Julien ide Toulouse^ était pasteur protestant
■1. Cette dernière plirase est extraite du Journal de lu Montar/ne.
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ce n'eût été que pour trouver des moyens plus prompts et plus efficaces de sauver la patrie;.... mais il ne s'est jamais rencontré avec eux nulle part. Il termine par demander une commission de six membres qui juge toute sa vie politique. Si un seul nuage peut être élevé sur sa probité, sur son patriotisme, il consent à être retranché, non pas des Jacobins, non pas de la Convention, mais de la terre des vivants.
TInu'iot demande la parole ; David, Dufourny la demandent en même temps.
TiiuRiOT. — Il est de la dignité de l'assemblée d'entendre la réponse aussi tranquillement qu'elle a entendu l'accusation. Oui, depuis deux mois, des hommes se sont dit : Nous perdrons la patrie en calomniant ceux qui ont le plus fait pour elle. Je vais mettre les calomniateurs
bien à leur aise
Raisson. — Il n'y a pas ici de calomniateurs (Quelques murmures se font entendre ; on demande à faire des motions d'ordre).
TnuRiOT. — J'observe que je réponds à des motions d'ordre, et qu'on ne peut pas me refuser la parole : je somme le président de me la maintenir, de lire le règlement.
Suas. — Je regrette que Thuriot, parlant à cette tribune, y emploie les mêmes expressions que Brissot et toute sa clique, quand ils étaient inculpés. Dans une assemblée d'hommes libres où on fait des interpellations à un citoyen qui a des torts au moins apparents, je trouve fort extraordinaire qu'on taxe cela de calomnies : c'est le propre d'un républicain d'interpeller, -et je demande qu'on n'appelle pas calomniateur le membre qui a la noble énergie de découvrir les faits qui sont à sa connaissance. [Applaudi.)
Thuriot. — Je suis un des plus anciens membres de cette Société ;
j'en sais mieux qu'un autre les règlements. Si donc le membre qui
m'a interpellé m'avait seulement demandé si j'allais souvent chez la
citoyenne Beaufort avec Barère, je me serais contenté de faire une
réponse simple. Mais on y ajoute que je tenais des conciliabules,
c est-à-dire qu'on m/accuse de contre-révolution, et l'on voudrait que
je ne me jutifiasse pas avec éclat! Il faudrait que je ne fusse pas
homme, il faudrait que je ne fusse pas Jacobin ! J'atteste que je n'ai
jamais vu Barère et Juhen (de Toulouse) qu'à la Convention; que je
ne suis jamais allé chez eux; ils ne sont jamais venus chez moi; je
n'ai jamais eu avec eux aucune relation directe ou indirecte.
La Société arrête que la conduite de Julien (de Toulouse) sera examinée par une commission ; le bureau nomme à cet effet Moenne, Raisson, Dufourny, Le Bas.
[4 OCT. 1703] SOCIÉTÉ DES .lACORIXS 443
La Société nomme au scrutin Du Barran président. Raisson viceprésident, Roussel, Brichet et Desfieux secrétaires '.
Séance levée à 10 heures et demie.
SÉANCE DU 14 DU PREMIER MOIS DE LAN II (o OCTOBRE 1703')
PRÉSIDENCE DE DU BARUAN
Une lettre du club populaire de Conslantinople demande lafliliation.
Un citoyen discute la nécessité d'ii|>puyer notre gouvernement par des alliés, surtout parmi ceux qui sont naturellement portés d'amitié pour nous.
Les Turcs furent de tout temps nos alliés ; Timpéritie et la malveillance de nos agents nous les aliénèrent. Lorateur peint les avantages que nous pouvons tirer de leur alliance, si nous parvenons à les intéresser ; il faut les ramener à nous, et le moyen le plus sûr est de nous attacher une Société qui existe près d'eux, et qui sera l'intermé(Maire de n(»tre correspondance.
L'affiliation au cluh de Constantinople est accordée.
