‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 104 sur 131 · l;iil llari-re · texte numérisé non relu

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[9 DEC. 1792] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 50a

plots, je demande que nous fassions aussi des festins civiques pour nous échauffer muluelleinent. » [Applaudi.)

Lai'laxciie. — Quoique cette séance soit très agréable, j'invite mes collî-gues à la quitter pour se rendre à la Convention.

Salnt-Just et quelques autres députés se rendent à leur poste.

La Société arrête que, conformément à la motion de Châles, il sera ouvert une souscri()tion dans son sein pour faciliter la propagation des lumières, et elle invite tous les citoyens des tribunes à concourir à cette œuvre patriotique.

Garmer. — Je ne viens point flatter les espérances de la Société, je ne viens point non plus la décourager. La patrie est en danger; vous avez deux fois sauvé la patrie; si vous ne la sauvez une troisième fois, elle est perdue. Je commence par dénoncer tous les députés patriotes, comme des hommes qui peuvent mieux servir la patrie qu'ils ne le fout. Je ne dénoncerai point ceux qui sont connus pour ennemis de Légalité, cette dénonciation serait inutile. Je vous dirai que l'o])!nion est perdue dans les départements. Je dois vous dire que la pairie est en danger. On m'écrit de mon pays que je suis un aristocrate, mais peu m'importe, car je suis l'homme de la République. Or, qui a perdu les départements? Ce n'est pas moi, ce ne sont pas les Jacobins. Nous pouvons connaître les bons patriotes à la figure, c'est par la figure que l'on connaît l'homme, car il y a de la différence entre la figure d'un fripon et celle d'un honnête homme.

Je dois vous rappeler qu'un nommé Yiard a été interrogé', non pas par le Comité de surveillance, mais par les membres incorruptibles de ce Comité. Chabot a prouvé son incorruptibilité en rédigeant le procès-verbal. Buzot, le pcrfi(!e Buzot, a voulu faire entendre à Yiard qu'il était corrompu par Chabot. Ce piège ne tendait pas seulement à faire suspecter la vertu de Chabot, mais la vertu des membres les plus incorruptibles du Comité de surveillance.

Roland est un homme sur lequel il faut porter ses regards, comme il faut fixer une bête féroce prête à se jeter sur nous. Roland, qui est un régent et un roi sans couronne, cet homme modeste avec un air de récollet, a fait changer Létat de la question, quoi(|ue quelques personnes eussent le courage de lui dire que cela n'était pas de sa compétence. On m'écrit que ce Roland est en vénération dans les départements; c'est une idole révérée, et bien dangereuse à la patrie.

1. Sur l'atfaire d'Achille Viard, ancien militaire, agent envoyé à Londres par le ministre des afl'aires étrangères Le Brun, voir le Monileur, XIV, G84, 689, 6^2, 708; XV, 2; XX, 127; XXI, 39.

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J'ai vu dans riiistoire de la Grèce qu'Aristide avait été exilé à cause de sa vertu. Eh bien, Roland est un vertueux, il faut qu'il soit exilé. Si Roland était là, je le regarderais en face, et il n'oserait pas me regarder, car un fripon n'ose par regarder en face un honnête homme; je lui dirais : « Roland, ou tu es vertueux, ou tu ne l'es pas; si tu es vertueux, tu dois quitter le ministùre et être exilé: si tu ne l'es pas, tu dois quitter le ministère. » Ce dilemme ne plaira pas à tout le monde, mais je m'en moque; si Roland est vertueux et qu'il n'abandonne pas le ministère, il n'est pas un bon républicain. (Applaudissements très vifs.)

Citoyens, ne dénonçons plus personne, ni Guadet, ni Buzot, ni Barbaroux, pas même Brissot. {Une voix : Pas même Roland.)

Garmer. — Eh bien, qu'on ne parle plus de Roland.

Basire. — Je m'oppose ù ce que l'on ne parle plus de Roland. Roland n'est pas un Aristide, mais un scélérat. J'ai des preuves matérielles de ses friponneries, de ses prévarications et de ses crimes, [Applaudissements très vifs.)

