PRÉSIDENCE DE BILLAUD-VARKXNE
Des citoyens brabançons ont obtenu l'entrée de la séance.
Des députés des îles du Vent ont demandé l'admission dans la Société, pour lui faire part de leur nomination à la Convention nationale. {Accordé.)
[Lecture de la Correspondance.]
On lit une pétition du Club national de Bordeaux.
Desfielx. — La pétition du Club de Bordeaux développe de grands
1. 11 s"af,'it sans doute de la chaussure des troupes. Le 18 frimaire an II 8 décembre 1193}, les cordonniers furent mis en réquisition permanente j^our le service des armées. {Moniteur, t. XVIII, p. 622.)
2. A propos de cette séance, nous ferons remarquer que, dans le Courrier des Départements, Gorsas insiste sur les motions ou les discours hostiles aux Girondins. Mais, d'après son propre aveu, souvent répété, il puise directement et exclusivement ses renseignements dans le Journal des Jacobins. C'est ainsi qu'après avoir donné la séance du 25 février ;t. V, p. 21), il ajoute : » Cette séance est comme toutes les autres (souligné dans l'original) extraite textuellement du Journal des débats de la Suciété. »
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principes; il importe d'éclairer les départements qui sont encore égarés par la faction des intrigants. Je voudrais aussi que, pour répondre aux vœux des Sociétés de Nîmes et de Marseille, nous discutions la question du rappel des députés. Cette question n'en est pas une ; ainsi j'estime que la discussion ne doit embrasser que le mode du rappel des députés infidèles.
Un membre a offert à la Société six cents exemplaires de l'ouvrage qu'il a fait sur les journées des 2 et 3 septembre; et il déclare que personne n'a mieux traité cette matière que lui.
Desfieux. — Les Sociétés de Marseille et de Bordeaux conviennent de la nécessité de ces journées, et elles ajoutent qu'il sera peut-être nécessaire de les renouveler. Toutes les Sociétés populaires nous donneront leur adhésion à ces événements indispensables.
La Société a arrêté l'impression des lettres de Nîmes et de Bordeaux '.
BoissEL. — Je demande qu'on déclare que les plus grands reproches qu'on puisse faire à ces journées, c'est qu'elles ont été imparfaites. [Murmiu^es.)
[Thuriitt propose que la Société promoUo un prix de 300 livres à celui qui présenlera dans un mois le meilleur plan de Constitution. — Beniahole s'oppose à ce qu'on-décerne une récompense matérielle. — Le projet de Thuriot est adopté.
Le même membre propose un impôt sur les riches. Voici le principal passage de son discours:]
Une des causes immédiates de l'augmentation des denrées est la trop grande quantité de numéraire qui se trouve actuellement en circulation. ÇBriiit.) Il est évident que, si le gouvernement pouvait retirer de la circulation une certaine quantité d'assignats, les denrées diminueraient. Le moyen d'opérer ces heureux résultats, je le trouve dans une contribution proportionnelle : l'homme qui a trois cent mille livres de rente doit être réduit à dix mille livres; ce revenu sera très suffisant, et il aura eu l'avantage de contribuer au bonheur public. [Applaudi.) Il faut intéresser au succès de la guerre ces monstres pétris d'égoïsme, qui affichent ici un luxe insolent, qui promènent leur fastueuse indolence dans des chars élégants. [Applaudi. Grand ^u?nM/^e.) Après l'affermissement de la République, on rétablira les riches dans l'intégralité de leur fortune... Les riches augmentent
1. Voir Bibl. nat., Lb 40/2303, in-8°. Dans cet imprimé, l'extrait du procèsverbal, qui accompagne les deux lettres de Nîmes et de Bordeaux, est daté par erreur du 24 février.
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par leur luxe le prix des fourrages; le luxe est toujours au détriment du peuple. {Murmures.) — L'orateur s'écrie : « Je ne parle pas aux riches, je parle aux Jacobins. » (Applaudi.)
[Marat i)arle dans le niiMiio sons. Plusieurs membres racontent les scènes de désordre qu'ils ont vues dans Paris.]
C... — Il y a des opinants qui veulent nous faire croire que le peuple est criminel ; je soutiens qu'il n'est pas criminel, et que la faction brissotine est seule coupable. [Applaudi.)
C... — J'ai observé en plusieurs endroits des hommes déguisés; ils étaient poudrés et mal vêtus ; ils disaient aux femmes : il faut prendre la marchandise sans la payer, et trancher la tète des épiciers.
Plusieurs citoyens des tribunes ont crié : « Cola n'est pas vrai ! »
L'orateur a ajouté que plusieurs femmes emportaient le sucre sans le payer. Il a reçu un second démenti, qui lui a fait abandt)nner la tribune. {Grand tumulte.)
[Dubois-Cranrr prend la parole. Voici la dei-nière el la plus importante partie de son discours :]
Il est constant que l'approvisionnement de Paris est assuré jusqu'à la récolte, gr.ice au décret <}ui a ordonné le versement de sept millions payables par les riches seulement. La Convention a senti qu'il était teuips de faire vivre les pauvres aux dépens du riche. (Applaudi.) Que le peuple cesse donc d'avoir des inquiétudes, et l'abondance renaîtra ; les subsistances ne manquent pas à Paris. Le mouvement avait été préparé. 11 y a quinze jours que je sais que le peuple devait être en agitation, et je lai appris par les papiers publics ; lord Circnville lui-même l'a annoncé au Parlement d'Angleterre.
