‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 106 sur 131 · DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

DE LA RÉPUBLIQUE

rnÉsmiiNci:; de ijubois-chanck.

Après la lecture du procès-verhal et de la correspondance. Rocher, gardien de la cour du Temple, nommé par le Conseil du 10 août et supprimé par la nouvelle municipalité, se plaint de sa suppression; il assure qu'il a toujours rempli ses fonctions avec la plus exacte sévérité; il se plaint de l'ingratitude avec laquelle ses services ont été reconnus.

Li- l'rrsident représente aux pétitionnaires que la Société n'a pas h- droit de pi'ononc<jr sur ces réclamations. L'ordre du jour est rérlumé et adopté.

BuissLL. — Citu\on Président, j'ai iiréhidé hier au soir, cuinuir étant le plus âgé, les Comités réunis : il y a été question de déunnciations assez graves, de faits qui ne tendent à rien moins qu'à luuuver que notre correspondance et nos archives, ainsi que les ohjets de (l('-tail jxiur le service, ont été au plus offrant et dernier enciiérisseur et ;i la pille ; nous les connaissions déjà.

■ En passant l'éixinge sur le passé, je me suis contenté, en prenant possession des archives, de prendre des UH-siircs alin de préviMiir ces désordres pour l'avenir.

On a souffert (pi'uu commis accusé soit monté à la Iriluinr, contre lu di>iioyill(ju d'un arrêté «pii renvoie le détail conceruanl les com-

mis à ses Comités, et qu'il m'ait accusé; on a souffert qu'un membre de la Société se soit répandu en injures contre moi. Et hier, à l'ouï des Comités réunis et aux différentes opinions qui s'y sont manifestées, j'ai cru que Ton me prenait pour le ministre Roland, car c'étaient des gens de sa cour qui prédominaient; de façon que, s'agissant de la question de savoir qui demeurerait archiviste, de Dufourny ou de moi, j"ai cru devoir abandonner le fauteuil pour ne pas risquer de compromettre les intérêts de la Société. Et, lorsque je me suis présenté ce matin à mon poste, les commis m'ont dit que le citoyen Dufourny avait eniporté la clé des archives.

Comme il ne faut pas que la Société se livre à des discussions préjudiciables à celles qui intéressent la patrie en danger, je fais la motion que les noms de tous les membres de la Société soient mis dans le scrutin fermé, qu'il en soit tiré au sort trente, dont les noms ne seront connus qu'après qu'ils auront été invités par des lettres qui seront écrites à chacun d'eux par le commis des archives ou par un membre du Comité de correspondance, le matin du soir qu'ils devront s'assembler, pour donner leur avis sur toutes ces dénonciations et nous en être fait ensuite le rapport à la Société.

Plusieurs membres demandent que Dufourny remplisse les fonctions d'archiviste; d'autres veulent que Dufourny soit entendu préalablement, lliuriot est de cet avis, et il est très applaudi lorsqu'il parle des services que le patriote Dufourny a rendus à la liberté et aux Jacobins. La Société, ne voulant rien prononcer sans avoir entendu le citoyen Dufourny, arrête qu'il aura la parole dès son arrivée, pour répondre aux assertions de Boissel.

Un soldat, blessé dans la guerre de la liberté, demande des secours à la Société; il est accueilli avec fraternité et des secours lui sont accordés. Robespierre Vaîné saisit cette occasion de se plaindre de la négligence du gouvernement à l'égard des défenseurs de la [tatrie : « Il est étonnant, dit-il, que l'on traite avec cette barbare indifférence les hommes qui versent leur sang pour la défense de la liberté. Cette conduite de la Convention tient à l'affreux projet d'encliainer le peuple, et, pour y parvenir plus sûrement, il faut commencer par accabler ses défenseurs et détruire les armées de la République. » [Applaudi.)

Ici un membre interrompt Robespierre par quelques murmures. Le Président le rappelle à l'ordre. Ce citoyen veut justifier la Convention, le Président le rappelle ù l'ordre, et son nom sera inscrit au procès-verbal.

580 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [H déc. 1702]

Robespierre l'aine. — Je demande que me? collègues se joignent à moi, et, quand je dis mes collègues, je ne parle pas de ces hommes qui trahissent la cause du peuple, de ces monstres qui trafiquent de sa lilicrlé; je parle de ces hommes qui sont constamment dévoués à la défense des vrais principe?: j"invite ces collègues à se réunir à moi, afin que nous puissions ohtenir des récompenses proportionnées aux services des défenseurs de la patrie. [Applaudissonents, bravos répétés de rassemblée et des tribunes.)

Real, au nom de Tassemldée électorale, vient communiquer à la Société deux pétitions qu'elle doit présenter à l'assemhlée électorale. La première a pour o]>jet de demander un traitement sou? forme d'indemnité; la seconde, de demander la cassation d'un arrêté du pouvoir exécutif provisoire, pai- leijuel les ministres ont déclaré nulle la nomination de Lulier à la place de procureur-général-syndic, attendu que le département ne doit pas être renouvelé.

La Société applaudit à ces deux pétitions, et les députés présent^ promettent de les appuyer à la Convention.

