‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 80 sur 141 · L'orateur fait peut-être allusion à Cambon · texte numérisé non relu

L'orateur fait peut-être allusion à Cambon

que la Convention fixât l'heure à laquelle le Comité devra tenir ses séances, afin que l'inconvénient dont se plaint Gaillard, de n'y trouver personne, ne pût pas se renouveler ; faute de s'y rendre, il encourrait la censure de la Convention.

Il est un autre inconvénient, qui souvent fait grand tort à la marche des affaires.

Le Comité de salut public, cliargé de déjouer les complots de quelque nature qu'ils soient, fait souvent arrêter telle personne que le Comité de sûreté générale, dont les fonctions sont à peu prés les mêmes, avait fait rechercher aussi. Il en résulte un contlit de juridiction, qui devient souvent nuisible au salut de l'Etat. Le Comité de sûreté générale fait mettre en liberté ou absout celui (lue le Comité de salut public avait incarcéré et condamné, parce que tous deux ne jugent pas sur les mêmes pièces, et qu'on supprime avec 1 un ce qui a servi de base aux jugements de l'autre, ce qui laisse toujours une porte à l'intrigue.

Je me résume : réforme du Tribimal révolutionnaire et la prompte réorganisation sur de nouvelles formes; il condamnera dans une époque déterminée, et toujours très prochaine, les coupables, ou élargira les innocents; création de plusieurs Comités révolutionnaires, qui jugeront conjointement les nombreux délits qui se forment tous les jours contre la liberté ; surveillance générale de la police ; renouvellement du Comité de sûreté générale et sa composition de dix membres seulement, dont les bmclions seront déterminées, et on tirera une ligne de démarcation entre ses fonctions et celles du Comité de salut public.

\Jcaubi)U Sii'ntl-Amirr inonoiicc lui loiij; ri'tjnisiloin' conU-o Ciisliiic II (lit : <' Alcxjmdic, avec liciUo niillo Macédoniens, conquit l'Asie ; avec ccnl niillc Franrais, Cuslinc na eu que des désavantages. Qu'est-il besoin de preuves ? Il n'est (uruii ariiinuent contre ce scélérat : Vous aviez des l'orces iui|)Osanles et vous n'avez rien l'ait, donc vous êtes coui)al>le. »

Jeanbon Saint-André se plaint ensuite que les décrets utiles, ([ui ont été rendus par la Convention dernièrement, ne soient point exécutés. Il en cite de ce genre, tel que celui sur les suspects, sur les accapareurs. Il se i)laint du peu d'intelligence qui règne parmi les patriotes. Les aristocrates ont tant de moyens de correspondance pour s'entendre ; ils mettent tant de concert dans leurs 0})érations d'un bout à l'autre de la llépubli(jue ; ils n'agissent qu'avec convention et tendent tous au même but; ils n'emploient que les mêmes moyens. Il demande que les excellentes i)ropositions de Uobespicrrc soient mises aux voix.

Elles sont adoptées. Uoltes|»ierrc sera rédacteur de la i)étilion.

Fleurlot Lcscof, substitut de Taccusateur public près le Tribunal révolutionnaire, demande s'il est compris dans les accusations lancées contre les

:{T8 SOClKTl': Dl'S JACnniNS [2;i agit 1793]

jiiii'cs (le co Tribunal. On lui l'rpond que non. Il invocjuc lo U'iiioignage de .Icanhon-SainI André vl de Uavid, envoyés en mission dans la scolion du -Muséum, le 8 mars 179.3, pour établir que lui, Fleuriol, a été le premier à demander la lormalion d'un Tribunal révolutionnaire. — Dcsftcux lit une lettre « exti'avagante » de Dumont, juré du Tribunal révolutionnaire. — Plusicins moiihi'cs projjosent ([u'ou réelame la destitution de Dumont.]

La séance a été levée à dix heures et demie.

PRÉSIDENCE DE M.WIMILIEN ROBESPIERRE

[Un citoyen dénonce Duplain, membre du Tribunal révolutionnaire. Plusieurs autres dénonciations sont faites contre les membres de ce Tribunal. — Un ciloycn du Tribunal révolutionnaire vient se plaindre do ce que le Tribunal « est investi de gens habillés de bure, dans le costume des sans-culottes, (|ui intluencent le peui)le et le pervertissent sur le compte de Gustinc ». L'orateur déclare qu'il y a été siftlé comme dans un théâtre, pour avoir énoncé son opinion sur ce contre-révolutionnaire. — Amar, membre du Comité de sûreté générale, déclare que ce Comité a été accusé à tort : le Dumolard que le Comité de sûreté générale a fait relâcher était un innocent, qui n'avait de commun que le nom avec le contre-révolutionnaire de Lyon qui s'ajjpelle Dumolard.]

Danton demande à se justifier des imputations qui lui ont été faites au moins imprudemment par des hommes dont il honore le patriotisme, mais dont il plaint les erreurs. Il cite les faits rapportés par Hébert. Il demande que celui-ci reconnaisse qu'il a été mai informé, fju'il a avancé des faits dont il n'était pas sûr. Il ajoute qu'Hébert, avant d'écrire des assertions aussi fortes, aussi peu prouvées, aurait bien dû le prévenir; il lui aurait démontré amicalement que ce dont il l'accusait était d'une fausseté évidente. Il lui demande de se rétracter et de convenir loyalement qu'il a été induit en erreur. Il veut donner à tous les patriotes, qui pourraient conserver quelques soupçons sur son compte, tous les éclaircissements convenables, et, s'ils s'attachent à le poursuivre, il les confondra.

Il dit à tous ceux qui cherchèrent à le flétrir dans l'opinion publique : « Prenez ma lète, ou déclarez que je suis un bon citoyen 1 »

Hébert monte à la tribune et répond, premièrement, que Danton a eu tort de prendre pour lui seul ce qu'il adressait à l'ancien Comité

[20 AoiT 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBLXS 370

de salut public collectivement. En second lieu, il ne cache pas que Danton n'a pas rempli dan? la Convention lattente des patriotes. II réitère sa profession de foi sur l'ancien Comité de salut public, qui entrava toutes les démarches et les efforts de Pache pour procurer du pain à la ville de Paris. Il a été indigné de la manière dont on osa traiter dans ce Comité l'homme le plus pur de la révolution, le patriote le plus zélé et le plus vertueux, le maire de Paris. Quant au reproche que repousse Danton, d'avoir contribué à faire parvenir au ministère Paré, ministre de l'intérieur, il prétend qu'il n'a pas pu lui faire un reproche de ce qu'il regarderait, s'il croyait la chose véritable, comme une bonne action; car, le ministre de l'inférieur méritant notre estime, il est du devoir d'un bon citoyen de produire autant qu'il est en soi ceux ({u'on regarde C(»mme devant faire quelque bien.

