvier et Marat après 1(> 2 juin, la place de cette victime serait entre les deux héros dont on va inaugurer les bustes. — Simond annonce la capitulation de .Mayence. Il déclare que Ueubell en est l'auteur et ipu' >kM'lin de Thionville voulait résister jusqu'au bout. Il se plaint i|u"il y ait des traîtres jiartout ; il dit entre autres choses :]

Voilà enfin le moment de penser à notre salut ; et comme l'a dit le citoyen le plus sensé que j'aie entendu parler sur la guerre de la "Vendée) ce n'est plus aujourd'hui qu'il faut nous parer d'une vaine pitié, ce nVst plus le temps de faire grâce ; il faut que nous périssions ou que nous exterminions nos ennemis !

Laissons derrière nous tous les principes de philanthropie qui nous ont égarés jusqu'à ce jour, et ressouvenons-nous qu'une véritable humanité est de sacrifier les traîtres à la sûreté des hommes de bien.

Quand .Marat vous disait qu'il fallait égorger tous les coquins, il vous disait de faire la seule chose qui pût sauver les honnêtes gens ; vous n'avez pas voulu le faire, et vous en portez cruellement la peine.

320 SOCIKTK I)i:s .lAC.dlJI.XS [2 aoit I70:5]

C'est vous qu'on jugule, puisque vous avez nourri dans votre sein vos propres assassins, c'est vous qui apprendrez que Thumanité est un crime lorsqu'elle repose sur des scélérats!

Quand le père Duchesne sera ici, je serai aux Gordeliers, dans toutes les Sociétés populaires. Quand il y sera lui même, je reviendrai ici, et tous deux nous répéterons jusqu'à ce que nous l'ayons obtenu : « Chassez les nobles, proscrivez cette race impie qui a juré notre destruction ! »

[Legendre craini ((n'on ne (léôorganise tout en se précipitant ; il rappelle qu'un décret de la Convention permet au ministre de la guerre de rappeler à sa volonté, et sans qu'on })uisse y trouver à redire, tous ceux des nobles ou autres qui lui sont suspects. Il veut qu'on s'en rapporte pour le moment à Bouchotte, (pii est bon patriote. Il veuf qu'on aille droit au 10 août, et qu'après ce jour, nous tombions tous avec nos frères sur nos ennemis de tout genre et que nous lassions une déconliture générale.]

Lejeune demande que les parents des émigrés soient mis en état d'arrestation, que des bouches à feu soient tournées sur la maison qui les contiendra. [Applaudissements .)

Il demande qu'un Comité de la guerre soit établi auprès de celui de salut public, pour y concerter les plans de campagne et tenir la main à leur exécution.

Il annonce que le Comité de salut public vient d'être changé en un Comité de gouvernement^. Cette mesure, devenue absolument nécessaire, par l'apathie ou la malveillance du pouvoir exécutif, est la seule dont nous devions espérer notre salut ; car là le Comité et le Conseil exécutif ne se croiseront plus; la marche sera plus rapide et l'exécution des décrets ne sera plus compromise par les intermédiaires.

[Un membre demande que tous les nobles soient chassés des places qu'ils occupent avant le 10 août. — Un autre membre demande que les mesures de salut jinblic soient discutées dans le secret : il déclare que des espions assistent à toutes les séances des assemblées délibérantes. j

La séance a été levée à dix heures et demie.

1. Cette nouvelle était inexacte. Mais le même jour, Danton avait proposé à la Convention d"ériger le Comité de salut public en Comité de gouvernement. La proposition avait été renvoyée au Comité de salut public, pour eu faire son rapport. Moniteur, t. XVIl. p. 294.

SÉANCE DU DDIANCIIK \ Ai HT 17'J3

PRÉSIDENCE DK SIMÛND

[L'auteur du Pf'/r Xicaise ou l'Anli-Fi'dt'raUsle cl de la Philosophie sociale fait liouiinage de ces deux productions à la Société. — Chabot fait l'éloge de ces deux ouvrages et se plaint (juc, malgré les démarches qu'il a faites au ministère de Tinlérieur, M. Cliampagneux se soit olistiné à ne pas répandre dans la République des écrits aussi utiles (pie ceux-là. L'assemblée arrête la mention civiipie."

Le Préaidenl lit une lettre d'Arles, en date du 20 juillet, qui annonce la déroute complète à Aviynun des .Marseillais, dont il reste à peine un pour porter ù Marseille la nouvelle de leurs exploits. C'est sous la conduite d'Albitte que nos troupes ont remporté cet avantage. Le peuple de Marseille est en insurrection ; il a, ainsi que beaucoup de communes voisines, spécialement Nîmes, accepté lai Constitution. Les sans-culottes triomphent. On dit (pie Toulon est aussi en insurrection. La Société de Marseille va rouvrir demain ses séances; l'esprit public renaît, on guillotine tous les jours des aristocrates et des royalistes.

Une lettre particulière de Lausanne, adressée à Simond, le prévient que les aristocrates sont d'accord de faire accepter unanimement la Constitution, même dans la Vendée. C'est le moyen de conserver leur popularité, d''empècher qu'on envoie des commissaires dans les départements, ce qui empêcherait totalement leurs projets par la hauteur du républicanisme où ils prennent toujours le peuple.

Philippon, député d'une commune du département de Rliéme-et- Loire, annnonce que cette commune, jusqu'ici pénétrée du plus pur républicanisme, vient d'être brissotisée, et il prévient que la lettre de la citoyenne de Lausanne contient de grandes vérités ; que les aristocrates de Lyon veulent aussi accepter la Constitution pour pouvoir fédéraliser en paix leur département, ce qui ne pourrait pas avoir lieu si on soupçonnait leur civisme.

[Chabot exprime le nu'-me avis : il pense que seuls les contre-révolutionnaires peuvent demander l'établissement de la Constitution, dans les circonstances où se trouve la République. Il se plaint que la Montagne se divise et compose bientôt un côté droit dans son sein. Elle ne fait plus rien aujour^

socii^rri-: di-s jacobins [\ aoit i703]

(rimi; depuis long(omi)s elle n'a rien fait pour le peuple. Il passe en revue (lillerenls articles, tels ([ue le code des lois civiles et autres, dont la Convention devait l'aire présent au peuple et (pi'elle néglige avec une aiïectation singulière. 11 prévoit ipie les coniniissaires des sections de la République demanderont une amnistie générale pour le côté droit; il en a vu s'approcher de ces hommes pervers, et baiser fraternellement ces conspirateurs contre la patrie, c II est encore, dit Chabot, d'autres complots : ils acceptent la Constitution, non seulemcîil pour toutes les raisons qu'on vous a déduites, mais spécialement ])0ur arriver à une autre législature (ju'ils se promettent lùcn de remplir d'iiommcs ([ui leur seront dévoués.

« Ils s'imaginent qu'aux législatures i)rochaines, ils pouri'out faire nommer des Brissotins, des royalistes, etc. Ils s'imaginent (pie la Montagne est dès lors perdue et que, sans aucun obstacle, ils livreront au ti'ibunal contre-révolutionnaire les patriotes qui ont fait la révolution; mais ils ont grand tort de s'imaginer ainsi ; il n'en sera rien de tous ces projets insensés, j'en jure par la République! » Enfin Ciiabot conclut ainsi :

« II faut mettre fin à toutes ces discussions qui vous agitent tous les jours. Doit-il exister parmi les patriotes des avis si (UlVéreuts? Réunissons-nous et, de concert, obtenons de la Convention nationale le décret qui seul peut sauver encore notre pays. Faisons, malgré les opjiosants autrichiens, destituer tous les nobles, déporter tous les iirélres et renverser d'un seul coup toute leur coalition.

« Sans doute la liberté des cultes est permise, mais c'est ici surtout qu'il faut expliquer qu'il ne fut jamais permis à leurs ministres de s'immiscer en rien dans le gouvernement, et permettre une religion subversive de tout ordre social, ce serait décréter le poison de la liberté.

« "Voilà encore une mesure essentielle, (ju'il est indispensable d'employer : surveiller les journaux. DestourncUes, à qui l'on ne veut faire aucun reproche de loin, à qui on n'ose quelquefois pas en faire de près, en mérite un bien réel, que je vais lui faire ici : c'est que, malgré les ordres très précis du Comité de salut public, il n'a i)oint purgé l'administration des postes, horriblement composée, et qui retient les journaux patriotes i)0ur laisser circuler les brissotins sans concurrence. Surveillez ces hommes, qui, comme Capet, ont fausse leur engagement. »]

La séance est levée à dix heures et demie.

riiÉSIDENCE DE SIMOAD

Vincent dénonce des représentants du peuple qui, malgré le décret, sollicitent toujours auprès du ministre des places pour leurs protégés, qui tous sont aristocrates.

[o VOLT 1703] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 329

Le Presidenl le somme de nommer les députés qu'il inculpe.

Vincent ne les nomme pas, mais cite Diihem et un autre, pour endormir la Convention, lui faire des rapports suspects et ne se rendre que tard à leur poste.

