Extrait du Joi/nial de la Montagne
398 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [11 skit. 17C3]
pier qui prouve la culpahililé de cet homme— Un ciloi/rn s'ccric qu'il sulTil pour le coudauiuer *> de lever l'extrait mortuaire de nos Trèrcs assassinés au Chanip-do-Mars ». — Gaslon, qui part pour l'armée des l'yrénées-Orienlales, promet de réjiandre jiarlout les i)rincipes de la Société. — Diifoiirny annonce <pie Kcllermann et Brunet ont été destitués la nuit dernièr(>'. — Hauriot se plaint d'avoir été accusé à tort de manger avec les députés détenus.]
Danton. — Je ne crois pas qu'llaiiriot doive s'arrêter à une rlénonciation vague d'un homme qui ne remplissait pas ses devoirs. Je rappelle qu'aux journées des 2 et 3 juin, Hanriot sauva la vie à trente mille âmes. Ses yeux vomissaient le salpêtre sur les conspirateurs et les aristocrates ; quiconque le vit ce jour-là dut reconnaître l'ami de la liberté.
Robespierre. — Celui qui n'a pas été calomnié par les ennemis du peuple n'est pas son ami zélé. Hanriot ne doit point craindre des imputations calomnieuses par lesquelles on s'efforce de le rendre suspect. Les faits parlent ; ses contemporains lui rendront justice ; mais, ne le fissent-ils pas, l'histoire consacrera l'époque glorieuse où il servit son pays et la liberté; la postérité lui rendra justice et consacrera sa reconnaissance. {On applaudit.)
Maure rappelle qu'il a dénoncé déjà plusieurs fois la gendarmerie. Il s'étonne que les gendarmes reçoivent par jour i, 5 et 0 livres pour la garde des prisonniers qu'on leur confie, quoique la nation les paie pour cela; il se plaint surtout qu'ils méprisent l'habit de la nation, que plusieurs d'entre eux dédaignent de le porter quand ils gardent des aristocrates.
Léonard Bourdon déclare que quelqu'un lui a dit fort sérieusement que, quand un gendarme garde chez lui un prisonnier, et sans uniforme, il est payé double.
Un citoyen., désignant Bourdon (de l'Oise), dit : « Je vois ici un homme qui fit la motion de chasser Marat de la Société. Je m'étonne qu'il ose siéger parmi nous. Je demande qu'il soit chassé luimême. »
Bourdon. — La Société m'a invité à venir m'expliquer sur l'inculpation qui m'a été faite d'avoir, arbitrairement et sans cause légitime, fait arrêter le général Rossignol. Yoici les explications que je dois donner :
AVestermann avait injustement plongé Rossignol dans un cachot; je l'en retirai et je lui dis : je n'ignore point que Westermann est coupable de quelques délits; son vol de quelques couverts d'argent est reconnu ; mais tirons le rideau sur ces faits, quoique graves; on
1. Cf. Recueil des acles du Comllé de sahd public. I. VI, p. iOl.
le dit en état de servir la République. Il a déjà eu quelques succès ; voyons jusqu'au bout s'il justifiera notre indulgence. Quant à Rossignol, les bases de l'arrêté que nous crûmes nécessaire, Goupilleau et moi, de rendre contre Rossignol, sont déposées au Comité de salut public; le reste ne peut pas être public. Je demande qu'on examine toutes les pièces, mais que ce soit dans un Comité.
Robespierre rend justice au patriotisme de Bourdon (de l'Oise), et jusque dans la faute qu'il a commise, en arrêtant Rossignol, car il croit que c'en est une. Il veut qu'il s'explique sur les causes et les raisons de cette conduite, que tout le monde réprouve.
Bourdon. — Je dirai tout, puisqu'on m'y force! [On applaudit.)
Robespierre. — Je maintiens que Rossignol a été la victime d'une cabale dans la Vendée. C'est à cela que j'attribue le peu de succès de la guerre dans ce pays. Deux espèces d'bomnies voulaient que les événements fussent tels; ceux qui avaient des biens dans la Vendée', et qui voulaient ménager leurs propriétés, et ceux qui ne voulaient pas voir à la tête des armées de la République de vrais républicains, qui eussent fait promptcment linir cette guerre.
Robespierre fait l'historique des hommes qu'on leur substitue, et qui, d'après cela, doivent être regardés comme les hommes les plus capables de servir les projets des aristocrates.
A l'article de Beysser, il avertit que c'est Julien (de Toulouse) qui le fit renvoyer à son poste, et Julien vient d'«'dre nommé de nouveau au Comité de sûreté générale.
Un membre de ce même Comité disait que Tuncq avait bien l'ail de quitter l'armée qu'il commandait, puisqu'il était malade ; dans ce moment Tuncq était dans l'anticliambre du Comité.
Goupilleau avait d'abord réclamé du Comité un rapport qui lui fût favorable; mais il refusait toujours d'y déposer les pièces, tantôt parce qu'elles n'étaient pas copiées, tantôt parce qu'il se désistait de sa dénonciation contre Rossignol.
BouRDOX. — Pour moi, je ne me désiste pas.
Robespierre. — Je demande que Bourdon soit entendu.
Bourdon déclare qu'il va découvrir la vérité tout entière. Il commence par établir que cette armée de la Amendée, dont on a fait tant de bruit, n'était autre chose qu'un ramas de cochons, de gens qui n'avaient pas figure humaine, et de gens de loi; les victoires prétendues de Rossignol ne sont donc pas si fameuses qu'on se l'imagine.
1. Robespierre fait proJ)abli'niont alhisinii ù rj^upilloaii.
400 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [11 skpt. 1703]
Il cite un fait plus grave. On devait marcher sur trois points à la fois; on enveloppait tous les rebelles, et l'on finissait la guerre dans le moment. Rossignol, au lieu de donner l'ordre à sa division de marcher sur Fontenay, donna des ordres contraires et fit manquer l'opération.
Ce fait est démenti par beaucoup de membres.
Bourdon dit qu'il en a les preuves par écrit, et qu'il les apportera ; il les avait, disait-il, communiquées au Comité de salut public ; il interpelle Robespierre, s'il est l'ami de la vérité, de la déclarer en ce moment.