Dufourny rapporte qu'au mois d'avril, où Pache avait besoin d'argent pour approvisionner Paris, Cambon fid celui (|ui s'opposa le plus fortement h ce qu'il lui en fût délivré.

l'n soir, le maire et Dufourny étaient au Comité de salut public; ce dernier eut la douleur de voir le maire prier, conjurer, se mettre à genoux pour sauver la ville de Paris; enfin il obtint, (juoique verbalement, de Cambon une promesse de 100,001) écus ; il s'en alla heureux, dit Dufourny, et avait l'air d'un filou qui vient d'escamoter une bourse.

« Je ne pus m'empécher, après son départ, ajoute celui-ci, de reprocher à ce Comité, avec toute l'énergie dont je suis capable, ce traitement qu'il faisait au premier magistrat du peuple ; j'en obtins que le soir on se réunirait pour reprendre cette discussion, et je m'en fus chez le maire de Paris, pour lui reprocher d'apporter dans ces entrevues plus de vertus domestiques que de dignité de magistrat.

« Le soir, nous y trouvâmes Danton et Robespierre, qui bataillaient de toutes leurs forces en faveur de la ville de Paris ; mais Cambon ne lâchait rien. « Enfin, dit Danton ennuyé, à combien se « montent les avances que vous avez faites à la commune de Paris? » « A 110,000,000, répond Cambon. >> « EIi bien! s'écria Danton, sa « crifions cent dix millions, et sauvons Paris, et dans lui la Répu- « blique ! »

Dufourny examine ensuite la question de savoir si Danton a élevé Paré au ministère. Il rappelle que Danton et Paré marchaient sur la même ligne, dans la même section, au commencement de la Révolution. Quand le premier cessa d'être ministre, on s'imaginait qu'il

3S0 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [26 agit 17931

remettrait sa place au second ; il ne le fit pas. On prétendit dans le temps que Paré en eut du ressentiment.

Dufourny conclut que Danton n'est pas soupçonnable de cela. Au surplus, comme Hébert, il pense que ce ne serait qu'un service de plus à la patrie.

Danton monte à la tribune et fait voir que la simple politique ne lui permettait pas de dévoiler, en dénonçant le Comité de salut public, l'état où se trouvait Paris; mais il fit décréter 10 millions à mettre entre les mains du ministre de l'intérieur, et il déclara au ministre qu'il fallait les donner au maire, à mesure qu'il en aurait besoin. Il donne sur sa conduite politique tous les renseignements et satisfactions que la Société pouvait désirer.

II répond à quelques autres imputations particulières que, lors de la mort d'une femme qu'il aimait, pendant son absence, on mit les scellés chez lui, et Ton fit l'inventaire ; il invite ses accusateurs à vérifier cbez son notaire l'état de sa fortune ; on y trouvera qu'elle consistait dans le remboursement d'ime charge qu'il avait possédée.

On prétendit qu'il avait assuré une fortune de 14,000,000 à une femme qu'il a épousée depuis, parce qu'enfin « il me faut des femmes », dit Danton ; « eh bien, c'est tout bonnement iO,000 livres, dont je suis propriétaire il y a longtemps ».

Danton finit en se félicitant d'être né sans-culotte et avec des forces physiques capables de pourvoir à sa subsistance.

[Un députe des Sociétés populaires de Cliainbéry cl de quelques autres du Mont-Blanc viont annonciT que les onnoiiiis ont (Mualii ce dcpartomcnt. — Un citoyen, qui arrivo de Lyon, annonce que cette ville est sur le point d'être prise. — Les facteurs de la Républuiue viennent demander des défenseurs officieux pour aj)puycr la réclamation qu'ils font d'une augmentation de salaire.]

La séance a été levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE SIMOND

[Au(jer, adjoint du ministre de la guerre, dit ([u'il i'aui poursuivre tous les comj)lices de Custine, (pu sont nombreux dans les armées.]

1. A partir de celte date nous suivons le texte des comptes rendus donnes par

Ici s'élèvent des plaintes très vives contre la Convention, qui n'a point encore adopté cette mesure si énergiquement réclamée par la voix unanime du peuple.

Auger continue et demande en outre la destitution des états-majors. Il établit des moyens sûrs de pourvoir à leur remplacement sans désorganiser les armées, sans leur faire éprouver un instant de vide. Il désire qu'on étende davantage la classe mise en réquisition, en ce que le plus grand nombre de ceux qui la composent sont maintenant aux frontières, ce qui rend la mesure à peu près illusoire. Il propose de fixer l'âge requis depuis dix-huit ans jusqu'à trente-cinq.

La Société applaudit à ces motions et arrête qu'elle ira en masse à la Convention pour l'inviter à les décréter.

\^Un cildi/i'ii ra|iii()rt(' un grand nondtrc de laits ([tu jn'onvi'nl que les roprésenlants s'ai-quillont mal des missions ([uo la Convention leur confie. 11 prie la Socu'tv de discuter les doux questions suivantes : « Est-il nécessaire que la Convention envoie tant de représentants dans les armées ? Doivent-ils y aller sans commissaires du pouvoir exécutif? » Cette proposition est appuyée par un autre citoyen, qui demande en outre qu'on s'occupe incessamment d"orijanis!>r le mouvement révolutionnain' cpii doit avoir lieu par toute la ltépuldi(|ue. I.a Société décide tl'ajouter à la pétition (pi'elle j)résentera à la Convention la demande d'expulser tous les étrangers, exception faite des Belges et des Liégeois, qui sont citoyens français. — Cn membre demande que la pétition soit présentée après-demain, |)Our qu'on puisse demain la communi(pier aux quarante-huit sections et aux Socit'tés populaires.]

Boy, fédéré du 10 août, appuie cette demande et veut que le rendez-vous soit sur la place de la Révolution ; de là on se rendra à la Convention, où on dira : « Voulez-vous nous sauver? Sinon, nous prendrons une corde, et nous nous sauverons nous-mêmes ! » [Les tribunes applaudissent .)

Un citoyen demande que Boy soit rappelé à l'ordre.

Taschereau appuie cette motion et prétend que le préopinant, ([non connaît à peine, s'empare toujours de la tribune, et cela dans les moments les plus critiques, et cela pour proposer des mesures qui ne devraient point être proposées à la Société. — Les tribunes crient qu'il est patriote. {Applaudi.)

le Journal de la Montaf/7ie. Ces comptes rendus, rédigés par Aristide Vaii-mu-, sont plus détaillés et plus vivants que ceux que le Joitrnal de la Moiitaf/ne avait donnés en juin et en juillet. A la date où nous sommes, ils rapportent avec plus de clarté et de suite que ceux du Journal des Jacobins les discussions qui ont abouti à la pétition présentée le 5 septembre 1793 à la Convention, et qui ont contribué ])eancoup à décider cette Assemblée à voter les décrets du "t septembre relatifs à larrestation des suspects, au Tribunal révolutionnaire et à larmée révolutionnaire.