Garnier demande à conclure. Ses conclusions sont à ce qu'il plaise à la Société d'ordonner qu'il sera appendu, dans la salle de ses séances, un tableau ostensible où l'on inscrira les noms de tous les députés qui sont Jacobins, Cette proposition n'est pas appuyée.

Jeanbon Saint-André ne veut pas que l'on compare Roland à Aristide. « Commençons, dit-il, par sauver la patrie, et ensuite nous verrons ce que nous ferons de Roland. » [Applaudi.)

Basire. — .Je suis loin de partager les terreurs des préopinants. Sans doute il résulte de la séance d'aujourd'hui que Guadet et ses adhérents sont des hommes bien noirs, mais je ne les crois plus ii crainrire. Je trouve ce parti au pied du mur. D'abord, les fonds qui alimentent les Brissolins s'épuisent, le levier de l'opinion, dont ils se sont d'abord servi, est nul. Qu'est-il arrivé ce matin? Guadet s'est dit à lui-même: « Voilà trois mois que nous distribuons des papiers calomuiiiix coiilre les meilleurs paliioli.'s; convoquons les assemblées pi-imaircs, on les rappellera, nous restenms maîtres du champ de bataille, etpiiissau/e Guadet et sa faction. » Ne vous imaginez pas qu'ils veulent rétablir la royauté, ils aiment mieux s'en partager les dépouilles. Ils ne v(Nili'ul pas livrer la l'r-atici' à Hnuiswick : ils aiment bii'U mieux la garder pour eux.

Il rc'sulte du discours de Guadet une vérité, c'est (pu; If pi'upli' peut rajipfdf.-r ses mandataires : alors il sera possible que (îuadet saute et sa l'acticui.

Il me semble voir des Autrichiens venir nous attaquer avec de la grosse artillerie; nous les avons mis en fuite, et nous avons pris leur artillerie.

Si Chabot, si Merlin ou moi avions proposé ce principe, on ne nous eût pas même écoutés: il fallait qu'il fût proposé par un intrigant pour être écouté par la Convention, Je ne fais que cette seule observation. Buzot s'est encore perdu l'autre jour; il n'est personne qui ne soit convaincu que Buzot est un coquin. Prenez courage, Jacobins: la liberté triomphera. [Applaudi.)

Cloots donne lecture d'une lettre qui lui est envoyée de Hollande. [Suit le texte de cette lettre'.]

DoRFEUiLLE, — On VOUS a proposé de faire une adresse aux Sociétés affiliées; mais si ces Sociétés, comme on vous le dit, sont prévenues contre vous, elles ne vous liront pas. Si les canaux de la communication sont interceptés, comme on vous le dit, par les malveillants, vos adresses resteront dans les bureaux des postes, et autant vaudrait ne pas les avoir écrites.

Que faut-il donc faire pour réveiller, pour purifier l'opinion altérée dans les départements? Tous ne pouvez y parvenir qu'en invitant ceux de vos membres dont les facultés égalent le civisme à parcourir à leurs frais la République, et à devenir, comme je l'ai été moi-même pendant dix-huit mois, les apôtres non pas de cette demi-liberté que La Fayette, Brissot et Roland, nous ont offerte tour à tour, mais les apôtres, mais les propagateurs de celte liberté tout entière qu'on n'a jamais bien qu'aux Jacobins.

Quant à Paris, voici ce que je propose :

Nos frères les fédérés des départements, actuellement à Paris, ont été travaillés par la faction que vous avez tant d'intérêt à déjouer. Ils ont résisté presque tous; mais il est possible que plusieurs d'entre eux, par faiblesse ou par ignorance, soient tombés dans le piège tendu autour d'eux avec tant d'adresse.

