‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 83 sur 141 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

418 SOCIÉTÉ DES JACOBLXS [23 skit. [im]

la Montagne s;i ('oiTesi)or.dance et ?cs an-ètés. Accordé. — Brochet se plaint que l'acte d'accusation contre Brissot et Antoinette ne soit i)as encore lu dans cette séance. — Gaillard annonce que trois des membres de la Société s'en sont occupés séj)arément, et présenteront les résultats de leur travail à la Société.

Séance levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE COUPÉ (dE l'OISE)

\Desfieax annonce que les représentants du j)euple en mission à Bordeaux ont cassé la municipalité de celte ville et l'ait arrêter trois cents suspects. Il ajoute :]

La Convention avait ordonné au Comité de sûreté générale de lui donner la liste des gens suspects; il ne l'a point fait, et pourtant nous sommes environnés de gens suspects et bien dangereux. Quant au Tribunal révolutionnaire, il est un autre abus à vous dénoncer.

Si, dans ce moment, un des jurés du Tribunal révolutionnaire venait à être malade, il faudrait qu'il discontinuât ses opérations, par la raison qu'il n'a pas de suppléants.

Brochet. — C'est moi qui ai dit à Desfieux ce qu'il vient de vous répéter à la tribune ; il est bien vrai que nous sommes en trop petit nombre pour nos fonctions. Nous sommes onze; l'un de nous est malade ; la loi veut que nous soyons dix au moins ; et, si un autre seulement allait le devenir, il faudrait interrompre nos travaux. Je demande qu'on s'occupe de cet inconvénient, pour le prévenir, s'il est possible.

Sentex. — Les prisonniers arrivent en grand nombre , les prisons s'encombrent, et bientôt on ne saura plus où les loger. J'appuie l'installation prompte des quatre sections du Tribunal révolutionnaire.

AuvRAY. — Je demande que Martinet rende compte d'une conversation qu'a eue Desfieux avec Ducos , au ci-devant Palais-Royal. [Arrêté.)

Martinet l'aconte qu'étant avec Desfieux au Palais-Royal, Ducos les accosta, et , après quelques nouvelles indilTércnles sur Bordeaux, Ducos dit à l'autre : « Est-ce qu'il n'y aurait pas moyen d'arranger

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les affaires ? » — « Mais , répondit celui-ci, il faudrait que vous autres, députés de la Gironde, déterminassiez votre ville de Bordeaux à offrir à la Convention les deux bataillons de son sein qu'elle a rappelés dans ses murs. » Après cela, on parla de choses indifférentes ; mais il semblait que Ducos tînt toujours beaucoup à un accommodement, qui paraissait être une chose convenue.

[Deslieux conflrmc le réi-it do Martinet. — Le Prrsulenl dit qu'on a découvert (< la trame dont Houchard était lo complice et pcul-iMi-e le chef ». Il expose les trahisons dont l'armée du Nord a été la vicliuR'. 11 ajoute :]

Tout cela servait à merveille les ennemis du peuple ; mais, pour v ajouter, on a fait plus, on a attaqué le Comité de salut public luimême * ; on a porté jusqu'à cette autorité salutaire le désir de la désorganisation, afin de nous plonger dans le désordre et dans l'anarchie, afin que, sans ressource comme sans espoir, nous n'en trouvassions que dans une rébellion.

On a cherché à élever des doutes sur le compte des membres qui composent ce Comité; pour cela, il a fallu calomnier.

Des orateurs de toute espèce se sont montrés à la tribune, et ont été aftplaudis. Ces temps malheureux, que nous avons fait disparaître, avaient l'air de se renouveler ; je crus entendre Brissot, Guadet, Vergniaud, Gensonné, Lasource et le vertueux. Petion, Quelle joie pour ces messieurs! A leur voix tout le côté droit, qui aujourd'hui était bien garni, se levait; une partie même de la Montagne applaudissait à leurs déclamations, car c'est par elle-même qu'on veut lu combattre; mais ce n'était pas la vraie Montagne, celle qui a fait, ([ui maintient la Révolution, qui a soutenu la liberté du peuple et l'indépendance des citoyens. Ces hommes donc avaient un parti nombreux. Qui sont-ils? Vous en serez étonnés : c'était Tliuriot, c'était Duhem, c'était Du Ro}^ etc. Quel était leur but? Je n'en sais rien, la suite les jugera; mais s'ils ont tenu en ce moment le langage des contre-révolutionnaires, le peuple ne se laissera pas abuser ; c'est là surtout qu'il faut porter notre attention. Rallions-nous autour du Comité de salut public; il ne s'est jamais montré plus grand que dans cette circonstance, et il a développé toute la fermeté, l'énergie et le talent dont vous le supposez capable, et dont les hommes choisis par le peuple pour le sauver lui-même devaient être revêtus.