:!82 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [28 août 1793)

Un autre cUoi/en ajoute que la Convention a mérité la reconnaissance de tous les Français. Les débats continuent. La Société marque son improbation ; mais les tribunes soutiennent énergiquement le préopinant. On réclame Tordre du jour. Il est adopté.

Hassenfrntz demande, par motion d'ordre, que tous ceux qui ne sont pas de la Société ne puissent être admis dorénavant dans ses séances *. Royer dit que le préopinant entend par là les Jacobins seuls dans Paris. Il n'est pas de son avis, parce que les Sociétés affiliées et les envoyés des sections [sic) primaires y ont de droit l'entrée et la parole. Toute personne admise doit être munie de carte ou de diplôme ou d'un acte d'admission i'ormel, sans quoi elle doit être regardée comme étrangère. — L'arrêté est pris conformément à cet amendement.

[Rayer prétend que la levée en masse ne jtrodiiira aucun ell'el : c, L'étal de Révolution, ajoute-t-il, n'est jjas un élat iiahituel. 11 fait de grands biens, surtout dans cette circonstance ; mais il peut l'aire de grands maux, particulièrement quand il est ]»rolongé : il faut donc le faire cesser ; sans quoi, on ne sait où le nôtre s'arrêtera, et je tiens singulièrement à la paix. » L'orateur a))puie la proposition faite par Hébert de réorganiser le ministère. Il demande qu'on chasse les nobles de tous les emplois (pi'ils occupent.]

Par un dernier arrêté, la Société a remis à samedi la pétition qu'elle présentera en masse à la Convention. L'heure et le lieu du rendez-vous seront indiqués à la prochaine séance.

La séance a été levée à dix heures.

l'RÉSIDENCE DE SIMOND

[Sanihat dénonce Fauteur d' n un pompeux galimatias » rédigé en faveur de Custine : C/est Anatole Leroi, maire de Conlommiers, juré au Tribunal révolutionnaire. — Un membre demande que Duplain, qui voulut blanchir Custine. soif chassé de la Société. — Gaillard rapporte que la Convention a reçu ce matin une députalion qui est venue lui demander l'amnistie en faveur des départements rebelles^ : pour lui, il demande (pi'on fasse un exemple qui clVraic à jamais les conspirateurs.]

■1. 11 ne sa^dt pas du druit d'entrée dans les tribunes pul)lii|iu's. mais seulement du droit de prendre part à la séance et de parier à la tribune des orateurs.

2. Cette députati(»u venait de Bordeaux : sa demande fui très mal accueillie par les .Monlaiiiiarfis. Mmi/tei/r. t. XVII. p. ."ilio.

Robespierre établit que ceux qui viennent ainsi au nom du peuple demander la grâce des traîtres sont tous démentis par le peuple. Il consacre aussi ce principe que le peuple est bon partout; ainsi à Bordeaux, à Lyon, à Marseille, on ne doit accuser que les autorités constituées des malheurs qui y sont arrivés et de la nécessité de faire bombarder une de ces villes. Il déclare que se montrer indulgent envers les traîtres serait se montrer plus cruel, plus criminel envers le peuple que les traîtres eux-mêmes. Le peuple réclame vengeance; elle est légitime, et la loi ne doit point la lui refuser,

[Un niriiibre déclare ([iio corlains rcpirsentants en mission sont indignes <lo la confiance de la Convention.]

Danton engage le préopinant m citer des faits et à les communiquer à Robespierre, qui en fera Justice au Comité de salut public; (le leur côté, les représentants l'appuieront à la Convention nationale. Il s'adresse ensuite à la Société, et lui expose que, quand elle se présente à la Convention, ce ne doit être que pour y proclamer des vérités grandes et neuves, qui entraînent des discussions utiles et provoquent des décrets salutaires. Il déclare au peuple que la Convention léra avec lui une troisième révolution, s'il le faut, pour terminer enfin cette régénération de laquelle il attend son bonheur, retardé jusqu'à présent par les monstres qui l'ont trahi. Il fait sentir qu'il est de l'intérêt des hommes qui se sont enrichis aux dépens du peuple de venir à son secours et d'aider la République de leurs ressources ; s'ils ne les offrent pas, la République a droit de les leur ■<lemander.

■ Diifoiinu/ se plaint de certaines incorrections et de tantes lypograiiiiiques (pii se trouvent dans l'analyse d'un de ses discours aux Jacobins dans le compte rendu du Journal de la Monlaijne. — Robespierre déclare ([uil a Itcaucouj» à se plaindre des journalistes, particulièrenuMit de ceux ([ui donnent le compte rendu des séances de la Convention.

Marc-Aiitniiie Jiillit'ti. (•omm[<,'>i\'\vo des guerres, (jui revient de l'aruiée dr^ Pyrénées, l'ait un long rapport sur cette armée et sur les dépai'lenienls du Mkli.]

Roijer rappelle que Danton a dit une grande vérité, lorsqu'il était président de la Convention. « Marat, disait-il, avait une lièvre révolutionnaire, et ce que disait Marat était excellent; mais on ne l'écoutait pas. » On n'écoute pas davantage ceux qui parlent aujourd'hui. Faut-il donc être mort pour avoir raison? S'il en est ainsi, que la moitié de la France meure pour sauver l'autre 1

« Qu'on place, dit Rnyer, la terreur à l'ordre du jour ! C'est le seul

;{84 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [30 août 1793]

mo3'en de donner Téveil au peuple et de le forcer à se sauver luimême. » 11 ne veut pas qu'on compte trop sur les commissaires de la Convention dans les départements. Il a eu l'occasion d'examiner dans le sien combien peu souvent ils font tout le bien qu'on a droit d'en attendre.

On met aux voix la proposition de Royer de mettre à l'ordre du jour les dernières mesures de salut pidjlic ; elle est adoptée.

[Gaillard, Aatjcr el U)t. Iroisirme ciloijcii présentent l'un après l'autre une rédaction de la jjétition que la Société doit i)résentcr à la Convention, pour demander la destitution des nobles de tous les emplois. — Roijer est chargé de faire une quatrième rédaction; il s'acquitte sur le champ de cette mission. — Robespierre s'oppose à la distinction faite par Royer entre les nobles traîtres et les nobles jialriotes. — Rayer répond qu'il demande qu'on destitue tous les noliles sans exception, mais qu'on déporte seulement ceux de la ])renuère catégorie. — La discussion de l'adresse est renvoyée à la prochaine séance.]

Séance levée à près de onze beures.

[Le 1'='' septembre !7',)3, l'adminislrateur du Journal île la Montagne adressa aux maUres de poste la circulaire suivante, que nous croyons devoir reproduire, parce qu'elle présente le Journal de la Monlar/ne comme l'organe officiel des Jacobins.]

PARIS, CE 1" SEPTEMBRE 1793, L'AN IP DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE UNE ET INDIVISIBLE

In-S". Bil)l. nat.. Lb \0/2:y20.