{Dufourn\i propose qu'on fasse remarquer dans le i)rocès-verbal que les citoyens des tribunes sont à leur poste et ne prennent point part aux troubles. C... demande qu'on rédige une adresse i)0ur expliquer au peuple que ces troubles sont suscités par des intrigants, qui veulent perdre les Jacobins.]
RoBESPiERHE. — Commc j'ai toujours aimé l'humanité et que je n'ai jamais cherché à flatter personne, je vais dire la vérité. Ceci est une trame ourdie contre les patriotes eux-mêmes. Ce sont les intrigants qui veulent perdre les patriotes. Il y a dans le co?ur du peuple un sentiment juste d'indignation. J'ai soutenu au milieu des persécutions, et sans appui, que le peuple n'a jamais tort; j'ai osé proclamer
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cette vérité dans un temps où elle n'était pas encore reconnue ; le cours de la révolution l'a développée.
Le peuple a entendu tant de fois invoquer la loi, par ceux qui voulaient le mettre sous le joug, qu'il se méfie de ce langage.
Le peuple souffre; il n'a pas encore recueilli le fruit de ses travaux ; il est encore persécuté par les riches, et les riches sont encore ce qu'ils furent toujours, c'est-à-dire durs et impitoyables. (.1/;plaudi.) Le peuple voit l'insolence de ceux qui l'ont trahi ; il voit la fortune accumulée dans leurs mains, il sent sa misère, il ne sent pas la nécessité de prendre les moyens d'arriver au but, et lorsqu'on lui parle le langage de la raison, il n'écoute que son indignation contre les riches, et il se laisse entraîner dans de fausses mesures par ceux qui s'emparent de sa confiance pour le perdre.
II y a deux causes : la première, une disposition naturelle dans le peuple à chercher les !no3'ens de soulager sa misère, disposition naturelle et légitime en elle-même; le peuple croit qu'au défaut de lois protectrices, il a le droit de veiller lui-même à ses propres besoins.
Il y a une autre cause : cette cause, ce sont les desseins perfides des ennemis de la liberté, des ennemis du peuple, bien convaincus que le seul moyen de nous livrer aux puissances étrangères est d alarmer le peuple sur ses subsistances et de le rendre victime des excès qui en résultent. J'ai été témoin moi-même des mouvements. A côté des citoyens honnêtes, nous avons vu des étrangers et des hommes opulents, revêtus de l'habit respectable de sans-culottes. Nous en avons entendu dire: « On nous promettait l'abondance après la mort du roi, et nous sommes plus malheureux depuis que ce pauvre roi n'existe plus. » Nous en avons entendu déclamer, non pas contre la portion intrigante et contre-révolutionnaire de la Convention, qui siège où siégeaient les aristocrates de l'Assemblée constituante, mais contre la Montagne, mais contre la députatiou de Paris et contre les Jacobins, qu'ils représentaient comme accapareurs.
Je ne vous dis pas que le peuple soit coupable, je ne vous dis pas que ses mouvements soient un attentat ; mais, quand le peuple se lève, ne doit-il pas avoir un but digne de lui ? mais de chétives marchandises doivent-elles l'occuper? Il n'en a pas profité, car les pains de sucre ont été recueillis par les mains des valets de l'aristocratie ; et, en supposant qu'il en ait profité, en échange de ce modique avantage quels sont les inconvénients qui peuvent en résulter? Nos adversaires veulent effrayer tout ce qui a quelque propriété ; ils veulent persuader que notre système de liberté et d'égalité est subversif de tout ordre, de toute sûreté.
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Le peuple doit se lever, non pour recueillir du ?ucre, mais pour terrasser les brigands. {Applaudi.) Faut-il vous retracer vos dangers passés ? Vous avez pensé être la proie des Prussiens et des Autrichiens ; il y avait une transaction, et ceux qui avaient alors trafiqué de votre liberté sont ceux qui ont excité les troubles actuels. J'articule à la face des Amis de la Liberté et de ^E,l,^alité, à la face de la Nation, qu'au mois de septembre, après l'aflaire du 10 août, il était décidé à Paris que les Prussiens arriveraient sans obstacle à Paris.
Collol d'Herbois, qui a succédé à Robespierre, a professé les mêmes principes, d'à attribué tous les troubles prétextés par les subsistances à Sa Majoslr lioland, qui veut anéantir Pache, et qui serait très petite, a-t-il dit, si elle était mise à côté de ce vertueux maire de Paris. Il a ajouté : a Roland est tellement coupable qu'il ne peut disputer avec personne de scélératesse. Je me suis procuré la preuve qu'il a placé 1:2 millions en Angleterre. Continuons de démasquer les Brissotins, et allons droit à Roland. Je déclare que, dimanche prochain, je (lemamlerai l'acte d'accusation contre cet exuiiuislre, et je m'appuie sur dix chcrs, dont un seul suffit pour qu'il porte sa tète sur l'échafaud. »
La séance a été levée à dix heures.