Ce fait est rappurté par le Journal de la Montar/ne
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cadins; et parmi les agents publics, toutes créatures de Roland, dr Brissot, fie Le Brun. De plus, des considérations religieuses empêchent les Turcs de se mêler à de semblables établissements. Je demande la confirmation de larrèté.
L'arrêté est confirmé.
RoussELiN. — J'arrive de Provins ; j'assure, pour l'avoir vu hier encore de mes yeux, que les greniers de cette ville, longtemps vidés par la malveillance, sont aujourd'hui remplis et en état de fournir à l'approvisionnement de Paris.
La municipalité, le district de cette ville étaient liorriblement composés; je me proposai avec mon collègue de les destituer. Ma première démarche fut de voir tous les sans-culottes, de présenter à Du Bouchet, représentant du peuple^ mes pouvoirs à cet égard. Celui-ci parut, en les voyant, se sentir diminuer, amoindrir; il s'effraya de ce que la hiérarchie civile était si peu observée, et qu'on donnât à de simples commissaires civils le droit de destituer des municipalités. Nous le tourmentâmes pour l'engager à destituer ces deux autorités ; ce n'est qu'hier qu'il se détermina enfin contre la municipalité; mais le district reste toujours, malgré toutes nos instances.
Rousselin fait l'énuméralion des soins qu'il a cru devoir prendre pour enlever les armoiries, saisir l'argenterie marquée aux armes des ci-devant seigneurs. A tous les signes de féodalité les emblèmes de la République ont été substitués, et l'on voit flotter de toutes parts le drapeau tricolore. Il rappelle ensuite les abus d'autorité dont ces hommes se sont rendus coupables, tels que d'avoir fait mettre au carcan, pendant vingt-quatre heures, en hiver, un malheureux qui avait tué une perdrix. « Je demande, ajoute-t-il, que la loi du talion soit exercée contre eux, et que tous les ci-devant qui se sont rendus coupables soient punis de la même peine. » Un trait dont [sic] je me rappelle peindra Du Bouchet. Un homme était en prison pour délit ; on fit venir sa famille ; un enfant plut à Du Bouchet : « Voilà, dit-il, un enfant dont la figure m'intéresse : qu'on rende la liberté au prisonnier. »
Un citoyen lit une lettre de Du Bouchet, qui récrimine contre les faits qu'on vient de lire ; il accuse Rousselin et son collègue d'être venus à Provins avec une pompe asiatique, d'y avoir vécu comme des Sardanapales, de s'être fait donner une garde d'honneur, etc., et Rousselin particulièrement d'avoir mené une fille avec lui pour ses menus plaisirs.
Rousselin réfute ces inculpations.
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On réclame l'ordre du jour. Il est adopté.
[Sentex se plaint que Julien (de Toulouse), dans son rapport sur les fédéralistes, rédigé au nom de l'ancien Comité de sûreté générale, ait ménas;é certaines administrations de départements."
Julien (de Toulouse,. — Quand je me suis chargé du rapport, je ne me suis déguisé ni les dangers ni les diffîcultés. Les dangers, je ne m'y suis pas arrêté, ils m'étaient personnels. Les diffîcultés, elles n'étaient que trop nombreuses. Je sais que, malgré mes soins, il m'est échappé bien des choses ; mais j'avais invité tous mes collègues, et Du Barran peut en rendre témoignage, à me donner des renseignements. Je sais que la Société est l'œil le plus vigilant de la République; c'est pour cela que j'écrivis à son Comité de correspondance, en lui envoyant quelques exemplaires du rapport avant qu'il fût totalement imprimé.
DuFOURNY. — J'appuie la demande que Julien fait à tous ses confrères de lui donner des renseignements sur son travail. Sillery se plaignait aussi qu'on ne lui avait pas donné assez de renseignements pour son rapport, et vous savez où il est.
La serAion de Jîeaurepaire, après s'être régénérée, envoie aux Jacobins une dépulalion pour déclarer qu'elle a fait un scrutin épuraloire dans son sein. Elle invite toutes les autres sections à en faire autant, et elle engage les Jacobins à lui fournir des renseignements, notamment sur les signataires des pétitions des huit mille et des vingt mille '.
[Hasscnfndz annonce que la manufacture d'armes, installée à Paris au Luxembourg, a commencé à fonctionner.]
Robespierre. — Demain sera un jour fameux dans les fastes de la République ; demain, toutes les forces de 'la liberté se mesurent contre celles de la tyrannie; demain est un jour qui aura une grande influence sur le sort des despotes coalisés. Il se livre demain un grand combat sur nos frontières -.
Si la fortune favorise la cause de la vertu, du courage et de la liberté, la victoire est à nous. Si cela n'arrivait pas, qu'on se rappelle que la République, que la liberté est impérissable, et que nous ne serons pas terrassés. Voici l'alternative dans laquelle nous sommes :
1. Il s'agit des pétitions faites en 1192 : 1° contre le projet de former un camp sous Paris ; 2° contre la journée du 20 juin.
2. L'armée du Nord allait, en effet, commencer le mouvement qui devait aboutir à la bataille de AVattignies.
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si les tyrans sont vaincus, les tyrans sont perdus ; si les tyrans sont vainqueurs, si la victoire est infidèle à des drapeaux républicains, ces républicains n'en seront que plus terribles, car ils apprendront à se défier de leurs propres forces, et, devenus n>oins confiants, leurs coups ne seront désormais que plus assurés. Cette fois les tyrans n'ont pas choisi nos généraux. S'il arrive un échec, sans doute il faut l'attribuer à la perfidie, non des généraux, je crois que nous pouvons répondre d'eux, mais à quelques agents secrets, cachés parmi les soldats pour y fomenter des troubles, pour y causer des désordres de toute espèce. Si donc un échec arrive, si l'armée recule, tout le peuple français doit se lever et lui servir d'arrière-garde. [Les plus vifs applaudissements éclatent dans toutes les parties de la salle. — L'enthousiasme s'empare de tous les esprits^ tous les chapeaux sont levés et balancés en l'air; les cris de: Vive la République! retentissent de toutes parts.)
