‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 102 sur 131 · Tome IV · texte numérisé non relu

Tome IV

562 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [8 déc. 1792]

« Citoyen président , je viens d'apprendre par les papiers publics que la Société a renversé le buste d'IIelvétius. Est-ce la statue de Lépidus renversée à Rome par le père de la patrie? Sont-ce ses ouvrages qui condamnent Helvétius? Est-ce sa femme? Eli bien, qu'au buste d'Helvétius on substitue le livre qui a pour titre : De l'Homme. Si c'est sa femme, demandez, mes frères, demandez au peuple athénien si Xantippe a survécu à Socrate pour ternir sa réputation.»

La Société, après avoir entendu la lecture de cette lettre, passe à l'ordre du jour, ne voulant point s'occuper de la lettre du défenseur d'Helvétjus.

Merlin, ayant appris en entrant dans la salle que Robert lui avait adressé quelques reproches, plutôt dirigés à la vérité contre son zèle excessif que contre son civisme, demande la parole pour se justifier.

Il soutient que c'est par respect pour la souveraineté du peuple iju'il a prétendu qu'un peuple dans ses assemblées primaires avait le droit de se donner un roi ; il s'efforce de prouver cette proposition , qui est vivement applaudie de l'Assemblée et des tribunes.

Au reste, il ne croit pas que le peuple français veuille jamais redemander des fers; mais, pour assurer la plus grande liberté des opinions, il pense que l'on doit avoir la faculté de demander un roi. [Applaudi.)

Chabot. — Je suis de l'avis de Merlin : je pense que nous devons avoir le droit de demander un roi, et c'est être intolérant et ennemi de la souveraineté du peuple que de vouloir lui ravir le droit de se donner un roi ; c'est donc avec la plus étrange perfidie que monsieur fiuailet a cru apercevoir dans le discours de Merlin l'intention de rétablir la royauté. Ce ne sont sans doute pas les hommes du 10 001*11 qui rétabliront le despotisme.

Chabot se discul|)e du reproche que lui avait adressé Hubert, en disant qu'un fait bien certain, c'est que Malouet, Narbonne et Calonno étaient à l'aris, mais que leurs amis les Hrissotins leur avaient niénagt'' les moyens d'échapper au\ reclierclics du Ccjmilé de surveillance.

Un citoyen, frappé de l'importance de cette assertion, en demande la preuve. « Elle est, dit Chahoi, au Coniil('- de la police de Taris. » (Applaudissements.)

Chabot parle ensuite de la faclinn brissoline. Il lui allribur le projet di' lairt- assassiriei" Louis X\'l, ou de li- l'aire cnli'Vrr, dans la ci'aint»' (piil ne iiunime ses complices : car, s'il les iioniuie, les Hi'issol, les

Guadet, les Vergniaud, les Gensonné, qui ont provoqué la guerre, doivent trembler.

« J.-P. Brissot serait bien étonné si Louis XVI disait qu'il n'a agi que par ses conseils; que s'il n'a agi que par ses conseils, que s'il a nommé un ministère patriote, c'est par le conseil de Brissot. Certainement le roi pourra faire ce reproche à Brissot. Ainsi donc, si le président ne faisait pas toutes ces questions nécessaires à Louis, il faut lui en faire, nous, afin que nous puissions connaître Brissot et ses complices. » [Applaudissements, bravos répétés de la Société et des tribunes.)

C... — Vous venez d'entendre dénoncer Brissot, et moi je vous dénonce M™'' Brissot. On vient de m'écrire de Londres qu'elle est en Angleterre; il me paraît surprenant que M"" Brissot ne soit pas en France. Je fais la motion que la Société demande à Brissot pourquoi sa femme est en Angleterre. {Applaudi.)

Différents membres font sur M™*" Brissot diverses motions, sur lesquelles la Société passe à l'ordre du jtjur. La séance a été levée à dix heures.

GXYI

Page 1