‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 78 sur 141 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

[\'Si SOCIÉTÉ DES JACOFÎIXS [lli août 1793]

menées à Saumur. Aucun de nos seize hussards n'a eu la moindre égratignure.

« La fête de l'Unité s'est bien passée ici le 10 août. Ce jour-là il y a eu une rixe à Tours, et des actes d'oppression contre plusieurs patriotes.

« On nous apprend que Paris marche pour repousser les ennemis de A'alenciennes, Bonne nouvelle. Cliassez promptement ces esclaves.

« Aussitôt que nous aurons lini ici, notre armée pourra bien donner un coup de main à nos frères.

« Salut et fraternité.

« Signé : Momoro, commissaire national.

« Recevez les amitiés de notre brave général en chef Rossignol. »

[Un citoyen dôclarc que les victoires seront inulilcs, si le peuple ne se lève ]»as en masse contre les ennemis. — Killain demande que tous les contrerévolutionnaires des déparlomenis soient transférés à Paris i)0ur y être jugés. ■ — Lcfoii répond que le nombre est trop grand, qu'ils cncondjreraient les ])risons de Paris et que d'ailleurs jjarlout los commissions sont composées de juges intlexihles.]

Merlin de Thionville monte à la tribune et peint avec une énergie frappante les extrémités où furent réduites et la ville de Mayence et sa garnison, obligées de se nourrir presque tout le temps du siège de viande de cheval, ayant eu constamment dix-neuf cents malades et point de médicaments, ayant perdu toutes ses redoutes dès les premiers jours du siège, son magasin d'artifice, un nombre considérable d'autres magasins de fourrages que l'ennemi trouvait toujours à point nommé, parce que les déserteurs l'avertissaient chaque fois, qu'on les changeait, n'ayant point de boulets de calibre et voyant à chaque instant le feu aux quatre coins de la ville, où on était sûr de rencontrer toujours la mort, parce que l'ennemi lirait là plus fort qu'ailleui^.

Maribon-Montaut ' ne veut pas, dit-il, par de grandes exclamations acquérir de la célébrité; son grand talent est d'être ignoré. Il était, dit-il, de son devoir de faire connaître à la Convention, ainsi qu'à la Société, ce qu'il y a de vrai dans tout cet exposé. On pourra juger après, ajoute-t-il, qu'il y a bien de l'effronterie à Merlin de venir faire ici des tableaux hideux, que sans doute il a imaginés.

Le président invite Maribon-Montaut à se renfermer dans l'objet de

1. Maribon-Mimlaut avait (■II' oavoyé eu mission à l'armée du Hliin. Recueil (Ief> actes du Comité de saliil piil)l/r, t. Y. p. 301.

la discussion et de ne point se livrer à des personnalités, qui peuvent devenu- scandaleuses et donner prise à nos ennemis.

Merlin obtient la parole pour un fait. Il lit une phrase d'une lettre qu'écrivit Maribon-Montaut au Comité de surveillance et signée Montant ; la voici :

« Renvoyez à Cobourg cette armée, qui est digne de servir sous « ses drapeaux. Si elle passe par l'armée de la Moselle, elle sera « fusillée. »

« C'est vous qui avez écrit cela, Montaut ! » dit Merlin.

Marlùon-Montaul ne nie pas qu'il ait pu écrire cela, non au Comité de survediance, mais ù quelque ami, dans l'indignation que lui causait cette reddition si lâche. Mais on veut, dit-il, identilier la cause du soldat et celle des officiers. Il v met une grande différence ; l'armée est excellente, et ses commandants sont des scélérats.

Il raconte qu'à iJlieskastel il rencontra une colonne (|ui lui demanda en grâce de lui dire quels étaient les articles de la capitulation et s'ils emportaient leurs canons. Il accuse les généraux et le conseil défensif de cette ville d'avoir livré la ville et capitulé, c'est-àd.re engagé vingt-d.-ux mille hommes à ne se battre d'un an contre le roi de Prusse.

11 prétend qu'aucun général na le droit de lier ainsi les soldats au .noms sans leur accord ; car, d'après ce pouvoir qu'il conteste, le' ro. de Prusse ou tel autre (yran pourraient sédui.v dans cl.aque armée cinq à six hommes, et bientôt toutes nos armées, paralysées par leurs chefs, ne pourraient plus se battre contre personne

La colonne qud vit à Blieskastel assura à Maribon-Montaut que si elle eût su qu'on ne leur permit pas d'emporter leurs canons,' ils n auraient jamais consenti à se rendre.

Un fait plus frappant est rapporté. La Convention avait réuni par un décret la ville et territoire de Mayence à celui de la Républiquedonc ils étaient Français. Le Conseil exécutif n'avait pas le droit de donner purement et simplement au roi de Prusse des Français. La capitulation ne fait pas même mention de cet article, et l'on abandonna la ville entière, quoiqu'on sût ce qu'il en était, qu'on l'assassinait par cet abandon; car la Convention mavencaise, les autorités constituées, les membres des Sociétés populaires n'ont point de grâce à espérer.

La Convention, sentant que dans tous les états, même les plus despotiques, il est des hommes qui aiment la hberté, avait accordé par un décret des secours à ceux qui déserteraient et qu'ils (sic)

356 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [15 a oit 1793]

étaient sous la sauvegarde du peuple. Eh bien, un des articles de la capitulation porte que tous les déserteurs seront rendus.

Maribon-Montaut accuse les auteurs de la capitulation d'avoir consenti à cet article criminel, qui les rend coupables aux yeux de la loi et de l'humanité. Ou il y avait des déserteurs, ou il n'y en avait pas dans la ville : s'il n'y en avait pas, l'article était inutile, et s'il y en avait, Maribon-Montaut les accuse toujours d'avoir disposé de la vie de ces hommes que la loi prenait sous sa garantie.

Quatre municipaux de Mayence m'ont dit, continue Montant, devant Barère, Jeanbon Saint-André, dont j'invoque ici le témoignage, qu'on avait pris des citoyens mayençais, qu'on les avait arrachés de leurs maisons et pendus à leurs fenêtres, qu'on en avait enlevé au milieu de votre colonne et coupé en morceaux à vos yeux.