Si au contraire, et je n'en doute pas, nous remportons sur eux la victoire, nous les poursuivrons avec acharnement, et la mort du dernier des tyrans en sera le fruit, comme elle en est l'objet. Quel que soit donc l'événement qui nous sera bientôt annoncé, restons toujours fermes, inébranlables, prêts à supporter le malheur, ou à jouir, sans en abuser, de la prospérité. Quant à vos représentants, ils rallieront la France entière sous les drapeaux de la liberté; ils vous montreront l'exemple du courage et du dévouement. Résolus de mourir pour la patrie, ils traceront de leur sang le signal de la vengeance, et vous leur devrez encore une leçon.
Après quelques discussions sur des objets particuliers, la séance est levée à dix heures.
GLXXVI
PRÉSIDENCE DE DU I5ARRAN
[La ciloyennc Dcscorehes, dont le mari a été dénoncé par le club de Constantinople, envoie quelques lettres confidentielles qui prouvent, dit-cllo, le civisme de son mari *.]
BoissEL. — Je viens de passer tout à l'heure devant la porte Saint-
1. Dcscorehes Sainte-Croix était .•unliassadeiir de l-'uuice à Cdiistantiitople.
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Denis, où j'ai vu un grand rassemblement de peuple. J'en ai demandé la cause : on m"a répondu que c'étaient des fermiers qu'on avait arrêtés après avoir trouvé chez eux une grande quantité de blé germé et presque pourri. On va enfin juger ces hommes qui depuis longtemps font une guerre si cruelle au peuple. J'espère que ceci conduira à découvrir quels moyens on a employés pour entasser au.\. portes des boulangers la quantité incroyable de monde qui s'y amasse sans pouvoir obtenir de pain. Jusqu'à ce jour, l'administration des subsistances enveloppe de ténèbres ses opérations. Il est temps de déchirer ce voile. Je demande que chaque section se rende à la Commune pour y demander que ces administrateurs mettent toute leur conduite en évidence.
BRicni/r. — Ces observations sont justes ; mais tous ces abus cesseront aussitôt que l'armée révolutionnaire sera en marche. Le guide de ses opérations doit être la fortune des fermiers. Elle peut, en arrivant dans un village, demander : le fermier du village est-il riche ? Sur l'affirmative, on peut le guillotiner, à coup sur, c'est un accapareur.
Ceci rappelle un l'ait à rofiinaut. A peiiu' hier la Commune avait fixé le prix des denrées, (pic les épiciers avaient enchéri leur café de dO sous et n'avaient plus de sucre. Brichet veut qu'on guillotine tous ceux d'entre eux qui ne justifieront pas de la vente de leurs denrées ; car il est ridicule qu'en deux heures de temps ces gens-là aient prétendu s'être défaits totaleuK.'ut d'une marchandise dont ils avaient auparavant quantité.
11 regarde comme coupables ceux qui conserveront chez eux une quantité plus que suffisante pour leur consommation actuelle d'une denrée quelconque. Ainsi un particulier nanti de cinq à six pains de sucre doit être puni, car il ne peut en consommer, pour son usage actuel, qu'un pain par décade.
[Boissel ajoute à sa iiiolion prècèdontc celle que la même coiiunission demande aux autorités constilué(»8, que tous les propriétaires de denrées quelconques soient obligés de mettre sur leur j)orle le tableau énumératif de
toutes leurs dean'cs, cl de la qnaïUid''. Arrrti'.]
Un cUoi/en, qui se plaint de plusieurs inexactitudes qui se sont glissées dans le rapport de Julien fde Toulouse) sur les départements fédéralistes, demande que la Société lui adjoigne quatre autres de ses membres, pour demander à la Convention la révision de ce rapport.
Un autre citoyen demande qu'une commission de douze membres, pris dans la Société, fasse elle-même cette révision.
4S8 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [14 oct. 1793]
Robespierre, dans un discours brûlant d'énergie et de patriotisme, démontre que cette mesure est incompatible avec les principes. Il termine par ce dilemme : « Ou ce rapport est bon, ou il est mauvais; dans le premier cas, on le doit approuver sans rien y changer ; dans le second, il est inutile d'y toucher : on ne rétablit pas ce qui est aristocrate, ce qui est feuillantin. »
Il affirme que ce rapport est contre-révolutionnaire ; il peint les malheurs de Lyon, la mort de Tinfortuné Chalier, avec des couleurs si touchantes qu'il fait frémir tous les cœurs.
« Ce rapport, ajoute-t-il, peint les magistrats du peuple, qui se sont immolés à la République et ont été massacrés par ses ennemis, comme des anarchistes, comme des hommes qui avaient provoqué les malheurs qui ont fondu sur leur tête. Du sein de la Montagne, je vois des hommes qui assassinent la mémoire des héros de la liberté. Quoi ! d'une part je vois des rebelles fuyant, échappant par une trouée à une armée considérable, par la faute de ses chefs ; je vois la prise de Lyon ne remplir qu'à demi les espérances des patriotes ; tant de scélérats impunis, tant de traîtres échappés à la vengeance nationale, tant d'innocents qui ont péri sous leurs coups ; et je vois,^ de l'autre, de prétendus patriotes insulter à ces malheureuses victimes !, . . Non, il faut que leur mémoire soit vengée ; il faut que ces monstres soient démasqués, exterminés, ou que je périsse. » [Applaudissements universels et réitérés.)