ClTOYE.N,

La Société des Jacobins, n'ayant rien de plus à cœur que de propager les vrais principes et de prémunir l'esprit public contre les insinuations perfides et les manœuvres toujours renaissantes des ennemis du bien, a arrêté de faire circuler un journal rédigé dans ce sens, sous le titre de Journal de la Moyilagne. Gomme le ilambeau de la vérité, ses ra3'ons diverges en tous sens doivent éclairer tous les points de notre territoire. C'est une tàcbe bonorable et bien douce à remplir pour un républicain que de concourir à la faire connaître. La Société ne doute pas de votre empressement à vous en cbarger.

Elle vous accordera, par forme de reconnaissance, une remise de trente sols par trimestre, trois livres par six mois et six livres par année, pour chaque abonnement que voire zèle et vos soins lui procureront.

Vous adresserez vos souscriptions au citoyen Ducos, administrateur du Journal (h la Montagne, aux ci-devant Jacobins, rue Saint- Honoré. Vous aurez l'attention de charger vos lettres à la poste. Je suis fraternellement.

Votre concitoyen, Ducos, Adminislralciu- du jDtnnal dr la Montagne.

PRÉSinENCE DE SI.MoND

Une correspondance très étendue et non moins intéressante, dont partie doit être déposée au Comité de salut public, donne lieu à un arrêté pris sur la proposition de Boissel, qu'un secrétaire se tiendra toujours à Coté du lecteur, à l'effet de coter les lettres qui doivent être communiquées, soit aux différents Comités de la Convention, soit aux ministres.

[l'ne (les Icllrcs adiTsst''os à la SocirU- dciionco Liu'kner : il a d(''Sol»éi au décrcl qui hii ordonnait do so tenir à 20 liiMU's dos Iront ièi'os. 11 était le clud' de la grande conspiration dont Lajard, Custino et surtout Heurnonville ont été les agents. — Des/ieux observe que le Tribunal révolutionnaire tarde trop à juger Antoinette, Hrissot et consorts : « L'n seul Tribunal révolutionnaire ne sulTit pas à juger 1,600 prévenus, surtout à l'instant oîi ce nombre va s'aocroitre par Tenvoi à ce Tribunal de tous les administrateurs contre-révolutionnaires. » — Coupé {de l'Oise) fait lecture d'un projet de décret (\n'û présentera à la Convention jjour projtoser l'établissement d'un maxinnun sur les grains et l'interdiction de leur exportation. — Un citoyen de Saint-Quentin monte à la tribune ; il est reconnu pour avoir signé une adresse contre-révolutionnaire ; Terrasson demande qu'on l'arrête. — Jeanbon Saint- André appuie cette proposition ; il affirme que les puissances étrangères ont des espions partout et que la Société devrait se débarrasser de ceux qui se sont glissés i)armi ses membres. « No restons que dix, s'écrie-t-il, si le onzième n'est pas trouvé digne de siéger parmi nous ! » On nomme des commissaires pour conduire l'individu dénoncé au Comité de sûreté générale.

Rayer appuie une adresse de la ville de Màcon, qui demande la création Tome V. 25

38^ SOCIÉTÉ DES JACOBINS [1" sei>t. 1793]

iruno anni'O révolutionnaiic : il demande que la Sociélc ai)puie celte adresse auprès de la Convention. — On décide que l'adresse relative à la destitution des nobles sera rédigée demain matin, lue à la séance du soir et présentée le mardi à la Convention. — Un curé de Normandie, admis à la séance avec son épouse, se plaint d'avoir été persécuté par ses ])aroissiens à cause de son mariage. Rouer l'invite à voler au secours de la ))atrie, jjour faire oublier qu'il a exercé « des fonctions dont l'imposture seule fait la base ». Rover avoue qu'il a été curé lui-même, mais il ajoute qu'on ne peut l'assimiler à ses confrères, dont il a de bonne heure dévoilé la scélératesse. — Un citoyoi fait part à la Société d'un jirocédé plus rigoureux que la guillotine pour se (lél>arrasser des ennemis de l'Etat.]

Séance levée à dix heures et quart.

PRÉSIDENCE DE SIMOND

[Auvray dit qu'après avoir rayé Duplain de la liste de ses membres, la Société devrait chasser Roussillon, qui a dit au président du Tribunal révolutionnaire, la veille du jugement de Custine : « Il n'y a pas là de quoi fouetter un chat. )> Il invite les députés patriotes à réclamer à la Convention la réorganisation du Directoire des Postes. — Coupé [de VOise) demande qu'on fasse mention au procès-verbal des efforts que fait André Dumont, représentant en mission, « au sujet des subsistances et pour la défense de la liberté ». Il ajoute qu'il est le seul de sa députation qui soit montagnard. — Une dépuiation des RépiibUcaines révolutionnaires vient, pour la deuxième fois, demander l'affiliation, qui lui est accordée. — Dcsfieux reproduit la proposition (ju'il a faite la veille, de demander la création de dix à douze tribunaux révolutionnaires dégagés de toute formalité. — Hébert se plaint des longueurs qu'on apporte au jugement des fédéralistes.]

L'orateur demande que le peuple soit instruit , convaincu que Brissot fut son plus grand ennemi ; que, d'après cela, le peuple de cette ville entière, les Sociétés populaires, les sections soient invitées à se joindre aux Jacobins pour engager la Convention à décréter que ces scélérats vont, par un jugement légal, recevoir enfin le prix de tous leurs crimes, et cela dans le plus bref délai ; car, ajoute Hébert, d'après mes données, la tête de Brissot pourrait tomber sous vingtquatre heures.

Tous les membres se lèvent, les chapeaux s'agitent. Toutes les voix s'écrient : « Oui ! Oui ! Nous irons tous ! » La proposition est

tarrètéepar acclamation, et Hébert est invité à rédiger l'adresse à présenter à la Convention.

Boissel fait lecture de l'adresse qui doit être présentée à la Convention, afin d'en obtenir la destitution des nobles, des états-majors, l'amalgame des troupes de ligne avec les volontaires, et la création d'une armée révolutionnaire dans l'intérieur.

[Un militaire niuiUc à lu tribune. Il (k-clarc tiiiil osl capilainc ilo dragons, employé au siège de Lyon, qu'il a élé mandé par le Comité de salut public, qu'il a assisté à la reiuvsenlalion de Paméla, la veille, au Théâtre-National ; indigné d'entendre dans la bouche des acteurs l'éloge du niodérantisme, il a exprimé vivement son méconlentenient et a été arrêté comme i)erturbaleur. 11 s'est réclamé de la Sociélé des Jacobins, dans laquelle il compte beaucoup d'amis ; ceux qui l'avaient arrêté ont parlé en termes méprisants de la Société. — Robespierre demande la punition des coupables. Il dit que le Comité de salut i)ublic avait envoyé l'ordre de suspendre les rejjrésentations. l/auteur, c M. François de .Xeui'chàteau, député à l'Assemblée législative », vint ))romettre de sujiprimer tous les passages contre-révolutionnaires de sa pièce, et le Coiuité lui donna à cette condition l'autorisation de continuer les représentations. François de .Xeul'chàteau n'a pas tenu jiarole : il faut le poursuivre et fermer le Théâtre-Français. Uobesjiierre eti.efort sont désignés pour accompagner au Comité de salut public le citoyen outragé.

