SÉANCE DU MERCREDI 19 DÉCEMBRE 1792, LAN 1- DE LA RÉPUBLIQUE
PRÉSIDENCE DE SAIXT-JUST
Après la lecture du procès-verbal de la dernière séance, Desfieux lit l'extrait de la correspondance ; il annonce que plusieurs Sociétés égarées ont écrit des lettres qui annoncent que leurs principes ne paraissent pas être ceux des purs Jacobins ; il insiste en conséquence sur la nécessité de les éclairer par une correspondance active. Pour parvenir à cette fin, il propose la nomination de dix nouveaux membres à adjoindre à ceux du Comité de correspondance qui sont assidus à leur poste, et il recommande la plus grande exactitude aux journalistes qui rendent compte des séances de la Société, Il fait à ce sujet quelques reproches au rédacteur de celui des Débals, qui veut se justifier '; mais, après quelques moments de discussion, la Société passe à l'ordre du jour.
Un membre invite Bentabolc à rendre compte de la séance de la Convention.
[Dentabole lait ce compte rendu.]
Laugier. — .le dois observer (pie les commissaires des quarantehuit sections ont été à la Commune et qu'ils ont invité Cliambon à marcher à leur tôte , de sorte »pie Chambon n'a été à la Convention que sur notre invitation.
rîoui'iLLEAU. — Je m'étais rendu ib- bonne bourc à la Convention pour m'inscrire pour la parole. Je ne sais pas comme cela s'est fait, mais je n'ai pu être inscrit que le sixième. De tous les patriotes qui ont parlé sur celte importante question, FayoUe est celui ipii a parle le langage le plus républicain.
Je ne pense pas, comme Bentabole, qur. le décret d'aujourd'hui soit un acbemincmcnt à la victoire. Cependant toutes les factions vont s'agiter jusqu'au jugement du roi, alin de nous cbasser de Paris;
i. Il s'a-.'it sans lioutc du compte rrudu maivtiilant ilc la si'ann.; du 10 dc- CcmJjrc \.l'J.l, dont il sera de nouveau question le 21. Voir plus bas, p. (lûG.
mais nous mourrons plutôt que de quitter notre poste au milieu de toutes les factions qui vont s'agiter. Le citoyen Egalité est obsédé par un citoyen qui veut le porter à donner sa démission. Vous sentez, comme moi, combien dans ce moment le citoyen Égalité a de risques à courir. Ce fait m'a été assuré par un homme qui jouit d'une grande réputation de patriotisme et de probité. {On demande de toutes parts le nom de ce citoyen.) Si l'on m'avait recommandé le secret, je ne nommerais pas ce citoyen , mais comme on ne m'a pas dit de le taire, c'est Petion.
Je rapproche de cette circonstance ce qui s'est passé jà la Convention. D'un côté, on invite Égalité à donner sa démission, et, d'un autre, Petion, vers la fin de la séance, est monté à la tribune, et, par un esprit conciliateur, il vous a proposé la suspension du décret et l'ajournement jusqu'après le jugement du roi. Voici la réflexion naturelle que j'ai faite : Petion venait d'entendre Lanjuinais, qui a complètement déraisonné. Il a dit : «La discussion continue comme elle a commencé ; si les patriotes sont applaudis, si le côté droit est battu, on obtiendra le rapport du décret. » Il a donc cru qu'il devait demander du temps pour nous empêcher de réussir. Nous devions demander la continuation de cette discussion. Je crois que, d'ici à onze jours, où elle doit se continuer, Égalité doit éviter avec soin tous les pièges qu'on lui tendra, et ensuite nous tomberons comme des vautours sur le côté droit. Personne de nous n'ignore l'influence de Roland dans les départements. Nous ne savons pas si d'ici à ce temps-là on ne parviendra pas à égarer les esprits; je crois donc qu'il serait à propos que tous les députés voulussent faire imprimer leurs opinions, et alors les députés patriotes s'empresseraient de répandre ces utiles écrits. [Applaudi.)
Desfieux. — J'apprends à la Société qu'un citoyen nommé Béfort a trouvé Egalité fds qui était sur le point de se rendre à Paris pour plaider la cause de sa sœur, que l'on voulait ranger dans la classe des émigrés. Il reçut une lettre de Petion , qui [lui assurait que sa sœur ne serait point comprise au nombre des émigrés, et qu'il plaiderait la cause de sa famille avec tout l'intérêt possible.