Robespierre déclare que cette pitié qu'il voit dans tous les cœurs ne sera pas partagée par bien des hommes. Il en cite qui semblent avoir fait cause commune avec ceux dont il est question, et qui sans doute doivent bien s'étonner de ne figurer pas parmi les rebelles ; c'est l'infâme Pressavin, que la Société a chassé de son sein, il y a peu de jours, et qui est l'auteur principal des malheurs de Lyon,
Enfin, en ne considérant que le rapport en lui-même, il regarde comme une injure faite à la Société l'hommage d'un ouvrage contrerévolutionnaire ; il croit surtout que la municipalité de Paris a commis une erreur en l'acceptant ; et la conduite d'un représentant du peuple, en cherchant à s'entourer de suffrages étrangers, lorsqu'il ne devait les attendre que de la Convention, est le comble de l'indécence. Le moyen d'étayer son travail est fort extraordinaire, A-t-il cru, s'il était bon, que l'assentiment de la minorité des patriotes ne lui sufTisait pas ? A-t-il cru, s'il était mauvais, que la faveur d'une municipalité, quelle qu'elle fût, pût le soutenir? Non. La municipalité a fait une faute, qu'elle réparera sans doute avec plaisir ; c'est à vous à lui en donner l'avis. Votre devoir est donc de rejeter cet hommage
[14 ocT. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 459
impur ; votre devoir est d'envoyer à la municipalité pour l'engager à rayer de ses registres une acceptation qu'elle n'a dû ni pu faire. [On applaudit.)
Bricuet. — Ce n'est pas la première fois que Julien i^de Toulouse) et que quelques-uns de ses collègues semblent ramper dans l'antre du mensonge et de la bassesse. N'eùt-il fait que ce rapport, je le regarde comme coupable ; je demande son arrestation.
Robespierre. — Je n'ai jias prétendu que l'enthousiasme se mélàt à cette affaire ; des gens semblent s'y laisser entraîner, et peut-être entre-t-il dans le calcul de (juelques-uns de poignarder les plus fermes appuis de la liberté du peuple, après avoir anéanti les traîtres. Je n'ai dénoncé qu'à regret un ouvrage dont j'ai vu l'auteur marcher longtemps sur la ligne parallèle des meilleurs patriotes. Il ne s'agit donc point ici d'arrestation, ni de guillotine ; il s'agit de sauver la liberté par des mesures sages, et celles que l'on semble vouloir prendre en ce moment ne sont i)as du nouilire. Je me réduis donc à demander l'adoption des deux motions : que la Société refuse l'hommjigc du rapport, et engage la municipalité de Paris à en faire autant.
Julien (de Toulouse;. — J'entrais dans cette assemblée lorsque Robespierre développait son opinion sur mon rapport ; je croyais que ma profession de foi sur ce travail, dans la dernière séance, me mettait à l'abri de reproches ultérieurs. J'y réponds une fois pour toutes. Je n'ai point ofTert à la Société mon travail comme un ouvrage qui fiU digne d'elle ; mais, connaissant toutes les lumières dont elle est environnée, j'ai dû la prier qu'elle me les communiquât, afin d'en tirer tout le parti possible pour parvenir à la vérité.
Quant à la Commune, je n'ai point {«retendu nrui plus lui faire hommage de ce rapport ; mais il m'a semblé plus que juste de lui faire voir que cette ville, qui a fondé la liberté, que les Parisiens, qui la créèrent et qu'on a tant calomniés, ne sont point les auteurs des troubles qu'on leur attribua, mais qu'ils prirent naissance dans les départements voisins par les intrigues de quelques factieux. Je lui devais cette preuve qui se trouvait dans mon rapport. Je la lui ai donnée, et je ne crois pas qu'il soit permis de mal interpréter cette
offre. Il s'est trouvé dans mon travail des erreurs Mais je tiens
à l'humanité et ne suis point infaillible. Cependant, j'en atteste tous mes collègues : ne leur ai-je pas demandé de m'investir de toutes leurs connaissances ? Ne les ai-je pas conjurés de me faire part de tous leurs renseignements ? Ai-je pu mieux faire, et n'ai-je pas rempli tous les devoirs attachés à mes fonctions ? Je le répète : il
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n'est pas un cas où j'aie pu faire mieux, vu rinsuffisance des pièces et des détails qui étaient soumis à mon examen, et j'atteste surtout qu'il n'en est pas un où qui que ce soit eût pu faire mieux.
Julien termine par prier qu'on charge de ce rapport une plume plus exercée que la sienne ; du reste, il est prêt à recommencer son travail et le faire réimprimer même, s'il le faut. C'est ainsi qu'il répondra à toutes les imputations dont on pourrait le charger à l'avenir, et dont il peut démentir au moins les intentions qu'on lui prête'.
Robespierre. — Je désirerais vivement d'être de l'avis de mon collègue ; mais je ne le puis. Je ne peux sacrifier le sang des patriotes ; et nulle considération, pas même celle de l'amitié, ne me portera à transiger avec la vérité, ne me fera dire autre chose que ce que je pense. Vous avez pu remarquer que Julien a très peu parlé du fond de la question. Il n'a pas eu à se plaindre de la tolérance de la Société ; mais, se rejetant sur les épisodes, il a heaucoup parlé de lui, de moi ; il n'était point question de lui, ni de moi. Il n'a justifié que ce que nous avons appelé son hommage à la municipalité. On sent que c'était là le plus léger reproche qu'on pût lui faire ; car, si son ouvrage eût été hon, ce n'eût été qu'une démarche imprudente, puisqu'il ne lui appartenait pas, avant que la Convention eût jugé son ouvrage, de capter des suffrages étrangers ; mais la chose enfin n'était pas inexcusable.
Robespierre fait voir des rapports entre cette démarclie et beaucoup d'autres qui tendent à compromettre la municipalité, qu'on a induite en erreur, à qui on a fait faire une fausse démarche auprès de celle de Bordeaux, qui, malgré ses belles apparences, est l'ennemie née de la ville de Paris, et le sera, relativement à son commerce, de la République.