La Société reçoit plusieurs dénonciations contre des officiers et des administrateurs. Elle arn"'te (juc ces pièces seront remises au (Comité de salut public]

Ili'berl lit l'adresse qu'il a rédigée. Klle est applaudie et adoptée, avec cet amendement que la destitution des nobles sera demandée à l'égartl de tous ceux qui occu|>ent des fonctions publiques, quelles qu'elles soient. 11 est arrêté (|ue tous les Jacobins se réuniront demain, à neuf beures du matin, dans la salle de leurs séances, et que de là ils se rendront en masse à la Convention. Les tribunes sont invitées à se réunir aux membres de la Société.

Séance levée à dix beures et demie.

PRÉSIDENCE DE LÉOXARI» BOURDON

[Rmaudhi demande qu'on expulse les aristocrates qui se glissent dans les tribunes. — Robespierre déclare qu'il faut renouveler l'administration dos

388 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [4 sept. 1703]

postes. II annonce que Toulon est probablement pris ])ar les Anglais '. Il attire rattenlion de la Société sur un complot formé par les contre-révolutionnaires, qui essaient de profiter des rassemblements qui se font à propos du manque de subsistance, pour exciter le peuple contre la Commune et contre la Convention. — Rayer déclare que son ànic est navrée de la prise de Toulon ; bien d'autres échecs nous attendent, dit-il, et il ajoute :]

Si Louis est ici, je le somme de confirmer le discours qu'il me tint à Aiixerre, On verra qu'il est dans le Comité de salut public des hommes pervers dont on aurait dû le purger. Un fait le prouve, ou Louis, qui me Ta dit, est un menteur. Il entendit Barère et Cambon dire : « L'état dans lequel se trouvent aujourd'hui Lyon et Marseille n'est pas un état de rébellion ; leurs demandes sont justes et leurs réclamations légitimes. »

[Robespierre répond qu'il ne doute pas du fait allégué, puisque c'est Louis qui l'a rapporté. Mais il s'agit de l'ancien Comité de salut public; Cambon n'est pas du nouveau, il est inutile de parler de lui. Pour Barère, Robespierre le défend. « J'ai été attaqué par lui, dit-il, au temps où tous mes ennemis se réunissaient contre moi : mais je mets le salut public au-dessus (Je mon ressentiment personnel. Je déclare donc que j'ai toujours vu dans Barère un homme faible, mais jamais l'ennemi du bien public. » Robespierre loue l'activité que Barère montre au Comité ; il ajoute : « Et depuis que Barère, éclairé sur les crimes d'une faction dont il n'avait pas d'abord conçu toute la scélératesse, a trouvé l'occasion de témoigner combien il abhorrait leurs ])rincipes, il l'a fait énergiquement. Enfin il a été chargé d'être auprès de la Convention nationale l'organe du Comité de salut public ; chaque fois qu'il a été utile de lui faire connaître notre travail, il a rempli cette mission avec un zèle, une énergie vraiment dignes d'un républicain et qui s'accroîtront à raison des dangers que court la patrie. Dès l'instant que Barère cessera d'être le même, je vous en instruirai avec la même franchise. »

Royer réplique que Robespierre a l'àme trop pure jiour soupçonner dans les autres le crime que lui-même ignore. Royer estime que « Barère a tenu une marche tortueuse dans la Révolution, et que, si le cùlé droit eût triomphé, lîarère serait aujourd'hui à ses pieds et insulterait les Jacobins anéantis ». L'orateur propose à la Société de changer de tactique : « Il faut, dit-il, suspendre nos séances et aller dans les rues inviter le peuple à nous suivre })Our presser la (-onvention de prendre des mesures révolutionnaires. » — Un citoyen dénonce la pièce intitulée Adèle lie Sacy, qu'on joue en ce moment au Théâtre du Lycée : elle est pleine d'allusions à la situation d'Antoinette et de son fils. — Ronsselin rai)i)orte qu'une foule de gens sont venus assiéger la porte du Comité de salut public pour demander le rapport du

1. Toul.m fut livré aux Anf,'lai.s par l'amiral TroirolT, le 28 août. Le 2 septembre, la nouvelle de celte trahison fut connue à la Convention. IJarère déciani ((ue c'était un faux bruit. Mais. le 4, la nouvelle fut confirmée, et Jcanbou Saint- André fit au nom du Comité de salut public un rapport sur le plan formé par les contre-révolutionnaires de Uvrer le Midi aux Anglais. Moniteur, t. XVII, p. 072-

lU'crot qui ordoniio rarrestalion dos acteurs et actrices du Tliéàtre-Francais et la rernicture de ce théâtre.

Desfieux rend compte de la mission dont il avait été cliaryé au commencement de la séance, en comi)agnie de Léonard Bourdon. Ils ont jiarlé au lieui)le rassemblé autour de l'Hôtel-de-Ville et Font invité à accom])aiiner demain la Société des Jacobins à la Convention. Le peuple a promis de se rendre demain à la Société à onze héures.l

PRÉSIDENCE DE LÉONARD BOURDON

[La Société arrête que la Société de Saint-VaasI, qui a écrit une lettre pleine de modérantisme, cessera d'être affiliée. — La Société reçoit une lettre du généial Ronsin, qui dénonce un autre commandant, et une lettre du général Rossignol, qui se plaint qu'on veut lui aliéner Tarméc de Mayence. Les deux lettres sont renvoyées au Comité de salut public. — Un ih'piité dit (pic la Société devrait; engager le Comité de salut public à confier la direction de la guerre de Vendée à Rossignol. Santerre, ajoute l'orateur, a écrit que Rossignol faisait des merveilles. — On lit une lettre de Collot d'Herbois envoyé en mission dans l'Aisne et l'Oise avec l,ejeune, Lequinio et Isoré ' pour faire jiarvenir des subsistances à Paris. Lejeunc et Lequinio, revenus de leur mission, sont présents à la séance. — Lejeitne rend compte à la Société des mesures (ju'il a prises de concert avec son collègue* :]

L'avidité des cultivateurs étant le principal obstacle qu'ils ont rencontré, ils ont établi des compagnies de batteurs, afin que, pour conserver les grains, les fermiers ne pussent alléguer le défaut de bras. Ils ont, ainsi que Collot et Isoré, destitué les nobles, les prêtres, les gens suspects ; ils les ont fait mettre en état d'arrestation. Une seule cloche est restée, aux termes de la loi, dans chaque clocher; les autres seront converties en canons. Toutes les grilles des églises, cimetières, hôtels ou châteaux d'émigrés, ont été transportées dans le chef-lieu du département pour la fabrication des piques, baïonnettes, etc. — Les cercueils de plomb l'ont été également; ils serviront à faire des balles. Partout les fonderies ont été établies et les places pubhques retentissent du bruit des marteaux.