TiiuniOT. — C'est toujours avec douleur que je ra|»pelle que, dans la Convention, on a dit qu'il fallait anéantir tous les instruments de la Révolution; cette idée ne peut appartenir qu'à un ht)mme qui veut rétablir le despotisme. Lorsque Robespierre vous a parlé des défenseurs de la patrie, j'ai cru qu'il vous parlerait aussi des juges du 17 août et de tous ceux qui, dans les dangers de la chose publique, ont eu le courage de rester à leur poste. L'assemblée électorale doit les récompenser, car c'est dans le danger que l'on reconnaît l'homme public.

Thuriot parle ensuite des deux pétitions du corps électoral. » Parisiens, dit-il, vous qui avez tout sacrifié jiour la cause de la ii- Iterté, c'est ici le moment de faire un nouveau sacrifice; n'écoute/. pas la Voix des intérêts les plus cliers et sachez encore pi(Uiver (pic vous êtes au-dessus de toutes les spéculalinu- de l'égoïsine. » .1/^plaudi.)

Tliuridl passe ix lexanien de la seconde pélilion, et il s'allache à proiiVL-r (jue le déparlement doit être renouvelé; il blâme beaucoup la conduite du Conseil exécutif, et surtout celle de Holand. Il finit par inviter iltîal à faire imprimer sa pétition et ù, la faire distribuer à la Convention.

RiCNTAiioi.!:. — .h' dis ipu', pour un obji't si iniporlant. il est incroyable (pw (lan< une républi(pie on ait de la peine à obtenir ju>-lii'e : je

[14 DKc 1792J SOCIÉTÉ DES JACODLNS KSI

dis que, si les lois étaient bien observées, on obtiendrait sur-le-champ la cassation de l'arrêté du Conseil exécutif provisoire. [Applaudi.)

Robespierre l'aîné. — Je suis très content de ces deux adresses, car je respecte l'assemblée électorale, en dépit des Roland, des Brissot et de tous les coquins de la République. (Applaudi.) Cependant j'oserai me permettre quelques réflexions. Je désirerais que l'on y retranchât quelques expressions un peu trop républicaines et qui seraient entendues défavorablement par la Convention. Je demanderais également que l'on n'eût point l'air de fonder la réclamation du corps électoral sur des raisons de localité, mais sur le droit naturel qu'a tout citoyen d'avoir une indemnité lorsqu'il sert la patrie. L'adresse ainsi amendée pourra, je crois, triompher à la Convention.

Real promet de profiter des réflexions de Robespierre. Un citoyen donne lecture du projet suivant, intitulé :

Volonté du peuple des communes du canton de Brunoij, district de Corbeil, département de Seine-et-Oise, en rassemblée primaire tenue les 2 ef 3 décembre 1792, Van premier de la République française, adressée à la Convention nationale.

« La souveraineté du peuple, décrétée par vous-mêmes, Législateurs, n'a point changé. Une adresse de l'assemblée électorale du département de Seine-et-Oise, exposée sous vos yeux le 15 novembre dernier, quoique toute remplie des volontés du peuple opprimé, n'a eu aucun effet.

« La patrie est menacée, des insurrections se manifestent et l'on se porte à des excès dans différents départements, et c'est au milieu de l'abondance que la disette la plus cruelle se fait sentir.

« La portion indigente demande du pain; elle éprouve les plus grands besoins; nous avons du blé pour deux ans en France, et, nous le répétons, c'est au sein de l'abondance que la disette se fait sentir.

« Dans une république où les fortunes sont disproportionnées, le blé ne doit point faire l'objet de la cupidité des accapareurs.

« Nous ne venons pas vous proposer de violer les propriétés, nous les respectons trop pour y porter atteinte, mais de faire connaître la volonté du peuple, telle que le propriétaire puisse avoir la faculté d'user de sa chose sans nuire à ses concitoyens.

« Le peuple veut, en outre, des lois et leur exécution, et nous croyons qu'il est temps enfin de procurer au peuple français la lumière et les avantages d'une éducation nationale.

582 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [11 i.k.-. 1702]

« Législateurs, nous avons bien juré de maintenir les lois, mais nous n'avons pas juré de mourir de faim.

« Nous demandons : 1" que vous détruisiez toutes les mesures inégales, qui entretiennent l'erreur et favorisent le mono[t(jle, et que vous établissiez une seule mesure et un seul poids;

« 2° Que vous décrétiez que le blé se vendra au poids; que le prix en soit taxé (fixer le maximum auquel ce prix pourra s'élever, pour la présente année, à neuf livres le quintal, prix qui conviendra aux cultivateurs et aux consommateurs), et que, pour les années suivantes, il sera fixé dans la même proportion, eu étrard au produit de l'arpent avec le coût de la culture;

« 3" Interdire toute espèce de commission et l'effet des arrhes pour l'achat des grains et le commerce de celte denrée à toutes autres personnes qu'aux boulangers et meuniers, qui seront tenus d'acheter eux-mêmes dans les marchés après que les habitants des communes se seront pourvus, et au même prix (ju'eux, au moyen de quoi ils feront leur commerce en puldic et à découvert;

« -4° De décréter que chaque fermier ou cultivateur sera tenu de vendre son blé lui-même ou de se faire représenter par quelqu'un de sa famille au plus proche marché de son domicile et de rester auprès de son grain (ou, à son défaut, représenté par un officier municipalj; « 5° Multiplier les marchés au point d'en établir un dans chaque canton;