Il se résume en demandant, comme à la Convention, qu'une cour martiale soit établie, qui juge si Mayence a pu se défendre, si elle a dû se rendre, et qui punisse les coupables, s'il s'en trouve.

Reubeil monte à la tribune et se disculpe sur quelques faits.

On réclame de toutes parts l'ordre du jour. [Adopté.)

Une dcpulalion de la seclion des Arcis vient appuyer une motion faite dans le temps pour que chaque municipalité armât un cavalier à ses frais.

Un citoyen demande que l'assemblée des commissaires des seclions, qui n'a pu avoir lieu aujourd'hui en la Sédle des Jacobins, soit remise à demain neuf heures du malin ; ils délibéreront avec les commissaires des sections primaires et la Société des Jacobins sur les mesures à adopter pour sauver la patrie, et se rendront de là en masse à la Convention, pour la prier d'en décréter de suite l'exécution.

[La citoyenne Léon, à la lôtc d'une députation de la Société des fonuncs rcvolutionnaircs, vient demander i)Our celte Société l'affiliation et la corrcsliondance. Accordé. Elle demande également que les .lacobins contril)ucnt aux frais de l'obélisque élevé à ^larat.]

La séance à été levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE MAXIMILIEN ROBESPIERRE

Quelques observations relatives à Merlin, Reubeil et Maribon-Mon-

tant, ?ontftutes sur le procès-verbal. La principale e?t une flagornerie à Merlin, qu'on reproche au rédacteur.

Il se (li>:culpe et on demande Tordre du jour. 11 est adopté- I'n bruit épouvantable s'élève ; le présidi'nt se couvre ; le calme renaît.

In citoijen fait observer que le bruit qui s'élève, après la rédaction des procès-verbaux, ne vient que de ce que les secrétaires n'observent pas l'article du rè.ylement qui défend d'insérer aucun historique dans les procès-verbaux.

La Société confirme son procès-verbal et ses précédents arrêtés à ce sujet par un autre arrêté, qui porte que désormais le procès-verbal ne fera mention que des arrêtés et ne contiendra jamais rien d'historique.

lUilhedal, vice-président ihi (h'-pailenuMil des Landes, organe de son département, vient iiflrir à la Société des vues et des moyens de salut pulthc (pii ont fait le sujet d'ime adresse au (Comité de salut public.

« Ce Comité commet, dit-il, souvent des erreurs dangereuses ; les armées occidentales de la République en fournissent plusieurs exemples. Féraud et^Ysabeau, qu'il y a fait envoyer en qualité de reiu-ésentants du peuple', ne remplissent nullement les obligations que leurs fonctions leur imposent, m

L'orateur a passé par .Arles, Lyon, etc., pour se mettre au fait d'une manière précise ; il en conclut que, si on n'envoie pas promptemenl un patriote bien pur, bien actif, et surtout qui ait la confiance de ces départements, ils sont peut-être perdus pour la l{é|>ul)li(iue.

Le citoyen Darligoeyle lui parait réunir toutes ces qualités, et il invite la Société à peser la nécessité de son départ.

Une seconde mesure est proposée par l'orateur. Le décret de la Convention (|ui ordonne l'arrestnlion des hommes suspects n'est nulle part mis à exécution. 11 demande qu'on s'occupe de les marquer dans tous les coins de la l{éi)ublique, et qu'on exécute strictement ce décret sage, qui seul est capable de nous sauver.

Tl propose une troisième mesure : le décret qui ordonne la levée en masse de la nation ne pourvoit point à leur {sic) subsistance.

Il propose divers moyens, qui nous fourniraient les subsistances proportionnellement à nos besoins.

[L'orafeur projjosc enfin (ju'on fasse l'ondre les cloches pour en faire des canons. — Un cUoijen, par motion d'ordre, apprend à la Société que tous

1. Voir Recueil des actes du Comité de salut public, t. III, p. 5i0.

3;i8 SOCIKTH DES .lACOlJI.NS [IG août 1793]

ces moyens soûl nuls et que ce qu'ont dit les orateurs jusqu'à ce nionienl ne donne point de mesures de salut public. Malgré cette nouvelle, la Société adopte les propositions du préopinant. — Hardy, envoyé j)ar la section du Luxembourg, propose les mesures suivantes :]

Pour déjouer tous les complots liberticides qui nous menacent, il faut obtenir de la Convention un décret tendant à renouveler tous les corps administratifs, toutes les municipalités et généralement tous les fonctionnaires, de quelque état qu'ils soient, à la solde de la République, et, pour exécuter mon projet, voici le mode qui me paraît le plus sûr :

La Convention ordonnera, par un décret, que lesdits fonctionnaires publics, administrateurs, officiers municipaux, juges, évêques, curés, etc., passeront au scrutin épuratoire, dans le Comité révolutionnaire de leurs sections respectives ou de leurs communes, dans toute l'étendue de la République, et ceux d'entre eux qui seront trouvés suspects, d'après les informations sur leur conduite, seront exclus des places; voilà la première mesure que je soumets à votre jugement.

Yoici la seconde : je propose ensuite qu'aucun fonctionnaire public, élu ou non élu par le peuple, ne soit payé de son traitement que d'après un certificat de civisme, obtenu au Comité révolutionnaire des sections; je n'en excepte pas même les évêques, curés et vicaires, et j'ai de bonnes raisons. Je ne crains pas d'avancer dans cette Société que les deux tiers des évêques et curés constitutionnels sont opposés par leurs principes aux principes républicains; il s'en trouve même dans Paris qui ont fabriqué des brochures contre-révolutionnaires, où ils attaquent ouvertement les autorités constituées ; il est étonnant que l'accusateur public, qui en est informé, passe aussi légèrement sur ces trames perfides ; il est grand temps de purger la République de ces hommes qui veulent encore alimenter, au mépris des lois, la superstition et le fanatisme. Un peuple libre ne peut conserver dans son sein les destructeurs de la liberté. Vous avez des pères de famille vertueux, honnêtes, bons républicains : mettez-les à la place de ces célibataires scandaleux, qui, vivant avec des concubines, blâment l'union légitime d'un prêtre avec son épouse. Plus de nobles dans les places civiles et militaires, plus de membres perfides dans les administrations, plus de prêtres fanatiques et contrerévolutionnaires ! l*artout des amis de la liberté et de l'égalité, et la République est sauvée 1

Un député à\eri\i la Société que la Convention a décrété ce soir les principales dispositions du préopinant. La Convention, après avoir

décrété la levée en masse, a décrété encore que des commissaires, }»ris dans son sein, seraient envoyés dans les départements, où, aidés des envoyés des départements, ils feront arrêter les gens suspects et organiseront le grand mouvement révolutionnaire que nous allons exécuter, La Convention s'occupera ensuite des subsistances *.