Un grand bruit éclate. Rourdon quitte la tribune.
Robespiei^re se lève pour répondre.
Hébert ne veut point que Robespierre réponde à une interpellation insidieuse. Il déclare que Bourdon sera toujours pour lui un calomniateur, tant qu'il n'aura pas prouvé ce qu'il vient d'avancer contre le général Rossignol. Au surplus, il le taxe de lâche pour avoir quitté la tribune et laissé là sa justification pour des murmures.
Bourdon répond vivement à Hébert. Une scène assez orageuse s'élève et se prolonge quelque temps. Enfin, le tumulte cesse.
Bourdon parle encore, ajoute quelques faits, offre d'apporter des preuves écrites, et dit au sujet des brûlements qu'on l'accuse de n'avoir pas exécutés : « Que voulait-on de nous ? Et n'avons-nous pas assez fait pour éviter ce reproche? Nous avons hrùlé sept châteaux, trois villages, douze moulins ; peut-être serait-on fâché qu'on n'ait pas brûlé la maison d'un patriote qui servait dans l'armée. »
On l'interrompt ; il se jette sur les qualités de Rossignol ; on l'interrompt encore, il quitte la tribune.
Robespierre. — Bourdon et Goupilleau doivent être solidaires l'un pour l'autre, puisque tous deux ont signé les dénonciations contre le général Rossignol, et surtout l'arrêté de sa suspension.
Je m'étonne que des hommes qui ont dénoncé un général sur des faits si vagues, des inculpations si légères, aient pu oublier des faits si essentiels dont parle maintenant Bourdon, et que, tout graves qu'ils sont, on entend pour la première fois; j'ignore au surplus d'où viendront les pièces dont on parle, si ce n'est des dénonciateurs euxmêmes, de quelques municipalités aristocratiques, ou même des émigrés.
Cette conduite tortueuse, après avoir provoqué quelques sarcasmes de Robespierre, le ramène à des observations plus sérieuses et non moins amères.
X tant d'astuce il met en opposition la franchise de Rossignol,
son républicanisme ardent et son amour sinctTC pour rexécution des lois. {On applaudit.)
[Le gihirral Sandos donne quelques éclaircissenienls sur la Vendée. — Hcbi'ii fait ra|)ologie des généraux sans-culottes, comme Hossignol, qui veulent terminer la guerre, tandis que Tuncq et le ci-devant baron de Menou ne clierclient (|u'à la prolonger.]
Danton. — La tactique dont on a fait usage jusqu'à ce moment est cause des non-succès dans la Vendée, département où se sont réunis tous les aristocrates, qui, quoi qu'en dise Bourdon, ne sont pas des cochons, ni des hommes qui n'ont pas figure humaine, mais des hommes qui se battent bien. La malveillance ou rimpérilie ont conduit tous les mouvements, dirigé tous les efïbrts. C'était une guerre centrale, et non pas sur les rayons ou même sur tous les points de la circonférence qu'il fallait faire tête aux ennemis; et du moment qu'on sépara les forces, qu'on divisa les bataillons, on dut présager des défaites.
Je rends aussi justice à Santerre; sa modestie surtout et sa franchise me sont d'un bon augure. Rossignol avait été sous son commandement; il fut si satisfait du choix ([u'en avait fait la République comme général en chef, qu'il iléclara qu'il servirait avec grand plaisir sous lui.
Le nombre des députés qui sont dans les armées est aussi un obstacle aux grands succès ; l'oi-dre donné par celui-ci est presque toujours contremandé par celui-là ; et peut-être d'ailleurs peut-on leur faire le même reproche qu'aux généraux, do vouloir perpétuer cette malheureuse guerre pour leurs intérêts.
J invite la Société à émettre son Ya:'u sur le lappel de la nuée de commissaires qui sont eu ce moment dans la Vendée : deux ou trois suffisent pour le service des armées qu'ils occupent. Que la même adresse contienne le vœu de Rossignol, déjà chargé en chef de la conduite de celte guerre ; qu'il prenne en même temps tous les moyens qu'il croira j)ropres à en assurer l'événement; qu'il soit autorisé à présenter la liste des hommes suspects et de ceux dont les mauvaises intentions lui sont connues, de tous ceux enfin qui pourraient entraver ses opérations ; (juil puisse les destituer, qu'il puisse surtout nommer à leur place; enfin qu'on lui abandonne le soin de nommer aux postes dont il est obligé de répondre, sans quoi on ne peut pas lui imposer de responsabilité. {Avrclc.)
Un citoyen. — Je demande qu'en rendant justice à Rossignol, ou îa rende encore à Bourdon et qu'on éclaircisse les faits qui semblent Tome Y. 26
402 SOaiiTK DES JACOBINS [11 skpt. 1703]
déposer contre kii ; surtout qu'il s'explique sur le compte de Marat, et qu'on le chasse, s'il ne mérite pas de siéger parmi nous.
Bricuet. — J'appuie cette motion, d'autant mieux que Bourdon n'a pas répondu à l'inculpation d'avoir voulu faire chasser Marat. Je demande qu'il soit rayé de la Société. [On applaudit.)
Bourdon. — Il n'est jamais entré dans l'idée d'un homme d'attaquer une grande masse d'hommes réunis. Si je me suis exprimé d'une manière peu respectueuse, c'est que j'étais piqué des inculpations odieuses, calomnieuses, dont on me charge, et des démentis qui m'ont été donnés. Quant à Marat, il est vrai que j'ai cru qu'il était dangereux alors qu'il vînt trop à la Société ; mais il est étonnant qu'on me fasse un crime maintenant d'une opinion que j'avais il y a six mois. Au surplus, si la Société me raye, cela ne m'empêchera pas d'être un hon patriote, et je n'en continuerai pas moins d'agir en vrai répuhlicain *. [On mwmure.)