Un citoyen, présentant à la bienfaisance de la Société deux malheureuses victimes de la vengeance sanguinaire des émigrés, adresse ce discours aux Jacobins :
« Citoyens, vous voyez devant vous deux victimes de la fureur des émigrés. L'un d'eux a perdu un œil en combattant ces traîtres et parricides enfants de la patrie; l'autre a manqué de périr sous les
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coups de plat de pabre qu'il a reçus de ces scélérats; l'un d'eux lut conduit dans une chapelle où le ci-devant comte d'Artois voulut lui faire prêter le serment de fidélité aux émigrés. Ce brave et malheureux soldat, qui avait juré de vivre libre ou de mourir, refusa constamment le parjure qu'on lui proposait; il s'écria : « Arrachez-moi « plutôt la vie, vous me l'avez déjà rendue assez malheureuse; mais « j'aimerais mieux verser le reste démon sang que d'être traître à ma « patrie. » Il fut attaché nu à un poteau, où il attendait la mort. Une femme parisienne, touchée de compassion, lui rendit la vie en le secourant. Ce malheureux a demandé 200 livres au ministre de la guerre, et ces 200 livres lui ont été refusées. Je nourris ces deux infortunés; je demande que la Société veuille bien étendre ses bienfaits sur eux. »
La Société accueille ces deux malheureux avec le plus vif intérêt, et elle arrête qu'il sera fait une collecte pour subvenir à leur infortune.
Une dépulation des guarante-huit sections demande l'entrée de la séance. On demandait de toutes parts son admission. Basire s'y oppose. « Pour quiconque sait observer, dit-il , la motion de Buzut est un moyen de tactique employé contre les Jacobins et contre les Parisiens. Ils ne croient pas à une faction d'Orléans; mais ce tpii leur importe est de faire croire qu'il existe une faction d'Orléans, il leur importe encore de faire croire qu'il n'y a que la faction d'Orléans qui demande la mort de Louis, pour placer d'Orléans sur le trône. Le dé|)uté Salle a écrit à Nancy que dans peu l'on connaîtrait la faction d'Orléans. Ainsi nous devons faire tous nos efl'oits pour qu'on ne nous prenne pas pour une faction. Or, actuellement le décret est suspendu, et le bout de l'oreille de lUizol a percé. D'après cela, je demande que la dépulalioii ne suil |Hiiiil admise, ou, si l'on se décide à l'admettre, je demande (luelle ne lise [loint la pelilion (|u'clle doit présenter. »
Leijendre s'étonne (jue Ion délibère pour savoir si l'on admettra une (b'piilalion des (piaraiiie-huit sections de Paiis. Itithcapii'rre le jeum; et Jeanhon .SV/////-.l//^//r demandent (''Lralenienl que la dr^piilalion soit admise.
La Société arrête ((iie la diiiulation sera admise.
Laurent, df/mlr du df/i/tr/r/nrn/ <lii llnK-Ulihi. — On a parle d'aionrn(!r la cpieslion d(.'s iîonr'bun^; mais il en est une qu'il ne tant pas ajourner, c'est le renvoi de {]lavière et de l{(dand. [Aji/diiiidi.) N'oici mes preuves. Ce sont eux qui cliei-chent à ])ort(M- le trouble dans nos
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départements frontières. Députés à la Convention, nous avons sollicité la destitution de plusieurs agents aristocrates; mais ils ne les ont suspendus qu'en apparence. Ces hommes sont venus faire bassement leur cour à Roland, qui les a réhabilités dans leurs emplois. Qu'est-il arrivé? C'est que ces individus ont donné du poids au parti aristocratique; c'est que les nominations sont exécrables dans mon département; c'est que Dietrich a pour ainsi dire une garde prétorienne autour de sa prison; c'est que le département est composé de Feuillants, de ces hommes qui ont voulu démembrer l'Alsace. Voilà les traits auxquels on peut connaître Roland, qui, en protégeant les Feuillants, a jeté le trouble dans mon département. N'avons-nous pas eu la douleur, après avoir fait rendre un décret par lequel Dietrich ne serait pas jugé dans le département du Bas-Rhin , n'avonsnous pas eu la douleur de voir le Comité de législation demander le rapport de ce décret? Pourquoi? C'est que Roland protège Frédéric Dietrich. Voilà les ministres qu'il faut attendre dans leur antichambre. Roland est un homme qui, sous le voile du patriotisme, cache l'aristocratie la plus profonde, qui cherche à faire renvoyer le ministre de la guerre afm de bouleverser la France et de la gouverner comme il le voudrait; et, si l'on parle dostracisme, il doit en être la première victime. {Applaudi.)
AxTuoiNE. — J'ai demandé la parole pour une motion d'ordre.
Si la question relative à Philippe-Égalité est représentée, nous avons pour nous les droits du peuple, la souveraineté et le courage de mourir plutôt que d'abandonner les principes. Il est une autre question qui mérite d'être examinée, c'est la tactique des Brissotins et des Rolandistes. Je crois que ce serait une belle discussion que celle où l'on parlerait des différents moyens employés pour corrompre l'esprit public. Ma motion est d'examiner la tactique employée par les intrigants. Voici le but de cette faction: c'est d'anéantir Paris par les départements, de représenter Paris comme un coupe-gorge, de vous dépopulariser en faisant croire que les Jacobins ne sont que des royalistes couverts du manteau du patriotisme. Un autre but de cette faction est de faire décréter le principe exécrable que la Convention peut chasser un de ses membres. Ce n'est pas au citoyen Égalité qu'ils en veulent; mais ils voudraient, sous différents prétextes, éliminer la minorité de la Convention. Voilà le but des intrigants. Si l'on me demande actuellement à quoi ils veulent parvenir, je répondrai que c'est à une répubhque aristocratique. Mais, quoi qu'ils fassent, la liberté ne i)érirapas: ils existent encore, les hommes du 10 août; ils auront encore à faire
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une semblable journée pour sauver la liberté. [Applaudissements.) Robert. — Je demande que la Société nomme une commission pour faire lacté énonciatif des crimes de Roland. [Applaudi.)