Au moment où les plus grands événements se préparent, au moment

1. Par cette lettre, les patriotes bataves appelaient les I<Yançais en Ilollamlc, Cloots leur répondit le 10 décembre 17',)2, et la Société arrêta l'impression de sa réponse. Voir Timprimé intitulé : Société des amis de la liberté et de Vérjalifé, séante aux ci-devant Jacobins Saint-Honoré, à Paris. Les Bataves opprimés aur Français libérateurs de la Hollande, déceynbre 1792. — Anacharsis Cloots aux habitants des Bouches-du-Rhin. — Imp. L. Potier de Lille, s. d., in-8 de 15 pages. — Bibl. nat , Lb 40/731,

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où la force publique aura sans doute l'influence la plus marquée sur ces événements, il est important que chaque soldat soit bien instruit de la cause qu'il défend, et des vrais motifs qui l'attachent à ses drapeaux. La route que vous devez suivre, vos ennemis l'unt tracée. Ils ont répandu avec profusion les brochures de Terreur et les pamphlets de la calomnie. Eh bien, adresse/, à ces braves soldats une circulaire où l'historique de ce quatrième âge de notre Révolution soit tracé simplement, brièvement, avec ce caractère qui est le sceau de la raison. Que cette circulaire soit faite celte nuit; envoyez-la dès demain à tous les bataillons; que vingt commissaires pris dans votre sein soient chargés de la lire, de la répandre, et même de la commenter dans chaque compagnie, dette visite fraternelle, instructive, va resserrer les nœuds qui vous ont toujours unis à nos frères d'armes.

Ils peuvent être égarés un moment, les soldats français, mais il ne seront jamais séduits ; et vous avez tant d'avantages sur vos ennemis l celui de la vérité sur le mensonge, de la vertu sur le crime.

Cette motion que je fais ici est d'autant [jIus di^Mie de voire attention qu'elle est sollicitée par un bataillon de braves volontaires, bataillon qui a résisté tout entier à la lactique de nos meneurs politiques, bataillon des Pyrénées-Orientales, bataillon jacobin, dont le patriotisme est inébranlable comme les montagnes dont il sort, et [uu" comme l'air qu'on y respire, bataillon dont les chefs sont ici, et dont la présence m'avertit de cesser tout éloge. En un m(jt, ce sont des frères qui viennent chez leurs fn^-res et ipii leui* disent: « .Vpporleznous des lumières, des avis. »

Président, je prie l'assemblée de décider si elle doit ou rejeter, ou exaucer leur demande.

La Société arrête (ju'il sera rédigé un adresse aux volontaires nationaux fpii sont à Paris, pour les éclairer sur les pièges <ju'ou leur tend.

Des déf'utks de section. — Citoyens et frères, l'assemblée de la section de la Maison-Commune nous (lé|)ute vers vous |)0ur vous témoigner, non pas des remerciements, ce qui ne serait qu'une pure flagornerie, mais les sentiments d'admiralion qu'elle a éprouvée à la lecture du discours prononcé par un des nieuibres des ;\niis de la République, séant dans voire sein, discours plein d'énertiio cl de vérité, rédigé par le citoyen Dubois-Crancé.

nui, citoyens, c'est V(nis qui avez commencé la Révidulion (pii sera ù januiis l'étonnement de la postérité; nous vous conjurons, au nom

de la patrie, d'achever votre ouvrage. Croyez que si, parmi les citoyens que vous servez et qui servent avec vous la chose publique, il s'en trouvait qui, égarés un instant par les conseils perfides ou par une coupable ingratitude, devinssent parjures à leur serment, croyez, que le plus grand nombre les rappellerait bientôt à cette reconnaissance qui vous est due. Votre patriotisme est trop sûr, vous avez résisté à trop d'attaques, pour que nous croyions un seul instant que votre zèle, que votre amour pour votre patrie, se ralentissent par la persécution qu'on n\i cessé de vous préparer.

Nous nous rassurons t nis, parce que nous connaissons les vertus qui vous animent, et nous sommes persuadés avec vous que, si les serpents de Tenvie se glissent dans les lauriers, ils ne peuvent les dévorer, et que l'injustice, loin d'abattre, éveille et renforce le courage des héros.

Républicains, écoutez le cri plaintif de la patrie, notre mère commune, qui semble nous dire à tous : « 0 mes enfants I si vous voulez conserver votre liberté, punissez le traître qui a voulu vous la ravir. »

La séance a été levée à dix heures.

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