Il persiste à demander que la Société rejette l'hommage du rapport, et envoie vers la commune de Paris pour l'engager à effacer son acceptation. [Adopté à i'unanhnilc ^.)
1. Le 30 du premier mois de l"an II (21 octobre 1793\ sur la proposition de Voullaiid, parlant an nom du Comité de sûreté générale, la Convention désavoua le rapport de Julien (de Toulouse) et rapporta le décret qui en avait ordonné l'impression. Procès-verbal de la Convention, t. XXllI, p. lO'J.
2. Cette démarche fut faite le lendemain. Voici ce c[u'en dit le compte rendu de la séance de la Commune de Paris, du 24 du premier mois ^l.j octobre t793\ donné par le Moniteur, t. XVIII, p. 130 : « Une députation de la Société des Jacobins se présente au Conseil; Collot d'IIerbois, orateur, monte à la tribune: il déclare au Conseil que sa religion a été trompée lorsqu'il a ordonné la mention civique au procès-verbal d'un ouvrage intitulé Rapport sur les administrations rebelles, par Julien (de Toulouse) ; il dénonce cette production comme dauge-
[14 ocT. ITOiij SOCIÉTÉ DES JACOBINS 461
[Le capitaine Lacrasse, commandant la frégate la Fi^licitr, rond compte de sa campagne aux Iles-du-Vent d'Amérique, en il'M-il'Xi.
La Société arrête à l'unanimité l'impression de ce rajiport, qu'il faut lire pour en avoir une idée juste, et qui paraît être l'ouvrage d'un homme très exercé dans l'art d'écrire et dans l'art des combats.
Dufourny raconte la première séance du j)rocès d'Antoinette, qui a commencé ce matin à neuf heures.]
La séance a été levée à dix heures et demie.
PRÉSIDENCE DE DU liAHHAN
[Taschereau annonce (jue Dcsfieux a été arrêté par ordre de la section de Le Peleticr. 11 demande que la Société envoie une déjjutation pour solliciter de la Commune la mise en liberté de Dcsfieux. — Collnt d'IIrrhins a|)puie la proposition. Il dit entre autres choses :]
« Savez-vous quel ei^t le système de beaucoup d'hommes nouveaux pour se faire un nom ? C'est tle vexer les patriotes. Je considère beaucoup sans doute l'autorité des Comités révolutionnaires ; je l'ai moimême provoquée; mais aujourd'hui j'en blàmc l'exercice. Qui sont les hommes qui les composent ? Des hommes inconnus hier, et qui, pour la plupart, ont besoin de faire oublier, par des excès affectés, les raisons de suspicion qu'on pourrait avoir sur leur compte. Enfin, un patriote réclame vos secours ; vous les lui devez. J'ai rempli ma tâche, et, quoi qu'il en arrive, je ne me repentirai point d'avoir plaidé pour Desfieux. »
La Société arrête qu'une députation se rendra à la Commune pour lui demander des éclaircissements sur l'arrestation de Desfieux '.
[Blanchet i)ropose que la Société demande la mise en liberté de Four-
reuse et tendant à fah-e aimer le fédéraUsme, tout en louant la République. Le Conseil arrête que la mention civique du rapport de Julien (de Toulouse) sera biti'ée de dessus les registres, et le rapport bridé. »
1. La députation se rendit le jour même à la Commune de Paris. Son orateur, Gollot d'Herbois, ht arrêter que l'administration de la section de Le Peletier serait mandée sur-le-champ pour rendre compte des motifs de l'arrestation de Deslieux. Moniteur, t. XVIII, p. 130.
462 SOCIETE DES .lACOlM.NS [13 oct. 1793]
nior', acIiicllciiKMU tMiiiu-isoiinr à Versailles, à la suile d'im duel. — Un membre du Comité de ron-espondfiiire rend eoiiiptc des démarches qu'il a laites à ce sujet; il annonce que Fournier va èlre mis en liberté.]
Des députés des Soc/étés populaires réunies de Sedan, Montmédy, Givet, Philippeville et Mouzon, annoncés par une lettre du représentant du peuple Massieu, qui atteste que sur la frontière ces républicains savent également braver les baïonnettes autrichiennes et les poignards des aristocrates, des muscadins et des fédéralistes, se présentent à leurs frères les Jacobins. L'un d'eux fait lecture d'une adresse énergique dans laquelle ils demandent : 1° qu'on juge les scélérats Brissot, Gensonné, Carra, Fauchet et tous les autres faux mandataires du peuple qui ont trahi sa confiance; 2° l'expulsion des nobles de tous les emplois civils et militaires ; 3° qu'on achève de purger tous les états-majors et que le prompt jugement de Houchard devienne un avertissement à tous nos généraux; 4° qu'on déclare suspect et que l'on mette en état d'arrestation tout homme cherchant à avilir, par un système combiné de diffamation, le Comité de salut public; 5'' que tous les Feuillants soient compris dans cette mesure ; qu'aucun des électeurs signataires des pétitions monarchiques n'en soit excepté ; 6° que la Convention nationale expulse de son sein et charge les départements respectifs de remplacer tous ces mandataires que l'œil des montagnards ne peut plus supporter, et qui, jusqu'au 31 mai , n'ont travaillé que pour vivifier le fédéralisme ; 1° qu'après cet épurement la Convention nationale ne cède son poste qu'après avoir sauvé la République.