\fli)bcs})ieri-e demande^ (ju'on ajourne la radiation de Bourdon, comme luimôme ajourne son repentir. Cette résolution est arrêtée. — Ihifovrny se jilaint d'avoir lu, dans le .Ttutninl de la Mouiatjnr, un article sur la manière de faire un bon roi*,]
PRÉSIDENCE DE LÉONARD BOURDON
[Auijcr dénonce le neveu du général Berihier, lieulenant au 4*^ rét^iment do cavalerie, qui lui a écrit |tonr demander à èlre employé au ministère de la Q,uerre. — Lalier se j)laint que la Convention ait rapjjorté le décret du 7 septembre portant confiscation des biens possédés en France par des éd'ongers ^. — ■ Chabot justifie le rapport du décret du 7 septembre jjar
\. Le Journal de la Montar/iir .illribue à Bourdon les paroles suivantes : « Je ne veux pas ùter à la Société le plaisir de rayer injustement un de ses menil»re.s. » Ces mots, ajoute le Journal de la Monta f/ne, provoquent l'indignation de la Société. Pour le reste, le compte rendu du Journal dr la Montagne ressemble à celui du Moniteur, avec moins de détails.
2. iS'ous pensons que l'orateur fait allusion à un article de Laveaiix, i)aru dans le Journal de la Montagne du 1.3 septembre 1793 t. I. p. 694). Cet article appliquait à la République les conseils que t'éuelon avait donnés aux rois et se torunnait par la conclusion suivante : « Fénelou était le Marat de la tyrannie, et Marat le Fénclon de la liberté. » Les paroles de Dufourny ne sont ])as reproduites dans le compte rendu donné par le Journal de la Montagne.
['. C'est le jour même. 13 septembre 1793. que la Convention rajiporta ce décret, à la demande de la Conuinssion des linances et du Comité du commerce.
la balance du coninierco. — BillaïKl-Varenne dit que ce décret est d'une utilité réelle, i)uisqu'en elTet la balance du commerce avec les puissances étrangères est en notre faveur.
Lulier nie ce dernier article, et, loin de penser comme Chabot que ce serait un malheur pour la France que Pitt saisit tous les fonds des Français (jui sont maintenant en Angleterre, il croit au contraire que ce serait un véritable service à rendre à la Républicjue que de j)rendre à ceux qui sont ses ennemis les plus acharnés les fonds qu'ils ont méchamment fait passer hors de la République, sans doute à son détriment.
Diifourny ne veut pas que des considérations mercantiles maîtrisent en ce moment les opérations de la Héixiblicpie. Ce n'est pas ainsi que doit compter une grande nation. 11 soupçonne ceux qui s'en mêlent avec tant d'opiniâtreté de n'être pas tout à fait désintéressés dans la chose; il sait que beaucoup de gens sacrifient, par des monopoles abominables, les intérêts de leur pays à leur cupidité naturelle. Des membres mêmes de la Convention lui ont été indiqués d'une manière vague comme compromis dans un plan d'agiotage. — Chcibot demande «|u'il les nomme. — Diifounii/ déclare que ce n'est pas Chabot, et se promet bien de ne leur pas faire grâce aussitôt qu'il aura sur cette affaire des renseignements plus sûrs.
BUbtiid-VdrrtntP convient que, sous des i-apporls comm(>rciaux, la balance du commerce est à l'avantage de la France; mais, comme ses intérêts ])oliti(pu's doivent l'emporter sur toutes autres considérations, il conclut à ce (pie la Uépubli((ue fasse le sacrifice de cet intérêt. — Hd.ssen/'ralz dit que la l)alance actuelle du commerce est composée de deux éléments : I" relations conimerciales entre la Répuldicpie française et les j)euples de l'Europe ; 2" numérairt! déporté j)ar les l)anquiers chez les puissances ennemies pour détruire les assignats. Ce second élément forme la masse la plus considérable de la balance du commerce. Si on laisse subsister le décret qui retient la fortune étrangère, et que Pitt use de représailles, qui supportera cette perte? Ix's ])an(piiers qui ont voulu détruire la Républitpu», des homnu^s qui ont porté l'acliarnenuMit au jjoint de payer juscpi'à '.'t pour 100 aux banquiers anglais et hollandais, pour conserver leurs fonds cpie ceux-ci voulaient leur rendre.
Audvuin déclare ([u'il voit le salut de la Ht'puliliipie, non pas dans les finances, mais dans les armées. Il demande quand on chassera les officiers nobles, quand on exécutera complètement le décret sur la levée en masse et le décret sur la création de manufactures d'armes. Il dénonce les députés Ritter et Laurent, qui, après l'avoir vainement sollicité pour un de leurs i)rotégés, ont, pour se venger, attaqué la nomination bien méritée de Fouquier- Tinville, petit-fils de l'accusateur public, à un grade d'officier *.]
Raisso.v. — Je dénonce Osselin et tout le Comité de sûreté générale, pour avoir fait mettre en liberté trente-quatre individus qui troublaient, dans la section de la Fontaine-de-Grenelle, la réquisition décrétée, et entre autres Bonnecarrère , que la Société avait jugé à
1. Le 12 septembre 1193, un décret de la Convention avait destitué le souslieutenant Fouquier-Tin ville.
404 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [13 ^kpt. 1793]
propos de faire arrêter. Ce fut aussi au Comité d'administration de police qu'il en trouva les moyens.
Un citoyen ajoute qu'Osselin, mandé au Comité révolutionnaire et interpellé, témoigna du repentir de sa démarche, et sembla surtout l'avoir faite sans se douter qu'il travaillait pour des aristocrates.
Basire dit que le Comité de sûreté générale n"a pas voulu se mêler de cette affaire, ni de celle de Bonnecarrère, et que d'ailleurs Osselin n'est pas du Comité.
Un ciloi/en de la section des Amis-de-la-Palvie dénonce à la Société le Comité de sûreté générale, pour avoir fait rendre un décret dont les bases portent sur des faits faux, quoiqu'ils lui eussent été fournis avec vérité.
L'assemblée arrête qu'elle ira demain, en masse, demander à la Convention le maintien du décret du 7, et qu'elle y ajoutera les dénonciations aujourd'hui foui-nies et déposées contre quelques membres de la Convention.
On demande qu'Osselin soit rayé. — La Société arrête qu'il sera entendu.