Legendre représente que la Société paraîtrait animée par l'esprit de parti, si elle adoptait la mesure proposée par Robert.
C... — Je ne suis point de l'avis de Legendre. Les Sociétés patriotiques sont le fanal des fonctionnaires pul>lics. Il existe un scélérat dans l'administration de l'intérieur, il est indispensable de le démasquer. Desfieux vous a dit que Roland était mort dans les départetemenlset qu'il n'était plus question que de l'enterrer; et moi je vous dis que Roland règne despotiquement dans les départements. J'appuie donc la motion du citoyen Robert. [Applaudi.)
Basire. — Il ne s'agit pas seulement de dénoncer Roland, mais il s'agit de faire prononcer la Convention sur les crimes de ce ministre. Si l'on fait un acte énonciatif des crimes de Roland, il sera lu ici; toutes les trompettes périodiques à la solde de Roland nous tourneront en ridicule, et le ridicule se répandra dans tous les départements. Tout ce qui parait bon n'est pas le meilleur possible; il est bon de cimnaitri? Roland, mais il faut savoir sV prendre pour le dénoncer avec succès. Il ne faut i)a= lui faire un seul re; ro die, il serait sûr de se tirer d'affaire; il faut former un corps de délits, et ensuite le lui opposer. Et, en lui opposant l'ensemble de sa conduite, il faudra bien qu'il tombe. C'est au Comité de sûreté générale qu'il convient de dénoncer Roland. Je crois qu'il serait bon que dans le Comité de correspondance il y eût un membre cbargé de recueillir toutes les pièces contre Roland; et ces pièces seraient remises entre les mains d'un nn-mbre du Comité de sûreté générale qui aurait la confiance de la Société ; et, lorsque l'on aurait préparé un ensemble considéraide de faits contre Roland, alors im membre patriote du Comité de surveillance ferait son rapprirl.
CiiAROT. — Je vais démonircr que la guerre civile est le but dt> la faction brissotine.
Tallien. — Je demande que l'on s'occupe conlinuellemenl ihi pi-ocès de Louis et de la destitution de Roland, comme le seul moyen d'afFcrmir la liberté et l'égalité.
CiiAROT. — J'ai promis de prouver qm^ le but de la faction brissotine était d'allmuer la guerre civile. Ils ont euxmi^mcs dévoilé leur secret. Ils sont ciiuj cents dé|»utés qui doivent faire un numifeste à la Ré|iubliq\u' française contre les Jacobins et contre les députés de la Montagne. Vous sentez quel poids peut avoir un manifeste signé de
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cinq cents députés, dont une partie est composée d'hommes égarés et l'autre de factieux. Pour nous, nous serons toujours de la faction du peuple et des sans-culottes. Je vous demande si ce manifeste n'est pas propre à allumer la guerre civile. Au commencement de la séance, Birotteau a formellement demandé la translation de la Convention dans un autre département. Buzot s'est approché de lui et lui a dit : « Vous nous perdez. » Ce grand mot est échappé à M. Birotteau. La discussion s'est ouverte non sur la question concernant la famille des Bourbons, mais concernant la famille des principes [sic). Lanjuinais nous a dit que la majorité de la Convention pouvait chasser une minorité factieuse qui la troublerait. M. Vergniaud voulait faire décréter d'accusation cette minorité turbulente. M. Lanjuinais a accordé à la majorité le droit d'expulser la minorité après quelques punitions correctionnelles. Les tribunes ont fait quelque bruit.
Alors M. Gui Kersaint a flagorné le peuple; il a dit qu'il fait inviter les citoyens des tribunes à chasser les perturbateurs. Ils voulaient faire aujourd'hui ce manifeste; mais je leur annonce que, quand nous ne serions que dix à la Montagne, nous resterons à notre poste, nous dévoilerons tous les crimes de Brissot, de la faction de la Gironde, et tous les flots de la mer viendront se briser contre le rocher où nous siégeons, parce qu'il est appuyé sur les bases immuables de la justice et de la vérité. {Applaudi.)
La Société arrête qu'elle ne nommera pas une commission chargée de faire l'acte énonciatif des crimes de Roland, mais qu'il sera choisi dans le Comité de correspondance un membre chargé de recevoir toutes les dénonciations contre Roland, que ces dénonciations seront communiquées à un membre patriote du Comité de sûreté générale, afin d'en faire son rapport à la Convention nationale.
Camille I)es7noulins donne lecture à la Société d'un discours qu'il devait prononcer à la Convention nationale sur la question relative au citoyen Égalité. La Société arrête l'impression de ce discours, dont le but est de faire voir que le projet de ce décret de Buzot est contraire à la souveraineté du peuple, qu'il est injuste, impolitique et dangereux '.