L'orateur est chargé par ses frères des départements de présenter tous les moyens d'exécution qu'on croit convenables pour les assurer à cette immense réunion d'hommes sur un même point. Il invite donc la Société à s'en occuper aussi, afin d'ajouter ijuelques idées aux siennes, et d'en faire un résultat qui puisse être adopté promptement par la Convention. Il demande qu'on ne prononce aucun discours siH' les objets qu'on va traiter, mais qu'on propose simplement les mesures.

Lu tliscussion est interronii)HO par une ilénonciation contre le général La Marliôrc ; ensuite un citoyen accuse Boucliotte d'élro incapaliio d'organiser la cavalerie dont la Hcpultlique a ])Osoin.]

Un citoyen demande qu'on établisse dans chaque chef-lieu de district un Comité révolutionnaire, qui s'entende avec les autorités constituées pour faciliter la levée des chevaux, des hommes, et organiser le grand mouvement révolutionnaire qu'on prépare en ce moment et qu'il faut mettre incessamment à exécution. Il fournit pour cela plusieurs moyens d'exécution, qui paraissent assez plausibles.

La Société, en applaudissant à ses intentions, ne croit pas devoir les discuter en ce moment.

[Tliiiinii déclare que le peuple français ne doit traiter ({u'avec les peuples « qui auront traité leurs tyrans comme nous avons traité le nôtre ».ll réclame la levée en masse. II reproduit tous les moyens d'exécution proposés par Uobespierrc, Lcjeifnc et lioyer.]

Iioyei\ appuyant encore les demandes de Thirion, demande qu'aussitôt que le mouvement révolutionnaire sera organisé : 1° le tocsin sonne dans toutes les communes de la République, et qu'on ne cesse point de le sonner tant qu'il restera un seul homme dans l'intérieur ;

2° Qu'on rappelle à la Convention qu'à son ordre [du jour] est perpétuellement la destruction des tyrans, qu'elle la doit au peuple, qu'il la réclame de toutes parts et ne veut pas qu'on lui dissimule qu'il serait peut-être dangereux de la lui refuser ;

1. La Convention venait de décréter une partie des mesures énumérées par l'orateur, sur la demande des députés des assemblées primaires réunis aux comndssaires des 48 sections de Paris, Moniteur, t. XVII, p. 410.

360 SOCIÉTÉ DES JACOHLNS [10 août d703]

3° Que l'arche (ralliance soit porlée dans les rangs partout où le danger se manifeste davantage, et qu elle soit le palladium de nos armées ; qu'elles périssent toutes plutôt que de souffrir qu'il lui soit porté la moindre atteinte.

Tout bon Français l'a juré dans son cœur, et ceux qui connaissent l'effet puissant de l'enthousiasme au milieu d'un peuple réuni ne douteront pas du succès de cette mesure.

[Un cKoycn (Irnonco réinign'' Gilbert de Voisins, (lui vient de rentrer en France avec de taux pai)iers'. « Je vous prie, dit le dénonciateur, de l'aire attention à ma dénonciation, parce (jue vous trouverez des membres du département, de la municipalité et du Comité de sûreté générale complices dans cette alVaire, ainsi que le ministre de l'intérieur, qui a suspendu plusieurs fois la vente de ses meubles. »]

La séance a été levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE MAXIMILIEN ROBESPIERRE

[La citoyenne Lacombe, à la tète d'une députation des républicaines révolutionnaires, vient annoncer que les citoyennes révolutionnaires vont s'occuper du salut public, comme les .Jacobins. On applaudit.]

On écrit que le citoyen de Voisins, convaincu d'avoir émigré deux l'ois, vient cependant de s'en retourner chez lui, dans un département, avec un certificat et un passeport du Comité de sûreté générale. On accuse Basire de le lui avoir délivré. Un citoyen de la section de Bon-Conseil l'a arrêté sur la dénonciation d'un gendarme ; il était effectivement muni du certificat en question ; mais Basire, dit ce citoyen, blanchirait un nègre.

La Société arrête que Basire sera invité à venir éclairer plusieurs circonstances de sa conduite qui paraissent suspectes. Voilà plusieurs éclaircissements [sic) de cette nature dont il se rend coupable.

1. Pierre Gilbert de Voisins, ancien président ù mortier du parlement de Paris, fut traduit devant le Tribunal révolutionnaire, condamné à mort et guillotiné le 25 brumaire an II (13 novembre 1793). — VA. Wallon, Histoire du Tribunal révolutionnaire, t. II, p. 78-82.

Maure, qui va partir pour une mission dans les départements ' croit devoir avertir que le Comité de sûreté générale, dont il est membre, et dont il ne suspecte pas le civisme, est cependant d'une grande négligence. Il invite ses collègues de la Convention à le surveiller et stimuler son patriotisme, qui s'endort. Peu de Comités ont autant de besogne, et peu travaillent moins que celui-là. Des femmes assiègent toute la journée ses antichambres, comme chez les ci-devant grands.

Il se plaint de la garde ckî^ gendarmes, qui est illusoire. C'est la grande habitude du Comité de sûreté générale ; mais tous les jours, par leur moyen, il s'échappe des conspirateurs.

La République paye les gendarmes, et cependant ils reçoivent 4, 5 et 0 livres par jour pour garder un prévenu : si c'est de la Ré- |)ublique qu'ils les re(:oivent, c'est une (hla|>idation ; si c'est du citoyen qu'ils gardent, c'est une injustice, car la loi ne l'y condamne pas. D'ailleurs, ils séduisent par là l.nirs gardes, ce qui devient un mal incalculable.