Le Président donne lecture d'une lettre qu'il écrit, au nom de la Société, à Rossignol, pour lui témoigner le gré qu'elle lui sait de son énergie, l'engager à la soutenir, et lui faire part que, malgré les calomnies de quelques ennemis, elle a su rendre justice à son patriotisme. (Arrête *.)
[Une députalion de la société des Femynes républicaines récohdionnaires* \'\cnt lire l'adresse qu'elles se promettent do présenter dinianclio prochain à la Convention nationale, pour rincarcération des l'cmmcs })ubliques, et celle dos femmes suspectées d'aristocratie. Cette adresse est vivement applaudie. Los Femmes révolutionnaires demandent des commissaires pour appuyer aujjrôs de la Convention ces trop justes propositions. — Le Président leur répond qu'elles peuvent compter sur la Société ipiand il s'agira de coopérer au rétablissement dos mœurs et à raflbrmissement de la liberté. — Une autre députation de la Société fraternelle do l'Unilé vient se ])laindrc des insultes qu'éprouve journellement la cocarde nationale sur la tête des femmes patriotes. Elle demande un décret (pii ordonne à toutes les femmes de se décorer do cette cocarde.
ba Société autorise le Comité d'instruction jjublique du département à réunir, dimanche prochain, dans la salle de la Société, la députation qu'il se propose d'onvoyor à la Convention pour bii demander <■ l'établissement d'une
1. Cette lettre a été publiée dans le niuiiéni du i:i seplenibrc 1703 du Journal de la Montar/ne, t. I, p. 753.
2. Sur cette Société, cf. Touineax, t. II, ii'- lOO.'.S à lOOGl.
institution civique et nationale, dans laquelle [sera compris un cours d'arts et métiers ».]
Séance levée ù dix heures.
PRliSIDEXCE DE LÉONARD BOURDON
[Jeanbon Sahit-Andrè déclare que le Comité de salut public s'occupe t'e la rébellion de Bordeaux, mais qu'il no peut divulguer les mesures qu'il a j)rises. — Desfieux rappelle à la Société qu'elle a pris l'engagement de s'occuper sans cesse de faire juger Brissot, Vergniaud, Cuadet, etc., et Antoinette. — Un citoi/en dit que la section du Contrat-Social, dont il fait partie, et celle de la Halle-aux-Blés ont demandé le rapport du décret qui accorde 40 sous par jour aux sans-culottes qui assistent aux assemblées de section. « Les sansculoltes, disent-ils, ont fait et maintiennent gratis la Révolution. » — Senirx, l'errasson et Chabot se déclarent opposés à ce vomi ; car, si l'on le réalisait, les riches seuls pourraient assister aux assemblées de section. — DufoHvn]/ demande que les députés et les fonctionnaires suspects soient arrêtés. — Basirr. assure que le Comité de sûreté générale fera rendre des décrets d'accusation contre les députés qui lui seront dénoncés par les Comités révolutionnaires.
Lrjrtinr sindigne ipie les faits qui sont à la charge de Brissot ne soient pas encore déposés entre les mains de la commission que la Société avait nommée pour les recevoir. Il trouve étrange que la Convention ne prononce pas enfin sur le sort de cet homme et de ses complices. Il réclame la nomination d'une nouvelle commission, et demande qu'elle s'assemble mardi en celte salle; que, là, l'acte d'accusation soit rédigé de manière à pouvoir être présenté vendredi à la Société, et senir de base à la pétition (ju'elle jirésentera dimanche ])rochain, à ce sujet, à la Convention nationale. — On applaudit.
Deux lettres du général Carteaux, l'une du 3, et l'autre du 8 sejjtembre, annoncent des succès déjà connus.
Une autre lettre, adressée à ce général par la Société de Bcaucaire, conlienl un avis sur la ville d'Aigues-Mortes, qui est un repaire d'aristocrates, et qui, par sa position, peut devenir extrêmement dangereuse i)Our la liberté, et une adresse de la Société populaire de Calvisson aux municipalités, gardes nationales et Sociétés populaires du département du Gard.
L'assemblée applaudit beaucoup à cette adresse, qui, dit l'orateur, a ])roduit le meilleur elfet. — On nomme la commission qui doit s'occuper des crimes de Brissot. Elle se rassemblera mardi prochain, et présentera vendredi le résultat de son travail.
Hfit'ault-SéchrUes, invité par la Société à venir déclarer en quoi consistait une dénonciation portée contre le citoyen Sambat et déposée entre ses
'm SOCIETE DES JACOBINS [15 sept. 1793]
mains, (léclare que ce l'ail est iniaginairo. — S(n)ihal, satisfait de cette explication, déclare qu'il regarde comme une calomnie, qui ne doit retomber que sur SCS autours, toute pièce tendant à faire suspecter son patriotisme.
Dufourny raconte la capture de Béllume-Charost, dans le département du Nord. Dufourny rend ensuite compte de la pétition ))résentée par la Société des Jacobins au sujet du maintien du décret du 7. 11 parait que cette pétition, renvoyée à un Comité qui s'est assemblé aujourd'hui, aura son exécution. Il rend compte encore de la pétition du département i)Our l'éducation qu'on doit organiser avant la rentrée de l'Cniversité.]
Séance levée à tli.K lieures.
PRÉSIDENCE DE LÉONARD BOURDON
{Un secrétaire annonce que la Société des Femmes révolutionnaires a pris le parti de Leclerc, ami de Jacques Roux; la citoyenne Lacombe, présidente de cette Société, a écrit à la citoyenne Gobin, dénonciatrice de Leclerc, pour la sommer de venir donner des explications sur sa conduite. — Chabot déclare que la citoyenne Lacombe est venue l'imjtortuner pour le prier d'agir auprès du Comité de sûreté générale afin d'obtenir l'élargissement de M. de Rey, ci-devant maire de Toulouse, aristocrate des plus suspects, — Basire rapporte qu'une députation de la Société des Femmes révolutionnaires s'est rendue au Comité de sûreté générale pour réclamer la liberté de Semandy, détenu à Sainte-Pélagie sur la dénonciation des déi)utés des assemblées primaires des Bouches-du-Rhône ; l'orateur leur répondit qu'il était impossible de leur donner satisfaction. Là-dessus, elles se rendirent chez Moyse Bayle, qui leur fit la même réponse que Basire. Basire affirme, comme Chabot l'avait déjà fait, que ces dames ])arlèrent avec mépris de « M. Robespierre, qui osait les traiter de contre-révolutionnaires ».