La lecture de ce discours a été interrompue par des fréquents applaudissements.
Le citoyen La Faye donne lecture d'une lettre qu'il a reçue de Londres. Dans celte lettre, on lui fait le tableau des vexations que le despotisme britannique fait éprouver aux défenseurs des droits du
1. On trouvera ce discours dans le n» liG do la Correspondance.
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Iteuple; on lui marque que Ton refuse aux citoyens jusqu'au droit de s'assemjjler paisiblement, pour s'éclairer sur les droits du peuple anglais.
Le citoyen qui écrit cette lettre fait observer que les manœuvres du gouvernement anglais ne pourront pas comprimer l'essor des âmes fières et courageuses vers la liberté. Il finit en disant que ca ira.
La Société a entendu la lecture de cette lettre avec le plus vif intérêt.
La citoyenne Montgery, institutrice, demande et obtient l'entrée de la séance pour lire une pétition qu'elle doit présenter à la Convention nationale. Introduite dans la salle, elle monte à la tribune.
La citoyenne .Mmntgery. — Depuis (|ue j'ai atteint l'âge de raison, jai désiré être utile à m-i patrie. J'ai rétléchi avec attention sur nos établissements dits de cbarité. Les écoles qui portent ce nom m'ont paru avoir un grand inconvénient, celui de ne garder les enfants que quatre heures par jour. Or les pères et mères à qui la fortune ne permet pas de payer pour l'éducation de leurs enfants n'ont pas le temps de les surveiller le reste de la journée. Il arrive de là que les enfants de l'un et de l'autre sexe passent une partie du jour dans les rues, exposés à tous les accidents inséparables de Tétourderie de cet âge et du tumulte des grandes villes. Chaque jour en offre de tristes exemples. Mais ce qui m'a toujours affligée le plus sensiblement, c'est le danger que courent leurs mœurs, en jouissant de la liberté avant l'âge de pouvoir connaître le bien d'avec le mal. Je suis même persuadée que bien des criminels que la loi condamne auraient été vertueux, si leur éducation n'avait pas <}té négligée.
Sages législateurs à qui je m'adresse, qui de nous ne iloit pas employer ses soins et son travail pour éviter de semblables malheius à la patrie? Le citoyen Talleyrand a pi'ésenté un travail sur roducation des hommes : les femmes senmt-elles toujours oubliées? Je pense que l'un poiinail di.'stiner, dans une partie di's sections, une maison cidevant couvent, où les jeunes lilles ne viendraient pas seulement apprendre à lire et à écrire, mais aussi à devenir de bonnes (uivrir-res. et surtout de bonnes mères du ianiilli', i|iii l'ciairnl lioiinrur a la ])atrii- lies talents et des vertus (ju'elles auraient rniis d'cljr.
Le désir (jue j'ai devoir un pareil établissemtnt en faveur de mon sexe ne m'empêche pas de sentir, citoyens législateurs, que dans le momiMii actuel vous ne pouvez faire tout le bien (|ne vos co-urs dt'sirent. .\ussi, pour connueneei-, ne l'ais-je (|ue v(»us dem.inder um- maison ci-devant ridi^icuse (jui ait m\ ^rand jardin : c'est le moyen d'en
tirer parti, pour que les enfants y trouvent une partie de leur nourriture, en même temps que leur instruction. Ce sera le fruit de mes soins et de mes combinaisons. Si j'avais de la fortune, j'en emploierais une grande partie à un établissement qui me paraît devoir amener les plus heureux effets. Au défaut de fortune, j'offre à la patrie le désir réfléchi de lui être utile, une santé ferme, une expérience de douze ans dans l'éducation de la jeunesse, un courage et une activité que rien ne peut ralentir.
Citoyens, quel que soit le sort du projet que je vous présente, je vous aurai toujours exprimé le désir que j'ai de consacrer ma vie et mes travaux à l'utilité des jeunes citoyennes, et de servir la République autant que je le peux.
La séance a été levée à dix heures et demie.
SÉANCE DU VENDREDI 21 DÉCEMBRE 1792, LAN i«^ DE LA RÉPUBLIQUE
PRÉSIDENCE DE SAIXT-JUSÏ
Après la lecture du procès-verbal et de la correspondance, le Président annonce une lettre écrite par le citoyen Pelion.
11 s"élève une discussion assez vive pour savoir si on donnera lecture de cette lettre. Plusieurs ne voulaient pas qu'on la lût; mais Chalcs en a demandé la lecture, et la Société a enfin adopté cette dernière opinion.
C haies, qui avait remis cette lettre au président, craignant sans doute d'être soupçonné d'avoir des intelligences criminelles avec Petion et la faction brissotine, a commencé par observer que celte lettre ne lui avait point été remise par Petion, et qu'il n'avait aucun rapport avec cet homme-là. Ensuite il a demandé la lecture de sa lettre pour trois raisons fort remarquables : la première est que Petion nest pas encore rayé du tableau des mem])res des Jacobins; la seconde, c'est qu'il est important de savoir pourquoi l^etion ne vient i)as lui-même dire à la Société ce qu'il prend la peine de lui écrire; la troisième raison est que la lettre de Petion pourra donner
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le fil de toutes les intrigues de la faction Roland, dans laquelle il e=t évident que Petion joue un rùle très important.