Vincent, au sujet d'une lettre qui inculpe le ministre de l'intérieur, dit que les postes ne sont pas encore renouvelées, qu'on ne trouve point de patriotes pour en occuper les places.

On lui répond qu'il en est comme du commis de Destournelles, qui, chargé de décacheter ses lettres, ne peut pas trouver de successeur dans Paris.

Aiivraij donne lecture de [tlusieurs dénonciations qui lui ont été faites sur les postes. Les voitures sont mainfenant conduites par des bœufs. Les maîtres de postes exigent 50 francs par poste.

Plusieurs membres ouvrent des avis pour remédier à ces abus.

On parait s'en tenir à celui de Bourdon, qui veut qu'on renvoie au Comité des marchés le soin de pourvoir à cette organisation.

Des drpuli's du Mont-Blanc se présentent et réclament l'admission aux séances de la Société, qui la leur accorde, (|uni(|uils ne soient point porteurs de leurs diplômes, par la raison que, devant traverser les départements des lîouches-du-Rhône et de Hliône-et-Loire, ils n'ont pas dû se munir de pièces qui les auraient fait saisir au passage et retenir prisonniers.

Vincent lave le ministre de la guerre des inculpations dirigées contre lui au sujet de diverses nominations. Il en cite une antérieure (du ci-devant duc du Chàlelet) à son avènement, qu'il a révoquée, parce qu'elle lui était suspecte.

Il reproche à Danton, à Delacroix le décret qu'ils ont provoqué, de faire du Comité de salut public un comité de gouvernement. Il le regarde comme atlenlaloirc à la souveraineté du peuple, comme contraire à la Constitution, comme émané de conspirateurs. Apivs avoir démontré que le Comité de salut pubhc, accaparant tous les pouvoirs, devenait lui-même un pouvoir monstrueux, Vincent veut qu'on s'occupe des moyens d'empêcher qu'un tel décret ne puisse jamais avoir lieu.

Bourdon assure que le soin des assemblées populaires n'est pas de nommer aux places, mais de surveiller ceux qui les occupent. Il ne veut pas que les Jacobins en sollicitent pour eux ni pour leurs amis, mais bien qu'ils se réservent le droit de taire passer au creuset de leur examen le choix des ministres.

\ incent soutient que les Jacobins doivent faire des listes de can-

:VM) SOCIÉTK DKS .lACOBI.XS [3 août 1793^

didals (les hommes qu'ils croient en état d'occuper des places et les présenler au ministre.

Robespierre dit que des hommes nouveaux, des patriotes d'un jour veulent perdre dans le peuple ses plus anciens amis.

Il cite pour exemple Danton, qu'on calomnie ; Danton, sur lequel personne n'a le droit d'élever le plus léger reproche ; Danton, qu'on ne discréditera qu'après avoir prouvé qu'on a plus d'énergie, de talents ou d'amour de la patrie.

« Je ne prétends pas ici m'identifier avec lui pour nous faire valoir tous deux, je le cite seulement comme exemple.

u Deux hommes, salariés par les ennemis du peuple, deux hommes que Marat dénonça, ont succédé, bu cru succéder à cet écrivain patriote. C'est par leurs moyens que les ennemis de l'État se sont persuadés qu'ils nous entameraient encore. L'acharnement avec lequel ils distillent le venin de leur calomnie, au moment où les fédérés nous arrivent de toutes parts, d'autres rapprochements que l'on pourrait faire encore, démontrent leur complicité.

« Il faut vous les nommer; le premier est un prêtre, homme seulement connu par deux actions horribles : la première, d'avoir voulu faire assassiner les marchands, les boutiquiers, parce que, disait-il, ils vendaient trop cher ; l'autre, d'avoir voulu faire rejeter au peuple la'Constitution, sous prétexte qu'elle était défectueuse.

« Le second est un jeune homme qui prouve que la corruption peut entrer dans un jeune cœur. Il a des apparences séduisantes, un talent séducteur, c'est Leclerc, un ci-devant, le fils d'un noble. Il était à Lyon, où il jouait le patriote, lorsqu'on y égorgea l'infortuné Chalier. Il fut en grande partie cause de sa mort. Parti de là, où sa conduite l'avait rendu exécrable à tous les patriotes, il vint à Paris, intriguer, mentir à la Convention ; il vint ici, suivi de quelques hommes imposteurs comme lui, qu'il sut rendre intéressants et qui sont maintenant dispersés; il est associé à Jacques Pioux ; et ces deux hommes, dénoncés par Marat comme deux intrigants, deux émissaires de Gobourg ou de Pitt, qui, pour mieux empoisonner les sources de la crédulité populaire, ont pris pour le séduire le nom de Marat. Ils ne manquent jamais de dénoncer un ennemi bien reconnu du peuple ; ainsi Custine a été dénoncé par eux. Avec des phrases bien patriotiques, bien fort et énergiquement prononcées, ils parviennent à faire croire au peuple que ses nouveaux amis sont plus zélés que les autres. De grandes louanges à Marat pour pouvoir tomber sur les patriotes actuels. Qu'importe de louer un mort, pourvu qu'on puisse calomnier les vivants ? >>

fo AOUT 17'.>:{] SOCIÉTÉ DES JACOBINS X]l

[On (lomande que la Sociélr, vu k' grand nonil)r(' (ralVaires doni olU> csl aintonant suiohargôo, tienne, d'ici au lo de ce mois, séance tous les joui>. (Arrêté. j On demande que les pétitions, qui tiennent heaucouji de temps el empêchent l'ordre du jour, soient renvoyées à dix heures. (Arrêté, i — Bourdon lit, sur les subsistances, un travail qui doit être lu demain à la Convention. Il propose que, dans chaque ville de la Réi)ublique, il soit établi des greniers publics dans lesquels on recevra tous les blés du département ; la nation se rendra jiropriélaire du revenu de toutes les terres, et le blé sera distribué à 11^ 1. le setier. i tl rsl lri''s (ipplau(li.<]

Le créole patriote M'dsccnt, auteur et rédacteur du journal de ce nom, deuiandc à la Société la permission de prévenir ceux de ses souscripteurs qui sont dans la Société qu'il vient de changer de domicile et qu'il demeure actuelleuient rue des Bons-Enfants, n° 12, où il faut désormais lui adresser, franc de port, les lettres d'avis, pa- (}uets, etc., concernant sou journal.

Le prix extraordinaire du papier ne lui permettant pas de diminuer celui de son journal, comme une grande partie de ses souscripteurs le désirent, il i)reud le parti de supprimer le numéro qui paraissait habituellement le matin; du reste, son journal sera toujours soigné et dans les pi-incipes qu'on lui connaît. Le prix sera de o('> i. par an, IVanc de port.

La séance a été levée à dix heures.

SÉANCE DU MARDI G AOLT ITUH

l'KKSIDli.NCE DE SIMU.ND

[Un niriitlnc raconte (ju'aujourd'hui, en sa présence, un citoyen, prêt à être ])0urvu d'une place, lut interrogé s'il était jacobin et répondit que non, que peul-iMic ce serait un obstacle à sa nomination. .le demande, ajoute le citoyen, que la Société fasse une enquête afin d'établir si cette rétlexion n'est pas l'indice d'un comiilot tendant à discréditer la Société. j

Un citoyen des départements vient ajouter une preuve de plus à toutes celles qui existent de l'astuce et de l'hypocrisie des prêtres, de la crédulité ou de la friponnerie de leurs sectateurs. On observera que ce sont des prêtres réfractaires, car les autres n'ont pas autant de front. A..., un évéque, disant la messe, faisait sortir de la sacristie un pigeon blanc, qui, instruit à voltiger sur l'autel, était pris

332 SOCIÉTK DES JACOBINS [6 août 1793]

pour l'esprit saint ; tous ceux de la clique criaient au miracle, et il demeurait constant dans la ville (jue l'évèque avait reçu une visite de la troisième personne de la Trinité. Il demande des mesures sévères contre les caloltins.

[Un ciloyen do VcrsaUlcs dénonce radniinistration des icmontes et messageries, qui ontiTticnl mal ses chevaux. La Société nonniie des commissaires pour accompagner à Versailles le dénonciateur, afin de vérifier par eux-mêmes les qualités et mesures des fourrages, et ensuite en rapporter au ministre de la guerre.

Bourdon avertit ipril a lu aujounriiui à la Convention son jirojet sur les subsistances, qui, s'il est adopté, nous fera manger le pain à deux sols la livre, sans crainte d'en manquer jan)ais. La Convention en a décrété l'impression et la discussion pour vendredi. Bourdon demande ([u'on s'en occupe jeudi soir. (Adopté.) — Gaillard fait décider qu'on distribuera le projet de Bourdon aux membres de la Société.]

Bayer, commissaire des assemblées primaires, prononce un discours écrit, dont la Société vote à l'unanimité, et au bruit des applaudissements les plus flatteurs, l'impression, la distribution aux membres de la Société, aux députés des assemblées primaires, aux citoyens des tribunes, et l'envoi aux Sociétés afTiliées '.

lîoyer demande en outre que les commissaires des départements puissent se réunir aux Jacobins, avec qui ils veulent sauver la République, afin d'en discuter ensemble les moyens. Il faut qu'ils remportent chez eux des idées consolantes, qu'ils auront puisées dans l'énergie et la volonté qu'ont tous les Jacobins de sauver la République.