« Où est l'égalité? s'écrie Maure. On envoie uu pauvre^ sansculotte à l'Abbaye, ipso facto ; uu monsieur, sous la garde d'un gendarme, reste chez lui, court toute la ville sans avoir même son garde avec lui. Tout cela est bien injuste ; s'il est suspect, il faut, sans autre formalité, l'incarcérer pour être sûr de le retrouver au besoin ; s'il ne l'est pas, on doit le relâcher purement et simplement. » La Société arrête qu'une commission, nommée parmi ses membres, aprésavoir vérifié l'émigraliou du sieur Gilbert de Voisins, se retirera par devers le Comité de salut public pour l'engager à le traduire au Tribunal révolutionnaire. En attendant, elle s'y transportera tout de suite pour le faire arrêter préalablement.

Chabot rappelle des motions salutaires dont (tu ne s'occupe jamais assez. C'est la réduction du prix du pain à ;{ sous la livre par toute la République. Dans beaucoup de déparlements il monte jusqu'à 42 sous la livre. Il peint les malheurs qu'entraînent de pareils abus. Simotid appuie celte observation, mais veut que cette réduction s'étende sur toutes les denrées ou matières quelconques ; le fer, le bois, les journées des ouvriers doivent être mis en équilibre, car il arriverait que les cultivateurs cesseraient de semer du blé et feraient rapporter du foin ou toute autre chose à leurs terres.

Bourdon combat l'opinion de Simond et veut que le peuple, tran-

1. Par décret du 18 juillet 17l»3. Maure avait été euvoyé eu missiou avec Du Bouchet dans la Seiue-et-Marne et le Loiret. — Cf. Recueil des actes du Comité de salut ])ublic, t. Y. p. 294.

:)02 SOCIÉTÉ in:S .lACdHLNS [18 AOL-T 1793]

qiiillisé !?iir les moyens de pourvoir à sa subsistance, sache toujours où il trouvera à tel prix bien fixe et bien déterminé les denrées de première nécessité. De là l'établissement des greniers publics, toujours ouverts pour acheter ou pour vendre, et qui fixeront le pain à trois ou deux sous la livre. II ne veut pas que l'ouvrier soit à la merci du riche, de qui dépend sa subsistance.

Maure appuie la motion de Chabot et cite des faits. Envoyé par la Convention dans le département de Seine-et-Marne, qui est la terre promise, le grenier de Paris, il y a vu des récoltes abondantes ; il y a traversé des guérets richement garnis.

Le peuple des campagnes vendait et achetait alors le blé 22 livres le setier ; c'était là le maximum fixé pour le prix des grains. « Il en était assez fâché, parce que dès lors il aurait trouvé des hommes (pii lui en auraient donné cinquante. » Cependant ce moyen avait rétabli fabondance et assuré la modicité du prix. D'ailleurs la Révolution, dit Maure, a fait bien plus pour les campagnards que pour les habitants des villes. Ce sont les terres qui partout ont profité des suppressions de droits de toute espèce. Le peuple des campagnes, qui d'ailleurs travaille beaucoup, est sobre, vit et se contente de peu. Dans les villes, au contraire, les hommes ont des besoins plus multipliés, et, en attendant que l'éducation les ait déracinés, il faut les satisFaiie.

[Chabot (lil (|ue, si on laissail au coninieroe dos grains une libciié illimitée, les agents de Pitt en feraient mouler les ju-ix si haut que les pauvres ne pouiraient plus avoir de ))ain.]

Le prix actuel des denrées fait l'objet de la solhcitude et des réflexions de Chabot. Il démontre que leur prix excessif ne vient que de la cherté du pain, et cite pour exemple le fer^ qui a besoin de beaucoup de bras pour l'exploiter. Donc, l'homme qui donnait sa journée pour 23 sous en voudra nécessairement 50, lorsqu'au lieu de 2 sous la livre, le pain en vaudra 10, ce qui est le cas dans presque tous les départements. Il conclut ainsi :

« Souvenez-vous que le peuple se fera satisfaction lui-même, si vous négligez de la lui rendre, et tremblez que sa juste fureur ne se tourne contre ceux que vous croyez épargner par une fausse indulgence ! Souvenez-vous qu'en taxant rigoureusement le pain, nous sauverons le peuple de la famine et des excès où elle l'entraînerait ; nous sauverons les accapareurs eux-mêmes de sa vengeance, qui pèse en ce moment sur leurs tèles et qui bientôt, peut-être, y va fondre en éclats ; car, s'il se livre à sa vengeance, en raison des

[18 AOUT 1793] SOCIÉTÉ DES JACOl^LNS 303

vexations qu'il éprouve, sans cloute elle ne peut quVHre terrible'. »

[Maure parle contre les grands propriôtairos canipagnards et déclare qirils peuvent bien su])porter la taxation du prix des grains, qui préserve le peuple de la lamine.]

Un citoyen lit une lettre de l'armée du Nord, qui contient des nouvelles si dangereuses à répandre, si elles sont vraies, que la Société l'interrompt par des cris d'indignation. On le force à descendre de la tribune, et, comme il parait vouloir s'esquiver, on l'arrête à la porte.

Tallien demande qu'on examine et la lettre et son porteur, pour voir s'il ne serait pas nécessaire d'en rapporter au Comité de salut public.

Tallien et Desfieuxsont nommés à cet effet.

[Um: (Irpnliiluiii de ht Sni-ii'lr populaire ilr Limiup-s donne lecture d'une adresse dans laquelle cette Société félicite ^ la mère-Société des Sociétés populaires » d'avoir fait luie coalition contre les fûdéralisles.]

La Société arrête à l'unanimité l'impression et la distribution à tous les membres de cette adresse, et le président donne à l'orateur, ainsi qu'à toute la députation, le baiser fraleinel.

La séance a été levée à dix heures.

CXLIY

PRÉSIDEXCE DE MAXI MILI EN R 0 B ES l'I E 1{KE

[Desfieux déclare qu'il est allé avec Tallien conduire au Comité de salut public le citoyen ipii a lu à la séance d'hier des nouvelles alarmantes. 11 était avec Tallien. Tons deux ont attendu au Comité jusqu'à onze heures du soir sans ([ue ])ersonne y vint.