Un citoyen commence par attribuer aux femmes tous les troubles qui sont arrivés à Paris. Les tribunes murmurent. Mais il termine par demander l'arrestation des muscadincs, ainsi que des muscadins. Toute la Société applaudit.
Taschercau dit que la citoyenne Lacombe se fourre ))artout ; à une assemblée où l'orateur se trouvait, elle demanda d'abord la Constitution, toute la Constitution, rien que la Constitution, et vous remarquerez en passant ce langage hypocrite et feuillantin ; après quoi elle voulut saper les bases de la Constitution, et renverser les autorités constituées de toute espèce.]
N,,. — La femme qu'on vous dénonce est fort dangereuse en ce qu'elle est fort éloquente ; elle parle bien d'abord, et attaque ensuite les autorités constituées, comme on vous l'a dit. Elle a tiré à boulets
[16 SEPT. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS i07
rouges, dans un discours que j'ai entendu, et sur les Jacobins et sur la Convention.
Un citoyen, qui a lu le numéro d'aujourd'hui de Leclerc, cite un passage qu'il croit mériter la punition la plus sévère. Leclerc dit que, si on voulait l'arrêter, il poignarderait et celui qui décernerait le mandat d'arrêt, et celui qui Texécuterait. Durosoy et Iloyou ne tenaient pas un autre langage, quand ils payèrent de leur tête la peine de leur folie et de leur scélératesse.
La citoyenne Lacombe paraît en ce moment à Tune des tribunes et semble demander la parole. Le tumulte et le trouble deviennent si forts que le président se couvre ; ce n'est qu'au bout d'un assez, long temps que le calme renaît.
Le Présidenthn observe que c'est ainsi qu'elle justifie les dénonciations qu'on vient de faire sur son compte, et qu'un véritable crime en patriotisme est de causer du trouble ou de le prolonger dans une assemblée de gens qui ont besoin de délibérer froidement sur les intérêts du peuple.
On met aux voix ces deux propositions: 1° décrire aux Femmes révolutionnaires pour les engager à se débarrasser, par scrutin épuratoire, des femmes suspectes qui mènent la Société ; 2o d'envoyer au Comité de sûreté générale, pour l'engager à faire arrêter les femmes suspectes. [Arrêté à Vunanimité.) On fait cet amendement, que la citoyenne Lacombe soit menée sur-le-champ au Comité de sûreté générale. [On applaudit.) On fait aussi celui de demander au Comité l'arrestation de Leclerc.
Chabot. — Vous ne pouvez pas traduire au Comité de sûreté générale un citoyen quelconque ; mais vous pouvez inviter le Comité de sûreté générale à mander la femme Lacombe; car je ne doute pas qu'elle ne soit l'instrument de la contre-révolution.
Basire. — Proposer au Comité de sûreté générale d'arrêter les femmes suspectes, c'est manquer son but : car, dans une ville immense comme Paris, il est très difficile au Comité de découvrir leur demeure, et fort aisé à celles-ci de s'échapper. Mais la Société fera mieux d'écrire à tous les Comités révolutionnaires des sections, qui connaissent mieux les femmes suspectes de leur arrondissement, et qui les feront arrêter avec plus de certitude et d'aisance.
Renaudin. — Cela serait inutile de la part de la Société. Il vaut mieux que le Comité de sûreté générale écrive à tous les Comités révolutionnaires, en les engageant à prendre cette mesure de sa part ; les Comités ne s'y refuseront pas.
Desfieux. — La mesure que vous prîtes avec Custine vous servit
iOS SOCIÉTÉ DES JACOBINS [10 skpt. ITOrtJ
parfaitement ; je demande que vous la mettiez en usage. Leclerc est contre-révolutionnaire ; vous voulez l'arrêter, ainsi que la femme Lacombe : envoyez une députation des membres de votre sein. Que le Comité de sûreté générale, en faisant arrêter tous ces individus, fasse mettre les scellés sur les papiers des uns et des autres, où Ton trouvera, je n'en doute pas, des preuves de contre-révolution.
CuABOT. — Cette motion est insidieuse ; car, si Lacombe venait à nier tout ce qu'elle m'a dit, ce serait le plus sûr moyen de se justifier ; mais j'ai des preuves et des témoins qu'elle m'a tenu ce langage ; elle ne le niera pas; et, si elle l'avoue, on peut après cela même la convaincre de contre-révolution.
Elles nous accusent, ces femmes contre-révolutionnaires, d'avoir opprimé le peuple et juré de traverser les intérêts de la nation. Sommes-nous devenus plus riches depuis cette époque?
Je citerai des faits contre les Femmes révolutionnaires, contre Lacombe. Qu'elles en citent contre moi. Sans doute elles ont droit de m'accuser ; mais ce ne doit être qu'avec des titres légitimes.
Un citoyen dénonce le preneur de notes du Journal de la Montagne^ comme vivant habituellement avec Leclerc. 11 demande que ces relations soient éclaircies. (On applaudit.)
Desfieux. — On vient de me dire, en entrant dans la salle, que la citoyenne Lacombe m'avait réclamé ; je déclare que je n'ai avec elle aucune espèce de relations quelconques ; je ne lui ai jamais parlé que dans des endroits publics. Je n'ai pareillement aucune espèce de relations avec Leclerc, Jacques Roux ou autres dénoncés dont il vient d'être question. Il ne faut que lire les numéros de Leclerc pour s'en convaincre: j'y suis dénoncé, injurié ; mais de pareils traits me font honneur, et la seule honte qui pût rejaillir sur moi serait d'être loué d'un tel homme.