Un autre commissaire des assemblées primaires prend la parole pour démentir, en son nom et celui de ses collègues, une demande aussi faite en leur nom, ce matin, à la Convention, d'un local pour leur réunion ; ce n'est qu'aux Jacobins qu'ils veulent se réunir, et ils ne connaissent que deux rendez-vous dans Paris, la Convention et les Jacobins.

Sur la motion d'un commissaire, la Société arrête qu'elle invitera tous les députés commissaires à se réunir demain aux Jacobins pour rédiger à leurs frères arrivants une adresse qui leur apprenne à tous leurs devoirs.

Un ciloyeyi commissaire demande qu'on engage tous les députés

1. Société des Amis de la Liberté et de l'Ér/alité, séante aux Jacobins, rue Saint-Honoré. Discours prononcé dans la Société des Jacobins, le 6 août 1793, l'an H de la République, par le citoyen Claude Royer, envoyé de Chalon-sur- Saône à la grande réunion des Français, le 10 août. Paris, imprimerie patriotique et républicaine, s. d., in-S" de 8 p. — l?ibl. nat., Lb 40/7(i:5.

[6 AOUT il'.)-.)] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 333

commissaires à marcher en masse après le 10 août sur les rebelles. On passe à l'ordre du jour.

[Uti vieux in'dilaii'C prononce un longs discours. Il raconte que le lieutenant-conimandant le o'^ dépôt de cavalerie à Auch Ta fait réi'ornier, sous prétexte qu'il était estropié par une chute de cheval, mais en réalité i)arce qu'il tenait des discours patriotiques et parce qu'il demandait que les officiers des troupes de ligne fussent élus par leurs soldats, comme les officiers des volontaires. On ne lui a donné aucune indemnité de retour, do sorte qu'il a été obligé, i)Our vivre en route, de vendre « tout son butin ». Après avoir fait le récit de ses malheurs, il déclare que nous avons été trahis dans la Vendée, à Maycnce, à Valenciennes. « Nous ne nous sauverons, dit-il, ([n'en nous levant tous contre l'cnnomi, à rcxcmi)le des départements du Nord. » Il a fait transmettre cette proposition aux représentants en mission à Tours, par la Société l>opulaire, lors de son passage dans cette ville, mais il n'a i)as reçu de réponse, i.a Société arrête que le vieux militaire recevra du président l'accolade fraternelle, et qu'il aura des défenseurs officieux pour obicnir un eniph)i du ministère de la guerre.^

in citoyen, après avoir déclaré qu'il est impossible de se procurer des nouvelles sûres dans les départements et que les décrets qui y arrivent ne sont point exécutés, propose d'envoyer la minute des décrets et le Bulletin de la Convention aux chefs-lieux de départements, en leur enjoignant de les répandre dans toutes les communes.

[Un député (le la Suciété îles Jacoljins de Bastia vient apporter aux Jacobins de Paris les félicitations de leurs frères de Bastia, et les exhorter à agir sur le Conseil exécutif pour qu'il débarrasse la Corse du « tyran » Paoli. — Un député des assemblées primaires demande qu'on accorde une indemnité de voyage pour les citoyens envoyés par les assemblées primaires des départements ; sans cela les riches aristocrates viendront seuls à Paris pour le 10 août; les sans-culottes, qui sont ])auvres, resteront chez eux. La (pieslion sera examinée à la prochaine séance.]

La séance a été levée à di.x heures.

CXXXIY

PRÉSmENCE DE SIMOND

Portallier rend compte de la mission dont il fut chargé et dont il s'est acquitté auprès des commissaires des départements réunis dans

X\'t SOCIÉTÉ I)i:s .lACOni.NS [7 Aorr 1703]

la bibliothèque des Jacobins. Il leur demanda, au noui de ses mandataires, de s'unira eux et leur réponse fut de le suivre. (Applaudi.)

Un ciloyen commissaire demande qu'une adresse soit faite aux départements pour leur dessiller les \eax sur les calomnies qu'on a ré- |iandues contre les Parisiens, et pour qu'on ne puisse pas dire qu'ils l'ont influencée ; il demande que le président et les secrétaires des commissaires des départements se retirent en la salle de leurs séances pour la rédiger.

Un citoyen observe qu'elle est déjà faite et en demande la lecture.

Un envoyé du département de Seine-et-Marne raconte qu'à la porte des Jacobins, un homme lui demanda, ainsi qu'à son collègue, s'il était commissaire de département. « Oui », répondit l'orateur. « Et vous allez aux Jacobins? » répliqua l'autre. « Oui. » « Vous ignorez donc qu'il y a une insurrection ? » « Voilà, dit l'orateur en se tournant vers son camarade, un scélérat qu'il faudrait arrêter! » Alors l'autre s'esquiva, et l'on ne put le rejoinrlre.

L'orateur observe que la ville de Paris renferme beaucoup de ces hommes pervers. Il invite la Société à les surveiller avec exactitude, et les commissaires des sections à faire tous leurs eflbrts pour les éclairer de près et s'en saisir.

Royer fait la lecture de l'adresse des commissaires aux départements '.

L'assemblée était si nombreuse et le bruit si grand que l'orateur fait la motion qu'on n'accorde la parole qu'à ceux qui se seront fait inscrire au bureau. [Adopté.)

Un orateur, qui s'abandonnait un peu à l'enthousiasme, provoque cette déclaration de la part du président, au noui de l'assemblée, que plusieurs citoyens qui n'ont pas le talent de la tribune, mais qui ont à dire des choses extrêmement intéressantes et que la France entière ne doit pas ignorer, doivent avoir la parole de préférence à des orateurs qui n'ont que de l'éloquence et des discours fleuris.

On met aux voix l'adoption, l'impression, la distribution aux membres, aux tribunes, aux Sociétés populaires de l'adresse aux départements du citoyen Royer. {Adopté à l'unanimité.)

Bobespierre, au bruit des applaudissements, monte à la tribune et dit : « Les envoyés de la République française viennent de sauver la

1. Nous ne reproduisons pas le texte de cette adresse, parce qu'il est conlorme à celui qui est donné par le Moniteur, t. XVII, p. 374: elle fut lue par Royer à la Convention le 42 août 1793. En voici le titre : Les envoyés de toutes les sections du peuple à la grande réunion des Français à Paris, le 10 août, à Ions les braves sans-culottes de la République, salut.

!7 AOUT ITOU] SOCIETE DES JACOBINS 33b

patrie ; l'acte qu'ils viennent de faire est le garant immortel de la liberté, il est la réponse à quatre ans de calomnies qui ont manqué perdre sans retour la République.

« C'est le quatrième démenti qu'ils donnent aux espérances coupables des coupables ennemis du peuple.

« Le premier est lorsqu'en 80, ils se rangèrent, malgré les intrigues des ordres privilégiés, les ordres impérieux d'un despote, sous l'étendard de la liberté naissante.

« Le second est lorsqu'au 10 août, malgré le soin des traîtres qui croyaient avoir séduit la majorité des sans-culottes, ils surent déjouer leurs combinaisons astucieuses en marchant en masse pour écraser le tyran.

« Le troisième est lorsqu'à la voix des législateurs, ils surent repousser le fédéralisme que leur insinuaient adroitement les plus perfides et les [dus scélérats des hommes.

« Le quatrième est en venant aujourd'hui confondre avec nous leurs vonix pour la patrie et ajouter leurs efforts à ceux que nous déployons sans cesse pour le maintien de la République et l'anéantissement des conspirateurs. »

Il applaudit à l'adresse présentée par Rover ; il invite les envoyés de la République à venir en faire Thommage à la Convention et leur promet qu'elle en ordonnera l'insertion dans son Bulletin et l'envoi dans tous les départements de la République' ; il se plaint du temps qu'emploie la Société en choses inutiles, par exemple à la correspondance, dans un moment où elle ne doit avoir en vue que le salut public.

il se résume en demandant (ju'on mette aux voix les deux propositions suivantes :

i" Que pour donner à l'adresse tout le poids et l'authenticité possibles, elle soit présentée à la Convention pour èlro distribuée au peuple sous ses auspices.

2" Que, négligeant désormais la correspondance et tous les objets les moins intéressants, on ne s'occupe que du salut public, qui ne peut être traité plus dignement que par les envoyés réunis de la République entière. Adopté unanhnenienl .\

L'adresse sera lue demain à la Convention, à onze heures, jjar le citoyen Royer.

Un envoyé des départements demande qu'on n'accorde la parole qu'aux envoyés et qu'on en prive les Parisiens.

1. Cette adresse fut en effet imprimée à part par ordre de la Convention. — Bibl. nat.. Lb 41/3224, in-4°.

336 ^ SOCIÉTÉ Di:S .lACOHlNS [7 agit 1793]

Aprrs un long murmure, on la réclame pour Robespierre.