« 6" Confier le soin d'approvisionner toutes les parties de la Képubli(juc à une administration centrale dont les membres seront choisis par le peui)le; charger les municipalités de chaque canton de dresser l'état des grains qui se trouveront chaque année dans son arrondissement et de faire apiirovisionner les marchés;

« 7" Anéantir les grandes cultures et décréter (pie nul ne pourra prendre à ferme plus de cent vingt arpents, mesure de viugl pieds pour penhe; que tout propriétaire ne pourra faire valoir par luimême qu'un seul corps de ferme de cette quantité et (pi'il sera tenu d'affermer les autres, et tpi'aueun |iropriétaire ne puisse faire payer les fermages en grains; (pu? mil ne pouiTa être en même leuip-; meunier et fermier;

-' H" i'^t eulin procun-r, le plus ti'>l possible, rêihicaliou uatiniiaie. « Législateurs, nous ne souiuies |ioiiil ilr-^ a.i:ilaleiirs, mais des citoyens réunis qui aiment la veriti- et qui vous la disent. La feruieutalicui est générale : lexplosinn peut êlre terrible, parée ipi'au milieu de l'abondance le peuple mau(]ue de tout.

« Voyez les insurrecliiuis |iarlii'lles qui (•elalent par loule la l{i'|iu-

blique (que l'on traite de brigandages), et cela parce que le peuple manque de subsistance. Non, Législateurs, nous n'aurons pas la douleur de dire que nous avons mis à la Convention nationale des hommes pour être les pères du peuple, et que ce même peuple se trouverait forcé de les regarder comme ses tyrans. »

Desfieux. — Servan et Laclos m'avaient cru utile à la République ; j'ai rempli ma mission en me rendant à Toulouse sur leur invitation : j'ai vu tous les journalistes vendus à la faction me déchirer : j'ai abandonné ma place, je n'en veux point; je reviens, ici à mon poste de Jacobin, parce que je serai aussi utile ici que dans une place de commissaire des guerres.

J'apprends à la Société que partout le peuple veut que Louis XVI soit guillotiné. (Applaudisse>nents très vifs^ bravos répétés de l'assemblée et des tribunes.)

Les Brissotins ont répandu que les Jacobins ne veulent pas la garde départementaire auprès de la Convention, parce qu'ils veulent sauver le roi. Les Brissotins ont répandu que Marat et Robespierre étaient vendus, que Desfieux était l'émissaire de Marat et de Robespierre, et on a manqué me jeter à l'eau à Bordeaux. Je leur ai dit que les Jacobins et le peuple de Paris voulaient que Louis fût guillotiné. J'ai ouvert les yeux du peuple, et j'ai vu que ceux qui l'ont trompé seront trompés à leur tour.

A Bordeaux, il y a deux Sociétés : l'une est celle des riches, l'autre celle des sans-culottes. La Société des riches est bonne en masse, mais une très petite minorité la trompe et trompe le peuple; la Société des sans-culottes est patriote et digne du faubourg Saint- Antoine.

La Société de Toulouse est excellente. A Montauban , il y a quelques Feuillants, mais la masse du peuple est bonne. Je les ai invités à faire une lettre-circulaire pour détruire les calomnies répandues contre Paris et les Jacobins. Cette circulaire a produit le meilleur effet.

J'ai passé par Montpellier. Là, Cambon a une grande influence. Je suis entré dans l'assemblée électorale, où l'on m'a demandé des nouvelles et mon opinion sur Cambon. On m'a demandé s'il était patriote ; j'ai dit : « Je n'en sais trop rien. » On m'a demandé ce que je pensais de son opinion par rapport aux prêtres. « Je pense que, quant aux principes, Cambon a raison, et, quant au moment, je crois son opinion dangereuse. » Les membres qui m'entouraient trouvèrent que j'avais raison. Quelques-uns vinrent avec moi; ils ne me quittaient

o84 SOCIÉTÉ DES JACODINS [U df.c. 1792]

]ioint et me parlaient de Robespierre. Ils me demandaient si Roland était un honnête homme ! Oh ! oui, c'est un honnête homme, celui-là, ainsi que Brissot. Je leur dis ce que je savais de ces messieurs-là el des autres. Je prends les hommes depuis le 14 juillet pour juger leur patriotisme, et, si je les vois quitter un jour la cause du peuple, je les quitte pour toujours. Enfin, je vis que les électeurs étaient de mon avis. Je me rendis à la municipalité, qui m'arrêta pour avoir été à l'assemblée électorale, car la municipalité est vendue à Roland. On demande mon passeport, je montre mon dipb'tme : enfin, on m'a rendu la liberté. J'arrive à Nîmts. Il y a dans cette ville deux Sociétés : la Société des riches et celle des sans-culottes. Malgré les tentatives de la Société des riches, les nominations ont été bonnes et toutes composées de braves sans-culottes.

De là, j'ai suivi ma route et j'ai été à Lyon. J'ai vu partout l'esprit public bien monté; partout on veut la mort de Louis le dernier.

Les citoyens de Lyon demandent que l'on condamne tous les complices de Louis; ils demandent qu'on leur envoie la liste de ceux (jui, à l'appel nominal, auront dit oui ou non. « Cet appel nominal nuus servira, disent-ils, à connaître tous les contre-révolutionnaires, car nous regarderons comme contre-révolutionnaires ceux qui ne condamneront pas Louis à la mort. [Applaudissements très vifs.)

