‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 105 sur 131 · SÉANCE DU LUNDI 10 DECEMBRE 1792, L'AN P DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU LUNDI 10 DECEMBRE 1792, L'AN P DE LA RÉPUBLIQUE

PRÉSIDENCE DE DUBOIS-CIUNCÉ

Après la lecture du procès-verbal, un membre monte à la trii)une le chapeau sur la tête. Cette nouvelle manière de se présenter excite df violents murmures. Le Prcsidenl, voulant faire exécuter le règlement, rappelle à l'ordre l'opinant et lui ordonne d'ôler son chapeau. L'opinant refuse de l'ôter, ce qui excite beaucoup de troubles. Un cifoijeu monte à la tribune le chapeau sur la tète afin d'appuyer le piéopinant; sa présence excite beaucoup de murmures; on lui crie de descendre, il refuse, il est rappelé à l'oriU-e. En vain prétend -il qu'.j l'assemblée électorale on parle le chapeau sur la tète : la Société ne veut pas adopter cette manière de parler. On rappelle à l'onh-e le second opinant.

Un membre, justement indigné de voir les moments de la Société

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consumés en vains débats sur une formule de politesse, demande l'ordre du jour. « Le jour, dit-il, qui précède celui où le plus grand coupable doit tomber sous le glaive de la loi doit être accompagné de calme et de dignité. » {Applaudi.)

La Société arrête qu'elle passera à l'ordre du jour.

[Lettres et pétitions diverses. — Dénonciations contre Roland. — Observations sur les subsistances et sur le procès de Louis XVI. — Cloots donne lecture de sa réponse aux Bataves, dont l'impression est arrêtée'. — Lo journaliste iMilsccnl se plaint que la poste lui prenne un prix trop élevé pour transporler son journal en Belgique. — Séance levée à dix heures.]

SÉANCE DU MERCREDI il DÉCEMBRE 1792, L'AN L' DE LA RÉPUBLIQUE

présidencl; de dubois-crancé

Après la lecture du procès-verbal et de la correspondance, un dragon de la République dénonce son capitaine et l'accuse d'être un fiipon. Quelques membres lui observent que ces démêlés ne regardent pas la Société; mais, comme la Société a nommé des défenseurs aux dragons de la République, l'opinant observe qu'il est important qu'ils connaissent toutes les friponneries de leurs chefs. Il assure avoir dénoncé tous ces scélérats à Santerre, et il est surpris que ce général n'en ait pas encore fait justice.

i?e/z^a/>o/e observe que les délits dont sont accusés ces officiers rentrent dans la classe des délits ordinaires et soumis aux lois criminelles. Il demande en conséquence que la plainte des soldats soit renvoyée à l'accusateur public.

Pi'ieur donne lecture à la Société d'une lettre de Cbàlons. Colle lettre annonce la prochaine arrivée de plusieurs volontaires qui, ra|tportant de la guerre d'honorables cicatrices, viennent réclamer ;\ la Convention nationale la récompense que la justice et la reconnaissance du peuple leur assurent. L'auteur de cette lettre invile Prieur à recommander ces généreuses victimes de la liberté à la Société des

1. Voir plus haut, p. iiOT. — Le Jonnuil des Jacobins anuonce qu'il donnera dans la Correspondance la rùponsc de Cloots aux Uatavcs; mais cette prouusso ne fut pas ti^nuc.

Jacobin?, afin de leur procurer des logements pendant leur séjour à Paris, et de leur obtenir le prix de leur dévouement et de leurs services.

A peine cette lettre est- elle lue que chacun se dispute le plaisir de loger un frère; bientôt on reçoit un nombre suffisant de souscriptions pour cet acte patriotique. Maure, dans l'enthousiasme de la reconnaissance civique, s'écrie : « Nos frères de Châlons n'auront pas seulement besoin de logement; que ceux qui ne peuvent avoir le bonheur de les avoir chez eux souscrivent pour leur procurer les moyens de subsistance. » Il donne lui-même l'exemple, et il est suivi par un grand nombre de citoyens qui s'empressent de secourir la vertu malheureuse.

Prieur. — J'invite la Société, et surtout les membres de la Convention nationale, à appuyer les justes demandes de ces braves soldats. Récompensons-les; mais que ce ne soit point à la manière des despotes, qui entassaient les défenseurs de la patrie dans des édifices fastueux où ils manquaient souvent de subsistance. Ils ont cimenté de leur sang le bonheur de la patrie, la patrie doit les adopter pour ses enfants. Que ces braves soldats n'habitent pas les monuments fastueux du despote Louis XIV; qu'ils habitent plutôt une chaumière, qu'ils y vivent heureux au sein de l'innocence, qu'ils nous donnent des enfants aussi braves qu'eux, et ils auront servi doublement la patrie : car c'est la servir doublement que de la bien défendre et de lui donner des défenseurs. [Applaudissements très vifs.)