Robespierre dit : « C'est avec regret que je me vois forcé de prendre aujourd'hui la parole ; mon devoir était de me taire et de laisser parler les citoyens qui, avec moins d'habitude de la parole, ont apporté ici l'intention et les moyens de sauver la chose publique, mais j'atteste les citoyens qui me connaissent que la nécessité seule de vous entretenir du salut public a su m'y engager en cet instant. »

Il établit que les ennemis du peuple n'ont jamais pris de mesure plus adroite pour perdre la patrie, que d'attribuer aux plus chauds amis de la liberté leurs propres crimes.

Il prouve que le cabinet de Saint-James, qui a des agents dans toute la République, et spécialement dans tous les ports de mer, a la plus grande part dans tous ces complots.

Il annonce des nouvelles désastreuses, qui, dit-il, ne doivent pas effrayer les républicains, parce qu'ils ne doivent s'effrayer de rien, parce qu'un malheur de plus n'est que l'assurance réitérée d'un succès plus constaut.

A Huningue et dans quelques autres villes, des magasins ont été incendiés, et l'on ignore encore, peut-être parce qu'on veut ignorer, si ce malheur est dû au hasard ou à la malveillance.

Tous les moyens sont employés pour occasionner un mouvement en amenant une disette factice. Depuis une quinzaine de jours, il est entré à Paris, en subsistances seulement, au moins de quoi nourrir cent mille hommes. On fouiente encore des troubles, et c'est particulièrement vers trois objets que paraissent se diriger les mouvements qu'on provoque. Le premier est de faire piller les magasins par le peuple, ou plutôt par des scélérats déguisés sous l'habit que porte le peuple, sous l'habit respectable de la pauvreté.

Le second, de porter le peuple vers les prisons et d'y renouveler les horreurs de Septembre !. .. Il s'étend sur les maux qu'un tel événement entraînerait sur Paris.

Le troisième est de se porter sur l'Arsenal et s'emparer des munilions de toute espèce.

Il prouve, par des rapprochements qu'il fait de semblables accidents arrivés et manifestés dans certaines villes de la République, que les idées qu'il présente ne sont pas dénuées de probabilité.

Il finit par engager ses frères des départements à inviter le peuple au courage, à la persévérance, par l'aspect du bonheur que lui procureraient son obéissance aux lois, sa confiance dans ses législateurs, son union et son dévouement au maintien de la République.

[7 AOUT 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBDsS 337

Il observe au surplus que les complots qu'il vient de dénoncer auront la même destinée que tous les autres, si tous les citoyens secondent les mesures prises par le maire et le commandant-général de la garde nationale parisienne, qui ont pris dans les circonstances toutes les mesures que devaient prendre deux, véritables amis du peuple pour le mettre à Tabri de l'attaque des ennemis.

[Le Président déclare que le dépouillement du scrutin porte à la présidence Robespierre l'aîné, et au secrétariat Hébert (le Père Duchcsne), Félix Le Peletier et Raisson.

Un citoyen, en applaudissant aux mesures proposées par Robespierre, demande que chaque cullivatcur soit tenu, pour cette année seulement, de payer en grains sa contribution jiubliquc ; tout ce qui excédera la quantité dont chaque dé{)artement a strictement besoin pour sa subsistance sera déposé dans des greniers publics, d'où on le distribuera au peuple à un prix très luodéré et toujours au-dessous do la taxe ordinaire des marchés. Et pour seconde mesure, dit-il, il faut que la ville de Paris, dont lintluence morale s'exerce dans toute la République, dénonce tous ces journalistes faméliques et honteux, qu'on paye à tant la calomnie ou la perfidie pour déshonorer la Révolution ou la faire haïr à ceux dont elle assure le bonheur. L'orateur demande enfin ([u'on réciuisitionne tous les fusils de chasse.

Muras demande que le citoyen qui vient de ijurlcr rédige une adresse dans laquelle il exposera ses propositions; cette adresse sera présentée à la Convention par la Société. — Un uiembre s'étonne de voir encore aux séances de la Société Maras, qu'il a dénoncé il y a quinze jours, i)Our avoir pris la défense de Cusline et pour avoir dit que Boucholte était un imbécile. — Maras avoue ce dernier fait : il s'élève des clameurs contre lui. lùifin, Giot parvient à se faire entendre et demande que Maras soit chassé à l'instant de la Société. — Maras essaie de se justifier; les cris couvrent sa voix; les citoyens des tribunes le huent. De tous côtés, on demande que son expulsion soit mise aux voix; elle est votée, et comme Maras ne se disposait point à sortir, un ciloi/rn demande qu'il soit invité aux honneurs de la porte.]

La séance a été levée à dix heures et demie.

PRÉSmENCE DE SDIOND

Cette séance offre le même intérêt que les précédentes. Nos frères des départements, confondus avec nous, n'ont qu'un même esprit, qu'une même âme. Comme nous, ils ne forment qu'un vœu, le bonheur commun.

T.j.ME V. ' 22

338 SOCIKTK DES JACOBINS [8 août 1703J

Les discussions de peu d'importance, les affaires particulières, la correspondance, sont éloignées pour ne s'occuper dans cet instant que des grandes mesures de salut public et des moyens de consolider la République naissante. La destitution des nobles, des privilégiés, le renouvellement des administrations corrompues, la surveillance la plus active sur les ministres du culte, le moyen de les rendre enfin citoyens, la nécessité de s'occuper de l'instruction, sans laquelle il n'y a point de liberté, sont à l'ordre du jour *.

[Darlif/oeyle dit qiril l'aiiL surveiller « les adiiiinislralcurs gangronrs de tous les départiMiicnts et districts »; il ajoute qu'il l'aut surtout s'attaquer aux prêtres: « C'est là qu'il laut porter la hache de la réforme ou plutôt de l'extirpation. » Enhn, il demande que les Jacobins aillent demain à la Convention réclamer la destitution de tous les nobles. — Un membre de la Société populaire de Limoijes donne lecture d'une adresse dans laquelle cette Société exprime son attachement à la Société des Jacobins. — Un membre dit que le délégué (ju'on vient d'entendre est le directeur de la poste à IJmoges et (' qu'on l'accuse d'avoir négligé la surveillance à lui recommandée des lettres de la Montagne ». — Léonard Bourdon propose et la Société arrête de désigner six commissaires })our entendre l'accusé et le dénonciateur, et l'on revient à l'ordre du jour, qui est le salut public. — On reçoit plusieurs Cordeliers, membres du corps électoral, qui sont sur le point de se rendre dans les départements pour y presser la fabrication des piques décidée par le ministre Bouchotte. — Léonard Bourdon « fixe l'animadversion de la Société sur les administrations de départements; d'après lui, elles sont pleines de fédéralistes et d'aristocrates. Il dénonce les i)rêtres et déclare qu'il ne faut tenir pour patriotes que les prêtres mariés. Il ne connaît qu'un seul évèquc digne de res])ect : c'est Thomas Lindet, évèque de l'Eure, qui est père de famille. Il ajoute enfin qu'il faut être ennemi de la Répul)li(juc i)Our demander que la Convention se séjiare en ce moment. <> Maintenant, dit-il, il ne faut que redoubler de courage, travailler sans relâche à aiïermir la Constitution, et, au mois de mai prochain, il nous sera permis de penser à la législature prochaine. >■> Enfin, il demande « qu'après le 10 août, tous les envoyés se réunissent et votent ensemble une adresse à la Convention, dans laquelle ils lui demanderont définitivement l'expulsion des nobles, le changen)ent et renouvellement des administrations, la nomination aux places sacerdotales de prêtres mariés seulement ». L'orateur est applaudi. — Simond réplique qu(> « changer les administrations n'est pas guérir le malade, c'est seulement lui faire une saignée >■>. Le vrai moyen de rendre le peuple heureux, c'est de l'instruire. Répandez l'instruction, dit l'orateur, (( alors tomberont d'euxmêmes les administrateurs et les administrations ; alors tomberont et le célibat, et la prêtrise, et les costumes, et toutes ces manières sales de se mettre qu'avait inventées le fanatisme pour augmenter la superstition. » — Lambert, soldat de l'armée du Nord, vient dénoncer Dampierre : comme ses paroles

1. Nous avons cru devoh' reproduire cette vue générale de la séance du 8 août, qui forme le début du compte rendu [donné par le Journal de lu Montagne.

st'inblcnt suspectes, il est arrêté et conduit au Comité de sûreté générale.

Félix Le Peletier demande à lire les réponses qu'il a rédigées contre les objections faites au plan d'éducation de son frère. Cette lecture est renvoyée à une autre séance.

Un citoi/eii fait la motion que la Montagne ne se sépare point avant d'avoir sauvé la République. Arrêté à l'unanimité. — Royer appuie les propositions présentées par Simond : d'ai)rès lui, il ne faut pas changer les administrations, car on pourrait croire « cpie les Jacobins, en s'arrogeant le droit de faire ou défaire les administrateurs, ne sont jamais contents qu'ils n'aient j)lacé toutes leurs créatures ».]