La Société, déterminée par les pui?>ants motifs de Chale?, a arrêté que Ton donnerait lecture de la lettre suivante de Petion :
« Citoyen président, le citoyen Basire s'est permis, dans une de vos dernières séances, sur une plainte faite par un membre que les lettres ne parvenaient pas dans le département d'Eure-et-Loir, de m'attribuer cette manœuvre, ainsi qu'à plusieurs autres. Cette impertinence s'est répétée ensuite dans des journaux. Je ne conçois pas comment un homme a assez peu de pudeur pour hasarder des calonmies aussi effrontées. Je ne conçois pas en même temps comment dans la Société il ne se trouve pas des hommes pour défendre ceux qu'on déchire avec cette lâcheté. 11 me semble que mon caractère est assez connu pour que qui que ce soit puisse avoir dans la pensée que je m'abaisse à des moyens aussi méprisables. Je ne vous parle pas, citoyen président, de ce qui se dit contre moi à chaque séance, car depuis quelque temps ma réputation est à l'ordre de tous les jours dans la Société, L'un hasarde une conjecture astucieuse, Tautrc un soupçon injurieux; celui-ci a l'art de me donner quelt{ucs éloges pour pouvoir avec plus de sûreté m'accuser de faiblesse; celui-là me suppose entraîné dans un parti. Ce sj^stème de méchanceté et d'intrigue a été suivi avec tant d'adresse et de constance, les mêmes perfidies se sont si souvent répétées et sous tant de formes, que beaucoup d'hommes do bonne foi <lan> la Société, mais faibles parce qu'ils se laissent entraîner, mais (|ui ne se mettent pas toujours en garde contre les iiiègcs qu'on leur tend, disent aujourd'hui: «Petion est donc changé? Qui l'aurait cru? « A qui peut-on donc se fier? » Les citoyens des tribunes adoptent encore avec plus de facilité ce qu'ils entendent. Ils ont bien de la peine à croire que ce qu'on soutient à lout moment devant eux avec autant d'audace ne soit pas la vérité. Les bi-uils (jui retentissent dans votre salle se répandent au dehors, et insensiblement il se forme une certaine opinion po|>ul;iire, fausse et dépravée. Parce manège, le plus honnête homme du monde peut èti-e métamorphosé en fripon. Demandi.'z à ceux qui se traitent de gueux, de scélérats (car ce sont là les épithètes les plus douces et les plus familières dont on se sert mainlen.iul , d(! (pioi ils l'accusent : j(! leur délie de ré[)ondrc , ou bien, s'ils le font, ils vous disent un tissu d'inepties, (ral)surdités, de faits faux et invraisemblabb's. Non seukMnout cvi honnne vertueux, ce l)oii eiloyen, se ti'ouvi! injurit', outragé sans aucun motif, mais ses jours même sont menacés. On a la férocité de crier ^ ses oreilles : A la lanterne! à la ijuillotlnc ! Ksl-il possible (ju'on soit parvenu à
corrompre ainsi la morale du peuple? Et c'est dans un moment où nous allons jeter les bases d'un gouvernement fondé sur la raison, la justice et la vertu !
« Citoyen président, que la Société ne souffre pas plus longtemps et des dénonciations vagues et des personnalités et des calomnies. Les ennemis de la Société sont ceux qui la souillent par toutes ces impuretés; ses vrais amis sont ceux qui désirent qu'elle en soit purgée. Pourquoi tant de bons citoyens ne s'y rendent-ils plus? C'est que ces scènes les affligent et leur font mal; c'est que, s'ils ont le courage de parler dans un sens opposé à celui qui domine, ou ils ne sont pas entendus, ou leur voix est interrompue par des murmures; on les traite ensuite comme des ennemis de la liberté et de la chose publique. S'il est un moment où la Société doit se montrer grande, c'est celui-ci; s'il est un moment où elle puisse être utile, c'est celui-ci. Que les choses soient à l'ordre de tous les jours, et non pas les personnes ; que la Société discute avec dignité et sans relâche les grands objets qui intéressent la nation entière. »
Peintres fidèles des mouvements de la Société et des passions qui s'y manifestent, nous pouvons dire que la lettre de Petion a été interrompue par les plus violents murmures.