Bentabole. — Depuis quelque temps les patriotes ont de malheureux présages sur ce qui se passe. La malheureuse affaire de Francfort doit enfin nous ouvrir les yeux. Je remarque d'un c4té que votre vigilance doit se porter sur la conduite de nos généraux et sur la conduite que la nation doit tenir à l'ouverture de la campagne prochaine. Je ne suis point guerrier ni homme d'État; mais, en ne suivant que les simples impulsions de mon cœur, je crois qu'il est temps de bien réfléchir.

Custine est allé à Francfort sans être capable de soutenir sa marche ; et, à la Convention, Buzot et tous les Rolandistes se sont opposés à ce qu'on lui envoie les bataillons qui sont à Paris! Eh bien, Buzot et tous ses adhérents sont responsables du sang qui a été versé à Francfort.

Mais il y a encore d'autres observations à iaire. Je ne veux point inculper Custine, cependant sa lettre ne se rapporte point avec celle que vous venez de recevoir de Strasbourg. Je m'en rapporte plus aux

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rapporls des Sociélés patriotiques qu'aux rapports des généraux. (.)n nous marque que c'est une trahison, et Custine cljerche à nous porter à la clémence : il «lit qu'il ne faut jtas nous venger, et (pi'au lieu d'arrêter la pei'sonne des magistrats de Francfort on les remette en liberté. Custine demande un nommé Bertier pour olficier général, et cet homme est déshonoré flans l'opinion publique.

Mais je n'en dirai pas davantage sur Custine; je ne viens pas demander sa destitution, et cette circonstance me fournit l'occasion de dénoncer Dumouriez. Lorsque Dumouriez pouvait poursuivre, on ne me persuadera jamais qu'il ne pouvait pas prendre les Prussiens. Dumouriez est allé dans le Brabant, je lui rends justice; mais enfin, je ne crois pas que son opération ait tourné à l'avantage de la République, car la conquête du Brabant ne nous est pas avantageuse. Le peuple brabançon est encore encrassé de préjugés et de fanatisme, aussi gardons-nous de continuer une guerre dont nous serons la dupe; et peut-être le pouvoir exécutif ne veut-il la continuer que pour nous jeter dans un précipice. Je me résume et je dis que vous devez examiner combien nous coûtera la guerre l'année prochaine, et que nous ne pourrons la continuer si nous laissons dilapider nos finances.

Je demande donc que la Convention déclare (]uel sera le genre de guerre que nous adopterons au [)rintenips, car vous avez perdu dejuiis un mois le (piart de vus armées. [On crie de toutes parts à l'orateur : Cela n'est pas vrai !)

Je demande que l'on examine la conduite ijuc nous tiendrons à l'égard de la ville de Francfort. (Applaudissements très vifs des tribunes et silence profond de la part de la Société.)

Dholet. — Le citoyen cjui ma précédé ne vous a rien laissé à désirer; cepcndaiU je crois devoir aj<juler quelques obervalions à celles dtî Bentab(jle. Il faut que la nation soit vengée de l'outrage sanglant ({u'elle vient de recevoir à Francfort; il faut que cette ville coupable soit réduite en cendre; mais nous n'y parviendrons pas tant qu'il existera une cabale qui s'y opposera, voilà mon opinion. Ur|)uis que nous apprenons f(uc nos armées sont dépourvues de tout, notre étonnement est extrême; nous faisons pleuvoir de tous côtés des décrets d'accusation, mais ils ne servent à rien; il faut remonter jusqu'à la source de nos maux : elle est dans l'ignorance de notre situation guerrière, politique et financière. Nous remportons des victoires, niiiis ncuisne connaissons pas le fruit amer de ces victoires. 11 est temps que le secret du gouvernement soit arraché au pouv(jir exécutif; il est temps de ne pas confier nos finances à des hommes (pii ne peuvent pas s'élever au-dessus des passions inséparables de l'humanité. Je tleinandc (pic

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la Convention nomme des commissaires chargés de surveiller les opérations du pouvoir exécutif, les mouvements de nos armées et la conduite des généraux de la République. Souffrirons-nous plus longtemps que l'on insulte la nation? Je demande que, dans cette commission, on ne nomme que des hommes probes et pleins de connaissances. (-4;:plaudlsaements.)