Cette séance, une des plus belles qu'aient eues les Jacobins depuis l'arrivée des envoyés des assemblées primaires, a vu doubler son intérêt par la réunion touchante de plusieurs membres qui avaient i:)aru d'abord divisés.

La séance a été levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE SIMOND

[Sambai fait lecture d'une lettre de Lyon, en date du 2 aoùl, ipii contient les renseignements suivants : les intrigants de l.yon ont remplacé les patriotes qui avaient été désignés pour assister à la fête du 10 août par des contre-révolutionnaires. Kcllermann, qui doit assiéger Lyon, est le complice des muscadins. — Dcsfieux proi)ose qu'on réclame la destitution et la mort des traîtres. — Un citoyen demande qu'on comprenne parmi les traîtres Kcllermann, dont le père vient d'être arrêté à Dunkerque, parce qu'il était sou|)çonné de rapports avec l'ennemi.

Un citoyen demande à communi([uer un grand complot. — Le Président lui fait ol»server qu'il ferait mieux de ne pas révéler publiquement les faits qu'il connaît et d'attendre qu'on ait nommé des commissaires pour recevoir sa plainte. \.c dénonciateur demande cpi'on adjoigne aux conunissaires six délégués des assemblées primaires, attendu ([ue le conq)lot concerne les délégués des assemblées primaires.

Le commissaire chargé d'aller interpeller la section de la Butte-des-Moulins sur l'arrestation de Mazuel vient annoncer à la Société que cette section a reconnu son erreur et que Mazuel est en liberté. (Applaudi.)

Félix Le Peletier engage les députés des assemblées primaires à se réunir denuiin, trois heures du matin, à la place de la Liberté, à la Bastille, pour nommer leurs plus anciens d'càge, qui doivent boire dans la coupe, à la fontaine de la nature, i)uisqu'ils ne se sont pas réunis aujourd'hui aux Champs- Elvsées.

340 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [9 agit 17<»3]

Lêchard ollVo à la Soi'iôti' do lui iairo lire par le jeune Pailoy un discours sur les ciroonstancos actuelles.

Le jeune Paltoy lit un long discours, dans lequel il célèbre la défaite des « intrigants » et l'union des patriotes de Paris et des départements, qui vont célébrer tous ensemble Tanniversaire du 10 août.

Hanriot, puis Hébert^ viennent assurer que la fête de demain ne sera pas troublée par les conspirateurs.]

La séance a été levée à dix heures et demie.

PRÉSIDENCE DE SIMOND

Desfieux, au sujet d'une lettre de Bordeaux qui se plaint de la cherté du pain, rappelle à la Société une motion de Chabot à la Convention pour que le pain soit réduit dans toute la République au prix de trois sous la livre.

Un membre s'élève avec force, non contre cette loi, mais contre son acceptation sans discussion; car dans certains départements, où le pain ne vaut que six liards la livre, il ne s'en trouverait pas pourtant assez pour l'établir au prix de trois sous dans les autres départements. Il demande donc que la Société nomme dans son sein une commission, qui s'entendra avec les envoyés des Assemblées primaires pour savoir d'eux à quel prix est le pain dans leur département et voir quel moyen plus efficace on pourrait emjjloyer pour répartir avec un juste équilibre dans tous les départements la valeur de cette denrée.

Un citoyen prétend que rien n'est plus aisé que de fixer le prix du pain ; il donne quelques moyens qui paraissent n'atteindre pas ce but.

Un autre veut qu'on mette un impôt sur les richesses et le luxe, et propose de faire payer à celui qui a -40,000 livres de rente le pain quarante sous la livre, plutôt que d'en laisser manquer au peuple à trois sous.

SiMOND. — Quand le capitaliste a plus d'intérêt à soutenir l'agioteur que le cultivateur, il devient usurier; il tue l'agriculture en s'isolant d'elle, car l'agiotage est son plus terrible ennemi; il faut nécessairement ôter à la première ce que l'on accorde au second.

Trois choses ont contribué à la cherté des subsistances : le peu de confiance qu'on eut d'abord aux assignats, la latitude accordée à l'agiotage, et la mauvaise tenue, la conduite criminelle [des membres] de l'administration des subsistances, qui (et ceci est spécialement à la connaissance de nos frères des départements) sont tous des valets de l'aristocratie, ou du moins des gens qui semblent payés par elle pour faire tout le mal qui dépend d'eux.

La preuve de ce que j'avançais tout-à-l'heure est que, lorsque, dans un état quelconque, on est parvenu à faire monter l'intérêt de l'argent à 5 0/0, on a toujours vu les terres et les immeubles baisser considérablement. Quand au contraire on fait baisser ce même intérêt, on l'a réduit à 4 0 0; alors ces mêmes immeubles sont devenus plus chers.

Simond veut qu'on nomme, comme l'a déjà proposé un citoyen, une C(jmmission pour examiner les mesures les plus propres à prendre en cette occasion pour que le peuple jouisse enfin de la diminution qu'on lui promit dans les subsistances.

Tallien a[)piiic cette dernière mesure et y ajoute que c'est maintenant des Autrichiens et des autres ennemis extérieurs qu'il faut s'occuper, que c'est là (pril laiil i».)rter ses efforts. Il propose quelques mesures de résistance.

[Robcspicrve i)rononcc un long discours pour établir que tous les généraux sont des complices de Dumouricz, que les places fortes dont les ennemis se sont emparés ont été livrées par des traîtres, enfin que les revers dont la Rcpulilicpu' est accablée s'ox|)liqucnl par un i)lan général d(> trahison. Si ces mallu'urs nous sont arrivés, c'est parce que les criminels restent impunis, cl l'orateur se plaint dos formalités cpii relardeul la condanuiation do Custine. Il dit :]

Au bout d'un mois, un jugement interlocutoire survient, qui renvoie à Cambrai pour chercher une correspondance dans lai{uelle il y aura, dit-on, les preuves nécessaires pour le sauver. C'est ainsi dans une ville qu'il allait livrer qu'on va chercher la preuve de son innocence !

C'est avec cette lenteur des anciens Parlements que procède maintenant le Tribunal révolutionnaire ; c'est avec ces formes chicanières et insidieuses qui distinguèrent toujours notre barreau. Encore le Parlement jugeait-il en quatre jours un homme convaincu d'un meurtre ! Et cet homme qui, depuis quatre ans, assassina trois cent mille Français, ne trouvera pas de preuves qui le condamnent ! Il est innocenté, l'assassin de nos frères ! Il assassinera toute la race humaine, et bientôt il ne restera que les tyrans et les esclaves ! {Non! Non! s'écrie-t-on de toutes parts.)

342 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [11 aoit 1703]

Savez-vous quel moyen emploient nos ennemis pour l'arracher à la juste vengeance du peuple? On veut l'intéresser à son existence en surprenant sa compassion.

On ne résiste point aux pleurs d'une femme intéressante; des femmes se jettent aux pieds du premier venu pour implorer sa grâce. Et nous autres, sans-culottes, n'avons point de femmes qui nous arrachent à la mort, lorsque les conspirateurs de Lyon nous poussent par centaines sous le couteau de l'assassin !

A''oilà l'homme qu'épargnera votre Tribunal révolutionnaire !

Tous les chefs des conspirations, Stengel, Miranda, plusieurs autres, excepté Miaczynski, le moins coupable de tous, et celui peutêtre à qui l'on aurait dû pardonner après avoir immolé les autres à la justice vengeresse des lois, tous ont éciiappé !

Des interruptions fréquentes avaient fatigué l'orateur et révolté l'assemblée ; ici elles deviennent si fortes qu Hébert^ président, ne pouvant obtenir le silence et l'ordre, élève la voix et dit : « Robespierre, rappelle-toi que, lorsqu'on dénonça Dumouriez ici pour la première fois, des poignards furent tirés, et peut-être il a des amis encore aujourd'hui parmi nous. On soutiendra son digne émule par les mêmes moyens, mais ils n'intimideront pas les patriotes.

[Robespierre deniando qu'on arrête Ions les suspects. Il conlinue ainsi son discours :]

Il m'échappe quelques réflexions ; la plus importante allait m'échapper ; elle me revient, je vais vous en faire part.

Je ne crains point de le dire : si la Convention nationale existe comme elle existait il y a quelques mois, il faudrait renoncer à la République !

Appelé contre mon inclination au Comité de salut public*, j'y ai vu des choses que je n'aurais osé soupçonner.

J'y ai vu d'un côté des membres patriotes faire tous leurs efforts, quelquefois vainement, pour sauver leur pays, et d'un autre côté des traîtres conspirer jusqu'au sein même du Comité, avec d'autant plus d'audace qu'ils le pouvaient avec plus d'impunité. Depuis que j'ai vu de plus près le gouvernement, j'ai pu m'apercevoir de tous les crimes qu'on y commet chaque jour.