Lorsque Petion dit que le peuple, trompé par les calomnies de l'intrigue, le croit changé et déserteur de la liberté, on crie de toutes parts : C'est vrai, c'est vrai! Ces expressions sont applaudies avec transport par la Société et par les tribunes. On demandait l'ordre du jour. Châles s'y oppose, en annonçant qu'il allait dénoncer un grand complot contre les Jacobins. Faisant d'abord quelques observations sur la lettre de Petion : « Il est surprenant, dit- il, que Petion se plaigne de la corruption de l'esprit public : l'esprit public n'est pur qu'aux Jacobins. [Applaudi.) S'il est corrompu ailleurs, ce sont les Petion, les Brissot et les Roland qui l'ont corrompu. Qui a corrompu l'esprit public dans le département d'Eure-et-Loir? C'est Petion, Brissot et leurs adhérents. Pour moi, je fais mon possible pour ramener les esprits à la vérité; mais tous mes efforts sont inutiles; on intercepte ma correspondance pour priver le peuple de mon département des vérités que je pourrais lui faire passer; on entretient des troubles dans le département d'Eure-et-Loir pour me les imputer. Voilà quelle est la perfidie des Brissotins. Je dois apprendre à la Société que Roland a envoyé considérablement de troupes dans le département d'Eure-et-Loir. Et pourquoi ce grand nombre de soldats dans un pays tranquille et où il n'existe aucun trouble? Ceci cache un grand complot. Il est bon d'observer que, dans la ville la plus pa-
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triote de mon flépartement, à Xogent-Ie-Rotrou, on a envoyé une force armée considérable; l'arrivée de celte force armée a causé beaucoup de troubles et a manqué de faire armer les citoyens les uns contre les autres... Je dois me justifier devant la Société d'une incidpatiun qui m'est faite par plusieurs membres de la Convention, et surtout parGorsas: on m'accuse d'avoir fait un journal feuillantin dans le département d'Eure-et-Loir. J'ai fait, il est vrai, un journal dans mon département. Je prie la Société de nommer des commissaires pour en faire l'examen, afin que l'on sache si mes feuilles étaient rédigées dans un style feuillantin. — Avant que la Société discute ma proposition, je dois dénoncer le grand complot qu'avaient formé Brissot, Petion, Roland et tous les Girondins. Pour dissoudre la Société, ils avaient le projet de la rendre méprisable aux yeux des députés, et Brissot avait ici des émissaires pour empêcher la Société de s'occuper des grandes questions de salut public. »
La Société, pour se convaincre que Ghales avait fait un excellent journal en 1790 et ITiJl, nomme des commissaires inspecteuis qui. après avoir fait lecture d'un numéro qu"il a présenté, apprendront à la Société dans quel esprit Ghales Ta rédigé. {Applaudi.)
[Dcflerx, rédacteur du Journal des Jacobins, est de nouveau dénoncé à cause de l'inexacliludc perfide avec laquelle il a rendu compte de la séance du 16 décembre 1792 et du discours de Maral'. Sa radiation est volée à l'uiianimilé^ — Discours d'une dépulalion des patriotes batavcs'.]
1. Nous avons déjà reproduit le compte rendu de cet incident dans noire Introduction eu ti'te du tome V'', pages cxii-cxiv : nous y renvoyous nus lecteurs. — Le Journal des Jacobins n'a donc plus, à partir de cette séance du 21 décembre 1792, aucun caractère officiel. .Mais, pendant longtemps encore, nous continuerons à en reproduire les comptes rendus, parce qu'il n'en existe pas d'autres ijui soient aussi détaillés. — C'est Milscent, comme on le verra plus bas, ;'i la date du 23 décembre, qui fut chargé, en remplacement de Dellers, de publier la correspondance de la Société dans son journal le Créole patriote : et en mi'me temj)s il fut invité « à donner plus de latitude aux discussions de la Société ». Mais les coujptes rendus de Milscent sont extrêmement soumiaires et aussi insignifiants que possible. Ce n'est que le l'i^juin fî'j:} que la Socii'té trouva dans le Journal de la Monlayne un organe officiel qui (il connaître ses débats. Sur tous ces faits, voir notre IiitnMiuclir>n, i>nges cvni-cxxui.
2. La Société arrêta, d'après un extrait iuipriuié de son procès-verbal Hibl. nat., Lb 40/2298), que « les rédacteurs et coopèrateurs de ce journal seraient rayés du nombre de ses membres » et que i- l'extrait du procès-verbal serait imprimé et envoyé à toutes les Sociétés alfiliées ».
3. Ce discours fut imprimé sous ce titre : Société des amis de la liberté et de Végalilé. A la Société des amis de la liberté et de l'égalité, séante aux Jacobins, rue Saint-llonoré, à l'aris, le 21 décembre 1792, l'an 1"" de la Réfiubligue f}'aniuise. — Imp. L. Potier de Lille, s. d., in-8 de 8 pages. — IJibl. nat., Lb 40 "33.
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DuFOURN'Y. — Je demande à lire à la Société une lettre adressée aux quarante-huit sections de Paris par la commune de Quimper, ainsi que la pétition adressée par cette même commune aux administrateurs du département du Finistère, et une autre à la Convention nationale. Cette lettre vous fera sentir de quelle manière les départements sont travaillés, et il ne sera pas difTicile de deviner à quelle intention.
Plusieurs voix. — La lecture, la lecture!
DuFOURNY. — J'ai cru devoir vous prévenir d'avance de l'objet de la lettre avant de vous en faire lecture : elle annonce le projet bien formé d'exécuter le rassemblement de la force armée.