Bentabole. — Je réponds à une lettre de la correspondance, qui m'accuse d'être froid et modéré, pour n'avoir pas prononcé la destitution d'un officier contre lequel on n'alléguait aucune preuve de ce dont il était accusé. Modéré ! on m'appelait à la Convention Marat le cadet, sans doute parce que ce grand homme m'honorait de son amitié, et certes je passais pour une tète chaude. Le reproche contraire m'a donc toujours été fait. Quant à ce dont on m'accuse, relativement à cet officier, je le répèle, une dénonciation n'est pas une preuve.
Un autre officier, nommé Cailhava, a été inculpé ; j'ai pris sur son
1. Ces renseignements sont pris dans le Journal de la Munlayne. Le m niveau président de la Société. Barbeau du Barran, était député du Gers à la Convention.
2. L ère nouvelle, commençant le 22 septembre 1792, et la nouvelle division des mois avaient été adoptées le jour même à la Convention, sur le rapport du Comité d'instruction publique. Procès-verbal de la Convention, t. XXII, p. 91. Voir aussi l'Avertissement placé en tète du t. Vil du Recueil des actes du Comité de salut public.
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compte tous les renseignements possibles; je n'ai rien trouvé qui pût légitimer sa destitution; cependant j'ai pris toutes les précautions pour que sa conduite soit éclairée.
Maintenant j'ai quelque chose à ajouter : il est un fait que la Société doit examiner avec attention et sévérité. On a cessé d'envoyer le Journal de la Montagne aux armées, aux départements ; j'ignore quelle peut être la cause de cette résolution ; mais ce journal est celui de la Société, et contient ses principes ; elle doit savoir pourquoi il est ainsi arrêté ; elle doit punir ceux qui ont osé prendre cela sur eux-mêmes, s'ils n'ont pas de raisons légitimes.
Quant à Laveaux, je sais qu'il est de son sort d'être persécuté par les aristocrates ; il a été jeté dans les cachots à Strasbourg, et douze boules blanches, sorties des mains de ses douze juges, ont attesté son innocence. Sans doute ici leur haine le poursuivra encore ; mais il est de votre dignité de l'y soustraire ; il a été nommé, par arrêté, rédacteur de votre journal ; si le journal est mauvais, c'est à vous de l'examiner; s'il est bon, c'est à vous de le soutenir. Je demande qu'une commission soit nommée pour examiner cette feuille, et demander au Comité de surveillance pourquoi il a fait arrêter le Journal de la Montagne à la poste ; je n'en veux pas être, parce que c'est moi qui ai présenté Laveaux, après avoir connu son civisme et son talent, et qu'on pourrait croire que je serais intéressé en sa faveur. Taschereau. — Le Comité de salut public du département de Paris, séant aux Quatre-Nations, a fait arrêter beaucoup de papiers dont la circulation pourrait être dangereuse. Je ne connais pas le Journal de la Montagne, mais il se pourrait que quelque article dangereux y ait été fourré ; quelque lettre qu'aura reçue Laveaux des départements inculpe peut-être le ministre de la guerre, qui peut avoir commis quelques erreurs, car il est de l'humanité de se tromper ; cependant il est dangereux de les publier avec une sorte d'afl'ectation.
Je demande donc que la commission soit nommée et qu'elle prononce sur ce qui vient de vous être présenté.