{La Société du Club central vicnl avertir la Société qu'étonnée de ne pas voir dans son sein deux commissairos de la Socicté-nière, comme elle l'en avait fait prier par le citoyen Hion, elle a nommé une députation pour venir réclamer celte mission, et pour lire une adresse que cette Société se proposo (le présenter à la Convention, dans laquelle elle demande le jugement accéléré de Brissot et de ses complices, ainsi que celui d'Antoinette. Cette Société, qui réunit des membres de toutes les Sociétés populaires, en réclame aussi de celle des Jacobins. Accordé. — La Société fraternelle de la Font aine-de-Grenelle envoie une députation à celle des Jacobins, pour l'avertir qu'elle régénère la section, qui était une petite Butte-des-Moutins ; elle a organisé un Comité révolutionnaire des mieux composés et qui fera bien marcher la machine. Les membres de cette Société demandent la continuation de la correspondance des Jacobins pour les affermir dans le sentier révolutionnaire, où ils se ]U'oposent de marcher. Accordé.
Diverses dénonciations sont faites contre le rédacteur du Journal de la Montagne. On renvoie au Comité de présentation, pour statuer sur tous les faits.
Dcsfieux reproduit la dénonciation portée au sujet de la liaison du preneur de notes du Journal dr la Monlar/ne avec Leclerc. Il demande qu'elle soit renvoyée au Comité de présentation.]
La séance est levée à dix heures.
SÉANCE Dr MERCREDI 18 SEPTEMBRE 1793
PRÉSIDENCE DE COUPÉ (dE L OISE)
[Chabot deujande qu'on mette à l'ordre du jour, pour la prochaine séance, cette question : << Les enfants naturels succèderont-ils à leurs parents de préférence à des collatéraux, surtout si ceux-ci sont des ci-devant nobles et des aristocrates? » Il réclame la parole à ce sujet. — Arrêté.
Boissel observe que depuis longtemps on dénonce les états-majors, dont répurement devient chaque jour plus nécessaire. Il si^ plaint du j)eu d'activité que le ministre de la guerre ajiporle à l'opérer.
Jeanhon Sainl-An(lr('- répond que «( les Comités et le ministre de la guerre s'entendent pour concourir également à opérer leur destitution et leur remplacement; mais ce n'est pas une petite besogne que celle-là, et il faut encore quelque temi»s pour l'opérer entièrement. »
La Société nomme des commissaires pour dénoncer au Comité de salut jmblic et au ministre de la guerre les deux frères Valory, dont l'un est officier et l'autre général.
La nouvelle Société de Caen demande l'affiliation.
Un citoyen invite les membres du Comité de correspondance à ])rendre bien garde à cette demande. Il craint que cette Société ne se forme des débris de l'autre, et il avertit qu'elle est fort aristocrate.
Le citoyen Lapalus, de Thizy, district de Villefranclie, département de Rhônc-et-Loire, prononce un long discours pour dénoncer une mesure de clémence inopportune prise par l'ancien Comité de sûreté générale '. L'orateur rapporte qu'il a été envoyé à Paris, par ses conritoyens, pour rechercher les chefs du mouvement contre-révolutionnaire de Lyon, réfugiés dans la capitale. Il a découvert ïeillard, ancien secrétaire en chef de la municipalité provisoire; il l'a dénoncé au Comité de sûreté générale, et ïeillard a été arrêté. Mais le député Pressavin, oncle de Teillard, a obtenu par ses sollicitations que le Comité de sûreté générale fit relâcher son neveu. L'orateur de-
I. Le Comité de sûreté générale avait été renouvelé le 14 septembre 1793. La Uste des nouveaux membres avait été dressée par le Comité de salut public et acceptée par la Convention. Procès-verbal de la Convention, t. XXI, p. 302.
'•••0 SOCIÉTÉ DES JACOHLXS [18 ski'T. 179:V1
mande (luo l>r(>ssavin s'explique et que la Soeiélé nomme sur-le-champ une <I(''putalion i)Our engager ^( les vrais républicains, qui composent actuellement le Comité de sfireté générale, à l'aire de nouveau incai'cérer Teillard '. Pressarin répond que son neveu a ])iis part au mouvement du 29 mai à Lyon, parce que ce mouvement était simplement une résistance à l'oppression ; lorsque le mouvement a pris une tournure contre-révolutionnaire, Teillard a été sollicité par son oncle de venir à Paris, et il a suivi ce conseil. Pressavin justifie ensuite sa conduite i)olitique depuis la Révolution, en rapjjclanl tous les services qu'il a rendus à la République dans les diUërentes places qu'il a occupées. Il avoue que son opinion, quant à Châlier, est qu'il était Irop exagéré; mais qu'il n'a jamais rien dit ni rien fait qui pût nuire à ce patriote.]
Renaudin. — Je suis bien aise d'apprendre de la bouche du Feuillant qui est à votre tribune, qu'il tourmenta Châlier pour ce qu'il appelait son trop chaud patriotisme ; c'est ainsi que l'on cherche à tourmenter Danton, Robespierre et tant d'autres que nous pourrions citer dans notre sein, et qui sont aussi des amis trop chauds de la liberté. Ce n'est pas sans raison que M. Teillard avait l'amitié des contre-révolutionnaires de Lyon, ainsi que monsieur son oncle l'avait de ceux de Paris. — L'orateur termine par demander que Pressavin soit chassé sur-le-champ.
La dépulation, qui était allée au Comité de sûreté générale pour faire arrêter le neveu de Pressavin, revient ; Sentex monte à la tribune, et dit :
« Nous avons trouvé au Comité de sûreté générale plusieurs députés, et entre autres Lavicomterie, qui avait été le dénonciateur de Teillard. A peine avions-nous ouvert la bouche qu'il nous dit qu'il connaissait cette affaire, que l'homme élargi est le plus grand aristocrate qui existe. Dans ce moment, les mouches sont à sa poursuite, et il n'est pas inutile de vous observer que le délit de l'élargissement est dû à l'ancien Comité de sûreté générale, et non au nouveau. »
[Lapalus réplique à Pressavin jiar un long réquisitoire contre ce dernier et son neveu. Il établit que Teillard est un ci-devant marquis, qui est lié avec ime foule d'aristocrates ; quant à Pressavin, il n'a jamais été affilié aux Sociétés populaires de Lyon; il a été l'ami des infâmes Vitet et Chasset; il avait promis au chanoine Varenard, arrêté et conduit à Paris comme un des chefs <lu mouvement contre-révolutionnaire lyonnais, de le faire relâcher en usant de son crédit auprès de Danton. L'orateur termine ainsi : « D'après cela, jugez
I. Le résumé que nous donnons de ce discours est fait d'après le compte rendu du Journal de la Montar/ne. Le discours de Lapalus est seulement indiqué <lans le Moniteur. La réplique de Lapalus à Pressavin, que l'on trouvera plus loin, n'est même pas mentionnée dans le compte rendu du Moiiileiir. Xuus la résumons d'après le Journal de la Montafjne.