Simonil donne lecture de l'adresse à la Convention volée hier ])ar la Société, pour demander la vente des biens des émigrés par petits lots.

1. Chabot présenta plusieurs l'ois ;ï la Coaventiou des propositions tendant à diminuer le prix du pain au moyen d'une taxe sur les riches. Voir, notamment, séance du 20 août 1793, Moniteur, t. XVII, p. 4'il. — Le môme jour, une délégation de Jacobins et de députés des assemblées primaires vint demander à la Convention de réduire le prix du pain à 3 sous par Hvrc. Procès-verbal de la Convention, t. XIX, p. 108.

;Ui4 SOCIÉTÉ DES .IAr.()l?l.\S [10 aoit i~n]

La irdacMion est adoplrc et la Socirlr anèlc (luc la |irlitit)ii sci-i pivscnU'O (Icniain à la Convoutiuii '.

Aii()rr, adjoini au minlslro do la yuorrc', prononce un long discours dans le(|uel il demande la destitution des officiers nobles et l'examen de la conduite de Houcliaiil. — Vnin/iirt, officier de chasseurs, s'étonne que personne ne dénonce le ci-devant marquis de Kilinaine et le général de Tourville, qui disait, au sujet des commissaires de la Convention : « Qu'ils viennent! Je suis au milieu de mon brave régiment d'Auvergne, et nous verrons! » — Boitsel demande (ju'on porte toutes ces dénonciations au Comité de salut public]

/ioijer combat celte i)roposition et dit cfue, quand il s'aiiit du salut du peuple, il serait impolitique et dangereux de s'en remettre à un comité quelconque : on doit regarder la France entière comme un comité général, qui s'occupe exclusivement du bonheur du peuple.

[L'orateur ajoute (pi'il appuie la proposition de renouveler les états-majors, faite i)ar un des ])réopinanls.]

Il ne croit pas que le Comité de salut public néglige encore longtemps d'organiser le mouvement révolutionnaire que la Convention a décrété ; cependant il avertit que cette crainte commence à se répandre et qu'il faudrait la faire cesser ^.

[Un cifoi/Pii demanile (|ue tous les citoyens au-dessous de cincpiante ans servent la patrie en personne et dans l'armée combattante.]

La séance a été levée à dix heures et demie *.

1. Nous n'avons pas retrouvé cette pétition. Mais, dans la séanc? de la Convention du 20 août 1793, Félix Le Peletier, à la tète d'une députation de la Société des Jacobins et des commissaires des assemblées primaires, demanda la lixation du prix du pain à 3 sous dans tous les départements. Monifeitr. t. XVH, p. 440-441.)

2. 11 doit y avoir ici une faute d'impression. Je ne trouve aucun adjoint de ce nom ni dans VAlmanach national pour l'an If, ni dans les listes d'adjoints nommés par le Conseil exécutif {Recueil des actes du Comité de salut public, t. II. p. 109; t. m, p. 284, 612: t. V, p. 201, 448\ iii dans l'opuscule intitulé Les bureaux de la Guerre sous la Terreur, par M. I.,., Paris, 1887, in-8<'.

3. Cette dernière phrase, qui exprime une certaine défiance à l'égard du Comité de salut public, ne figure pas dans le compte rendu du discours de lloyer donné par le Journal de la Montaçjne, t. I, p. 337. Le Comité de salut pubhc, absorbé par la correspondance administrative et militaire, remettait de jour en jour le rapport qu'il avait été chargé de faire sur les propositions présentées le 16 août par les délégués des assemblées primaires. Voir séance du 1!) août, Moniteur, t. xvn, p. 43:3.

4. Nous n'avons pas trouvé à quel endroit devait être placé, dans le compte rendu de cette séance du 19 août 1793, le discours imprimé sous le titre suivant: Croisade civique. Discours prononcé à la Société des Jacobins, le 19 août 1793, l'an II de la République. par Axaciiausis Cloots, député du déparlemenl de l'Oise

PRÉSIDENCE DE MAXIMILIEX ROBESPIERRE

Desfieux raconte qu'en entrant dans la salle , il a appris que Carat, qui avait écrit xi la Convention qu'il se démettait du ministère pour cause de santé, et qu'il allait se reposer en rédigeant un journal républicain, va être nommé par le Conseil exécutif secrétaire de ce même Conseil exécutif, à la place de Paré ' , qui vient d'être nommé k la place de ministre de l'intérieur.

Desfieux demande que la Société prenne des mesures auprès de la (]onvention, pour que Carat ne puisse occuper aucune fonction publique avant d'avoir rendu ses comptes, avant que la nation ne les ait apurés. [Adopté.)

Laurent, député du Bas-Rbin, avertit la Société que, lorsque Carat était ministre de la justice, il envoya à. Frédéric Dietricb, alors détenu dans les prisons de Besancon, un courrier qui se prétendit envoyé de l'Assemblée nationale. Il arriva de nuit et la porte ne lui fut ouverte qu'à ce titre.

Le commandant temporaire de Besançon lit aircter et conduire ce courrier au corps-de-garde, où sa correspondance fut visitée. i}\\ lui lit de vifs reproches d'avoir emprunté le nom et l'autorité de l'Assemblée pour entrer de nuit dans une ville de guerre.

Ces lettres avertissaient Dietricb qu'on s'occupait de son atlairc, mais qu'il n'encourrait qu'un ostracisme.

Un citoyen reproduit des dénonciations qu'il lit, il y a quelcpie temps, contre Garât, et se plaint qu'on n'ait point fait, comme la Société lavait arrêté, la collection des crimes de Carat.

Le Peletier, un des secrétaires, répond que personne ne s'est présenté pour fournir des faits contre ce ministre.

D'après plusieurs faits avancés à l'égard de lex-ministre, la Société

à la Convenlion naliondh'. Paris, Imprimerie palriotique et républicaine, s. d., iii-S" (le 8 pafîes. — Hiltl. nat. Lb 40/764. Imprimé érralemeiit dans le Journal (le la Mij)itaf/ne, t. 1, pp. ."i."iO-.")"il, et dans la Correspomlani-c ilcs .hicobiiis, u"' 2iU et i'J-l.