Sentex. — Les Sociétés de Sedan, dans un des articles de leur adresse, vouent à l'exécration publique tous ceux qui parleraient contre le Comité de salut public. Ouoique je partage ces sentiments en faveur du Comité entier, je déclare qu'il y a des distinctions à faire parmi les membres qui le composent. Robespierre, Billaud- Varenne, Collot d'Herbois, etc., méritent, par leur pureté et leur civisme, tous les éloges des patriotes; mais je ne peux avoir une opinion aussi favorable d'un homme qui, avant la Révolution, acheta un petit et très petit fief qui allongeait son nom de quatre voyelles ; qui fut du Club de 1789; ({ui, le premier, fut président du Club des Feuillants; celui qui fit accorder douze palais à Louis Capet ; qui fut constamment l'ennemi de Marat et des francs Jacobins, l'ami des tjirondins tant qu'il les a crus les plus puissants, et qui ne les a abandonnés que pour n'être pas enveloppé dans leur ruine ; celui qui
1. 11 s'agit de Fournier, dit rAméricain. Yuir Mémoires secrets de Fournier l'Américain, publiés par F.-.V. Aulard, introduction, p. vni.
[la OCT. 17931 SOCIÉTÉ DES JACOBINS UV.\
suivait Dumouriez au spectacle ; qui s'honorait des lettres qu'il en recevait ; celui, enfin, qui s'e^t fait un parti pour étal^lir ses parents et ses amis dans toutes les places avantageuses ; cet homme est Barère. Qu'on ne dise pas que je chei'che à diviser les patriotes. Non, je veux qu'ils s'unissent plus que jamais, et ils ne seront jamais bien unis que quand ils seront tous connus et bien purs. Il faut que le masque tombe ; je vais le lever. Barère nagea entre deux eaux jusqu'au 31 mai ; il maintint longtemps l'inertie dans la Convention, et le plus grand de ses crimes, à mes yeux, c'est d'avoir été d'un Comité qui, ayant 50 millions à sa disposition, n'a pas été instruit de ce qui se passait à Marseille, à Lyon, à Toulon, ou ipii, s'il l'a été, ne l'a pas évité. Je demande que la députation raye de l'adresse l'article concernant le Comité de salut public; il faut que les Sociétés aient des idées vraies du civisme et des vices des représentants du peuple, et c'est à celle des Jacobins, première sentinelle des patriotes, à les leur donner.
Cette dénonciation n'a pas de suite '.
[Les envoyés des Sociétés populaires de Seilnn, etc., se iihùyiiciii ([iic les jidminislralions do leurs départenienls oppriment les patriotes. Knfin, ils dénoncent « les deux indignes représentants du peuple » Calés et Perrin, (pii sont des amis des riclies et qui méprisent les sans-eulotlcs *.]
Chabot pense que Sentex a mal entendu l'objet de la pétition. S'il est vrai que le Comité lie salut public sort composé en masse de patriotes purs et sans reproche, étant aujourd'hui le centre du gouvernement, loin de semer la défiance sur son compte, au lieu de chercher à l'avilir, il faut au contraire l'entourer de respect et de confiance, et ne pas entraver ses opérations. « Nous devons donc, at-il dit, vouer au mépris et à la haine publics ceux qui diraient du mal de la généralité de ce Comité, puisqu'ils ne tenteraient qu'à désorganiser le gouvernement. » Il demande que l'on appuie la députation.
[Dufourny se plaint do quelques inexactitudes du Juarnal de la Montagne, an particulier d'un passage où il est dit que la Société a envoyé vingt-quatre délégués au mariage de Chabot. ^
Séance levée à dix heures.
1. Ici sarrète le compte rendu du Muniteur. ^Vuir la note au titre de la séance suivante.) Ce qiù suit est résumé ou reproduit d'après le Journal de la Moiitar/ne.
^ 2. Le 28 du premier mois (19 octobre 179;5', Barère, au nom du Comité de salut public, lit décréter jiar la Convention que ces représentants du peuple auprès de Tarmée des Ardennes seraient rappelés et remplacés par Ilentz, Bo cl Coupé (de rOise\ Recueil des actes du Comité de salut public^ t. Vil, p. "M-l.
464 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [17 oct. 179!*]
CLXXYIII
PRÉSIDENCE DE DU BARRAN
[Dcsficux enlro au milieu des applaudissements de la Société et des tribunes; il remercie la Société de l'intérêt qu'elle a bien voulu prendre à lui pendant son arrestation; il expose sa conduite depuis la Révolution. Voici la fin de son discours :]
Citoyens, je sers la Révolution depuis le premier jour; je n'ai jamais dévié un seul instant; après la Révolution, on citera Marat, Robespierre, Collot d'Herbois, Billaud-Varenne et quelques autres patriotes, pour avoir constamment soutenu la liberté, Tégalité, les droits sacrés du peuple. Eh bien! je veux les imiter, j'ai l'ambition aussi que l'on me cite après eux. (Vifs applaudissements.)
[Boissel demande une commission pour découvrir les auteurs des calomnies et les poursuivre. La Société charge les commissaires déjà nommés de suivre cette affaire avec zèle.
Ferrières se plaint de l'inexactitude des commissaires nommés pour visiter les patriotes incarcérés par erreur.
L'adjonction aux seize commissaires de deux membres du Comité de sûreté générale est arrêtée.
Une lettre du ministre de l'intérieur instruit la Société qu'il lui a envoyé le recueil des lois qui ont été décrétées par les trois législatures, et avertit qu'il en fera autant de toutes les lois à venir. {Applaudi. Inscrit au procès- - verbal.)]
On lit la lettre suivante :
Les représentants du peuple Couthon, Maignet, Laporte et Châteauneuf-Randon, à la Société des Amis de la Constitution républicaine, séant aux Jacobins Saint-Honoré.
Lyon, 13 octobre l'an 11°.
« Citoyens, frères et amis, la ville de Lyon n'est plus au pouvoir
des rebelles ; les troupes de la République ont purgé le sol de la
1. Nous reproiluisoiis ici la date que ilonue le Joiinutl de la Monlor/ne. Dans le compte rendu du Moniteur, celte séance est datée du 2:i du premier mois. Ce qui augmente la confusion, cest que les paroles de Chabot, prononcées à la séance du 24, daprés le Journal de la Montagne, sont reproduites par le Moniteur en tète du compte rendu de cette séance du 2G quil date du 2.;. Nous avons suivi la division du Journal de la Montagne.