[18 sEi'T. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 4H
si Prcssavin ne figurerait j)as mieux au Marais qu"à la Montagne ! » — Un citoyen appuie les conclusions des j)réopinants sur les Pressavin; il avertit ensuite qu'il est à Paris une quantité de contre -révolutionnaires lyonnais, munis de passeports de Tancienne municipalité; il demande que tous les I.yonnais actuellement à Paris aient leurs i)apiers visités avec une scrujtuleuse exactitude : on y trouvera des preuves certaines de complicité avec les contre-révolutionnaires.]
LÉONARD Bourdon. — Pendant que la Société fait justice sévère d'un de ses membres, qui l'est aussi de la Convention nationale, je dois rendre compte d'un fait au sujet d'un homme que je viens d'apercevoir à la tribune, car il est bien essentiel que ceux que vous chargez de votre confiance soient dignes de la posséder. Cet homme entra dans la salle de la Convention par une des portes de derrière ; un de mes collègues lui dit : « Jean /"....., te voilà ici; f. . .-moi le camp ^ car je te ferai arrêter^ et tu sais bien pourquoi. » L'autre répond : <( Là, là, ne faites point de bruit, je m'en vais. » Il part effectivement. Etonné, je demande à mon collègue pourquoi il le traitait d'une manière si sévère. C'est que cet homme-là, me répondit-il, est un fripon, qui, dans une assemblée de Saint-Roch, où nous nous trouvions tous deux en 1790, et où on vota une adresse au roi, en vota une encore à la reine, et s'est fait chasser d'Arcis pour la conduite qu'il y tint. Je vais vous nommer les masques : le député est Courtois; le dénoncé est Sentex.
Cette dénonciation en amène un grand nombre d'autres contre Courtois et Sentex, qui prouvent que le premier était l'ami et le défenseur de Custine, et qu'il a toujours soutenu ce qu'il appelait l'innocence de ce scélérat; et que le second avait eu, dans certains temps, des relations avec des ennemis de la République.
[Sentex présente sa justificalion. Il reproche à ('ourtois d'avoir déposé dans le procès de Custine (pie, <• cliargé à l'année de la partie de l'espionnage, il avait appris par tous les espions que les i)uissances coalisées n'aimaient point Custine. » Il affirme que Courtois est j)orlé à prendre le parti des nobles, parce que le général Dampierre lui a avancé la somme nécessaire à son cautionnement, lorsqu'il a été nommé trésorier du district d'Arcis-sur- Aube. Il déclare que lui, Sentex, n'a i)as i)0ussé les fédérés de 1790 à faire une adresse à la reine; celte accusation, répétée par Léonard Bourdon, est une calomnie. Il affirme qu'il n'a jamais été expulsé d'Arcis, quoiqu'en dise Courtois, et que Courtois ment quand il l'accuse d'avoir ])rotégé La Briffe, ci-devant seigneur d'Arcis-sur-Aubc ; il a seulement empêché la dévastation des biens du seigneur, confisqués par la Réj>ubli(pie, et il a ainsi défendu un bien national'.]
1. La justification de Sentex est à peine indiquée en ilenx lignes dans le
412 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [18 sept. 179.1]
Une députalion de la Société des Cordeliers vient faire part à celle des Jacobins d'un arrêté par lequel elle pourvoit à ce qu'on fasse partir pour l'armée, selon les décrets, tous les muscadins de bureaux qui s'apprêtaient à les éluder ; ils seront tenus pour cela d'obtenir un certificat, dont on lit la formule, qui semble destinée uniquement à prouver que le porteur n'aura point trempé dans le parti fédéraliste. [On applaudit.) L'orateur demande ensuite à lire l'adresse' que la Société présenta à la Convention, lundi dernier, et que plusieurs journalistes ont défigurée, notamment Etienne Feuillant, qui s'est permis de dire que quelques personnes, se disant de la Société des Cordeliers, avaient lu cette adresse. Quoique la Convention ne l'ait pas approuvée, la Société persiste dans les principes qu'elle expose, et a arrêté de la faire affîcber partout et de la communiquer aux Sociétés affiliées. [On applaudit .) L'orateur avertit ensuite que Julien Carentan est rayé de la Société des Cordeliers, pour différents délits graves dont il n'a pu se laver, quoique la parole lui eût été accordée dans trois séances consécutives. Les Cordeliers ont arrêté d'en instruire les Jacobins, ainsi que le Comité de salut public, dont il est secrétaire.
Le Président. — La Convention a entendu votre adresse et l'a désapprouvée; mais, comme cette Société est le sanctuaire de la liberté et l'endroit où l'on a droit d'exprimer toutes ses opinions, vous avez lu votre adresse; elle y a applaudi; elle vous invite à sa séance.
Séance levée à dix lieures.
PRÉSIDEiNCE DE COUPÉ (dE l'oISE) *
[Dans le cours do la discussion, Basirn avait af'firnu' que l'ancien Comité (le sûreté générale, dont il faisait partie, n'avait pas élargi Teillard. Senlcx lui avait donné un démenti, fondé sur une déclaration de Lavicomterie,
compte rendu du Munitcur. \nus la résiniions d"a2)rés le Journal de Iti Montcifjne.
\. Cf. Tournoux. t. II. n" !)828.
2. Le Joiiniiil de la Mnntof/iie indique, Léonard Bourdon comme président, dans la première partie de sou compte rendu. Dans la deu>dome, il indique Coupé, comme le Mon! leur.
coUôguo de Basire dans rancien Comité de sûreté liénérale '. Le Journal de In Montaune lait remarquer qu'il avait oulilié dannoncer que lu Société, dans sa dernière séance, avait résolu d'examiner la conduite de Courtois, député.