Robespierre Faîne. — Chacun sent le danger de la liberté, car elle est menacée de toutes parts; le problème à résoudre est de fixer les causes du danger de la patrie. Il ne faut pas l'imputer à la nation, car la nation veut son bien. Ce n'est pas non plus à la majorité de la Convention, caria majorité de la Convention veut le bien de la patrie; il ne faut l'imputer qu'à une minorité intrigante.

Nous avons deux dangers à éviter : la ligue des ennemis extérieurs et intérieurs. Quel est le moyen de déjouer les efforts des ennemis extérieurs? Ce n'est pas d'ôter le commandement aux généraux : il faut remonter à la source de nos maux. Où est-elle? Elle est dans les hommes pervers qui dirigent le gouvernement. Nous n'avons point encore de lois, et nous avons un gouvernement détestable. Je m'explique. Nos lois sont celles que nous avons reçues du despotisme royal. L'Assemblée législative n'y a rien ajouté et la Convention n'a encore rien fait pour la chose publique. De quoi est composé le gouvernement? Nous avons des ministres parmi lesquels il y a des patriotes. Que sont les personnages qui dirigent le ministère? Il est un seul homme dans la Convention qui dirige le ministère, et cet homme est tellement sacré qu'il est impossible à un membre de la Convention de l'attaquer, parce que cet homme a la majorité de la Convention pour lui. {Murmures.)

S'il y a quelques oppositions à ce que je dis, je vais me taire ; si au contraire on ne me contredit pas, je vais sauver la patrie. [Applaudissements, bravos répétés de la Société et des tribunes.)

Il résulte de ce que j'ai dit que les intrigants de la Convention et le pouvoir exécutif font les destinées de la nation. Lorsque nous avions une cour perverse, nous avions un moyen de la combattre; aujourd'hui les intrigants se sont emparés du pouvoir despotique, et ils y ont ajouté le pouvoir de l'opinion. [Murmures.)

Ce que je dis est long; mais un peuple qui veut être instruit a besoin de longues instructions; je vais donc continuer à démasquer les fripr)ns. [Applaudissements très vifs et répétés à plusieurs reprises.)

Et je prouve que la nation est entre les mains des fripons, et que nous avons un gouvernement détestable mené par un scélérat. [Applaudissements très vifs.)

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Je ne sais comment expliquer ma pensée; je vais émettre des principes abstrait?, mais nécessaires; je prie de me les pardonner. Nous avons reconnu que la liberté ne pouvait exister dans la réunion des pûuv<iirs, et tous les pouvoirs sont réunis dans les mains des mêmes fripons par la faction brissoline. Il y avait dans l'Assemblée législative deux factions, dont l'une voulait donner plus à la cour, l'autre voulait donner moins. La faction qui voulait donner plus était celle des Yaublanc, Ramond... La faction qui voulait donner moin? était celle des Brissot, Guadet, Yergniaud, Gensonné... Voilà quel était le but de celte dernière faction; elle disait à la cour : « Nous armerons le peuple contre vous, si vous ne voulez pas recevoir un ministère de notre main; si au contraire vous voulez recevoir nos créatures, nous ferons égorger les amis du peuple. » Aujourd'hui il n'y a plus que cette seule faction composée des fripons dont je viens de parler. J'aurais pu, comme un autre, marchander avec la cour, j'ai méprisé les d'André, les La Fayette, les Brissotins, tous ces fripons-là; je les mets tous sur la même ligne, toute cette Société méprise ces fripons, et ce sont ces méprisables êtres que je dénonce à la patrie; je leur présente ma poitrine, car je suis sûr qu'ils veulent faire égorger les patriotes.

Plusieurs inembres s'écrient : « Nous périrons avec vous sous le fer des Brissotins. {Applaudissements très vifs.)

Robespierre. — Oui, j'ambitionne l'honneur d'être massacré le premier par les Brissotins. [Applaudissements très vifs.)

On vous dénonce Gustine et Dumouriez : ils ne sont pas des traîtres, ils aiment la gloire; j'ai connu Gustine à l'Assemblée constituante, j'estime sa franchise. Ces deux généraux ont bien servi la patrie, et par le seul amour de la gloire ils auraient bien servi la patrie. Dumouriez méprise Brissot et sa faction; sans doute Gustine leur porterail les premiers coups, si dans toute l'Allemagne on ne regardait pas Roland comme l'arbitre des destinées de l'empire. Peuple frau(;ai?, tu viux (|ue tes généraux fassent de grands effort? pour la défense de ta liberté, et tu laisses les meilleurs patriotes sous le couteau des fripons! Ils se sont ajierçus que les intrigants, eu parlant de liberté, tiennent U:s patriotes dans l'esclavage; ils ont vu tpie nous étions gouvernes par des fripons. Je vous le répète, tant cjue vous aurez nu ministère comme celui qui vous gouverne, et ici le ministère veut dire un ministre, tant que vous aurez un ministre qui voudra enchaîner les meilleurs patriotes, la liberté n'existera pa?. Ouant à moi, j'espère si peu (le la liberté publiqui- que je demande à être assassiné par Roland. Tant qu'il existeia un monstre qui tii-ndra en ses mains la

