‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 79 sur 141 · Voir plus haut. p · texte numérisé non relu

Voir plus haut. p

mité que, dans Tétat d'arrestation où on le tenait, il lui était matériellement impossible de produire les certificats qu'on exigeait. Le Comité lui accorda provisoirement sa liberté sous la caution d'un citoyen et la garde spéciale d'un juge de paix, qui promit de ne le point perdre de vue, avec la restriction que cette liberté cesserait aussitôt qu'il se serait procuré les pièces qui lui étaient demandées. « Gilbert de Voisins, ayant rempli toutes ces considérations et satisfait les administrateurs du département du Loiret, demanda son élargissement définitif. Les raisons étaient bonnes ; déjà le "Comité avait cru devoir consentir à sa demande, déjà l'acte était revêtu d'une signature, lorsque Basire arriva. Il décbira cette permission, qui lui fut communiquée, parce qu'il la trouva trop favorable à l'accusé, et il se trouve qu'au lieu d'avoir favorisé Gilbert de Voisins, c'est Basire qui lui fut le plus contraire pendant tout le temps de sa procédure.

<< Au surplus, ajoute Basire, il ne serait pas impossible que je fusse induit en erreur. Membre du Comité de sûreté générale de|)uis quinze mois, il m'est passé tant d'afTaires par les mains, il m'a fallu signer tant de pièces, qu'il peut s'en trouver quelques-unes qui provoquent la censure de la Société; mais, quant à mes intentions, quant à mou patriotisme, j'en appelle à mes cnilaborateurs, à tous ceux qui m'ont connu depuis le commencement do la révolution. »

Basire a eu un tort, c'est celui de ne pas suivre assez régulièrement les séances de la Société, mais il s'excuse sur sa maladie.

Chabot monte à la tribune et s'étonne du grand complot formé pour iieidre dans l'esprit du peuple ses plus ardents amis.

« Danton a été dénoncé. Danton est l'homme qui a fait la Révolution dans la Convention. Son éloquence et son [iatriotisme seuls pouvaient balancer et triompber des scélérats, qui d'abord l'intluençaient. Le décret contre les assignats à face royale, dit Chabot, je l'avais proposé, je fus con~spué ; Danton parla, il fut accepté d'une voix unanime. Mais il est un grand homme, et cet homme est patriote, donc les aristocrates ont résolu de le perdre. On en veut faire un Chabot, c'est-à-dire un homme partout moqué et hué.

« Je parlai à l'Assemblée législative avec assez de succès pendant un mois; mais, lorsque j'attaquai le côté droit, je fus partout tourné en ridicule. On a aussi dénoncé Merlin de Thionville. Que ses accusateurs défendent comme lui la République I Aujourd'hui on dénonce Basire, car il est écrit que tout bon patriote sera dénoncé ; mais il est bon que vous sachiez un fait, qui n'est pas connu de beaucoup de monde encore. »

374 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [■2:\ agit 1793]

[Chal)oL raconte alors que, le 28 juillet 1792, il était au (Comité secret d'insurrection, où Ton cherchait un motif pour soulever le j)euj)le. Il ollVit de se laisser tuer pour qu'on promenât sa t('te dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, en racontant ({u'il venait de tomber assassiné par les ordres du tyran. Comme le Comité paraissait ellVayé, Chabot demanda (pi'on lui coupât au moins un bras ; il oll'rit la même chose au nom de tous ses collègues. Enfin, il jdaça à cnlé de lui Rasire, (jui fit cette réponse magnanime : <c Qu'on me dise où il faut attendre la balle, l-I Ton ne me verra pas bouger ! » Chabot conclut par les paroles suivantes :]

« Je demande que, quand on fait une dénonciation contre un patriote connu, on veuille bien, avant de le citer pour sa justification, s'éclairer paisiblement avec lui ; on verrait que souvent ces inculpations tombent d'elles-mêmes, et il en résulterait toujours qu'on aurait pris le meilleur parti, et qu'on n'aurait pas jeté de nuages sur la confiance que doit inspirer au [)cuple un de ses représentants, et qu'on n'afifaiblirait point par là les services qu'il peut rendre ù la cbose publique. » [Ce discours est extrêmement applaudi '.)

[Une drputation dr rassemblée de la section l'UnUé, ci-devant Quatre-Nations, vient féliciter la Société, ainsi que les envoyés des assemblées primaires, du vigoureux arrêté par lequel ils ont demandé la i)unition des autorités constituées de Nancy.]

La séance a été levée à dix heures et demie.

SÉANCE DU DlMAxNCHE 25 AOUT 1793

PRÉSIDENCE DE MAXIJIILIEX ROBESPIERRE

Bohsel, qui occupait le fauteuil, annonce le départ de Coutbon pour l'armée de Kellermann. Il a fait, avant de partir, l'hommage à la Société de tous les sentiments dont il était pénétré pour elle, ainsi que la promesse de faire tous ses efforts pour ramener tous les habitants de ces pays aux principes de la Société, qui sont ceux de tous les bons républicains.

Simond part avec un autre député pour aller rendre le même service au Mont-Blanc ^.

1. Le discours de CJiabot, surfoui le i).i.spai,'^e relalif à Danton, est très écourtc dans le compte rendu du Joiu-nal de la Moiitarjiie it. 1, p. fill'; on n'y fait pas mention des applaudissements.