1. Paré Int nommé ministre de lintérieur, dans la séance de la Convention du 20 anùt au soir. Procès-verbal de la Convention, t. XIX. p. 121. Sur Paré, voir Hecue/l des actes du Coiiiifé (te salut public, t. VI, p. Va.

:m\ SOCIKTK DKS .lACOlMXS [21 aoit 1703]

nomnii' une commission pour se remlro sui* le champ au Comité de salut public et de suite au Conseil exécutif, pour lui déclarer qu'aux termes de la loi, Garât ne peut occuper un emploi, cpi'il n'ait rendu les comptes de son ministère.

Chaix, envoyé du département de l'Aveyron, y fait raniendement que les scellés soient apposés sur les papiers du ministre, et que luimême soit mis en état d'arrestation. {Adopté.)

Jiarret, secrétaire de la Société populaire de Nancy, vient rendre compte à celle des Jacobins d'un attentat qu'a commis contre elle la municipalité de Nancy. Après des accusations calomnieuses réitérées contre cette Société, elle a fait faire le siège de la salle et fait charger H mitraille les canons qu'elle dirigeait contre elle. Ceci va être expliqué plus au long par l'extrait de la séance dont il est question.

[l/orak'ur lit un cxli'îiil de la s(''aiicc du 17 aoùl de la Socicir <1(' Nancy, dans lequel est di'noucée la eunduile de la numicipalih'' de celh' ville. I/extrait est eerlilié coni'urnie jiai- plus de ('in(| cents sii^iialures.]

L'orateur finit par demander des défenseurs officieux.

On lui répond que cela est inutile et qu'un décret condamne à la peine de mort tous ceux qui tenteraient de troubler ou empêcher la réunion des Sociétés populaires '.

S'imond, à la suite d'un discours nerveux sur les extrémités auxquelles se sont portés les ennemis du peuple, depuis qu'il a montré sa masse imposante, demande qu'une commission soit nommée pour obtenir de la Convention la punition des attentats commis contre nos frères de Nancy.

Hoyer, qui fait remarquer que cet attentat n'est pas le seul, ajoute qu'à Beaune, le président de la Société a été renversé de son siège par les fédéralistes. L'orateur lui-même a été cruellement maltraité par eux. Douze grenadiers aristocrates se tenaient sous les fenêtres pour le mettre en état d'arrestation, parce qu'il avait fait refuser les portes de la Société aux autorités constituées, qui se portaient, suivies d'une force armée, au lieu de ses séances pour dissoudre la Société.

Le peuple fit rentrer dans la poussière ces insolents conspirateurs ; mais Royer, qui remarque qu'ils nous font une guerre de détail, veut que, par un serment que feront les Jacobins de se soutenir réciproquement par toute la République et de se mettre tous en cause, si la

i. Il s'agit des deux décrois du 13 juin et du 2j juillel 1793. Voir ïlnlioduction, en tèle du premier volume p. c. Le 2i août 1703, Julien ^de Toulouse', parlant au nom du Comité de sûreté générale, fit casser par la Convention les membres de la municipalité de \ancy, coupables d'avoir tenté de dissoiulre la Société populaire de cette ville. Mon/leur, t. XVII, p. 484.

plus petite Société, si un seul des individus qui la composent est attaqué, ils leur montrent que ce qu'ils regardent comme leur salut ne ferait que hâter leur perte, puisqu'avant d'anéantir la liberté, nous les ferions descendre tous au tombeau devant elle.

La Société entière se lève, fait le serment de soutenir tous ses frères, et Simond,qui demande que tous les journaux rendent compte de ce mouvement sublime, veut aussi que la Société entière se transporte demain [à la Convention] avec les envoyés des assemblées primaires, pour demander la punition du crime de la municipalité de Nancy et lui faire part du serment solennel quo vient de jurer la Société. [An'âlé.)

[Hébcrl se i)laint que la (ilic de Ciislino inhii;iu' pour sauver son ihmc. Il demande que les avocats ci les gens de robe soionl bannis des tribunaux, cai ils trouvent le moyen de sauver les criminels au moyen des déU)urs de la rliicane. 11 annonce quo, l'année dernière, un réj)uldicaiii vint oiïrir à la munici|)alité de tuer le roi de ]*russc. 11 dit (|u'un ministre des alTaires étrangères qui sérail adroit pourrait tirer parti de la silualion de l'Europe. ]

Hébert craint de voir partir la ville de Paris en masse, par la raison que ceux qui sont dans ce cas, c'est-à-dire ceux au-dessous de l'âge de quarante ans, sont des patriotes plus ardents que les autres, et qu'il est assez rare de voir un vieillard républicain.

Il est donc à crainih'e qu'après le départ des sans-culottes, les aristocrates ne renouvellent à Paris les horreurs de Lyon, qui n'eurent lieu dans cette ville que quand elle fut dégarnie de patriotes.

Il dénonce des propos injurieux contre les autorités constituées de Paris, contre les Jacobins, (ju'on accuse d'accaparement. Les citoyennes mêmes, qui assistent aux tribunes de la Société, sont accusées de recevoir de l'argent [»(tur applaudir à la Société.

Jacques Roux, ce prêtre infâme qui a beaucoup d'influence dans la section desGravilliers, avait fait arrêter à cette section qu'une adresse serait présentée à la Convention pour en obtenir la cassation des autorités constituées, pour accuser le maire même d'accaparement". Heureusement cette section a reconnu son astuce, a rapporté son arrêté, et sera sans doute la première à dénoncer le scélérat qui l'induisit volontairement en erreur.

Hébert résume ses propositions : demander à la Convention la punition des traîtres ; la formation d'un tribunal révolutionnaire dans chaque ville, avec le couteau de la loi à côté ; ramener à Paris

1. C'est sans (imito l'adresse dérrile par Tourucux. BibUorp-apluc. t. II, n" 8220.

368 SOCIÉTÉ DES .l.VatlU.NS [21 août 1793]

autant de patriotes des départements que la levée en fera sortir ; l'organisation du Conseil exécutif.