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liberté, et surtout celle de la pensée, un ministre qui pourra disposer des biens du ci-devant clergé; tant qu'aucun homme de probité ne pourra lui demander compte des sommes immenses qu'il a entre les mains; tant qu'il aura le pouvoir de calomnier non seulement le peuple, mais encore tous les amis du peuple; tant que ce ministre existera, tant qu'il donnera des dîners et des places, vous n'aurez que le despotisme d'un seul, gouverné par une trentaine de fripons. Tant que Roland existera, tous les aristocrates se réuniront à lui. Voilà le véritable tableau de notre situation. Tout ce qui ne tend point à détruire le despotisme de ces coquins-là est inutile pour la chose publique. Pour moi, je vous annonce que le but de cette faction est d'anéantir la Société des Jacobins et les Sociétés afTdiées, d'accabler tout homme qui n'est point dévoué à cette faction, et de plonger le poignard dans le sein de ceux qui auront le courage de lui résister.

Voilà l'important secret que j'avais à révéler à la Société. {Applaudissements, bravos répétés de la Société et des tribunes.)

Tallie.\. — J'ai demandé la parole |sur le même objet qui vient d'être traité à cette tribune. Je crois que dans ce moment on ne peut pas se dissimuler les dangers de la patrie. Nous sommes appelés à de nouveaux triomphes, nous saurons combattre et vaincre. 11 faut former une sainte coalition, et ceux qui nous accuseront de projets ambiteux'se tromperont. Énonçant ici mon opinion, je dis qu'il existe dans la Convention un parti contre-révolutionnaire, que nous existons sous la dictature de Roland. Voilà les véritables ennemis qu'il faut combattre. Nous ne formons point un parti, nous n'avons pas besoin de chefs. Rallions-nous autour des principes éternels de la justice et de la raison, voilà nos chefs de file; il est temps de nous montrer à découvert (ici, tout le monde ûte son chapeau et Vagite en signe d'approbation) et de terrasser nos ennemis. Jurons de ne jamais accepter aucune loi qui serait contraire aux droits de l'homme.

Il faut enfin que les patriotes s'entendent, et que les chefs des conspirateurs soit renversés.

Le temps n'est peut-être pas éloigné où, dans la Convention, on vouilra faire une répétition de la réunion des différents partis.

Si on nous proposait une pareille chose, il faut avoir le courage de la rejeter. Ainsi notre combat est à la mort ! Que les patriotes se rallient donc sur la Montagne, c'est là que nous devons périr ou sauver la liberté. Il faut abandonner nos intérêts particuliers, nos amusements personnels ; et, après le combat, la victoire nous attend comme elle a attendu les patriotes du 10 août. Nous triompherons des Corsas, des Carra, et de tous les scélérats qui leur ressemblent. [Applaudi.)

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Je finis par inviter les députés à se réunir ici, car c'est ici qu'on a sauvé la patrie deux fois, et c'est ici qu'on la sauvera une troisième fois. [Applaudissemenls très vifs.)

CiiALES. — 11 faut que je vous communique un fait qui vient à l'appui de ce que vous but dit les préopinants. Rolani, comme vous le savez, a fait de constants efforts pour capter l'opinion publique; il vient d'établir un nouvel établissement connu sous cette dénomination : Bureau de la formation de l'esprit public. Voilà ma dénonciation : elle est propre à faire connaître les vues ambitieuses de Roland.

Bextabole. — Je m'offre de prouver que la conduite de Roland est un criuie de lèse-nution, de haute traliison. L'honiuie qui est à la lèle de ce bureau est un écrivain connu par ses principes anti-civiques, et Roland s'en sert pour assassiner l'esprit public.

Si l'on ne se hâte pas de faire sentir aux départements les vices d'une pareille institution, je crois que ce nouvel établissement de Roland pourra devenir le tombeau du patriotisme. Il est temps que l'on apprenne à Roland que l'opinion ne lui appartient pas.

Un membre demande que le procureur de la Commune force Roland de prendre une patente. {Applaudi.)