1. Le même jour le Comité de salut public avait été attaqué à la Convention par plusieurs représentants, qui lui reprochaient de cacher les nouvelles venues de la Vendée et de la frontière du Nord, llobespierre avait défendu le Comité ; il avait fait décréter que le Comité de salut public avait toute la confiance de la Convention. Vrocès-vei-hul de Ja Convention, t. XXI, p. 2.32.

420 SOCIÉTÉ DES JAGOBLN'S [2'o sipt. 1793]

[Boissel se plainl (|uo la ConvenCiun ait (li'onMo que le Coniilé (riiislniclion publique publierait chaque jour une leuille destinée à la morale. Celle idée, d'après lui, est bonne en jjrineijie ; mais, dans les circonstances actuelles, notre attention doit se porter sur de i)lus grands objets.]

Martiniît. — Je n'ai rien à dire sur ce qu'on vient de déclarer au sujet de Thuriot; mais je vous ferai remarquer qu'il a donné sa démission du Comité de salut public, et que depuis longtemps il n'a pas paru à voire assemblée.

<( Cest vrai, c'est vrai! « s'écrient plusieurs voix.

Renaudin. — Il est sans doute une conspiration jusque dans le sein même de la Convention , et ce que l'on vient de vous dire ne fait qu'ajouter aux preuves nombreuses qui vous en sont déjà acquises. Mais comment la déjouerez-vous ? Vous en avez un moyen; il est facile et heureusement infaillible : faites juger promptement Brissot et tous les grands coupables qui, comme lui, attendent depuis longtemps la juste punition de leurs crimes.

Raisson. — Coupé vous a parlé avec franchise, lorsqu'il vous a rendu compte et des intrigues de plusieurs membres montagnards, et des attaques réitérées, quoique vaines, qu'on fait au Comité de salut public. Cela n'est que l'effet d'une grande conspiration, dont vous avez peut-être les fauteurs parmi vous. Sans doute il en est beaucoup qui veulent vous faire servir d'instruments à leur élévation et à leurs cabales. Je vous invite à les surveiller et à en faire une justice rigoureuse. On a induit aussi en erreur la Société des Cordeliers, en lui faisant prendre un arrêté qui contient visiblement des principes qui servent nos ennemis. L'auteur en est connu, et Vincent aura de la peine à justifier cette faute. J'ai vu ici même Hébert demander l'organisation du pouvoir exécutif constitutionnel. Cette demande produit un grand effet dans la bouche d'un homme qui a une réputation de patriotisme, et à qui on reconnaît des connaissances et de l'esprit. Robespierre n'était pas aux Jacobins lorsque Hébert parla ainsi; .il y vint à la séance suivante et réfuta victorieusement ses assertions *.

Brochet. — Il est bon de vous dire que la pétition dont parle Raisson a été provoquée par Vincent à la Société des Cordehers ; mais, quel qu'ait été le motif qui l'ait dirigée, la Société s''est aperçue qu'elle avait commis une erreur. J'annonce qu'elle s'est rétractée., et a écrit à la Convention pour retirer le cinquième article de celte pétition, qui regarde le rappel des commissaires près les armées.

1. Celte dernière pluvise est extraite du Joiunul de l<i Moula fine.

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Dufourny déclare que Vincent fît à la Société une demande semblable à celle par laquelle il a induit en erreur la Société des Cordeliers. Dufourny le réfuta par les mêmes raisons qu'employa Robespierre ; il en convint, et c'est sans doute parce que personne ne se trouva dans la Société des Cordeliers pour le combattre, que cette pétition passa.

[Un citoi/en s'exprime de la manii're suivante: « Le Comité de salut public fait beaucoup de bien, et le Conseil exécutif marche droit aussi. Ces deux autorités s'enteudent et concourent également au bonheui- du i)euple ; c'est pourquoi ou s'altacho maintenant à les délruire. »

Robespierre donne des explications sur la trahison de Houchard. 11 annonce que le Comité de salut public vient de renouveler les étals-majors des armées. Voici la fin de son discours :]

Tout cela fut l'ouvrage d'une soirée; les généraux perfides ont été destitués et remplacés à la fois. Mais c'est cela même qu'on a reproché au Comité de salut puhlic ; on lui a fait un crime de toutes ces destitutions ; on a soutenu Houchard, Laiidremont et autres ; on a tenu en échec tous ces changements; on a exigé que ce secret, qu'il fallait garder, fût révélé par le ministre ; car tout cela n'entrait pas dans le calcul de ces messieui-s, et de nriuveaux visages déconcertaient tous leurs projets.