[i- ocT. 1793] SOCIÉTK DES JACOBINS 463
liberté des brigands qui s'étaient réfugiés dans ses murs. Ceux qui ont échappé au fer de nos braves tombent chaque jour sous la hache des lois. Mais le plus difficile reste à faire. L'esprit public est perdu dans cette malheureuse cité. Les patriotes y sont dans une minorité si effrayante que nous désespérerions de pouvoir les vivifier, si votre Société ne nous présentait pas des ressources consolatrices; il nous faut une colonie de patriotes qui, transportés sur cette terre étrangère, pour ainsi dire, au surplus de la République, y transplantent les principes révolutionnaires. La mission est belle : heureux ceux à qui vous la confierez ! Le fanatisme avait bien senti l'utilité de cette mesure. Pourquoi la patrie ne profiterait-elle pas des leçons de Texpérience pour fonder la liberté? Citoyens, nous vous demandons quarante hommes, dont le républicanisme, la probité, la sagesse également reconnus leur concilient, avant leur arrivée, l'estime publique. Nous leur confierons les fonctions administratives et judiciaires. Qu'ils viennent se réunir à nous, et alors nous pourrons espérer de faire une véritable révolution dans un pays où la soif de l'or est le seul besoin que Ton ait encore éprouvé. »
Renaudin. — En appuyant les demandes de cette lettre, je m'étonne de trouver à côté du nom de Couthon celui de Châteauneuf-Randon. J'ai une lettre de Lyon, qui m'apprend que cet homme est digne d'être noble et du nom illustre qu'il porte ; il est un de ceux qui ont favorisé la fuite des assassins de Ghalier, etc.
Taschereau. — Je m'oppose à ce que quarante Jacobins quittent en ce moment la Société ; trois ou quatre suffiront, et il serait dangereux d'affaiblir ainsi la Société de bons patriotes, lorsque des traîtres trament de toute part contre elle.
Le citoyen qui a été dépêché par les représentants du peuple à Lyon paraît à la tribune ; il voit avec peine que Chàteauneuf-Randon soit accusé ; il assure que, sans Couthon et lui, Lyon ne serait pas réduit ; il a combattu quatre fois à ses côtés, et a vu que son courage était ferme autant que son patriotisme pur.
Bricitet. — Il serait impolitique de n'envoyer que quatre commissaires, lorsque Couthon, qui est sur les lieux, en demande quarante. Je demanderais de même qu'un nombre déterminé fût nommé pour remphr les mêmes fonctions à Bordeaux, qui n'a pas moins besoin que Lyon d'un renfort de patriotisme.
Renaudin. — J'appuie l'avis de Brichet, et je me rappelle qu'à ce sujet Chalier m'écrivait: « Envoyez-nous de bons patriotes, ou la ville de Lyon est perdue. » Je n'y fis pas assez d'attention, et je ne crus Tome V. • 3^
466 SOCIÉTÉ DES .JACOBINS [17 oct. 1793]
pas que les choses en fassent au point où nous avons vu qu'elles étaient depuis.
CoLLOT d'Herbois. — Pcu de questions peuvent être envisagées sous autant de points de vue que celle-ci. Les représentants du peuple vous ont demandé des hommes patriotes pour former un magasin d'administrateurs, d'officiers municipaux ; certes, ils ne pouvaient mieux s'adresser pour faire leurs provisions.
Mais je crois qu'il ne faut pas ainsi se dégarnir; et ne devons-nous pas nous réserver encore pour d'autres occasions ?
Ce qu'on n'a pas assez remarqué, c'est que dans l'armée de Lyon il y avait beaucoup de Jacobins, qui doivent être là d'une grande utilité ; Lafaye et quelques autres peuvent aider Couthon, et ce n'est qu'un renfort d'auxiliaires dont il a besoin ; mais je crois qu'il en faut moins qu'il n'en demande.
Parmi beaucoup de motions qui ont été faites précédemment, et qui toutes ont été dictées par le patriotisme, on en a fait d'inconsidérées, et qu'il est peut-être bon de relever maintenant; on a dit qu'une ville rebelle devait être anéantie, qu'on ne devait plus en reconnaître la trace ; mais, dans un terrain qui n'a que des épines et des ronces, que peut-on donner aux pauvres ? A l'égard de ces villes de commerce, il est encore quelques préjugés à détruire.
Il est de ces hommes qui s'inquiètent que tel ou tel autre soit disparu ; il faisait vivre les pauvres, disent-ils. Est-ce qu'un homme qui a des bras et du patriotisme doit attendre sa subsistance de quelqu'un? A-t-il besoin de l'existence d'un autre pour soutenir la sienne ? Les pauvres se passeront des riches, et Lyon n'en fleurira pas moins. Je dois ici appuyer un de mes collègues, qui ne semble pas en bonne odeur. Chàteauneuf-Randon, d'une caste privilégiée, s'est montré comme un vrai patriote, et mieux même que beaucoup de ceux qui avaient l'honneur d'appartenir à la grande famille; je suis persuadé qu'il a tenu la meilleure conduite ; Couthon nous en a répondu, et quand Couthon en répond, j'en réponds moi-même; je demande qu'au moins on suspende son jugement.
Mais il est une autre chose que je dois relever dans cette lettre, et sur laquelle je n'ai pas encore pu m'expliquer. Je n'aime pas une expression qui s'y trouve : qu'une trouée a été faite, et que les ennemis ont percé à travers. Comment cette trouée a-t-elle été faite au milieu d'une armée nombreuse ? Comment se sont-ils fait passage à travers une ville qui ne laissait aucun passage, aucun débouché? Ou les ennemis ont passé sur le corps des patriotes, ou ceux-ci se sont dérangés pour les laisser passer. Nous saurons s'il y a eu effective»
ment de la complaisance de la part de nos généraux. Soyez-en sûrs, nous n'épargnerons personne ; le Comité de salut public n'est pas disposé à la faiblesse.