L'ne lettre de Pressavin demande à la Société (jue deux meudtres, pris dans son sein, examinent sa conduite ])olitique. Après cpielques discussions sur cet objet, on réclame l'ordre du jour et le maintien de l'arrêté ([ui exclut Pressavin de la Société. — Arrêté.
Une lettre dénonce le despotisme qu'ont exercé, dans les départements qu'ils ont parcourus, et surtout dans l'armée où ils se trouvaient. Bourdon (de l'Oise I, député, et le général Tuncq. La Société renvoie cette lettre au Comité de salut public, et arrête ({ue le Comité de i)résentation fera un rapport sur la conduite de Bourdon (de l'Oise). L'ne autre lettre dénonce queUpies Belges, dont les demeures sont désignées. Renvoyé au Comité de sûreté générale.
On écrit de Lille que le général Houcliard mérite des éloges, mais qu'il est mal entouré. Renvoyé au Comité de salut public.
Chabot déclare qu'il laul rappeler à ce Comité ^\nc le général Houcliard a débuté dans sa carrière militaire par calomnier les volontaires nationaux et h'ur prodiguer les épithèles les plus injurieuses el les moins méritées. — Dufoiirny : « On doit observer aussi (jue Houcliard semble s'occuper de con- (pu-les ; que nous devons y renoncer el nous Itorner à notre défense. » Arrêté.
Jca)ih(oi S(iinl-Aii(lri} rappelle qu'à son retour de l'armée, avec son collègue Prieur, il a démontré que le soldat était bon iiartoul, et (pie les étatsmajors sont corrompus.
Dnfinnnil dit (pie la correspondance montre ([u'on demande de tous les cêités le jugement de Marie-.Vntoinelte. H annonce (pie les muscadins de Tonnerre ont formé une Société opposée à celle qui est afliliée aux .la(o])iiis; ils ont poignardé deux patriotes et commencé la guerre civile. Les .lacobins de Tonnerre demandent qu'on envoie en mission dans leur ville Carnier (de l'Aube ;'. Dulouruy ajoute : « Le Comité de salut i)ublic m'a chargé de les accompagner au Comité de sûreté générale, pour y demander que les pièces relatives à lallaire soient réunies, afin de servir à diriger les commissaires. Alors on a cru apercevoir (juc ces pièces, qui étaient d'abord en grand nombre, étaient en grande partie disparues; ce qui confirme les soupçons sur l'enlèveluent d'un grand nombre de pièces du Comité de sûreté générale. » L'orateur invite la Société à mettre à l'ordre du jour la discussion du projet de loi d'Osseliu sur les accapareurs.
Sijas demande que tous les employés des administrations soient tenus de se procurer un certificat de civisme. La Convention a décrété que les assemblées de section n'auront lieu (pie deux fois par semaine ; or, il est utile (pie les bons citoyens s'y rendent pour instruire leurs frères les sans-culottes qui y assisteront. Il est donc nécessaire que la Société change la séance du dimanche. Sijas indique le samedi en place. — Après une courte discussion, il est arrêté qu'il y aura séance, demain samedi, aux Jacobins.
1. Cet épisode est extrait du compte rendu douaê par le Journal de la Mun- Idijne.
2. Eu etTet, la Ciinvcntion envoya Garnier de lAube eu mission à Tonnerre pur décret du lendemain, 21 septembre 1793.
414 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [20 seit. no:<]
Dt'sfieux (Icmaudc (\\w la Sociôlr s'occupe du jugement, de Brissot et d'Antoinette : « L'opinion publique, dit-il, a son foyer dans cette Société ; mais, à son tour, l'opinion réagit sur elle. C'est ainsi qu'elle lui a dicté l'arrêté par lequel elle a nommé six commissaires jtour ])réparer les matériaux qui doivent servir de base à l'acte d'accusation contre Brissot. Les commissaires ne se sont pas encore réunis. J'appelle mes cinq collègues à se réunir demain à cinq heures. Collot-d'Herbois, l'un d'eux, a un travail à communiquer *. y>
Rais.son annonce que, sur la demande de la Société de la section de la Montagne, le Conseil général de la commune a ordonné à toutes les citoyennes de porter la cocarde tricolore à leur bonnet*.
Chabot ])rononce im discours sur les droits des enfants naturels. En voici quelques extraits :
« La Déclaration des droits établit (pie les hommes naissent égaux en droits. Cet article ne suffit-il })as i)Our assurer tous leurs titres? La société a intérêt de diviser les fortunes; ce n'est point en les abandonnant à des muscadins collatéraux, que l'on parviendra à ce but, mais bien en les livrant à des enfants que des lois bizarres condamnaient à l'opprobre et à la misère, et à qui nous devons rendre tous leurs droits.
« Ont-ils moins de droit à la succession de leurs parents que ceux qu'on
veut bien apjjcler légitimes ? Légitimes ! il faudrait bannir ce mot du
code civil ; car, s'il en est de légitimes, il en est donc aussi d'illégitimes ? Eh ! comment ])0urraient-ils l'être ? N'ont-ils pas, comme les autres, tout ce qui constitue l'homme ? Est-il quelque dilVérence dans la nature ? »
« On me fait une objection bien futile. On me dit qu'il ne faut pas donner ù une loi un effet rétroactif. En matière criminelle, je le sais ; mais en matière civile ! Eh ! n'en a-t-on pas donné à celle sur la féodalité, sur les émigrés, sur le divorce, etc. ?
« On va bouleverser les fortunes! Qu'importe, pourvu que la nature et l'humanité recouvrent leurs droits? C'était là le langage que tenaient les Maury, les Cazalès. C'était celui que tenaient, encore l'année dernière, les hommes du côté droit. »
Séance levée à dix heures et demie.
PRESIDENCE DE COUPÉ (dE l'oISE)
On annonce que le Comité des subsistances s'occupe en ce moment (le la taxe de toutes les denrées de première nécessité ; que, dès ce