[Laveaux explique pourquoi le ministre de la guerre empêche la distribulion de son journal. Il raconte que lui, Laveaux, a été nommé chef de bureau du service de l'inspection générale des troupes, sur la recommandation de Sijas. Il a été révoqué par Bouchotte, sur les plaintes de Vhicent, secrétairegénéral du département de la guerre. Il accuse Bouchotte de tromper les patriotes ; à ce propos il fait le récit (pii suit :
« Vous savez que Bouchotte alVecte de ne point recevoir chez lui les dé- IRités de la Montagne ; vous savez qu'il y a dans les bureaux des inscri])tions (jui disent que le poste des députés est à la Convention, et non dans les bu-
[5 ocT. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 443
roaux pour intriguer. Il y a môme dans le bureau où j'étais des lettres de députés de la Montagne, qui demandent un <iuart-d"heure d'entretien pour des objets importants, pour des objets qui regardent des corps militaires entiers, et au bas desquelles le ministre a écrit de sa main républicaine : S'il a quelque chose à me communiquer, qu'il m'écrive ce qu'il a à me dire. Cela est bien beau : cela se passe le jour; mais apprenez, citoyens, ce (jui se l)assc la nuit. Le 10 septembre, à huit heures et demie du soir, le député François ', qui a volé pour raccusation de Marat, de la manière la plus odieuse, la plus fanatique, la plus contre-révolutionnaire : (pii, dans l'alïaire de Capel, a voté pour l'appel au peuple, vint me demander un congé pour un soldat auquel il s'intéressait. Je lui fis observer que la loi défendait d'accorder toute espèce de congé, et que, s'il y avait quelques cas où on pouvait en accorder, elle ordonnait'du moins qu'on produisît des cerlificals de médecin et de ciiirur"ien. Fran»:ois me réi»ondil que le ministre, auquel il venait de parler, m'ol-donnait de délivrer le congé. Cela est impossible, lui dis-je ; le ministre est patriote, il ne peut m'ordonner de faire une chose contraire à la loi. Kh bien ! réjirupia François, je vais vous ai)porter un ordre i)ar écrit du ministre. — Quand vous m'apporteriez un ordre par écrit du ministre, de faire une chose contraire à la loi, apprenez que je ne la ferais pas. [Vifs upploudisse- „jg,j/.ç.) François sort, va chez le ministre, et au bout de quelques moments il revint montrer, d'un air triomphant, un congé signé et délivré par le ministre lui-même. On fit observer à François que cette lettre parviendrait ])lus sûrement si elle était scellée du sceau de l'administration cl marquée de la "■rilVe. Le bon François. tromi)é par cette observation, laissa la lettre au bureau. Le lendemain malin, je pris cette lettre avec l'opinion de François sur le décret d'accusation contre Marat, cl je portai le tout à Sijas, en lui faisant observer combien le ministre se compromettait en accordant un congé à la recomman<iation dun tel homme, surtout contre la loi. Sijas me répond que ce sont les alVaires du ministre. — Non, lui dis-je, il est de notre devoir de lui faire remanpier ses fautes, afin de lui donner occasion de les réparer. — Sijas prend la lettre, l'appel nominal sur Marat, y joint l'appel nominal sur Capel, et va cliez le ministre ; mais bientôt la lettre revient avec cette apostille, écrite de la main de Sijas : Accordé d'uprés lu promesse du miuistre. Voilà, citoyens, la véritable cause de mon renvoi ; il a eu lieu dixjours après cette scène. » — Laveaux, après avoir cité un autre fait, conclut
ainsi :
« D'après tous ces faits, citoyens, vous ne devez pas être étonnés que le minisire de la guerre ait fait toutes sortes de tentatives pour arrêter le journal (pie je rédige ; aussi l'a-t-il fait, persuadé (ju'après avoir perdu une place, et n'avanl plus que ce moyen pour subsister, je mourrais Identôt de faim. Vous venez d'entendre le récit fidèle et vrai de tout ce qui s'est i)assé ; jugezmoi ! » (De rifs applaudissements s'élècent dans la Société et dans les tribunes.)]
Suas. — Comme adjoint de la quatrième division de la guerre, je
m'étais fait un devoir d'aider tous les patriotes malheureux et persé-
• cutés. Laveaux m'a paru sous ce rapport, et je me suis hâté, sans
1. 11 s'agit de L.-F.-A. François, député Je la Somme ù la Convention.