TuuRiOT. — On connaît cette lettre, et je m'oppose à ce qu'elle soit lue ici. Nous ne devons pas souffrir qu'on lise dans cette enceinte, l'asile de la liberté et du patriotisme, des écrits dictés par l'intrigue, et qui d'ailleurs ne nous sont pas adressés directement. Je demande de plus, à cette occasion, qu'à l'avenir il ne soit plus lu à cette tribune aucune lettre qui n'ait été lue ou extraite par le Comité de correspondance. Nous devons nous en rapporter au zèle, aux lumières et au patriotisme des membres de ce Comité pour nous épargner le dégoût d'entendre continuellement à cette tribune les diatribes que nous adressent des Sociétés, patriotes sans doute, mais totalement égarées sur notre compte par les menées sourdes des vils intrigants, de ces gens qui établissent des bureaux pour la formation de l'esprit public, et vous sentez comme ils prétendent le former; de ces gens enfin qui nous ont amenés au point de regarder comme un présent funeste delà divinité, comme un résultat désastreux de l'intelligence humaine, l'art de l'imprimerie et les moyens de communication établis entre les hommes réunis en société. Je demande donc itérativement que toutes les pièces qui devront être lues ou présentées à l'avenir à cette Société passent auparavant à la censure de votre Comité de correspondance, et que celui-ci soit tenu de ne nous présenter que les pièces qui peuvent servir au développement du patriotisme et de l'esprit public, et qu'il condamne à rentrer dans le néant d'où elles n'auraient jamais dû sortir ces pièces visiblement émanées de l'intrigue et de la corruption. [Applaudi.)
G... — Je m'oppose de toutes mes forces à ce que cette motion de Thuriot soit adoptée. Voudriez-vous en effet mettre à la disposition du Comité de correspondance le droit de communiquer avec nous? Je ne fais aucun reproche aux membres de ce Comité, je les crois patriotes éclairés; mais je crois qu'il est contre tous les principes qu'une société d'hommes libres, d'hommes qui se disent républicains, se sou-
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mette à la censure d'une très petite portion de ses membres, qu'elle donne à cette très petite portion le droit de lui montrer ou de lui cacher ce qu'elle croira convenable. Je demande donc l'ordre du jour sur la motion de Tliuriot, et je crois que la Société doit entendre avec intérêt la lecture des pièces (|ue lui a annoncées Dufourny.
LÉONARD Bourdon. — Il est d'autant plus instant, citojens, que vous entendiez la lecture de ces pièces, qui d'ailleurs ne sont rien moins que secrètes, qu'il sera nécessaire sans doute que les sections de Paris prennent des mesures, et des mesures actives, pour déjouer le grand complot que ces lettres semblent annoncer, et, dans ce cas, il est important que les citoyens ici présents aient connaissance de ces trames, afin que chacun d'eux puisse reporter dans sa section la portion des lumières qu'il aura pu recueillir de cette discussion. J'insiste donc fortement pour que la parole soit conservée à Dufourny et qu'il soit invité à nous communiquer ces pièces.
Dufourny. — J'insiste aussi pour communiquer ces pièces à la Société, parce que, renfermant une mesure extrêmement dangereuse, je crois qu'il est de la idus haute importance de les connaître et d'indiquer le remède qu'on doit y opi^oser; or, j'ai un remède à proposer, et c'est pour cela que j'insiste à conserver la parole.
Oui, citoyens, le préopinant vous a dit une grande vérité, ces pièces annoncent un grand complot; et quel peut-il être, sinon d'amener ici de tous les départements une force armée considérable, et lorsqu'elle sera réunie, de faire sortir de Paris la Convention nationale et les prisonniers du Temple? Alors, maîtres (\q foi-mer l'esprit public suivant leurs désirs, les intrigants disposeront de tout à leur [dus grand avantage.
Mille voix. — La lecture des pièces, la lecture 1
JJufourny commence la lecture de ces pièces par la lettie ach'essée aux quarante-huit sections de Paris par la commune de IJulmpi'r.
Avec les expressions de la plus franche cordialité et de la volonté ferme; et inébranlable; où ils sont, disent-ils, de maintenir l'unité et l'indivisibilité de la Répidili([ue, les habitants de (Juimper ne dissimulent pas aux Parisiens (ju'ils l(;s croient dominés et atterrés par une faction désorganisatrice, composée d'agilalcurs (jui veulent inlluencer la Convention nationale par tous les moyens possibles; ipiils croient encore (jue ces agitateurs sont les auteurs des journées des 2 et 3 septembre.
TiiLHioï. — Je demande si c'est Roland qui a remis à Dufourny
[21 i.iic. 1792J SOCIÉTÉ DES JACOBINS 609
l'expédition de ces infamies, et qui lui a donné la commission de nous les faire entendre malaré nous.