Tout cela a dû déplaire à une secte d'hommes qui a voulu perfectionner et finir les opérations projetées par la faction brissotine et le côté droit. Ils se sont servis même de la Montagne pour parvenir à leurs fîns. Sans doute le peuple n'en sera pas dupe. La conduite du Comité de salut public déplaît aux intrigants; tant pis, elle plaira au peuple, c'est assez. Il était nécessaire qu'un gouvernement quelconque succédât à celui que nous avons détruit ; il faut que la puissance du gouvernement soit entre les mains des patriotes ou des conspirateurs.

Le système d'organiser en ce moment le ministère conslitutionnellement n'est autre chose que celui de chasser la Convention ellemême. Remettre entre les mains des ministres toid le pouvoir que leur donna la Constitution, au milieu des troubles et des orages dont nous sommes environnés, c'est faire triompher les intrigants aux dépens des patriotes, et assassiner la patrie sous prétexte d'assurer sa tranquillité. Pilt, pour porter plus sûrement des coups à la liberté, a dû emprunter ses couleurs. C'est ainsi qu'il a mis en activité des hypocrites de patriotisme ; et le peuple soufl'rant, toujours enclin à se plaindre du gouvernement, qui ne peut remédier à tous ses maux, est l'écho fidèle de leur calomnie.

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Rappelez-vous, Jacobins, que vous avez fait la révolution pour le seul plaisir de rendre vos frères libres. Tous soutiendrez la Montagne qu'on attaque, vous soutiendrez le Comité de salut public, qui se montre digne de la liberté, et c'est ainsi qu'avec vous il triomphera de toutes les attaques des ennemis du peuple ; c'est ainsi que par vous il fera triompher la liberté et triomphera avec elle.

[Une drpiiialion dr l'(uhiiiiiislr((iioit des Invalides vient répondre à une inculpation dirigée contre elle dans la Convention niênie, par laquelle on Taecuse de laisser subsister dans cette maison des signes multi])liés de la tyrannie.]

DuFOURNY. — Il est urgent de savoir les noms des chefs de l'armée révolutionnaire ; la Société doit connaître ceux auxquels le sort de la patrie va être confié*.

On demande que cette liste soit imprimée. (Arrêté.)

[On demande qu'une députation soit envoyée au Comité de salut publie pour le prier de suspendre son arrêté sur la présentation de l'état nominatif. [Airêté.)

La Société ])opu]aire de la Montagne ayant arrêté qu'elle se i)rociirerait du Comité de salut public la liste des citoyens composant l'état-major de l'armée révolutionnaire, et qu'elle les passerait à la censure, a arrêté qu'elle inviterait la Société des .Jacobins, et toutes les autres Sociétés populaires, à imiter son exemple, afin d'épurer, autant qu'il serait possible, cette armée destinée à l'aire la terreur des ennemis intérieurs de la République. Elle a nommé les citoyens Perdrix, Bucquet, Mollet, .Jersay à cet effet, pour aller aux Jacobins. Ils viennent faire part de cet arrêté.

Une députation du club des Cordeliers vient faire lecture d'un arrêté de cette Société, qui porte qu'on invitera les Jacobins à s'entendre avec elle pour obtenir du Comité de salul publie les articles suivants :]

\° Que les personnes suspectes, qui seront arrêtées aux termes de la loi, seront incarcérées dans des maisons d'arrêt, et non confiées à la garde des gendarmes ; 2" qu'elles ne pourront être mises en liberté sans avoir été entendues contradictoirement avec les Comités révolutionnaires qui les auront fait arrêter; 3° que toutes les personnes qui auront été arrêtées et relâchées seront rétablies en prison, et ne pourront en sortir que conformément à l'article ci-dessus; -4° pour obtenir la prompte organisation de l'armée révolutionnaire, et insister pour qu'il y ait à la suite de cette armée un tribunal qui frappe de la loi tous les coupables; 5° enfin, inviter tous les citoyens qui auront

\. Suit la liste (le l'olal-major de l'armée révolutionnaire, telle que le Conseil exécutif provisoire l'avait arrêtée dans sa séance du 1" septeml)ro 17i)3. On trouvera cette liste dans le Jiecueil des actes du Comité de s<di/l ju/hlic. t. VI, p. 536.

des faits à dénoncer contre Ronsin à se présenter à la tribune des Sociétés populaires, pour s'y expliquer avec franchise, déclarant qu'elle regarde comme calomniateurs et vils intrigants tous ceux qui emploieront des voies sourdes et tortueuses pour s'opposer à son avancement.