446 SOCIÉTÉ DES JACOKI.NS \y> oct. 1793]
(lu'il me le demandât, de lui offrir une place dans ma division. L n propos s'est tenu sur Vincent : on l'a accusé d'avoir volé des couverts d'argent ; Laveaux a répété le propos ; le fait a été éclairci. Ce Vincent s'est trouvé un laquais de Perrin, et non le secrétaire du département de la guerre. Mais Laveaux a eu tort de se livrer à des personnalités. J'atteste qu'il ne fut jamais de patriote plus zélé et plus pur que Bouchotte ; et, quand on vient lui faire un crime d'avoir donné à un jeune homme une permission que la loi réprouvait, il est vrai, mais que l'humanité réclamait, j'ai droit de soupçonner des intentions. On dit qu'il recevait la nuit des visites d'hommes suspects, des assassins de Marat; ce sont là les expressions de Laveaux. Je lui défie d'en citer une autre que celle de François, qu'il a rapportée. . .
[Léonard Bourdon demande que la Société iiomnio une commission pour examiner le civisme des employés aux bureaux de la marine, dont plusieurs adjoints n'ont pu obtenir des certificats de civisme.
Un citoyen dit que nous avons besoin 'de cavalerie, il ajoute : « Les Sociétés })Oiuilaires se sont engagées à fournir chacune un cavalier. Il faut obliger chaque municipalilé à en fournir un aussi. >i]
Anacharsls Cloots lit à la Société une lettre des clubistes bataves, et sa réponse ; cet écrit, profondément philosophique, sera imprimé *.
On demande que l'écrit d'Anacharsis Cloots soit imprimé par souscription, et non aux dépens de la Société.
CuABOT. — Je m'oppose à cette proposition ; il est tel sociétaire qui n'a pas le moyen de souscrire, et qui pourtant a la bonne volonté, le besoin de faire circuler dans les départements les bons écrits révolutionnaires. La Société des Jacobius est faite pour éclairer le peuple ; c'est d'elle que sont partis ces traits de lumière et de patriotisme qui ont embrasé tous les patriotes. Sans doute, rendant justice <à son zèle et au grand bien qui résulte de ses travaux, le Comité de salut public saura ce qu'il a à faire ; il est certaines dépenses de la Société qu'il doit acquitter comme celles de l'Etat.
Au reste, je n'approuve pas toutes les vues qui sont répandues dans le discours de Cloots, auquel je rends d'ailleurs toute la justice qu'il mérite ; il est dicté par la philanthropie la plus ardente, le patriotisme le plus pur ; mais, avant d'étendre nos frontières, il faut sauver la République. Je suis bien aise encore de consacrer ce principe : bien qu'un discours soit applaudi des Jacobins, ils n'adoptent
1. DipIoiiKitie l't'vohitioniiairc. Adresse (rAxACiiAusis Ci.odts iiiiv smis-ci/loflcs halaves. Paris, imprimerie tles 8() départements et de la Société des Jacobins, s. d., in-8" de 16 p., Bibl. nat.. Lb. 40/700. — Imprimé également dans le Journul de la Montaçjne. t. 1. pp. ÎHS et ss.
[ii OCT. 1793] SOCIKTK DES JACOBINS 447
jias pour cela toutes les idées des discours qui sont lus à lour tribune, et dont ils votent l'impression. Je cite pour exemple les discours de Brissot, dont vous files imprimer quelques-uns, et que certes vous n'approuviez pas en totalité.