2. Conthon avait été adjoint aux représentants du peuple près l'armée des

[2o AGIT 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 375

[Il dénonce une fabrication de faux certificats de résidence, installée à Lausanne, pour fournir aux contre-révolutionnaires les ])apiers nécessaires pour traverser une partie de la République et se rendre à Lyon. Puis il déclare que les Jacobins sont seuls capables de soutenir la Révolution. « Sans doute, dit-il, la Montagne est pure, mais il est bien des membres gangrenés dans la Convention. On demande à un de ces députés pourris de faire passer telle motion, adopter tel amendement, rapporter ou ajourner tel décret ; cela passe là quelquefois, mais aux Jacobins il n'y a rien de pareil ; l'intluence des hommes, des femmes, de l'argent, tout est nul. » Il demande que la Société, si elle reçoit des dénonciations contre lui, attende son retour pour le juger. — La Société lui témoigne par ses acclamations qu'il n'a rien à craindre d'elle.^

Au sujet d'une lettre qui accusait le Comité de sûreté générale et notamment Basire, d'avoir fait mettre en liberté Dumolard, que Dubois de Craiicé avait fait arrêter, d'avoir recommandé Barnave, qui était en prison à , et cherché à lui procurer la liberté, on dénonce ledit Comité sur plusieurs faits.

Desfieux annonce, en outre, que tlilbert de A'oisins vient d'être arrêté de nouveau, mais qu'on l'a averti ce malin que tous les moyens étaient mis en usage pour faire évader Gilbert, qui a 500,000 livres de rente; le geôlier, qu'il connut autrefois et qu'il mit à la place qu'il occupe, soit |)ar reconnaissance, soit par res[)oii' d'une récompense, se prête ù tout ce qu'il faut pour cela.

Boy dit que le Comité de surveillance ne s'occupe que de dénonciations qui lui sont présentées par son secrétaire Ilasurn, marchand de lunettes, Allemand, aristocrate bien prononcé, qui supprime consêqueuimenl toutes celles qui lui paraissent spécialement graves. Il n'en faut point, dit Boy, accuser les mendjres du Comité qui sont bons patriotes et presque tous membres de la Société.

Il s'indigne de ce que Tenon et autres bons patriotes soient en sous ordre d'un Allemand ; il se plaint qu'étant allé dénoncer plusieurs aristocrates, notamment Taillasson, connu pour tel dans tout Paris, la porte lui fut insolemment refusée plusieurs fois.

Gaillard raconte un fait : c'est que Gilbert de Voisins présidait, il y a deux ans, le soi-disant parlement de Paris à la Tournelle ; il prouve par son historique depuis cette époque que Gilbert est émigré, ou

Alpes, ainsi que Ghâtcauneul'-llandon et Maignet, le 21 août 1793, sur la proposition du Comité de salut public. 11 était envoyé dans le département de Rhôneet-Loire. Le mitin du i:\ août, il assistait encore à la délibération du Comité de salut public. Slnu.nd et Dnniaz avaient été envoyés le jour même, sur la proposition du Comité de salut public, à l'année des Alpes, avec mission d'organiser la défense dans le département du Mont-Blanc, envahi par les troupes sardes. Voir Recueil des actes du Comité de salut public, t. VI, p. 48.96, 100. 101.

376 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [20 agit 1793]

toutes les lois sur rémigration sont nulles. Le Comité de sûreté générale, à qui Gaillard et autres commissaires furent adressés pour lui donner sur cet individu tous les renseignements qui prouvaient son état d'émigration ^ Ils furent laissés entre les mains d'un commis inepte, à qui ils furent obligés de confier leurs pièces. Il ne sait pas ce qu'elles sont devenues.

Darligoeijle monte à la tribune et dit qu'adjoint au Comité de sûreté générale depuis quinze jours, il est en état de donner sur tous ceux qui le composent des renseignements exacts. Il est trois hommes (ce sont les signataires des ordres dénoncés), qui mènent ce Comité, font tout; et, en conséquence, il demande que la Société se garde bien de confondre les membres purs qui le composent avec les hommes que la clameur publique a dénoncés avec tant de raison. Il conclut, comme plusieurs orateurs précédents, à un renouvellement de ce Comité.

Dufourny observe que, le Comité de salut public ayant été renouvelé, il était nécessaire que celui des finances le fût aussi. Il est bien étonnant que les mêmes hommes qui furent renvoyés du premier siègent encore dans le second ; et que ceux qui n'y devraient pas être soient ceux qui y ont le plus d'influence *.

Il ajoute (ju'il est douloureusement aft'ecté d'avoir à dénoncer encore un Comité : c'est celui de commerce et d'agriculture. Il cite des faits qui prouvent que la disette factice qui a eu lieu à Paris est, sinon son ouvrage, au moins l'effet de son incurie.

[Robespierre se plaint qno le Tribunal révolutionnaire ne nieito pas assez de promptitude dans ses jugements ; il dit :]

Puisqu'il n'existe qu"'une seule sorte de délit à ce Tribunal, celui de la haute trahison, et qu'il n'y a qu'une seule peine, qui est la mort, il est ridicule que des hommes soient occupés à chercher la peine qu'il faut appliquer à tel délit, puisqu'il n'en est qu'une et qu'elle est applicable ipso facto.

Il passe ensuite au Comité de sûreté générale, qui a bien des torts à se reprocher, mais la police de Paris en a de même, et il faut la réformer comme lui.

Le Comité de sûreté générale a, comme le Tribunal révolutionnaire, des vices de forme et d'organisation. Il est trop nombreux, et cela seul doit entraver ses opérations, outre que cela rend plus difficile la certitude du patriotisme de tous les membres du Comité. Il voudrait

Page 1