Basire dit que l'établissement d'un bureau de la formation de l'esprit public est un crime de lése-nation.

a Je m'offre à prouver demain que c'est un crime de b'-se-nation <\(' la part de Roland. .Xctuidlement je vais seulement ftiiro uni' réllexion fort simple : un bureau pour la formation de l'esprit public est contraire à la liberté des opinions religieuses, car former un ttd bui-eau avec l'argent des citoyens, c'est forcer les citoyens à payer des ouvrages qu'ils n'approuvent pas.

« On proposa à l'Assemblée législative de faire un journal pour former l'esprit public; mais l'Assemblée sentit bien (prello n'avait aucun droit sur l'opinion, et il fut décrété (jue, dans le biilleliu de l'Assemblée, on n'insérerait (jue le texte des décrets sans aucune réllexion. 11 est donc manifeste que c'est attenter à la liberté des (»pinions religieuses que de former un bureau pour former rcs[)rit public. » (Applaudi.)

Basire ajoute le fait suivant : « Pour former l'esprit public, Roland a trouvé un autre expédient : il doit s'établir prochainement aux Tuileries un club de IV-mmes dont le- premières séances seront présidées par M"' Roland. »

Celte nouvelle fait rire la Société.

CiiAnoT. — Je crois avoir découvert le but de la faction brissolinc :

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elle veut faire rétrogader la Révolution. J'en ai vu la preuve dans un journal anglais qui est dirigé par le gouvernement britannique; le journaliste y dit en propres termes que les patriotes de la Convention ont bien senti que la Révolution était allée trop loin. Et, à cette occasion, l'auteur cite un passage d'un libelle de Petion contre les Jacobins, dans lequel Petion se plaint des progrès de l'ignorance. J'ai relu aujourd'hui le libelle de Jérôme Petion, et j'ai vu que la citation d.u journaliste anglais était très exacte. J'ai conclu de tout cela que la faction Brissot voulait faire rétrogader la Révolution ; car le journal anglais dont je vous parle est vendu au gouvernement anglais: or, Brissùt et la faction se sont toujours entendus avec le gouvernement anglais; d'où je conclus que la faction brissotine veut faire rétrogader la Révolution. [Applaudi.)

Je ne connais que deux moyens de déjouer les Brissotins : c'est la prompte organisation du pouvoir exécutif, et de réduire les traitements des ministres à 18 francs par jour. [Applaudissements très vifs.) Alors les Brissotins ne pourront plus assiéger la table de Roland et la liberté triomphera. [Applaudi.)

Deux soldats, que le despotisme avait exilés de Saint-Domingue leur patrie, et qui ont trouvé dans les Jacobins de généreux défenseurs, viennent remercier leurs libérateurs. Ils prennent l'engagement d'aller propager dans nos colonies les principes de la liberté et de l'égalité; ils assurent la Société que leur reconnaissance sera éternelle.

Le Président leur dit : « Secourir des frères malheureux est la plus douce jouissance des Jacobins. Jamais les vœux d'aucun infortuné n'ont été entendus en vain dans ce temple de la liberté. Nous avons brisé vos fers, votre bonheur est notre plus belle récompense; il en est une autre que nous exigeons de vous : devenez les propagateurs de nos principes, apprenez à aimer la liberté aux habitants de nos colonies, et vous aurez bien mérité de la patrie. » [Applaudi.)

Au moment où la Société allait se séparer, Robespierre aîné demande la parole et dit : « Je me rappelle d'avoir [sic) appris au collège ([if il y avait deux moyens de se former l'esprit : d'abord en lisant des bons ouvrages, et ensuite en lisant de mauvais écrits; je crois pareillement que, pour former l'esprit public, il faut lire les bons et les mauvais journaux. Pour faire voir jusqu'où peut aller la perversité des journalistes, et pour apprendre au pubHc à distinguer les écrits empoisonnés, je demande que tous les jours on donne lecture de> deux plus mauvais journaux que je connaisse, le Patriote français et la Chronique de Paris, et surtout de l'article de l'Assemblée nationale

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rédigé par M. Comlorcet. Je ne connais rien de plus mauvais et de plus perfide. Je demande en conséquence que les séances commencent à quatre heures, et que l'on commence par la lecture de? deux mauvais journaux que je viens de dénoncer. » — Arrêté.

Quelques membres demandent à faire éprouver le même sort à Corsas et à Carra, journalistes qui, selon eux, ne valent pas mieux que Brissot et Comlorcet; mais cette motion n'a pas eu de suite, attendu que la lecture de tous les mauvais journaux prendrait trop de temps et qu'il importe de choisir les deux feuilles qui renferment le plus de poison.

La séance a été levée à dix heures.

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