Le peuple de Lyon méprise les Rolandins, Girondins et Brissolins. Ils m'ont dit que, dans cette ville, on ne recevait point les lettres de la Société.

Voyez jusqu'où va la perfidie de Roland.

Robespierre a prononcé un discours sur le jugement du roi. Ce discours est tronqué. On y fait dire à Robespierre ce qu'il n'a pas voulu dire, et on a envoyé le discours ainsi tronqué à la Société de Lyon, sous le cachet de Roland. Lafond était président. Je l'ai invité à le garder bien précieusement, afin de l'envoyer à la Société avec l'enveloppe de Roland. On voulut me remettre cet exemplaire, mais je fis rédexicm que cela aurait plus de poids de la part de la Société de Lyon. En conséquence, j'invite la Société ù, écrire à celle de Lyon et à lui demander la lettre (lont il s'agit. Voici la lettre des citoyens de Lyon à la Convention nationale. (Voyez la Correspondance.)

La Société en arrête l'impression et l'envoi au ministre de lintérieur.

B.\smE. — Pourquoi envoyer celte adresse à -Roland? C'est un homme incurable et (jiii n'est b(m (|u'à chasser. Si ce n'est pas jiour

le corriger, est-ce pour lui faire connaître ce qui se passe dans la Répuljlique? C'est lui donner des armes contre nous. Je demande le rapport de l'arrêté.

La Société arrête que Ton n'enverra point à Roland un exemplau-e de l'adresse de la Société de Lyon. [Applaudi.)

Châles apprend à la Société que ses lettres ne parviennent point dans son département et qu'il n'en reçoit également aucune nouvelle. Il assure que son département, ne sachant s'il était encore existant, lui a envoyé un courrier extraordinaire pour savoir s'il n'était pas mort. [Mouvement d'indignation et de surprise.)

Basire. — Il est clair que cette manœuvre doit être attribuée à Roland, à Petion, à Brissot et à tous les bourgeois de Chartres. [Applaudi.)

Je demande que Ton fasse une affiche dans laquelle on avertisse les citoyens de ne pas écrire directement aux patriotes, parce que les lettres sont interceptées par Roland. [Applaudi.)

Un membre avait dénoncé Anthoine au commencement de la séance, comme ayant mal parlé des Jacobins dans le club de Metz.

Anthoine allait monter à la tribune pour se justifier, lorsque ^ourdon l'y précède pour porter contre lui une nouvelle accusation : « Anthoine, dit-il, je t'accuse de m'avoir dépeint Robespierre comme le Tartuffe de Molière, pour s'être introduit dans une maison respectable, dans la maison de Duplay, afin d'y vivre aux dépens de la famille. Je t'accuse d'avoir peint Robespierre comme un homme qui ruinait la maison de ce citoyen et rendait la vie dure aux filles et aux fils de Duplay. Cette peinture de Robespierre de la part d Anthoine m'a surpris, d'autant plus qu'Anthoine a été admis dans la familiarité de la famille de Duplay. J'ai trouvé son procédé indécent. — Anthoine, voilà mon accusation, défends-toi si tu l'oses. » [Applaudi.)

Anthoine. — Un très grand tort des Sociétés populaires est de s'occuper des individus: de là, les intrigants font tous leurs efforts pour empêcher que l'on s'occupe des choses. [Murmures.)

Je réponds à l'inculpation qui m'est faite à l'égard de la Société de Metz. Voici ce que j'ai dit à la Société de Metz : j'ai dit qu'aux Jacobins on s'occupait phis des personnes que des choses, que plusieurs membres y avaient la parole plus aisément que les autres et semblaient vouloir attirer sur eux toute l'attention. [Murmures.) . Voilà ce que j'ai fait à la Société de Metz. Il est arrivé à cette

o86 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [Il dkc. I7t»-2j

Société un [lafjuot de papier? contresitrné Roland : j'ai demandé que la Société renvoyât ce paquet à Roland. On me demande ce que j'ai été faire à Met/., le voici : per?écuté par rari?tocratie dans ce que j'ai de plus cher (car ma femme tient à des familles parlementaires , j'ai été obligé d'aller la soustraire aux attaques de l'incivisme.

On sait assez ce que j'ai fait dans la joinnée du 10, puisque j'étais du Comité secret d'insurrection. On me demande pourquoi j'ai siégé dans le côté droit : je réponds que c'était pour connaître quels étaient ses principes. [Munnures.)

Quant à l'accusation de Bourdon, je suis dispensé d'y répondre, car elle regar.le un individu, et la Société serait une faction si j'étais obligé de m'y justifier d'avoir |tarlé contre Robespierre. (Mur)>nires.)

SÉANCI-: DU DI.MANCIIK l(i DKCIvMR[{F: 171)-2, L'AN I >■ DK LA RÉPUBLIQUE

rRÉSIDEXCK DE DUnolS-CHANCÉ

On donne lecture du procès-verbal et de la correspondance : h^s Sociétés de Barbasle, de Villeneuve (des Landes), et d'Auanne ■ domandent et obtiennent l'allilialion.

Marat entre, il est vivement applaudi, b-s applaudissements acconipacrnent IWmi du pcuplr jusqu'à sa place, et, lorsqu'il est assis, les applaudissements recommenci'nt.