Le peuple se sauvera lui-même. 11 faut que la Convention appelle autour d'elle tout le peuple français ; il faut qu'elle réunisse tous nos

I. Robespierre avait été élu membre du Cumité de salut piddic le 27 juillet

frères des départements ; il faut que nous fassions un feu roulant sur nos ennemis extérieurs ; il faut écraser tous ceux du dedans.

J'ai entendu, j'ai lu une proposition qui a été faite ce matin à la Convention, et je vous avoue qu'à présent même il m'est difficile d'y croire. Si ce que je présume se réalise, je ne croupirai point membre inutile d'un Comité ou d'une Assemblée qui va disparaître. Je saurai m'arracher à des fonctions qui deviennent inutiles.

Je déclare que je me sépare du Comité, que nulle puissance humaine ne peut m'empêcher de dire à la Convention toute la vérité, les dangers que court le peuple, de lui proposer les mesures qui seules peuvent nous tirer de l'abîme qui s'ouvre sous nos pas.

Je déclare que rien ne peut sauver la République, si la proposition tpii a été faite ce matin est adoptée : c'est que la Convention se sépare et qu'on lui substitue une Assemblée législative*. {Xon ! non! s'écrie toute l'Assemblée.)

« Nous avons juré, dit un envoyé des départements, de ne nous séparer que quand la Convention aura décrété des mesures de salut public. Elle ne l'a pas fait, elle ne peut se séparer avant cela. »

Un autre demande qu'elle ne se sépare point avant la lin de la guerre.

Robespierre. — Je n'ai aucune raison pour éterniser la législature actuelle ; tous ceux qui me connaissent savent que je ne désire que rentrer dans la classe de simple citoyen, et que le fardeau d'une administrati.in consécutive de cinq ans est trop pesant pour un seul homme.

Mais la proposition insidieuse qu'on vous a faite ne tend qu'à substituer aux membres épurés de la Convention actuelle les envoyés de Pitt et de Cobourg.

Il finit par faire le tableau des dangers que ferait courir à la République une séparation aussi contraire à l'intérêt du peuple.

[Xai'icr Aiiildiiin drolare iiiril ost, comnio Robositicrro, opposé au romplat'oniont do la Convention par une législature nouvelle. Que faut-il à la Répul)lique? dit Torateur. Des hommes, des armes, des subsistances! On en trouvera au moyen de réquisitions. Il jiropose que la Société fasse planter un chêne sur la place de la Révolution et qu'elle offre, autour de cet arbre, un banquet frugal aux envoyés des assemblées primaires. Ceux-ci applaudissent

1. Au début de la séance de la Convention du 11 août 17!i:î, Delacroix ,d"Eurect-Loir avait fait rendre un décret qui invitait chaque commune à établir une liste des électeurs, et cette mesure avait été présentée par lui comme le prékide d'élections générales à bref délai, en vue de remplacer la Convention par un Corps législatif, conformément à la Constitution nouvelle. Moniteur, t. X\II. p. 366.)

344 SOCIÉTÉ DES JACOniXS [11 août 1703]

Audouin, et cliacun d'eux veut seiT(>r dans ses bras un palriote aussi zélé. — Bernard , pmoyé par le canton de Saint-Benoît (Indre), propose d'établir une fonderie de canons dans un emj)lacement très propice, situé dans son dépaitemcnt. Des commissaires sont désignés pour étudier ce projet. — Un citoyen des départements propose que la Société nomme une commission pour demander à la Convention de décréter les propositions faites i)ar Robespierre et par Audouin. (Arrêté.)]

La séance a été levée à dix heures et demie.

CXXXYIII

PRÉSIDENCE DE ROBESPIERRE

Bouchotte, ministre de la guerre, demande à être admis au nom des membres de la Société. Le Président déclare que la Société fera passer au ministre le résultat de sa volonté*.

Terrasson se plaint qu'on n'exécute aucun des arrêtés que prend la Société. Il demande si on a envoyé, comme Ta demandé Xavier Audouin, des Jacoliins dans les armées pour y voir par eux-mêmes ce qui s'y passe, et en instruire avec certitude et la Convention, et la Société et le ministère, qui ne peuvent pas se fier à leurs courriers.

On lui répond que oui, que douze Jacobins sont partis cette nuit même pour cette mission. On réclame l'ordre du jour : il est adopté.

[Lcjeune annonce que la Convention a décrété aujourd'hui une mesure salutaire, l'arrestation de tous les suspects*. Il demande qu'on arrête les représentants qui ne se sont pas opposés assez énergiquemenl à la capitulation de Valencienncs.]

Il termine par ce résumé : arrestation des gens suspects et des nobles; fabrication des armes par toute la République ; mesures sur les subsistances qui les assurent au peuple abondamment et à un

d. Ce paragraphe est emprunté au compte rendu du Journal de la Montar/ne, t. I, p. 480. — Le Journal des Jacobins donne, à la place du nom de Bouchotte, celui de Pache, qui n'était plus ministre de la guerre depuis le mois de février, et qui depuis longtemps était membre de la Société. — Dans le numéro suivant (n" 472), le Journal des Jacobins répara son erreur dans une note.

2. Le décret dont parle Lejeune fut rendu sur la proposition de Danton, appuyée par Legendre, Moniteur, t. XVll, p. 388.

prix modéré; la prompte punition de Custine, et le jugement définitif de cette femme qui voulut boire le sang des Français et dont la tète doit rouler sur un échafaud. {Applaudi.)

[Tallicn attaque les administrations de département, qui, d'après lui, sont composées de contre-révolutionnaires.]

On était déjà venu dire que la section de la Butte-des-Moulins était assaillie par les aristocrates, que son président avait été insulté ; mais, comme cela arrive souvent dans cette section, on s'était contenté d'inviter les citoyens qui en sont à s'}- rendre.

Ici, un citoyen arrive et s'écrie que les aristocrates y assaillent les patriotes ; il réclame le secours.

Toute la Société se lève par un mouvement simultané : « Nous y allons tous ! » s'écrie-t-on. Effectivement un grand nombre part et le reste allait suivre, quand quelques bons esprits parviennent à les retenir.

Barthélémy demande des commissaires pour examiner deux moulins à poudre qu'il a établis aux Chartreux et qui livrent tous les jours quatre ou cinq cents livres de poudre à canon. [Accordé.)

Iloyer se plaint que la Convention nationale, dans le projet de décret qu'elle se propose, n'a pas l'air de vouloir décréter une levée générale. Un contingent, quebjue nombreux qu'on suppose, ne remplira i)oint le but cpi'on s'est proposé. Il s'attache à prouver que cette mesure est dangereuse, parce qu'elle nous expose à périr en détail ; inutile, parce que le mémo peuple qui marchera avec allégresse, si on le dirige en masse à l'ennemi, se refusera à une levée partielle. Cette idée est développée par Royer avec beaucoup d'énergie et de clarté. Il demande ensuite que les aristocrates soient mis à la première ligne, enchaînés et sans armes, pour éviter les inconvénients d'un sauve qui peut.

Bufourny appuie la demande de réquisition générale de la récolte [sic). Il demande qu'on pèse beaucoup la proposition de se lever en masse, expression sublime qui répond parfaitement à notre enthousiasme, mais qui peut n'être pas aussi exécutable qu'on croit. Il ne s'y oppose pas, mais il exige seulement de grandes réflexions.

[Thirion se déclare partisan d'une levée en masse. Il en présente le projet, puis il demande que, pour faire vivre les armées françaises, on use de réquisitions rigoureuses dans les pays occupés. « Qu'on oublie enfin, dit-il, ce malheureux amour du genre humain qui nous perdit toujours! On reprochait aux Romains d'égorger le genre humain sur l'autel de Li patrie ; nous avons fait le contraire, nous avons égorgé la patrie sur l'autel du genre humain. »

:t'»6 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [12 agit 1703]

Tliirion conclut, à ce quo nous fassions une guerre à mort h nos ennemis, ot (jue nous nous payions sur eux des frais de la guerre. Il engage ses collègues à appuyer les propositions de la levée universelle qu'il se ])roniet de faire demain à la Convention, et des moyens d'en assurer l'exécution. — Bayer et Ir Prrsulrjit l'exhortent à tenir ferme à ce projet, (jui lui a valu les applaudissements (le la Société.]

La séance a été levée à dix heures et demie.

PRÉSIDENCE DE MAXIMILIEN ROBESPIERRE

[Besfieux a[)puie des motions faites depuis plusieurs jours pour nu'ttre le pain à 3 sous la livre dans toute la République. — Un citoyen accuse Garât de négliger obstinément d'envoyer dans les départements des hommes chargés d'instruire le ])euple sur se3 intérêts et de le ramener à la paix; il l'accuse d'avoir écrit aujourd'hui à la Convention en faveur d'un traître, d'un prêtre, d'un brissotin'. Une foule d'accusations s'accumulent contre Garât. On jjropose d'établir une commission de cinq membres pour examiner sa conduite ministérielle. (Arrêfé.) Toutes les i^ièces déposées au Comité de correspondance contre le ministre Garât seront en outre communiquées à cette commission. — On lit une lettre de Douai, annonçant que les Autrichiens traitent les habitants de Valenciennes avec beaucoup de brutalité. « Tant mieux s'écrient l'asscMublée et les tribunes! Ils l'ont bien mérité. »

Ln citoyen de la société de Sézanne vient avertir les Jacobins que sa ville a fait marcher avec ses envoj^és des charrettes de farine, pour qu'ils ne fussent point à charge à leurs frères de Paris. [Applaudi).