Je profite de cette occasion pour annoncer à la Société que je mo nmrie. On sait que j'ai été prêtre, capucin même ; je dois donc motiver à vos yeux la résolution que j'ai prise. Gomme législateur, j"ai cru qu'il était de mon devoir de donner l'exemple de toutes les vertus. On me reproche d'aiuier les femmes : j'ai cru que c'était anéantir la calomnie que d'en prendre une que la loi m'accorde et que mon cceur réclame depuis longtemps. Je ne connaissais pas, il v a trois semaines, la femme que j'épouse. Elevée, comuie les femmes de son pays, dans la plus grande réserve, on l'avait soustraite aux regards des étrangers. Je n'étais donc pas amoureux d'elle, je ne le suis encore que de sa vertu, de ses talents, de son esprit et de son patriotisme ; de son côté, la réputation du mien m'avait ouvert le chemin de son cœur. J'étais loin de prétendre à elle. Je la demandai à l'un de ses frères, Junius Frey, homme de lettres estimable, connu par deux ouvages très patriotiques, VAnli-fédéralisle et la Pliilosopliie sociale; ']c la demamlai, dis-je, pour un de mes parents. « Klle vous est réservée pour vous-même, » me répojiiiit-il. Je lui observai que je n'avais qu'une pension capucinale de 7()0 livres, que j'abandonnais à mes parents, l'un âgé de quatre-vingts ans, l'autre de quatre-vingtcin([, plus patriotes, plus énergiques que moi, et qui se sont ruinés pour me donner de l'éducation. <- Cela est égal, m'a répondu ce galant homnie, nous vous la donnons |j(»ur vous, et mm |ias pour votre fortune. » On m'a calomnié à cet égard ; on a prétendu que j'avais de l'argent, puisque je faisais un mariage avantageux. Je vais vous lire mon contrat de mariage ; vous y verrez en quoi consiste ma fortune. J'achetai, lors de la législature de 92, pour i,oOO livres de meubles, qui, gagnant à cause de la baisse des assignats, sont reconnus valoir :2,0U0 écus. Je suis donc riche d'un capital de (),000 livres. (Chabot fait lecture de son contrat de mariage.)
Maintenant j'invite la Société à nommer une dé|iulation qui assiste à mon mariage et au banquet civique qui le terminera. Je la préviens qu'aucun prêtre ne souillera ma noce, et que nous n'emploierons que la municipalité. La députation voudra bien s'y rendre à huit heures ; je désire que tout soit terminé pour neuf, car je ne veux pas m'absenter de la Convention natiiniale ; et ma femme a dit qu'elle cesserait do m'aimer, si cela me faisait négliger une seule fois la Convention et les Jacobins.
448 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [8 oct. 1793]
[Dufourmj , après avoir critiqué quelques expressions du discours d'Anaeliarsis Clools, l'ait des observations sur le contrat de mariage avantageux (pic Chabot contracte avec une étrangère, et Unit par déclarer que la Société ne peut assister ])ar députation au mariage d'un de ses membres, et moins encore au banipu't. Tne assez vive discussion s'engage à ce sujet. Il est enfin arrêté quil y aura une députation, qui assistera au mariage et au banquet.]
La séance a été levée à onze heures.
PRÉSIDENCE DE DU BARR.\N
On lit une lettre du président d'une Société de Brabançons, qui annonce des nouvelles fâcheuses du côté de Maubeuge ; il prétend que la Convention ne prend pas les mesures nécessaires pour la défense de cette frontière.
[A ce sujet, Robespierre prononce un discours dont voici les principaux passages : « Peu importe de quel endroit vienne cette lettre et de qui elle soit, mais elle est toujours précieuse, puisqu'elle nous donne l'occasion de développer de grandes vérités, de faire toucher au doigt ces trames ourdies par la scélératesse et la jjerversité, encouragées en quelque sorte i)ar notre timidité et notre inertie. . .
« Mais avez-vous remarqué que cette lettre, qui ne vous oIVre aucun moyen de remède, se ))lait à vous jeter dans le découragement? Oui, elle appelle la vengeance légitime du peuple sur les auteurs de nos maux; mais ce n'est pas Houchard qu'elle vous indique ; ce n'est pas cet homme atroce, qui a versé avec délices le sang des Français, dans le temps qu'il abandonnait avec une perfidie sans exemple les conquêtes qui en étaient le prix. C'est sur la Convention qu'elle a])pelle votre haine; et cependant qu'a-t-elle l'ait?...
" Le i)rétendu républicain, auteur de la lettre, vous annonce des malheurs; eh bien ! je vais vous en annoncer aussi, mais je vous montrerai le remède; et, si vous vous sentez encore, vous verrez que vous êtes beaucoup moins malades que vos ennemis. Les ellorts de vos ennemis contre vous, leurs cris, leur rage impuissante et leurs ))etits succès ne doivent pas vous elTrayer : ce ne sont que des égratignures sur les épaules d'Hercule [On (ippbmdii); le ])euple français s'en est à peine aperçu.