A iarrivi''!! de Maial un si'ci'étaire lisait iiiir adressi' île la Société de (^hàlellerault, dans laipielli.' on demandait aux Jacobins de chasser (\i\ Iciii- sein Maral et Robespierre. Celte adi'esse excite les ]>lus vifs miiniiiires de la part de la Société. Un membre, se rappclaul (piClle avait di'j.i couda imn'' aux llaiiinies un oiivrauc <lr Kci-aiuL ili-puté, demande à grands cris (pie Ton l'éduise eu pondre la Irllre incivique (.;l audacieuse de la Soci(;lé de Chàfelleraull .

Cette iriolioii, (phiii|iii' Niveiiiciil a pplaiidie, n'a |ias eu de suile. el la SocPété passe à l'ordre du jour.

Un cili>ijnn demande la pinnis-ion de lire un petit iliscoiu's qui.

1. Nous n'avons pu hlcnliliiT rr nuiii du lieu, l'iul-i'lrr saf^it-il «IWniani' ■ II"'imu1I .

dit-il, ne durera pas plus de cinq quarts d'heure, pour affermir le patriotisme des citoyens qui ne sont pas fermes dans la route du civisme. — La Société n'a pas cru devoir entendre ce petit discours de cinq quarts d'heure.

Un invalide et un soldat, blessés en -combattant le despotisme, réclament la bienfaisance de la Société. La Société arrête une collecte qui doit leur être partagée.

Marat monte à la tribune. Les applaudissements recommencent, et otent pendant quelque temps à l'orateur la faculté de parler.

Marat. — La cause du peuple, de ce bon peuple que j'ai toujours défendu avec un courage héroïque ' [applaudissemenls), m'appelle parmi vous pour exciter votre zèle, et pour réveiller votre surveillance patriotique. [Applaudi.) Je ne parlerai point des sourdes machinations employées pour enlever le tyran au supplice qu'il mérite pour ses forfaits. [Applaudi.) Je ne vous rappellerai point les menées tyranniques d'un ministre assez audacieux pour violer le secret des lettres; je ne vous parlerai point d'un ministre qui emploie les deniers du peuple pour distribuer des libelles contre ceux, qui, comme moi, défendent le peuple souverain. [Les t)-ibuncs applaudissent.) Je ne vous parlerai point de l'infâme Roland, qui a su se former un parti nombreux pour enchaîner le peuple et la liberté; mais je vais vous parler d'un danger plus imminent, je vais vous parler d'un affreux complot qui tend à étouffer la liberté au sein de la Convention et à fermer la bouche aux vrais amis du peuple. C'est ce qui m'est arrivé hier à la Convention : on a étouffé la voix de Marat. [Mouvements dliorreur et d'indignation.) Quelle cruelle injure pour le peuple! Car je suis l'homme du peuple, moi. [Applaudissements très vifs.)

Je suis resté seul hier sur la brèche, et cela est arrivé à l'ami du peuple par la perfidie du bureau de la Convention nationale, qui est toujours mal choisi, et qui est l'ennemi des défenseurs de la souveraineté du peuple.

Je requiers les amis de ce peuple que l'on outrage en ma personne de former une sainte coalition pour déjouer les perfides manœuvres et les noirs complots que les Brissotins trament contre moi. Pour y parvenir, il faut que la minorité fasse une sainte insurrection contre la majorité. [Applaudi.) Il faut que le président descende toujours au fauteuil de cette Montagne sacrée où nous siégeons. Empêchons les

1. 11 est probabli; f[ue le rédacteur du Joiirnat des .lacohiiis ui' ddiuie ici(iu"uno caricature du discours de Marat. Voir plus bas, pages ."JOC et OUO, les reproches qui lui furent faits à ce sujet dans les séances du l'J et du 21 décembre 1792.

588 SOCIÉTÉ DES JACODINS [IG dhc. 1702^

Brissolins et les Rolandistes de nommer des présidents de letir faction, et ensuite il nous sera facile d'écraser les indignes et inlàmes auteurs de ces machinations qui attaquent ma personne, et qui nous mèneraient à la destruction du corps politique, si les Jacobins permettent aux Brissolins de faire quelques pas de plus. {Applaudissements prolongés jusfjuà ce que Marat soit parvenu à sa place. Lorsqu il est assis, les applaudissements recommencent encore avec plus de force.)

M... — Jacobins, vous êtes sans doute CiTrayês des divisiun> qui partagent la République. Des liommes qui se sont couverts du manteau du patriotisme sont les auteurs de la discussion qui nous afflige. Ces hommes ont revêtu leurs poignards d'un voile pour percer les patriotes avec plus de certitude. Ce sont les Feuillants qui sont la cause de tous nos maux. Ils ont voulu délruire les Sociétés patriotiques, mais, ne pouvant y parvenir, ils sont entrés dans les clubs pour y semer la division. Les lettres que nous recevons sont une suite de ce complot : leur projet est de former une garde prétorienne autour de la Convention nationale; ils attaquent Marat et Robespierre, ces vrais amis du peuple, et ils veulent former une ligue pour attaquer les patriotes. Pour sauver la République, il faut éclairer les départements, il faut, fornier Tespi-Jl pulilic, car jamais la patrie ne fut autant en danger (jireile l'est dans ce moment. 'Applaudi.)