11 est une autre inquiétude qui me tourmente. Renaudin était l'ami de Gaillard, dont on ne nous dit aucunes nouvelles. Je le prie de m'en donner, j'en demande à toute la Société; car une de mes inquiétudes les plus vives est de n'en avoir aucunes dans le détail de la prise de Lyon.
Renaudln. — Gaillard est vivant, mais dans un état déplorable, suite des maux que lui ont fait souffrir les ennemis du peuple. Je l'ai souvent entendu dire, ainsi que Chalier, que, quoique les patriotes fussent en certain nombre à Lyon, il n'en était pas d'assez éclairé pour y conduire les affaires. Je crois donc qu'il n'en faut pas diminuer le nombre, mais au contraire le doubler, s'il est possible.
Laveaux. — Aucun patriote n'a encore fait pour la liberté ce qu'a fait Chalier. Il est un autre honneur à lui rendre, que vous a indiqué Robespierre : l'homme qui criait, sous le couteau de la guillotine, au troisième et au quatrième coup : Vive la liberté! mérite les honneurs du Panthéon ; je demande qu'ils lui soient accordés.
La Société arrête qu'elle se réunira demain, à dix heures, dans le lieu ordinaire de ses séances, pour se transporter, accompagnée des citoyens des tribunes, qu'elle y invite, à la Convention, pour l'engager à approuver: 1° l'envoi qu'elle fait de soixante commissaires pour coopérer, avec les représentants du peuple, à former l'esprit public de Lyon et de Bordeaux, avec celte répartition : quarante pour Lyon, et vingt pour Bordeaux ; 2° d'ordonner l'érection d'un obélisque à la mémoire de Chalier et des trois compagnons de sa mort glorieuse, sur la place de Lyon.
Enfin, elle arrête que son président écrira à Gaillard une lettre de félicitations.
[Une députation annonce que les réî)ublicains do la section du Muséum viennent de fonder une Société, qui demande à celle des Jacobins l'affiliation et la correspondance. Dans une lettre, Amar fait la même demande pour une Société du département de l'Ain, qui vient de s'épurer cUe-nième.]
La séance est levée à dix heures.
408 S0C1I-:TK des jacobins [10 OGT. 1793]
CIAXIX
PRÉSIDENCE DE DU BARRAN
Une lettre, datée d'Arles, annonce que les aristocrates lèvent la tête dans le département du Gard, et que le peuple, qu'ils abusent, ne sachant pas encore si le patriotisme doit triompher, est flottant.
Un citoyen appuie ces nouvelles, et demande que le citoyen Laplanche, qui, dans le département du Cher a dispersé et terrassé les aristocrates, et relevé le parti populaire, soit envoyé dans le département du Gard, où de semblables occupations l'attendent. — La Société nomme une commission pour porter cette demande au Comité de salut public *.
Kellermann écrit de Chambéry pour se féliciter d'avoir fait triompher le patriotisme dans le département du Mont-Blanc ; il prie la Société de lui confirmer le titre de général des Jacobins, que lui ont donné les ennemis.
Pereira. — Il est très surprenant que M. Kellermann se permette de demander aux Jacobins un titre que, sans doute, ils sont bien éloignés de lui donner; c'est une dérision, et je vous jure que, si j'eusse été assez éloquent pour persuader toute la Société, il eût été châtié depuis longtemps. {Applaudi.) Je demande qu'il en soit rayé.
Un citoyen, envoyé dans le Mont-Blanc par le ministre de la guerre, dénonce Kellermann et quelques officiers de son état-major, dont il promet de découvrir des faits graves au Comité de salut public.
Un autre citoyen dénonce un propos de Kellermann, tenu devant trois représentants du peuple : « Qu'il ne pouvait aller à l'ennemi «.avec des volontaires, qu'il lui fallait absolument des troupes de « ligne. » Malgré les représentations des députés, il s'obstina à dire qu'on ne pouvait rien faire des volontaires, que ce seraient toujours de mauvaises troupes, et qu'il lui fallait des troupes de ligne.
On met aux voix la radiation proposée par Pereira. Elle est adoptée.
1. Ce vœu (les Jacobins ne fut pas réalisé. Laplanche fut envoyé en mission dans le Calvados, le 28 octobre 1793. — Cf. lleciifiil des actes du Comité de salut public, t. YIII, p. 77.
DuFOUBNY. — -M. Charles Hesse vous écrit qu'il a tout perdu par son patriotisme, et que, d'après la destitution qu'il vient de subir, il n'a plus de pain ; il vous en demande, ainsi que son admission dans votre sein. Sa destitution ne doit pas vous empêcher de lui accorder cette dernière demande ; mais elle ne doit pas vous engager à l'indulgence. Un de vos arrêtés ne veut pas qu'il existe des princes parmi vous, et je demande l'ordre du jour. (Adopté.)
Un citoyen lit l'adresse suivante :
Aux Sociétés populaires et républicaines de Paris, Bapeaume, Pèronne , Raye et autres communes sur la route de Paiis.
« Frères et amis, Lespomarède et Farez sont chargés par nous de vous peindre nos besoins, et de demander vos soins pour nous procurer les subsistances et les munitions qui nous manquent, et que les autorités constituées ne nous proeurent point, malgré nos sollicitations les plus pressantes. Dans quinze jours, si nous ne sommes point secourus, nous n'aurons plus de pain. Vous sentez l'importance de la conservation de notre ville; vous êtes nos frères, vous pouvez donner une salutaire impulsion à ceu.x: qui ne veulent point nous secourir.
« Nous comptons sur vous; Lespomarède et Farez vous diront la vérité ; aidez-nous à nous défendre, et à mourir au moins glorieusement.