[Lejeune termine en demandant qu'on fasse disparaître les tombeaux des

i. Cf. Recueil des actes du Comité de salut public, t. ^■. p. 4ii. ■2. Lequinio rendit compte de sa mission ù la Gonveutiuii le lendemain. Moniteur, t. XYH, p. o99.

300 SOCIÉTÉ DES JACOBLXS [0 skpt. 47931

rois (le la troisiônu' race qui existent à Saint-Denis. « Si les arts ont à regretter quelques morceaux précieux parmi ees décombres, dit Torafeur, qu'on les transporte à la commission des monuments ; mais surtout, (jne les soixante cercueils de plomb soient employés à nous faire des balles ; ils deviendront enfin utiles à la-llépubliqne. » La Société arrête qu'une dépu talion ira |)or[er les demandes de l-cjeunc à la Convention. — Un membre déclare ((u'il faut punir non seulement les trahisons des généraux, mais encore leur négligence. — Un citoyen qui arrive de Vendée déclare que le général Tuncq est improjjrc à remj)lir la place qu'il occupe, à cause de ses fureurs Jiacliiques, et surtout à cause de son ineptie.]

La Société arrête que Danton et Lejeune porteront au Comité de salut public la demande de charger le général Rossignol seul du détail des opérations relatives à la Vendée.

[Un membre se plaint que le Comité de sûreté générale, cliargé de l'exécution du décret de la Convention qui ordonnait l'arrestation des acteurs et actrices du Théâtre dit de la Nation, ait « établi des exceptions relativement à M. Mole (suspect, dit-il, à plus d'un titre) et à plusieurs actrices ». — Un membre présente à la Société la liste des individus qui composent les tribunaux militaires à la suite des armées : il invite les Jacoldns qui ont du crédit auprès de la Montagne à proposer des patriotes à la place d'une foule d'aristocrates dont les noms figurent dans cette liste.]

« Des listes de candidats, pour remplacer les administrateurs contre-révolutionnaires, ont été remises aux représentants du peuple Lejeune et Lequinio, par les Sociétés populaires des départements qu'ils ont parcourus comme commissaires de la Convention. Ces listes, dit Lequinio, nous parurent faites de manière à ne nous laisser qu'un regret: c'est que, par une délicatesse excessive et mal entendue, les membres de ces Sociétés protestèrent, en nous les remettant, qu'ils n'acceptaient aucune place. J'invite les Jacobins, en faisant connaître aux Sociétés affdiées cette mesure infiniment utile aux commissaires de la Convention, à les engager à ne point adopter ce dernier article, qui pourrait devenir abusif. »

[Dans la correspondance des Jacobins du 2 août, Lequinio était accusé de s'être opposé à ce qu'on fît sauter les mines à Valenciennes. Il réfute cette accusation, et la Société arrête que la réfutation sera consignée dans le Journal de la Montaf/ne. — Une dépuiaiion de la section de Molière et La Fontaine annonce que la section s'est débarrassée des aristocrates qui la dominaient, et qu'elle a fondé une Société populaire, qui demandera l'affiliation aux Jacobins. L'orateur ajoute que la députation est allée inviter les sections du Pont-Neuf, du Mail, de la Montagne à suivre l'exemple de la section de Molière et La Fontaine. — Un bruit assez fort trouble la séance. Le Président déclare qu'il est temps de procéder au scrutin épuratoire, afin de cliasser de la Société les perturbateurs.]

La séance a été levée à dix heures et demie.

PRÉSIDENCE DE LÉONARD BOURDON

On se plaint que Brissot et autres détenus de son espèce ne soient point encore jugés, et que le Tribunal n'ait point l'air de s'en occuper.

Desfieux avertit la Société que le Tribunal n'a point encore reçu les pirces qui doivent servir dans le procès des ci-devant députés. Il se plaint de la négligence de ceux qui, chargés de les faire passer au Tribunal, n'ont point encore rempli ce devoir.

Une lettre de la Société de Màcon annonce que, de cinq cent soixante membres qui la composent, cinq cents se battent sous les murs de Lyon. Elle avertit, de plus, que le général Kellermann est bon et se conduit bien, mais que son état-major est mauvais et entrave ses o()é rations.

Robespierre. — Une Société populaire vient de faire l'éloge de Kellermann ; je dois déclarer que c'est une erreur. Kellermann est, sinon le seul auteur, du moins la principale cause des lenteurs du siège de Lyon. C'est lui principalement qui a dirigé toutes les conspirations qui ont éclaté dans cotte campagne ; et jamais sous un tel homme une opération patriotique ne peut avoir de succès.

Un secrétaire. — Robespierre vient de vous dire une grande partie de ce que j'avais à vous apprendre; mais ce qu'il faut y ajouter, c'est que Kellermann a donné sa démission, ainsi que Karcaradec. Il est allé, en attendant qu'on l'acceptât, combattre dans le Mont-Blanc.

1. A partir de cette date, le Moniteur donne régulièrement le compte rendu des séances de la Société des Jacobins. Celui de la séance du 8 (dans le numéro du 14 septembre 1793, t. XVII, p. 013) est précédé de l'avertissement que voici : « Nous donnerons désormais assidûment l'extrait de ses séances {il s'agit de la Société des Jacobins) le plus étendu qu'il nous sera possible. » Le Moniteur Uni parole ; ses comptes rendus sont plus étendus que ceux du Journal de la Montarjne. Ils oil'rent encore deux avantages sur ces derniers : ils conservent aux discussions leur l'orme dramatique, et ils donnent les noms des orateurs. Ces raisons nous ont déterminé à suivre à partir du 8 septembre 1793 le texte du Moniteur, sans jamais cesser de le comparer à celui du Journal de la Montarjne et de le compléter au moyen d'extraits de ce journal, extraits dont nous indiquons chaque fois la provenance.

392 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [8 sept. d793j

Robespierre. — Kelleriiiann n'a point donné sa démission ; mais, cela fût-il, cela ne détruirait pas les faits que j"ai avancés. Kellermann est toujours l'auteur des trahisons souvent réitérées dans le cours de son opération.

Desfieux^ dans la correspondance, lit un arrêté du Comité révolutionnaire de la section des Gravilliers, qui porte que le nommé Jacques Roux, accusé de plusieurs opinions inciviques et contrerévolutionnaires, a été interrogé et transféré de suite à Sainte- Pélagie. Le Comité invite la Société à lui faire passer, sur le compte de cet homme, tous les renseignements qui peuvent constater les délits qu'on lui impute.

On nomme une commission pour s'en occuper et recevoir les dénonciations contre Jacques Roux.