Portalier raconte qu'étant à la Convention, il a vu à la barre le président du Tribunal révolutionnaire et l'accusateur public, qui y ont accusé les Jacobins.

On accuse Duplain, membre de ce tribunal, d'avoir tenu, à la porte de la Société, un propos incivique.

Héloyse dit que Dobsent, président du Tribunal, abandonna son poste à la Commune, lors de Tinsurrection du 31 mai ; il se serait opposé à sa nomination, s'il eût été à Paris; car l'homme qui tient une pareille conduite ne peut être qu'un traître.

Le Peletier annonce que les ennemis du peuple attaquent la Révolution dans tout ce qu'elle a produit ; dans les sections, dans les Sociétés populaires, dans le Tribunal révolutionnaire.

Le Peletier est juré au Tribunal révolutionnaire et a vu combien les malveillants avaient employé de manœuvres pour induire le peuple en erreur. Les vingt-deux accusés de Rouen ne sont que de misérables domestiques, tandis que les véritables coupables, les nobles, les ci-devant ont été sauvés.

Un citoyen député dénonce des lettres fabriquées dcjuiis peu pour sauver Custine. Un de ses collègues lui en a montré une de ce genre.

Brochet monte à la tribune et se justifie du reproche imputé à tout le Tribunal révolutionnaire. Il doit n'atteindre que les juges, il est juré, et n'a rien de commun avec ceux-là. Hébert rend justice à son patriotisuie.

Sentex veut se faire entendre à son tour ; des cris tumultueux lui coupent longtemps la parole ; il somme Hébert de nommer les membres du Tribunal qui se sont laissé surprendre par les femmes, ou par tout autre moyen.

Il finit par demander qu'une commission soit nommée pour examiner et recevoir les dénonciations contre le Tribunal ; il offre sa tête, si Ton en dirige une seule contre lui'.

Hébert monte à la tribune ; il avait d'abord dénoncé une ruse infernale du Tribunal, qui a assigné tous les commandants de place, les généraux, pour être ouïs dans l'affaire de Custine, afin que l'armée, pendant un mois, se trouvât sans chefs et fût désorganisée, poui- que nos ennemis eussent meilleur marché de notre armée. Il répond aux sommations qui lui ont été faites par Sentex ; il établit ceux qu'il

. 1. Sentex était juré suppléant au Tribunal révdjutionnaire.

regarde comme traîtres, et Sentex paraît être compris dans cette dernière dénomination.

Un juré révolutionnaire parait ensuite et dit qu'il est d'un département qu'il ne quitta que malgré lui, lorsque des ordres suprêmes l'appelèrent à ce poste, qu'il a toujours rempli avec intégrité. Au surplus, il déclare qu'il a à lui sa conscience, et que cent pièces de canons ne lui en feront pas méconnaître le cri. [Applaudi.)

Robespierre établit que l'erreur du Tribunal révolutionnaire est de croire qu'un conspirateur comme Gustine ne puisse, ainsi qu'un coupable ordinaire, être jugé que sur des preuves écrites. Les traîtres sans nombre, dont nos armées fourmillent, les trahisons multipliées, dont les campagnes dernières ofTrent tant d'exemples, et qui doivent lui être attribuées, ne sont-ils pas suffisants, et pour démontrer sa scélératesse, et pour lui en attirer la punition?

Mille traits sont cités par Robespierre, dont le moindre ai)pelle mille morts sur la tète de cet homme atroce; mais il appuie particulièrement sur deux, (pii prouvent, l'une S(tn inhumanité, l'autre sa connivence ouverte avec nos eunemis. Il lit ramener à l'ennemi un Autrichien qui s'était jeté dans nos bras cl implorait le secours de la République. Il Ml désarmer les villes du Xoid, et em[)loya à ce ministère de Brusser, l'exécuteur ordinaire de ses iniques projets.

Robespierre veut qu'on surveille surtout les femmes des émigrés. La loi ordonne la réclusion pour tous les gens suspects ; rien ne l'est autant que ces femmes, qui courent les maisons, prodiguent tout ce qui dépend d'elles pour sauver les cons[>irateurs.

Il ne veut point qu'on enveloppe tous les membres du Tribunal révolutionnaire dans la proscription qu'appelle sur eux la voix publique. Il demande que douze tribunaux au moins soient créés à Paris et que leurs formes soient promptes. Une pétition sera envoyée à la Convention pour la prier de s'en occuper aussitôt.

C'était le résultat d'une délibération des commissaires des envoyés des assemblées primaires, dans leur séance de ce matin, et qui avait été suivie d'un arrêté.

Hébert y ajoute par amendement les propositions ci-dessus énoncées : elles sont acceptées.

La séance a été levée à dix heures et demie.

TOMK V,

370 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [23 août 1793]

CXLYl

PRÉSIDENCE DE .MAXI.MILIEN ROBESPIERRE

Lequoij fait observer à la Société que le bureau est dans un élat de dénuement scandaleux, et demande que les secrétaires soient censurés.

Besfieux appuie cette demande et veut que désormais les secrétaires soient tenus de se rendre avant six heures à leur poste, afin que la séance puisse commencer à cette heure. Elle ne devrait dans ce cas finir qu'à dix heures.

(les deux demandes sont arrêtées.

On exceptera de la censure Félix Le Pelelier, secrétaire, qui a donné sa démission, vu qu'il avait été nommé juré du Tribunal révolutionnaire.

[Chauiiti'llc uverlil (lue i» doux moyens coiu-oni-cnl aiijourd'lmi à ruinci- Tesprit républicain : rignorance et la pcrlidie ». 11 voit do la iierfidio dans les mesures de salul public proposées par des lionnncs qui se disent Jacobins.]