« Les frontières de la Moselle et du Rhin sont en plus mauvais état encore (pu^ celles du Nord, qui, il y a quinze jours, étaient inexpugnables ; on les a rendues aussi faibles, aussi défectueuses qu'on a pu; el, si elles ne sont pas aujourd'hui sans ressources, ce n'est pas la faute de vos généraux. Il a fallu pour celles-ci un concours de scélératesse et de iicrfidic bien inouï ])0ur les
[8 ocT. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 449
mettre dans Tétat où elles sont. Qui l'a fait? Quels sont ces hommes qui de sang-froid sacrifient leur patrie? Des hommes dont je rougis de prononcer le nom, des hommes connus seulement dans les fastes de la trahison ; des Schauenburg, des Landremont, vous ont livrés à Kalkreuth, ce lâche et plat valet du roi de Prusse, et qui passe pour son plus grand général, quoiqu'il n'ait pas osé faire durant toute la campagne une tentative contre nous, et qu'il ait commencé à agir quand il s'est à peu près cru sûr du succès de ses l)erfidies. Ils ont livré et les villes et les deux camps reconnus inexpugnables, (ju'il était à peine besoin de défendre, et si avantageux qu'un général eût livré un combat pour les occuper.
« Si, avec de tels chefs, vous n'avez pas é])rouvé les derniers malheurs, c'est peut-être à votre gouvernement que vous le devez; c'est à son énergie, à son dévouement éternel, à son travail opiniâtre et forcé que vous êtes redevables de tout le mal qu'ils n'ont pas fait encore. Ainsi donc, ceux (pii, se faisant forts de nos malheurs ((u'ils ont eux-mêmes causés, en prennent l'occasion de faire du gouvernement le but de leurs calomnies, connaissez-les, ce ne peuvent être que vos ennemis les plus perfides. Sachez repousser leurs insinuations mortelles ; et si vous vous sentez le courage de mépriser leur astuce et leur perfidie, de déjouer leurs trames et leurs projets, en continuant à vos législateurs votre confiance, en concourant avec eux au maintien de l'Klat, rassurez-vous, je vous promets des victoires, et vos espérances ne seront pas déjouées'. » {On applaudit.)
Albilte raconte qu'il a assisté au l)ombard(Mn('nt de Lyon.]
Le gknér.al Santkrre. — J'arrive de la Vendée, et j'ai cru avoir des choses assez essentielles à dire à la Société pour interrompre un instant ses travaux.
L'armée que nous opposons aux ennemis leur est égale en nombre; mais c'est la discipline qui nous est nécessaire, cette discipline fraternelle (pli n'amène pas l'esclavage, mais ([ui produit l'ordre ; c'est en cela que les ennemis ncnis sont supérieurs.
Une nouvelle répandue par un courrier, qui me précédait de deux heures, rapporte un échec considérable qu'ils ont éprouvé près de Mortagne ; je l'aurais fait arrêter, si je l'eusse rejoint : ce n'est pas que je ne croie à cette nouvelle, mais je veux qu'elle nous parvienne officiellement avant de me livrer au plaisir qu'elle me fait. Quant à nos ennemis, ce ne sont pour la plupart que des brigands aussi lâches que scélérats. J'éprouvai le 14, devant Doué, leur valeur, et connus la mesure de leur courage. Je fus attaqué : les ennemis étaient au nombre de trente-cinq mille hommes ; nous n'étions que cinq mille trois cents ; et avec cela nous nous disposâmes à soutenir leurs efforts.
l. Dans le compte rendu du Journal de la Mont a y ne, le discours de Robespierre est suivi d'une longue apologie de la Montagne. Nous n'avons pas cru devoir la reproduire, parce qu'elle n'est qu'une parenthèse dans laquelle Aristide Valcour exprime ses propres sentiments.