Besfieuxy ajoute que ceux qui auront à déposer contre Leclerc (de Lyon) sont invité à le faire à cette même commission. Enfin, il renouvelle la demande déjà faite, de hâter le jugement de Brissol, Vergniaud, Gensonné, Guadet, etc., ainsi que de Marie-Antoinette, dont on semble avoir oublié le procès. Il continue à se plaindre de ce que personne n'a fait passer à ce tribunal les crimes dont sont chargés tous ces hommes odieux, et il invite les députés à la Convention à obtenir d'elle l'ordre de s'en occuper incessamment.

[Le second escadron de dragons, levé par Maziiel, sous la surveillance de Bouchotte, minisirc de la guerre, est introduit dans la Société au son des trompettes. Itoyer, leur interprète, exprime le vœu de ces braves gens, de vivre et de mourir pour la République, et de combattre jusqu'au dernier soupir sous leurs drapeaux pour le maintien de la liberté.

Maure, revenu à Paris pour quelques jours, rend compte de sa mission en Seinc-et-Oise ; il se plaint des sentiments fédéralistes que manifestent les autorités constituées de ce département.

Prudhomme adresse à la Société un ouvrage intitulé : Les crimes des empereurs d'Allemagne, avec cette lettre : « La calomnie n'a cessé de me persécuter; je n'en remplirai pas moins courageusement les devoirs d'un bon républicain; je vous enverrai successivement les crimes de tous les scélérats couronnés. » On murmure.

Robespierre demande (juo, <■ pour toute réponse, on invile le réi)ublicain Prudhomme à écrire, ou plutôt à faire imprimer, car il n'écrit pas, les crimes des écrivains ou imprimeurs journalistes, soudoyés par les j)uissanccs étrangères ». On applaudit. — La Société arrête que la réponse de Robespierre sera envoyée à Prudhomme.]

Sentex prétend que ce qu'a dit Maure des autorités constituées de deux départements qu'il a parcourus peut également se dire de toutes les autorités constituées de la République. Le moyen de remédier à ces abus fréquents est de hâter le rapport sur les fédéralistes,

dont est. chargé Julien (de Toulouse); il craint que Julien ne présente pas ce rapport avec les circonstances qui peuvent constater d'une manière claire les délits dont ils se sont rendus coupables.

Sentex entre dans le détail des choses sur lesquelles il faut spécialement appuyer pour démontrer que leur iniluence sur certains décrets est cause de tous nos malheurs.

Drouet croit en conscience devoir déclarer que Julien (de Toulouse) est incapable de faire d'une manière satisfaisante pour les patriotes le rapport dont il s'agit.

Maure déclare que Drouet et lui dénoncent à la Société le Comité de sûreté générale, non individuellement, mais le Comité en masse, dont tous les membres sont usés. 11 veut que ce Comité soit renouvelé en entier et composé, non de vingt-quatre membres, mais de neuf bien sûrs, inaccessibles aux séductions, et surtout aux dhiers*.

Maure s'étend sur l'abus des dîners, dont il parait qu'usent souvent les membres qu'il inculpe. Il se cite pour exemple, et prouve, par une occasion où il s'est refusé à des hiumèletés pareilles, qu'on peut, qu'on doit résister à cette séduction.

RoRESPiERRE. — Cc u'cst pas assez de montrer le mal ; il faut encore indiijuer le remède. Puisque Maure a paru sentir les abus du Comité de sûreté générale, c'est à lui à demander sa destitution à la Convention; il est membre de ce Comité, et je l'engage à en faire la motion dès demain s'il est nécessaire.

Un citoyen dénonce aussi le Comité des marchés. On lit une lettre, signée Nicolas, qui dénonce plusieurs membres de ce Comité pour différents faits.

Un membre dénonce un marché que ce Comité est sur le point de contracter, et qui doit faire perdre à la République des sommes considérables.

Un autre dénonce des propos très inciviques, très anti-populaires, qu'ont tenus divers membres de ce Comité.

Maure avertit qu'il s'y trouve un républicain qui n'a pas beaucoup marqué dans la Révolution, mais qui réunit à un zèle, à une surveillance, à une activité rares l'amour du travail, le discernement et la dévotion à ses devoirs. Sans cesse au Comité, il y est depuis six heures du matin jusqu'à neuf heures du soir.

« Il y est seul ! » crie-t-on.

1. Cette proposition fut présentée à la Convention cl adoptée par elle à la séance du lendemain. Procès-verbal de la Convention, t. XXI, p. 218. Julien 'de Toulouse) fut réélu au ncuiveau Comité de sûreté générale. Ib/d., p. 300.

394 SOCIÉTÉ DES JACOHINS [8 skpt. 1793]

« Elî bien! dit Maure, un ])on patriote qui y reste constamment empêchera bien du mal. »

Drouel ajoute aux torts imputés à ce Comité, et conclut à la demande de sa destitution, jointe à celle de la destitution du Comité de sûreté générale, et qu'une commission, nommée parmi les membres de la Société, s'occupe des délits qui sont imputés à tous deux.

[Un militaire du lOS'^ rnj'uiicnl vient, dénoncer les officiers de ce régimont, qui sont infectés d'incivisme.

Ce ndlitaire est ici aux frais de ses camarades, qui, pendant qu'ils font le coup de fusil aux frontières, paient encore pour se faire rendre justice et se délivrer d'officiers contre-révolutionnaires qui ont eux-mêmes reconnu les délits dont on les accuse, dans une séance de la Société populaire de Sarre- Libre, dont l'orateur était président.

Il demande des défenseurs officieux, qui lui doivent obtenir du ministre th' la guerre une permission de rester ici encore quelques jours sans être in- {|uiété, puisqu'il y est venu i)Our suivre les aifaires de son corps, et pour engager le Comité de salut public à vouloir bien rapporter au plus tôt la dénonciation qu'il lui a faite contre les officiers de son régiment, afin de délivrer au plus tcVt ses camarades de ces officiers aristocrates.]

Séance levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE LÉONARD BOURDON

[Julien [de l'oulouse) demande la punition [)rompte des conspirateurs; il se plaint que la Convention ne donne pas satisfaction aux plaintes de la Société à ce sujet ; il dit que les Jacobins doivent présenter à l'Asscnddée une seconde pétition dans ce sens. — Hébert appuie les observations du préopinant. Il se plaint que les représentants en mission « partagent avec des généraux despotes la vie des Sardanapales ».]

Hébert examine aussi sévèrement les membres des Comités. Il dénonce un député qui est allé , contre la loi formelle qui le leur défend, solliciter une place de colonel pour son fds, ,([m n'a que dix-huit ans.

« Nommez-le! » s'écrie Gaston.

Oui, reprend Hébert, c'est Becker, qui sollicita Audouin, adjoint du ministre de la guerre, de donner à son tils un régiment. Audouin lui représenta que c'était déjà une faveur insigne que son fils occu-

pat une lieutenance, pour laquelle il n'avait point la capacité nécessaire.