Il se plaint que les mesures de salut public proposées par Robespierre, Audouin, Lejeune surtout, ce patriote si énergique, ne soient point mises en exécution. Il réclame une commission qui le demande, non aux Comités, où les propositions restent toujours ensevelies, mais à la Convention elle-même. Il demande la prompte confection des armes, avec lesquelles nous devrons repousser l'ennemi.

Dans son département, quatre cents cloches sont à bas, et il n'est pas un seul ouvrier qui puisse les convertir en canons. Il prie la Société de prendre en grande considération cette pénurie de fabricants,

1. Garât avait demandé à la Convention d'accueiUir à sa barre Tévèque constitutionnel du Gers, Barthe, qui avait été décrété darresfation. {Monilei/r, t. XVII, p. 393.)

et qu'elle obtienne du ministre de la guerre qu'on envoie dans ce département des hommes capables de le faire avec succès. Toutes ces propositions sont arrêtées.

[Hassenfratz lit une Ictlro de Strasl)ourg, en date du 9 courant, où on se plaint du décret du 3 août, i)ar lecjuid la Convention a ordonné de mettre en arrestation les agents de riiabillenient des troupes.]

Lejeune dit que c'est lui qui a provoqué le décret dont se plaint l'auteur de la lettre ; c'était pour obvier aux abus énormes des administrations, qui dépensaient chaque jour 1,800,000 livres pour l'achat des effets , et les soldats avaient des habits à travers desquels on voyait leurs chemises, qui elles-mêmes laissaient voir leur peau ; les souliers, bas et tout ce qui concerne le vêtement d'un soldat étaient dans un état tel qu'il lui était impossible de les porter quinze jours. Ceux qui s'en chargent maintenant dépenseront des sommes beaucoup moindres, et les soldats seront habillés solidement.

Un citoyen dit qu'il est membre de l'infâme société de Montpellier; il est brouillé avec toute la ville à cause de stm patriotisme. Son persécuteur, le fils de Durand, maire et pré>ident du Trilmnal révolutionnaire, est à Paris et doit se présenter demain à la Convention, où il aura des défenseurs olïicieux. Il engage la Société à entendre quelques pièces qui prouvent toute la scélératesse des membres de cette Société et l'impudence étonnante de son orateur Durand.

L'orateur lit effectivement quel([ues imprimés, qui ne peuvent être que la production des plus elfrontés complices de Cobourg et du roi de Prusse.

Mazuel appuie la dénonciation du citoj'en de Montpellier et dit que lui-même, ayant envoyé sous le cachet du ministre à sa femme des écrits révolutionnaires, elle fut arrêtée ainsi que son fils et souffrit un interrogatoire de deux heures, à la fin duquel on mit en question si elle ne serait pas pendue.

Ce maire se lit promener dans la ville, aux cris de Vive le maire! à bas la Convenli.on! Il n'est sorte d'atrocités que cet homme, qui a l'audace de se présenter à la Convention et qui compte sur des défenseurs officieux, n'ait exercée contre les patriotes.

Une commission est nommée pour aller communiquer ces faits au Comité de salut public et lui demander que ce traître ne soit point entendu à la barre de la Convention, mais renvoyé au Tribunal révolutionnaire.

Un citoyen du département du Jura vient donner lecture de la lettre suivante :

348 SOCIÉTÉ DES JACOIM.NS [13 août 1793]

« Les envoyés des assemblées primaires du district de Dùle, département du Jura, ennemis jurés et déclarés des traîtres et des fédéralistes, ont cru devoir rédiger et faire imprimer une adresse à leurs concitoyens et frères d'armes des quatorze bataillons qui sont sur les frontières à la défense de la République. Tous les moyens possibles ont été mis en œuvre par nos perfides administrateurs pour tromper ces braves défenseurs de la liberté et tous les administrés du département, en leur présentant la Montagne de la Convention comme corrompue et désorganisatrice, Marat comme un royaliste affreux, et brigands et anarchistes tous les citoyens que l'on peut appeler de fervents patriotes, et notamment ceux qui se réunissent en Société. Afin de répondre à tant de calomnies atroces et de confondre ces administrateurs pervers, nous avons rédigé l'adresse dont je vais vous donner lecture, trop heureux si elle peut mériter l'agrément de la Société. »

[Il lit ensuite une adresse, signée par les envoyés des assemblées primaires du district de Dôle, dans laquelle tous les patriotes sont invités à se rallier autour de la Montagne. En voici un passage :]

« On nous avait dit que Marat et tous ceux qui siégeaient de son côte étaient des royalistes ; transportés d'une juste indignation, vous haïssiez peut-être les Montagnards, c'est-à-dire les députés du côté gauche, parce que vous haïssiez les rois.

« Ah ! si vous entendiez ces patriotes ardents, quand ils agitent les grands intérêts de la patrie ! Il est temps de confondre l'imposture, et de rendre aux Jacobins et aux Sociétés populaires la justice qu'ils méritent.

» C'est la Montagne qui nous a sauvés du précipice creusé sous nos pas; c'est à elle que nous devons la Constitution, qui est généralement acceptée et aujourd'hui solennellement proclamée ; et si jamais la République pouvait périr, nouveaux Curtius, en se jetant dans l'abime, ils en feraient jaillir la liberté ! »

[Mathey donne lecture d'un plan d'organisation militaire', qu'il a déjà proposé à l'Assemblée législative, l'année précédente, lorsqu'on avait déclaré la patrie en danger. Son plan consiste à lever, par le tirage au sort, un tiers des citoyens de dix-huit à soixante ans i)our les envoyer contre les ennemis, et à mettre en arrestation les suspects.]

La séance a été levée à dix heures.

SÉANCE DU MERCREDI 1-i AOUT 1793

PRÉSIDENCE DE MAXIMILIEN ROBESPIERRE

Blanchet dit que le journal de Fauchât, dont on a envoyé le iiuatrième numéro à la Société, est une diatribe infernale et contre la Convention, et contre la Montagne, et contre la Société. Il demande le renvoi de celte pièce au Tribunal révolutionnaire, pour servir de pièce de conviction contre son auteur.

Il était question des pertes qu'ont soufTerles les députés des assemblées primaires, par les vols qu'on leur a faits ; Robespierre annonce que le minisire de Tinlérieur est chargé d'indemniser nos frères des déparlements de tout ce iju'ils ont perdu ; la Convenlion compte trop sur la loyauté des envo3'és du peuple pour craindre qu'ils abusent de cette disposition.

Un citoyen annonce que le département de l'Hérault a empêché le curé de Mazamet de se joindre à ses frères au jour de la fraternité à Paris. Ce citoyen énonce beaucoup d'autres délits de la même administration, à qui seule on doit attribuer les malheurs qui ont agité le département de l'Hérault.

[Mazucl donne Iccturi' d'un arrêté du Comilè de salut public en date du 3 août 1793, par lequel le Coniilé autorise le Conseil executif provisoire à lever 3,400 hommes de cavalerie '. — Un membre annonce que le général Carteaux a battu les rebelles des Bouchcs-du-Rhônc et est sur le |)oint d'entrer à Marseille. 1

Un citoyen vient proposer qu'en attendant la fabrication des piques ou fusils, on arme les citoyens de faux.

Il dit ensuite que, les commissaires des départements et des sections du peuple étant sans doute les meilleurs citoyens de leurs cantons, il est à propos de les investir d'une grande autorité sur leurs départements ; ce n'est pas assez de leur donner le droit de surveillance, il faut encore qu'ils puissent casser les autorités constituées conspiratrices, fédéralistes ; il faut qu'ils puissent mettre en état d'arrestation les hommes suspects qui sont à leur connaissance.

Cette demande est appuyée par un autre citoyen, qui veut encore

1. Vuir Recueil des actes du Comité de salut public, t. V. p. i6û.

:{î)0 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [14 août 1793]

qu'ils puissent arrêter l'effet de tous les actes de l'autorité des administrations rebelles. [Applaudi.)

Jfobespien'e îaliYoiv qu'il est impossible de charger individuellement d'une mission publique des hommes qu'on ne connaît pas assez encore. Il regrette que nos frères des départements ne restent pas assez longtemps avec nous pour que nous puissions déterminer et exécuter ensemble les moyens qui nous restent de sauver la patrie. Il déclare que cette idée magnanime, mais peut-être enthousiaste, d'une levée en masse, est inutile ; que ce ne sont pas les hommes qui nous manquent, mais bien les vertus des généraux et leur patriotisme. Robespierre dit qu'il est une classe d'hommes qu'il faut spécialement surveiller et à qui nous devons attribuer en grande partie les maux qui nous désolent.