Camille Desmoulins, après avoir annoncé à la Société qu'il a enfin pris la ferme résolution de cesser son journal', dit: « Citoyens, la Convention a eu auj(jur(rhui la séance la plus oragcu>e qui ait existé depuis la Rév(»lution. La pci'lidie des Rarnave, des Du INu-t et des d'André, était sottise toute pure auprès de la tactique des Brissolins. Vous allez voir h; piège que nous a tendu Buzot. Il demanda hier que l'on olal aux nobles, aux prêtres et aux privilégiés de la Belgique, la faculté d'entrer dans les assemblées primaires. Kn vain je voulus rappeler l'Assemblée aux principes, je lui représentai en vain que c'était créer une classe considéi'able de niéconlenls, (pie c'était allumer dans la Belgique le llambcau de la guei're civile, .le pro|»u>ai une mesure bien sinq)le, c'était d'exiger le serment de la part des prêtres, des nobles et des privilégiés : car, s'ils eussent, par sentiment de religion, respecté leur serment, alors la Relgi<pic eût trouvé en eux de nouveaux défenseurs. Si, au conli-aiic, \iiilanl leurs serments, ils eus-

1. Il imlili.iit avec .Mi'rliii (île Tliioiivillc), lii'piiis le uwjis d'oclubre IT'.lJ, une suite des Hcvolulinns de France cl de lirali<int.

sent trahi les intérêts du peuple, on les eût reconnus pour des traîtres et ils eussent éprouvé le même sort que les prêtres français. Mais on n'a eu aucun égard à mes observations philosophiques, on a rendu par le décret d'hier les prêtres de la Belgique ennemis nécessaires de la liberté, car dans le décret de Cambon il y a de quoi bouleverser l'Europe ^

« Thuriot a demandé la peine de mort contre quiconque démembrerait l'Empire.

« Buzot est ensuite monté à la tribune pour faire une motion d'ordre ; il a tiré de sa poche un discours écrit, et il a bien fallu l'entendre. Sa motion était que, pour assurer la tranquillité de la République, on exilât à perpétuité tous les membres de la famille des Bourbons. C'était, comme vous le voyez, demander le bannissement d'/i'^a/^^t^', qui a tant contribué à la Révolution. Demander le bannissement de cet ami sincère de la liberté, c'est demander qu'il soit assassiné à Goblentz. Voilà quel était le but des Brissotins; ils se sont dit: « Les part triotes ne voudront pas abandonner Egalité, et nous ferons regarder « la Montagne comme une faction. » Nous étions très embarrassés ; nous croyons très impolitique d'exiler les iils d'Égalité , ainsi que leur frère d'armes Valence, qui se trouve le neveu de Sillery et qui voudra les accompagner dans leur exil : c'est le moyen de désorganiser l'armée. Nous étions fort embarrassés ; d'ailleurs la motion impolitique de Merlin au sujet de la royauté rendait notre conduite difficile : c'était le comble de l'art de nous faire passer pour royalistes en nous forçant de défendre Egalité.

« Louvet a appuyé la motion de Buzot : « Ce n'est pas moi que vous <( allez entendre, a-t-il dit, c'est Brutus lui-même, lorsqu'il demanda « le bannissement de Collatin, neveu de Tarquin. » Vous jugez quelle joie pour les prisonniers du Temple d'apprendre que l'on veut exiler Egalité. Je voulais observer que la motion de Brutus était aussi la motion de Brutus-Louvet, de Brutus-Gautier^ et de Brutus-Suleau 5, qui n'ont cessé de déclamer contre Egalité; mais il m'a été impossible d'obtenir la parole. Leur but a été de nous placer dans la triste alter-

1. Il s'agit de l'article 3 du décret des 13 et 17 décembre 1792, relatif à la conduite que devaient tenir nos généraux dans les pays conquis. Cet article 3 fut abrogé le 22 décembre suivant, et on se borna, conformément au vœu de Camille Desmoulins, à exiger un serment des ci-devant privilégiés, prêtres ou nobles.

2. Gautier avait rédigé la feuille contre-révolutionnaire le Journal yénérul de la cour et de la ville, vulgairement appelé le l'elit-Gaulier, et qui avait cessé de paraître depuis le 10 août.

3. Suleau, célèbre journaliste contre -révolutionnaire, avait été tué par le peuple dans la journée du 10 août.

590 SOCIKTi: ItES JAr.ODlNS [16 pkc. 17!)2'

native d"ètre injustes ou de nou> montrer royalistes. Leur second \)Vojet est de se populariser en exagérant les principes du républicanisme. Leur troisième projet est de forcer Kgalité à faire un appel au peuple, et alors le peuple assemblé pourrait raiipeler dautres députés qu'on aurait soin de lui désigner. Et peut-être ont-ils le projet de sauver Louis XVI : car les assemblées primaires, une fois convoquées, pourraient délibérer sur le jugement du roi, et il serait possible que par ce moven les intrigants parvinssent à le sauvor. Je suis d'autant plus certain de ce fait que jai entendu Rebecquy dire qu'il y auiait sûrement un appel au peuple. Voilà le résultat de la séance de la Convention. J'invite la Société à délibérer sur cette nouvelle manœuvre des Brissotins. » [Applaudi.)