[Dufoui'tn/ déclare qu'il maintioiU sa proposition fendant à demander à la Convention linipression et raffichagc de la liste des détenus."

Séance levée à dix heures.

CLXYII

SÉ.ANCE DU YENDItKDI 27 SEPTKMHRK 170:i

PRÉSIDENCK DE COUI'É (dE l'OISE)

BoissEL. — Je crois que Thuriot a dessein de demander la parole sur ce qui s'est dit avant-hier à son sujet ; je lui observe qu'on n'a pas prétendu l'inculper, mais seulement discuter tous les moyens d'utilité du journal dont il a provocpié l'établissement.

TuuRioï. — C'est aussi celle feuille que je veux justifier; et j'ose dire à la Société que, si elle ne l'a pas votée avec autant d'enthousiasme qu'elle le fut à la Convention, c'est qu'elle n'en a pas saisi l'idée. Persuadé qu'il était nécessaire que les défenseurs de la patrie fussent des hommes vertueux, j'ai voulu qu'une feuille d'instruction publique fût spécialement consacrée à leur donner les j^remières notions de la morale. J'ai cru qu'il fallait leur élever l'âme par le récit des faits admirables de quelques-uns de leurs concitoyens; ce sont les actions glorieuses qui caractérisent une grande nation ; elles doivent passer à la postérité. Cette feuille, en les leur présentant dans un cadre à leur portée, les entretiendra toujours d'images sublimes, et les formera à la vertu.

Il est constant que mardi dernier, jour où l'on parla à la Convention de Houchard, je n'étais pas à la Convention ; il ne faut qu'ouvrir les journaux pour s'en convaincre, et l'on ne verra mon nom dans aucun d'eux. Je n'ai donc pu prendre son parti; et quand on me reproche d'avoir voulu le soutenir, le défendre, le justifier ; quand j'entends dans le procès-verbal de cette Société : « Ceux qui s'étaient déclarés en faveur de Dumouriez, Custine, etc., ont pris la parole dans cette occasion, et fait, comme de raison, l'éloge de Houchard

424 SOCIETE DES JACOBINS [27 skit. 1793]

ainsi que des autres », j'ai droit de croire que cela ne me regarde pas *, puisqu'il est constant que je n'étais pas à la Convention, et que ni au Comité de salut public, ni ailleurs, je ne me suis jamais mêlé de la nomination d'un général, ne connaissant absolument rien au métier de la guerre.

Thuriot déclare ensuite que son existence politique n'est pas un problème ; il fait son historique depuis le commencement de la Révolution, d'où il suit qu'il l'a même devancée dans les idées philosophiques et dans les opinions républicaines ; qu'il a rempli différents postes très révolutionnaires, où la confiance de ses concitoyens l'a appelé, et où il a toujours obtenu des témoignages de la satisfaction du peuple. Enfin, il déclare que, depuis qu'il est à la législature, il a constamment servi le parti du peuple avec l'intérêt le plus vif. [On applaudit.)

« Un seul reproche, continue-t-il, fait ma peine ; c'est celui de n'avoir pas suivi assez exactement les séances de la Société; mais cela même n'est-il pas déjà assez pénible pour moi, sans m'en faire un crime? Croyez-vous que ce n'eût point été pour moi une consolation bien douce que de pouvoir conférer paisiblement avec vous, et me délasser ainsi de mes travaux? Toujours livré au travail dans les Comités, j'étais forcé par la faiblesse de ma santé de donner au repos le peu de temps qui me restait libre. J'ai quitté le Comité de salut public, qu^on avait inculpé plusieurs fois injustement, parce que j'étais persuadé qu'il fallait que chacun y passât à son tour pour se mettre au fait de ce travail, et voir combien cette tâche est pénible pour ceux qui s'en trouvent chargés. »

Thuriot fait ensuite l'historique de sa vie: il en résulte que des habitudes irrésistibles et contractées depuis l'enfance l'empêchent d'assister au Comité de salut public, dont le travail ne s'accorde pas avec les heures qu'il s'est prescrites pour son repos, et qui sont essentiellement nécessaires à sa santé. Souvent il crache le sang et un régime particulier seul lui conserve la vie ^.

Il termine par protester qu'il n'a eu aucune altercation avec aucun des membres du Comité de salut public; il invite la France entière à redoubler de confiance dans ceux qui le composent; il les a tous connus, tous sont vertueux ; et la ruine de la France datera du jour

1. En elîet, dans aucun compte rendu on ne voit Thuriot parmi ceux qui attaquèrent le Comité de salut public à la séance du 25 septembre 1793; il semble donc bien qu'il ait raison de dire que Boissel l'avait accusé à tort d'avoir pris part à ces attaques.

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