L'n citoyen l'interrompt pour lui demander des moyens.

« Des moyens ! s'écrie liobespierre ; quel est l'homme assez hardi pour soutenir que ce ne sont pas là des movens? >>

11 se plaint que les agents de la faction anglaise se fourrent jusque dans les sociétés les plus pures. Il fait voir que leur nouveau système est d'atténuer le mérite des propositions, et de décourager le peuple en lui persuadant que son salut est devenu impossible ; il les accuse de tourner en dérision les moyens simples, présentés par les amis de la liberté, pour sauver la patrie, et de servir puissamment par cette conduite les desseins criminels des rois sur notre liberté. Ce n'est point assez de déclarer la guerre à Georges et à tous ces hommes qu'on appelle potentats : si l'on n'y comprend leurs complices, si l'on n'enchaîne les hommes qu'ils payent pour favoriser leurs projets, la République ne sera pas sauvée.

Ce sont les journalistes, ces hommes qui consacrent leur existence à calomnier le peiq^le et les patriotes, à empoisonner l'esprit public, dont la plume mercenaire et assassine distille tous les jours le poison le plus séducteur ; ce sont ces hommes, d'autant plus dangereux qu'ils se parent quelquefois du masque outré du patriotisme, qu'il faut punir, dont il faut arrêter les entreprises criminelles.

Il résume ses propositions :

Destituer les généraux, et empêcher les intrigants et leurs ci-devant courtisans de les remplacer;

Substituer aux administrations actuelles des hommes honnêtes, qui, ayant les talents mêmes, aient l'envie de sauver la chose publique ;

Tomber sur tous ces journalistes odieux, dont chaque trait de plume est un crime à ajouter aux autres, et dont l'existence devient tous les jours plus pernicieuse à la société.

Il appelle à son secours tous les citoyens zélés pour le bonheur de leur patrie, et s'engage, aidé de l'énergie de la liberté et du génie des citoyens, à confondre tous ces lâches calomniateurs et à faire triompher à la fois la vérité, le patriotisme.

[Un citoyen l'ait un discours dont lo but est de rétablir la mesure de la levée en masse; il veut aussi (ju'on enchaîne, six à six, les aristocrates, (ju'on entraînerait malgré eux à la défense de la patrie. Comme ce citoyen annonce de grands maux, on lui ferme la bouche en lui disant que ce qu'il craint n'arrivera pas, que nous sommes ici pour en empêcher l'cflct et que nous nous porterons là pour en anéantir la cause. — Royei' demande la levée en masse : pas d'exceptions, dit-il, si l'on veut que les citoyens marchent contre l'ennemi. 11 donne en exemple ce qui s'est passé à Chalon-sur-Saône, chez lui. Les commissaires de la Convention demandèrent deux cent soixante-dix volontaires : personne ne se présenta. Ils ordonnèrent alors à toute la ville de se lever, et tous les habitants marchèrent sur Lyon sans difficulté.]

On remet en question la levée en masse, proposée par Royer et appuyée par beaucoup de membres de la Société.

Le Président invite Royer à réiiiger une adresse aux quarante-iiuit sections, afin de les inviter à nommer demain à leur séance vingtquatre commissaires, qui se rendront dans cette salle vendredi prochain, pour y concerter avec la Sociélé et les commissaires des assemblées primaires les mesures de salut public qui paraîtront plus propres à opérer cette grande crise qui doit enfin sauver l'Etat.

On ouvre plusieurs avis sur les moyens d'y réunir le plus qu'il sera possible de citoyens de l*aris.

Bourdon dit que, comme un grand nombre de nos frères des départements doit partir après-demain, il est bon d'abréger le plus possible cet intervalle.

Il propose en conséquence d'envoyer sur-le-champ vers le maire, pour le prier de faire battre le rappel demain dès six heures du matin, dans toutes les sections de la ville, pour engager les citoyens, les bons patriotes, à se rendre aux Jacobins et y organiser aussitôt les mesures convenues de leurs moyens d'expéditions.

En outre, il engage chacun des citoyens qui sont dans la salle ou dans les tribunes à faire auprès de leurs sections respectives l'annonce dont il est question en les invitant au nom de la Société à y envoyer une députation de quarante-huit membres ; de plus, d'inviter tous leurs voisins compatriotes à s'y rencontrer en le plus grand nombre possible, pour la même opération. Chacun part dans celte intention.

La séance a été levée à dix heures et demie.

;^o2 SOCIÉTÉ DES JAœi?I.\S [15 agit 1793J

PRÉSIDENCE DE MAXIMTLIEN ROBESPIERRE

[On donne lecture d'une lettre do Lesparre, annonçant que le décret contre les accapareurs a été bien accueilli à Bordeaux; puis d'une lettre de Lorient, dénonçant la niunici])alité de cette ville, qui laisse Lejeune, commissaire des classes, accaparer les chandelles.!

Plusieurs citoyens réclament des défenseurs officieux. On les leur accorde.

Des officiers^ arbitrairement destitués, viennent réclamer des commissaires auprès du ministre de la guerre. (Accordé.)

Cinq citoyens de la garnison de Valenciennes, partant pour la Vendée, demandent l'entrée de la séance et des défenseurs officieux auprès du ministre.

Une lettre de Beauharnais annonce cju'il vient de donner sa démission entre les mains des représentants du peuple Richard et Ghoudieu. [Applaudi.)

Sentex observe qu'un décret défend que les représentants du peuple soient envoj'és dans leurs départements ; il fait voir que c'est à la violation de cette loi qu'on doit attribuer les maux qui en ont été la suite. Il demande en conséquence leur rappel.

Lefort appuie la demande du rappel de Richard et Ghoudieu et veut de plus qu'on accorde une plus grande latitude aux commissions militaires, qui s'acquittent parfaitement de leur devoir et qui sont composées de Jacobins et de Cordeliers.

liaisson lit la lettre suivante :

« Saumur, 13 août.

« Aux citoyens administrateurs du département de Paris.

« Depuis le 5 de ce mois que nous avons chassé l'ennemi de Doué, il a formé des rassemblements considérables à Ghâtillon et Cholet, ciui en sont partis mercredi soir et jeudi matin pour se porter sur Luçon, oîi on nous a assuré c^ue le nombre de ces soldats catholiques, pillant partout, était de quarante à cinquante mille. Ge nombre est sans doute très exagéré. Néanmoins ils ont réuni

toutes leurs forces pour attaquer ce poste important. Ils regardent cette affaire comme décisive pour eux, s'ils gagnent. Le fameux général Charette, qui a joué un grand rôle sur le tiiécàtre de Nantes, sans succès néanmoins, est réuni avec eux. Ils le considèrent comme le dieu Mars, et leur ange tutélaire. Toutes ces saintes phalanges marchent sur Luçon.

« Nous apprenons que Ton entend de ce côté une vive canonnade ; le général Rossignol a dépéché un courrier extraordinaire vendredi dernier, pour ce pays-là, avec des instructions aux généraux pour se défendre. Nous attendons ofncielloment le succès de cette canonnade. On nous annonce déjà depuis hier que l'ennemi a été battu à Luçon et repoussé jusqu'à Cholet. Les brigands ont nommé pour leur généralissime le fameux d'Elbée ; néanmoins le dégoût se répand parmi eux : ils se battent les uns contre les autres ; une grande partie des communes se divisent, c'est à qui ne partira pas. Il y a eu une rixe sanglante parmi ces fanatiques à Vulgué' et dans la commune de (jlessail. Ils se sont battus à Chissay pour la même cause.

(^ Au milieu de ces disputes intestines, le général Rossignol vient d'envoyer le général Solomon avec deux mille quatre cents hommes dans le pays des rebelles, pour enlever tous leurs grains, farines et fourrages et les faire passer sur les derrières de l'armée.

« Si notre armée de Mayence ou de Vulenciennes était arrivée, l'occasion serait bien favorable pour remi>orter sur les rebelles de grands succès.

« Le Comité de salut publie, en donnant son a(lliési(jn au plan des représentants du peuple, et qui lui a été porté \m\v La Chevardière 2, a voulu qu'on se tint sur la défensive jusqu'à la réorganisation de l'armée ou l'arrivée de celle de .Mayence. La commission militaire a fait guillotiner hier un lieutenant, pour avoir fui lâchement en présence de rennemi, en abandonnant sa compagnie, qui n'a point fui.

« Les habitants des campagnes, appelés par le tocsin, s'organisent à force; ils nous donneront un bon nombre de combattants.

« Ces jours-ci, seize de nos hussards ont rencontré à Thouars quarante cavaliers ennemis, conduisant dix charrettes de farines ; les hussards en ont nové trois, blessé plusieurs dangereusement et se sont emparés des voitures et des subsistances, qu'ils ont ra-

1. Xdiis n'avims pu ideiitilier ni ce nom de lieu, ni les deux suivants, qui sont sans doute délij^Mirés par des erreurs typofjraplii([ues.

2. A.-L. La Chevardière, vice-président du directoire des départements de Paris, était commissaire du Ciuiseil exécutif dans les départements insurf(és.

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