Robespierre laine. — Camille Desmoulins vous a entretenus de l'astuce des ennemis de la liberté; mais je crois qu'il ne les a pas pénétrés jusque dans toute leur profontleur. Il m'a été impossible de me trouver à la Convention aujourd'hui, mais je déclare que, si je m'y étais trouvé, j'aurais volé pour la motion de Louvet : elle est conforme aux principes, et la conduite de Brutus est applicable à notre position actuelle. J'avoue que la maison d'Orléans a montré beaucoup de i)atriotisuie; je ne m'oppose ^aucunement à la reconnaissance que l'on doit à cette famille; mais, quels que soient les membres de la ci-devant famille royale, ils doivent être immolés à la vérité des principes. La nation peut-elle s'assurer que tous les membres de celle famille seront invariablement attachés aux principes? Je suis loin d'accuser ceux de ces membres qui semblent avoir été accusés ce matin par le parti aristocratique; je ne les crois d'aucune faction, mais nous devons tenir aux principes. Or, tels sont les nuages répandus sur les caractères que nous ne pouvons pas connaître le but direct de la maison d'Orléans. Les patriotes ont paru défendre le citoyen Egaillé, parce qu'ils ont cru la cause des principes attachée à la cause d'Égalité. Et une chose bien certaine, c'est que les patriotes n'ont jamais eu de liaison avec la maison d'Orléans, et que ceux qui ont provoqué ce décret ont les plus grandes liaisons avec celte maison. Comment se fait-il *\\u: Petion, qui est de la faction brissotine, (|ui est évldemluenl lauii d'Égalité, se soit déclaré contre lui? Voil.i une matière à réncxions. Comment se fait-il que Sillerv, conlldent de la nuiison d'Orléans, n'abandonne i)as la société de Brissot et de l'elion? ('omment se fait-il que les patriotes ipii ont iléfcndu d'Orléans n'onl jamais eu aucune liaison avec la maison «l'Orléans? Comment se fait-il que d'Orléans ait été nommé député à la C(tnvention par ceux (pii ont des liaisons avec Brissot? Comment se fait-il que Louvet ait cherché

1 16 DEC. 1792] SOCIÉTÉ DES .lACODlNS 591

à accréditer le bruit que nous voulions élever d"Orléans à la ro\aiité? Comment se fait-il que Louvet, qui sait fort bien que dans rAssemblée électorale j'ai voté contre Egalité, ait répandu dans ses libelles que je veux donner la couronne à dOrléans?

Voici les conséquences que je tire de tout cela : c'est que la motion faite ce matin n"a été qu'une comédie comme beaucoup d'autres, c'est que cette motion cache un piège où l'on voulait entraîner les patriotes.

Le but de cette faction est de se donner un air républicain, et, pour arriver à ce but, ils veulent nous imputer tous les projets qu'elle médite elle-même. Le but de cette faction, c'est de jeter dans les esprits un peu crédules les alarmes que répandent quelques mots dont ils se servent. On a parlé de dictature, on a vu que cette calomnie ne faisait pas fortune, en conséquence on veut faire mouvoir un autre ressort, on veut nous appeler la faction orléaniste. Le but des Brissotins est d'anéantir le peuple en faisant alliance avec un tyran quel qu'il soit; cette observation peut répandre quelques lumières. Quant à moi, j'avais depuis longtemps le projet de demander l'exil d'Égalité et de tous les Bourbons, et cette demande n'est point inbumaine. comme on vous Ta dit, car ils peuvent se réfugier à Londres, et la nation peut pourvoir d'une manière honorable à la subsistance de la famille exilée. Ils n'ont point démérité de la patrie, leur exclusion n'est point une peine, mais une mesure de sûreté, et, si les membres de cette famille aiment, non pas les Brissotins, mais les véritables principes, elle s'honorera de cet exil, car il est toujours honorable de servir la cause de la liberté, car cet exil ne durerait sûrement que pendant les dangers de la patrie, et elle serait rappelée lorsque la liberté serait affermie.

Actuellement, voici les dangers de la motion de Louvet; le but de cette motion est de chasser de la Convention les meilleurs patriotes : car, après avoir chassé Egalité, on voudra encore en chasser d'autres ; et, lorsqu'ils auront empoisonné l'opinion publique, il leur sera facile de faire renvoyer les vrais patriotes et les vrais amis du peuple (a;j- /j/aurfî) jusqu'à ce qu'ils restent seuls maîtres du champ de bataille. Déjà ils ont posé en principe que, dès qu'une fois le nom d'un homme pouvait alarmer ses concitoyens, on pouvait le chasser par la voie de l'ostracisme. Boisguyon a soutenu ces principes dans la Chronique de Paris; Louvet les a développés dans ses libelles contre moi. Mais, je le déclare, toutes ces raisons ne doivent point nous empêcher de voter pour les principes de Buzot; je déclare que, si les conséquences de ces principes pouvaient s'appliquer un jour contre les amis de la liberté, contre moi-même, je m'y soumettrais avec joie, et je consen-

592 SOCIÉTÉ DES JACODINS [16 dé... 1702]

tirais volontiers à un exil pour le bien de ma patrie; je vivrai? heureux dans cet honorable exil, pourvu que j"v puisse trouver un asile obscur contre les persécutions des Brissotins. {Applaudi.) J'invite donc mes collègues ii voter pour le projet de décret présenté par Buzot; je les invite en même temps à s'opposer aux conséquences que les Brissotins veulent en tirer contre les meilleurs amis du peuple.