« La Société populaire et républicaine de Cambrai,
« CoDRON, président; Mabuje, Catté, secrétaires. »
Collot d'Herbois se plaint que l'on vienne ainsi demander des subsistances aux Sociétés populaires, et propose qu'on renvoie dorénavant ces sortes de réclamations au Comité de salut public, qui en a déjà reçu beaucoup à ce sujet, et qui va demander la création d'un Comité de subsistances, uniquement chargé de cet objet. C'est d'ailleurs, dit-il, faire voir à nos ennemis que nous ne nous entendons point sur l'objet le plus important, celui des subsistances.
Dufourny développe cà ce sujet ce principe philanthropique, que, s'il n'y avait dans quatre-vingts départements que pour un jour de blé, et qu'il y en eût dans les six autres pour un mois, quoique cette provision ne soit que de peu de durée, il faudrait qu'ils partageassent également avec les quatre-vingts autres, sans quoi il n y a point d'égahté , point de fraternité, point de RépubHque. [On applaudit .)
Dubois - Crancé monte à la tribune, et développe les causes de
470 SOCIÉTK DES JACOBINS [19 oct. 1793]
son rappel, ainsi que sa conduite militaire, depuis le moment de son départ*.
[Dnfoiii'in/, i»uis Blanchct (loinandcnt quelques explioations à Dubois- Crancé.]
CoLLOT d'Herbois. — Quoi que je puisse dire à la Société, je ne lui ferai jamais autant de plaisir que le patriote Gaillard, sorti des cachots de Lyon, et que je vous présente. [Applaudissemenls.) Je rengage donc à vous dire tout ce qu'il peut savoir relativement à TafTaire de Lyon.
Gaillard entre dans les détails du siège de Lj'on, peint ses souffrances au milieu des cachots, Pétat horrible où furent réduites les victimes de l'aristocratie de cette ville. Il justifie Dubois-Crancé, en démontrant que partout il laissa sur son passage dans le cœur des. citoyens les traces profondes du patriotisme le plus ardent. Il termine en demandant, au nom de la patrie et de nos frères, vengeance des crimes de Lyon. A peine connaît-on six ou sept personnes fusillées cinq jours après l'entrée; tandis que l'on compte au moins trois ou quatre cents prisonniers pris les armes à la main '.
On demande l'accolade du président pour Gaillard ; il la reçoit au milieu des applaudissements les plus vifs.
Sentex demande que Gaillard se transporte sur-le-champ au Comité de sûreté générale pour faire arrêter les intrigants de Lyon qui sont à Paris.
On demande qu'une commission lui soit adjointe.
La motion et l'amendement sont adoptés.
Un citoyen annonce la prise de l'Ile de Noirmoutier. Il demande qu'on nomme une commission paur recevoir toutes les députations relatives au département de la Vendée. {Arrêté.)
La Société de la section de V Unité et de V Indivisibilité vient demander à celle des Jacobins sa correspondance.
Bufourny demande que la Société n'accorde ou son affiliation ou sa correspondance qu'aux Sociétés qui admettront tous les citoyens patriotes dans leur sein, et non pas seulement ceux de la Section, ce qui serait un véritable fédéralisme. [Arrêté.)
\JuUen (de Toulouse) fait passer la rétractation d'une partie de son rap-
'1. Discours sur le siège de Lyon jj/'onoticé (tu club des Jacobins à Paris, par le citoyen Dubois-Grancé. S. 1. n. d., iu-8 de 8 pages. (A la fin on lit la mention suivante : Extrait de la Gazette française.) — Bibl. nat., Lb 40/767. — (^e discours a été imprimé à peu près entier dans le Moniteur, t. XVIII, p. 192-194.
2. Cette dernière phrase est extraite du Journal de la Montayne.
port. La Société passe à l'ordre du jour, « motivé sur ce que les patriotes no peuvent être flétris par une plume imj)ure *. »]
Séance levée à dix heures et demie.
PRÉSIDENCE DE DU HARRAN
Taschereau renouvelle la demande faite la veille par Dufourny, de n'accorder l'affiliation et la correspondance qu'aux Sociétés qui feront connaître leur règlement. Ces dispositions sont arrêtées.
On condamne au feu une dénonciation non signée contre quelques membres de la Société. C'est le prix que devraient toujours recevoir ces écrits obscurs, évidemment calomnieux, puisque leurs lâches auteurs n'ont pas le courage de se montrer au grand jour*.
[.Collof (VHevhoix se plaint que le Tribunal révolutionnaire ait désigné comme défenseurs de Marie- Anloinetle Chauveau-Lagarde et Tronçon du (joudray. Il demande que le Tribunal nomme aux sans-culottes indigents comme aux riches le défenseur officieux à qui l'on reconnaît le plus de talent, d'intrépidité, de dévouement, ainsi qu'on l'a fait pour la veuve Capct. Cette |)roposilion, ainsi que celle qui tond à établir la plus grande égalité dans les prisons, à faire supporter l'excédent de dépense par les riches, sont adoptées.]
Laplanche. — Je me présente, citoyens, pour vous rendre compte de ma mission comme représentant du peuple dans le départefhent du Cher. Je l'ai rendu hier à la Convention nationale, et je remplis en cet instant un devoir non moins sacré en offrant les mêmes détails à la Société. Partout j'ai mis la terreur à l'ordre du jour ; partout j'ai imposé des contributions sur les riches et les aristocrates. Orléans m'a fourni 30,000 livres, et deux jours m'ont suffi à Bourges pour une levée de 2 millions. J'ai secouru les pauvres, les infirmes, les malades. Ne pouvant être partout, mes délégués m'ont suppléé. Un individu nommé Mamin, riche de 7 millions, et taxé par un d'eux à 40,000 livres, s'est plaint à la Convention, qui a applaudi à ma