Chaumelte fait voir combien Parrestation des gens suspects est insuttisante, combien d'abus elle entraînerait, combien cette proposition cache de perfidie ; quant à la levée en masse, il s'attache à en prouver et Fimpossibihté et les désavantages ; elle lui paraît encore un moyen imaginé pour tromper le peuple sur le véritable moyen de se sauver, pour le faire renoncer à cet espoir en rendant inutile ce dont il espérait davantage. « Je me résume, et je demande que Ton présente à la Convention une pétition à l'efiet de lui demander : 1° quelle décrète la déportation de tous les aristocrates et hommes suspects, c'est le seul moyen de nous en débarrasser; 2° quelle fasse lever dans chaque canton vingt-quatre hommes, choisis par les assemblées primaires parmi les meilleurs républicains, ce qui fera une assemblée de deux cent mille Jacobins, armée sur laquelle on pourra compter, armée qui suiïira pour sauver la République; 3o que la Société des Jacobins mette au concours la composition d'un ouvrage qui, à l'instar de VAlmanach du père Gérard^, fasse voir au

1. Jai réimprimé coi almunacli. œuvre do Collot d'Ilerbois, dans la revue Ut Révolution fmnraise, t. XVIII, p. io4 et suiv.

peuple rexcellenee de la Constitution populaire qu'on lui a donnée. C'est le grand moyen de combattre l'ignorance, de mettre le peuple à portée d'exercer par lui-même les fonctions publiques qu'il n'abandonnera pas à des voleurs. »

Ces propositions sont adoptées, el Chaumette est invité à rédiger la pétition qui sera présentée à la Convention.

Jirkhet fait à la première proposition cet amendement : c'est qu'en déportant les aristocrates, par exemple à Botany-Bay, pour éviter le retour dont nous avons déjà eu tant d'exemples, on les marque au front fl'un fer chaud. (Applaudi.)

(In citoyen prouve qu'il est aisé de former cinq cents escadrons de cavalerie ; il ne faut qu'engager chaque canton de la République à lever dans son enceinte quatre chevaux, conséquemment quatre cavaliers, et vous aurez par conséquent une cavalerie formidable, une <;avulerie d'élite : il n'est pas de canton qui ne puisse fournir t|uatre chevaux, beaucoup en fourniraient quarante.

(Chaumette observe que, si ou les choisit par canton, les aristocrates et les petits-maitres se feront choisir ; mais, si on les demande à chaque municipalité, elles se feront un devoir de choisir l'ancien serviteur, l'homme fidèle, à (pii Ion o reconiui le zèle et le patiiotisme nécessaire?:.

Itobespierre prétend qu'il n'est pas dilUcile de lever et des hommes et des chevaux; ce ne sera jamais, assure-l-il, ce qui nous manquera, et ce n'est point ce c[ui doit allirer en ce moment notre attention ; mais c'est à détruire lei^ ennemis du bien public en général qu'il veut que s'occupe en ce moment la Société.

Le ministère est en ce moment composé d'Iiomnif-s vraim^nl républicains, et le changer serait porter à la liberté un coup funeste. La République n'en serait pas perdue |ieut-ètre, mais cinquante ans encore de calamités expieraient cette extravagance *.

Le Conseil exi-cutiC, qui a renouvelé en grande partie les généraux, n'a pu destituer encore tous les anciens. Rien n'est plus équivoque que leurs instructions. Le Conseil exécutif, pour s'en assurer, ainsi

\. Ce passade du discours de Rcdiespicrrc est ainsi rapporté ilaiis le compte rendu du Journal de la Montayne :

« Le ministère, qui est dans les mains de la Montagne, doit être conservé, d'abord parce ([u'elle pourra le changer, s'il venait à dévier des principes par lesquels il doit se conduire; 2° parce qu'il est en ce moment composé de manière à ce f|u"on ne puisse le remplacer sans désavantage. »

Le Conseil exécutif provisoire était, à cette date, ainsi composé : Jiislice : Gahicr ; Contvibullons publiques : Destournelles ; Affaires élranr/f-res : Deî'orgacs ; Guerre : Bouchotte ; Marine : Dalbaradc ; Intérieur : Paré.

372 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [23 agit 1703]

que de rexéciition des ordres qu'il donne, avait coutume d'envoyer dans les armées des agents sûrs, qui lui rapportassent tout ce qui s'y passe, et l'assurassent de l'exécution ou de la non-exécution de ses ordres, ce qui le mettait à portée de prendre son parti en conséquence.

Le ministre de la guerre a reçu ce matin l'ordre de n'envoyer plus dans les armées de ces agents secrets, qui seuls pouvaient le mettre au courant des armées ; ainsi les généraux pourront impunément se livrer à tous leurs goûts contre-révolutionnaires ; rien ne les en empêchera.

Ce décret ', qui sans doute est l'effet de l'erreur, est combattu par Robespierre, qui engage ses collègues à se pénétrer de ses raisons et à opiner ensuite selon qu'ils auront reconnu la nécessité de laisser à des ministres patriotes toute la latitude convenable pour remplir avec plus de succès leurs fonctions importantes.

Il serait dangereux de changer la Convention ; celle qui lui succéderait serait à coup sûr composée de deux partis. Les hommes qu'on en expulsa avec tant de peine s'}' porteraient avec plus de force que jamais, et peut-être un 31 mai ne suffirait-il pas pour les chasser une seconde fois ; le peuple se lasserait de tant de troubles, aimerait mieux peut-être garder des conspirateurs que de renouveler une insurrection ; les Brissotins sentent bien ces raisons, et c'est pour cela qu'ils crient tant après une nouvelle législature.

[Un escadron de cavalerie, présenté par Mazuol, qui k- comniando, défile dans la salle des séances, musique en tête.]

Basire demande à se justifier des reproches qu'on lui fit dans le sein de la Société au sujet de l'élargissement de Gilbert de Voisins - :

« Un mandat d'amener avait été décerné contre cet individu ; il ne put être mis à exécution, parce qu'on ne le trouva pas ; quelques jours après, Gilbert de Voisins lui-mêuie vint se présenter au Comité et offrir des preuves de non-émigration; le Comité jugea cependant qu'il était suspect et devait être mis en état d'arrestation.

« Au bout de quelque temps, le département du Loiret lui fit signifier qu'il eût à renouveler ses certificats de résidence, sous peine de voir vendre ses biens confisqués. Gilbert de Voisins fit voir au Co-

1. 11 s"agit du décret du 23 août 171)3, par lequel la Ciuivoutioii rappelait fous les commissaires et agents envoyés parle Conseil executif dans les dOj)artcnients et près des armées. — Cf. Recueil des actes du Comité de salut public, t. VI, p. Id.

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