C)i membre qui avait la parole veut se présenter à la tribune; Marat prend la parole. Le citoyen se plaint de la préférence que veut avoir Marat, le président le rappelle à Tordre; en vain le citoyen se plaint du despotisme (ju'il dit régner dans la Société, Marat pario au milieu des applaudissements,

Mar.vt. — Robespierre a paru élever des doutes sur les projets de la faction brissoline; il a paru en même temps ne pas s'opi)(»>er à Texil d'Égalité. Je suis loin d'approuver Robespierre, il faut (|u"Kgalité reste [applaudissements, bravos répètes de Vassemblée et des tribunes), car il est représentant du peuple. Aujourd'hui la faction criminelle (pii veut attaquer la représentation nationale dans Égalité voufh'ait exiler tous les amis du peuple, et vous-même, Robespierre, vous série/, à la tète. Qu'Egalité reste donc parmi nous, que les patriote^ n'abandonnent pas le champ de bataille; si nous l'abandonnons, la liberté est perdue sans retour. (Applaudi.)

REAL. — J'ai assisté à toute la séance de ce matin; j'ai entendu les deux motions et j'ai vu dans les patriotes les plus maladroits des hommes. Je crois que les députés pouvaient y présenter ipielipirs-uns des motifs que je vais vous offrir. Je ne crois pas que la sévérité des principes exige qu'Égalité soit exilé. 11 n'existe aucune comparaison à faire entre le neveu de ïarquin, que fit exiler Brutus, et le citoyen Égalité, que veut faire exiler Buzot. Collatin avait un grand créiiit dans Rome, des richesses immenses, de nombreux partisans; Rome était dans ce temps faible, chancelante, sa liberté était mal affermie.

Ceci suffit pour faire voir qu'il n'existe aucune comparaison entre Égalité et Collatin, et entre la situation où se trouvait Moinr après l'exil des Tarquins et celle de la France après la conquête de sa liberté.

f{i'al fait sentir la maladresse des patriotes dans la Convention : ils ont tous regardé l'exil d'Hgalité comme une mesure d'ostracisme, ce qui est fort maladroit. (Applaudi.)

Le citoyen qui avait été forcé de céder la parole à Marat monte ù la tribune. 11 débute par se plaindre du despotisme de la Société, et

surtout du président, qui l'a forcé de céder la parole à Marat. [Murmures violents.) Ce citoyen pense qu'il doit avoir les mêmes droits que Marat. [Murmures violents.) On lui crie de toutes parts : « Au fait, au fait! » L'opinant s'obstine à vouloir prouver que Marat n'était pas plus que lui; les plus violents murmures l'interrompent, et il est forcé de laisser Marat pour parler d'Égalité.

L'orateur, dont nous ne connaissons pas le nom, mais qui nous parait être un lieutenant-colonel, fait le plus pompeux éloge des vertus et du patriotisme d'Egalité; il retrace sa conduite pendant le cours de la Révolution, il le représente comme en étant le premier héros. Ce tableau d'Égalité a été très applaudi, et surtout par les tribunes.

« Où veut-on, dit l'orateur, que se réfugie cet ardent défenseur de la liberté? En horreur à tous les rois, il sera proscrit par eux, et ils lui refuseront un asile. Je dis plus, je dis qu'Égalité a un parti, tous ses amis vont se rallier à lui pour le défendre. » {Applaudissements.)

Quelques citoyens paraissant surpris de l'existence du parti d'Orléans, l'orateur finit en disant : « Je vous répète que ce parti existe et qu'il n'abandonnera pas Égalité. » {Applaudi.)

Thuriol fait une motion d'ordre ; mais, avant d'y arriver, il s'efforce de prouver que d'Orléans n'a point de parti. « Je pense, dit-il, que l'on veut remettre le tyran sur le trône, mais il n'y remontera pas, car je suis disposé à lui brûler la cervelle. {Applaudissements très vifs. Bravo! s'e'crie-t-on de toutes parts.) Je demande que, jusqu'à la mort du tyran, on s'occupe continuellement du genre de supplice qu'on lui infligera. {Applaudissements.)

Jeanbon Saint-André. — La scène d'aujourd'hui avait été préparée chez Roland, qui avait distribué tous les rôles; c'est pour cimenter son despotisme qu'il veut faire exiler Égalité. Si Roland était vertueux, il abandonnerait son parti, il quitterait une place où il n'a pas la confiance du peuple; il doit s'exiler lui-même, s'il aime la liberté. Au reste, soyons calmes, ayons la dignité qui nous convient. Le calme du peuple est le calme de la nature à l'apjproche de la tempête. Mais malheur à ceux qui provoquent la tempête! Elle sera funeste aux Brissotins et à tous les autres intrigants. [Applaudi.)

Comme l'heure de lever la séance approchait, un grand nombre de membres sortaient confusément; Tallien les arrête par une apostrophe vigoureuse; il expose une partie de l'intrigue qu'il soupçonne avoir donné heu à la motion de Buzot, et engage les patriotes à se serrer plus étroitement pour sauver la liberté.

La séance a été levée à dix heures.

Page 1