Becker lui dit d'un ton arrogant : « Ne songez-vous pas que je suis représentant du peuple ? » — Audouin lui répliqua que, s'il était représentant du peuple, lui-même serait le premier à soutenir les lois que la Convention avait décrétées. — Becker osa répondre qu'il fallait sauter à pieds joints par-dessus la loi.

BoissEL. — Je demande que les dénonciations de cette nature soient écrites et signées.

Je la signerai, dit Hébert ; et Gaillard, qui en fut témoin, signera avec moi.

Gaillard fait un geste d'approbation.

[Héhwl dc'nonco encore l.c Cointre Mo Voisaillcs , (|iii s'csl n'-|i;ui(lii (.'ii paroles grossières contre le ministre de la guerre, parée (|ue celui-ci ri'lusait de faire une exception à la loi sur les étrangers en laveur d'un jirolégé de Le Cùintre; il ajoute :]

Je demande enfin qu'on invite la Convention à réformer promptement ses Comités; à ne pas permettre que ses députés se familiarisent avec les généraux, et à leur défendre, s'il le faut, de manger ensemble; à s'occuper du prompt jugement de Brissol, ,Vergniaud, etc., et de la destitution délinilive des nobles.

LÉONARD Bourdon. — La Convention est affaiblie de bons patriotes par l'absence des Montagnards qui sont en commission ; l'inexécution des bons décrets, le peu d'attention ou les rebuffades qu'essuient les bons patriotes dans les Comités, viennent de ce qu'il s'y trouve un grand nombre d'bommes au moins fort douteux, et en relation avec ceux qu'on a dénoncés n(miinativement ; les Comités en sont totalement composés.

J'invite la Société à demander à la Convention qu'elle se purge de tous ces hommes, et appelle leurs suppléants. On priera tous les appelants de se retirer chez eux, et leurs suppléants, autant qu'ils seront investis de la confiance du peuple, seront mis à leur place; si le premier est accusé, si le second est accusé, qu'on les éloigne. Enfin, qu'on forme une armée révolutionnaire dans chaque département, comme à Paris.

Gaston combat cette proposition. « Il serait dangereux, dit-il, de présenter à la France le tableau du dénùment où se trouverait alors la Convention; il ne resterait, vu les absents par commission, que cent Montagnards, ce qui fournirait aux ennemis le droit de dire que la Convention est dissoute. On ne craint rien du Marais, qui n'ose plus

:{0G SOCIÉTÉ DES JACOBINS [0 sei-t. 170:)]

se faire entendre; mais, si je voyais qiril prit de l'influence, alors je serais le premier à réclamer ce grand moyen et le premier même à l'exécuter. La mesure d'armée révolutionnaire dans les départements me semble encore dangereuse. A Paris, où le patriotisme est abondant, où l'esprit public est généralement bon, l'armée révolutionnaire ne trouvera point d'opposants ; mais, dans les départements, il arriverait que cette autorité se trouverait en contradiction avec d'autres, et que peut-être on verrait aux prises ces deux puissances, dont les effets, dirigés par les ennemis du bien public, pourraient être dangereux pour le pays. »

Maure combat les propositions de Léonard Bourdon, dont au surplus il préconise les principes. Le martyr de la liberté ne doit pas être soupçonné de vouloir causer sa cbute; mais c'est au remplacement des députés qu'on veut exclure que Maure trouve, sinon des difficultés, du moins des inconvénients, qui peuvent devenir funestes. « Pour maxime générale, dit-il, si vous comptez sur les suppléants, vous comptez sur mauvaise marcbandise. » Les suppléants lui paraissent en général composés de manière à faire espérer peu d'un pareil moyen.

Roycr pense comme Maure sur les suppléants en général, et l'opération dont on parle serait, selon lui, d'autant moins profitable que ce ne serait autre chose que mettre en place de contre-révolutionnaires connus des contre-révolutionnaires inconnus, et par cela même plus à craindre. Les obstacles qu'éprouvent la formation et le but de l'armée révolutionnaire font aussi naître ses regrets.

« Qu'on me donne deux mille hommes révolutionnaires comme moi, dit Royer, et je vous réponds qu'avant deux mois nous aurons fait le tour de la France, et que nous l'aurons purgée du dernier des aristocrates qui souillent encore son sein. Je ne suis pourtant pas de l'avis de Léonard Bourdon d'établir autant d'armées révolutionnaires que de départements ; cela ressemblerait trop au fédéralisme, dont il est si important de détruire jusqu'à l'image. »

[L'orateur demande que la Convention et la Société censurent les députés (jui sont inexacts aux séances de rAssomltlée. Duhem annonce la victoire d'tlondschoole.]

Une députatiun d'une Société naissante, dans la commune de Recourt, s'était présentée à la tribune pour obtenir l'affiliation, appuyée par deux autres Sociétés, et l'avait obtenue; une lettre du procureursyndic de cette commune prévient la Société contre cette députation et charge les deux membres qui la composent de plusieurs délits graves.

Maure et un autre citoyen parlent sur cette affaire et en demandent rajonrnement jusqu'au moment où la Société sera mieux instruite. (.l;vv;/e.)

Un des membres de la députât ion dénoncée avait demandé et obtenu extrait de la lettre qui les inculpe ; mais, ayant dit au citoyen Moyne que c'était pour faire un procès au dénonciateur, Moyne lui a soutenu que tous les patriotes ont droit de se dénoncer réciproquement, et il observa qu'il ne faut point accorder légèrement de ces sortes d'extraits.

Un citoyen demande que les deux députés de la Société de Hécourt, accompagnés de quatre membres de celle des Jacobins, soient conduits au Comité de sûreté générale. [Arrêté.)

Un citoyen demande qu'on ne lâche point si promptement les détenus de toute espèce.

Hébert veut qu'on ne les lâche qu'après un jugement.

[Un rilni/pn annonoo ([iio dans hi soclion (Ui Mail on a crié : ■< A bas la Montagne ! •>

La SociéU', peu nonibrousc, arrête le renvoi de ces dénonciations à la prochaine séance.]

La séance a été levée à dix heures et demie.

PRÉSIDENCE DE LÉONARD BOURDON

Le bureau de correspondance demande qu'un exemplaire du Journal de la Montagne lui soit adressé chaque jour, afin que ceux de ses membres qui n'assisteraient pas à la séance en connaissent les détails «.

[Sambat se plaint d'avoir été dénoncé à Hérault-Séchclles comme un agent des puissances étrangères. 11 demande qu'on lui communique la dénonciation et réclame un nouveau scrutin éi)uratoire, qui débarrassera la Société des traîtres. — On lui réi)ond que le Comité de jjrésentation s'en occupe. — Léonard Bourdon annonce que la Convention a chargé le Comité de salut public de lui présenter la liste des membres du Tribunal révolutionnaire. — ha commune de Melun, qui a arrêté Bailly, annonce qu'elle n"a trouvé aucun pa-

Page 1