Après quelques moments de tumulte, le calme se rétablit, et Dufourny continue la lecture de cette lettre, par laquelle les liabitants de Quimper annoncent qu'ils ont adressé à la Convention nationale et aux administrateurs du département des pétitions tendant à les prévenir du dessein oîi ils sont de voler à Paris, soutenir la cause de la liberté contre les agitateurs, les factieux qui s'opposent à ce qu'elle puisse s'établir. [Miwmures violents.)
Dufourny continue la lecture des pétitions adressées par cette même commune au département et à la Convention. « Les motifs de cette démarche sont, dit-elle, l'impossibilité où se trouve la Convention de délibérer librement sous le couteau des agitateurs et des factieux qui l'obsèdent. Le procès de Louis XYI, ajoute-t-elle, est un objet qui ne doit pas être terminé promptement. [Murmures.) Il importe que le tyran ne soit soumis qu'à un jugement légal, produit par une mûre délibération et accompagné de toutes les formes qui pourront lui donner de l'authenticité. »
Plusieurs voix. — Ah!... le bout de l'oreille paraît.
Dufourny continue, malgré les fréquentes interruptions; enlîn il propose que l'on mette en vigueur le décret non aboli de l'Assemblée constituante, par lequel il était défendu à tout département de faire sortir aucune force armée hors de son territoire sans un décret formel de l'Assemblée nationale. [Applaudi.)
Châles, occupant le fauteuil par intérim, observe que Lanjuinais est député du département du Finistère, dont Quimper est le cheflieu. « Ainsi, ajoute-t-il, il ne doit pas paraître étonnant qu'une telle mesure ait été prise dans une commune inlluencée, égarée par les principes que l'on connaît à Lanjuinais. Sans doute, c'est aux instigations de cet homme qu'est due cette démarche des habitants de Quimper, et nous devons nous attendre à de pareilles mesures prises par les départements dans lesquels la coalition conserve quelque iniluence. Je ne dis ceci qu'à litre d'observation, et je crois qu'elle peut vous donner la clef de cette intrigue. » [Applaudi.)
Une députation de l'hôpital des aveugles connus sous le nom de Quinze-Vingts vient renouveler les plaintes qu'ils ont déjà portées nombre de fois contre les administrateurs qui régissent cette maison, plutôt à ce qu'il parait pour leur intérêt particulier que pour celui des aveugles, au soulagement desquels cet hôpital est destiné.
Cette députation demande à lire la pétition qu'ils doivent présenter Tome IV. 39
CIO SOCIÉTÉ DES JACOBINS [21 i.É... 1792]
à la Convention aussitôt qu'ils pourront en obtenir la permission; mais, l'heure étant fort avancée, le Président leur promet, au nom des députés patriotes, de prendre leur demande en grande considération et de les appuyer de tout leur crédit, lorsqu'ils se présenteront pour obtenir la parole.
La séance à été levée à dix heures et demie.
SÉANC1-: UU Dl.MANCllK 23 DÉCEMBRE 17U2, L'AN F' D1-: LA RÉPUBLIQUE
PRÉSIDENCE DE SAIXT-JUST
Après la lecture du procès-verbal, plusieui's inoinbres tonl ilillèrentes dénonciations. Les journalistes, (pii, si l'on en croit ({uelques dénonciateurs fougueux, sont devenus tout à coup des soudoyés de la faction brissotine, sont et seront encore quelque temps déchirés dans la Société des amis de la liberté. Les journalistes ont encore été Tobjet des plus violentes dénonciations. Comme quelques-unes de ces dènoiuiatiims sont dirigées contre ce jfiurnal, nous les rapporterons impartialement, et nous aurons le courage de rè|iondre à une inculpation qui nous est faite. Nous dirons toujours la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Si quebpie audacieux nous taxait d^imposture, nous sommes là pour le coufonrh-e; nous avons dit la vérité au milieu des poignards de la liste civile et des baïonnettes de La Fayette, nous la dirous encore aujourd'luii avec le uièuu» courage. Boisset nous accuse d'avoir inséré daus notre journal une réponse ■que nous n'avons pas prononcée à la tiibuui^ ; il est vrai (pu; cette réponse n'est pas la même; mais est-ce ma faute si des murmures violents, si des huées indécentes «uit étouffé ma voix? Comment aurais-je pu être entendu dans une Société où les sages avis de Pctiori ont été perdus au milieu des murmures et des clameurs de la préverilion, je diiiii même ;iii milieu dis invectives de la cilDUinie? Au reste, ma rèj)ons(! est cislie (jue j'aur.iis faite, si je n'avais jias vu l'agitation des esprits et la dilliculté d'obtenir la parole. Le résullal de la déncmciation de /toissel a ètt; un arrête' par leijuel on doit apprendre aux Sociétés alïiliées les iuq)ostures monsirueuses (|ue pro[ia(-'e le rédacteur du Jottrnul des delxils de la Socièlr. Nous
attendons avec impatience ce manifeste d'un nouveau genre, nous confondrons avec les armes de la vérité Tintrigue et la calomnie. En attendant, nos lecteurs apprendront avec plaisir qu'un bureau est ouvert où chacun peut aller porter ses dénonciations contre nous. La Société arrête en outre que le Créole patriote sera chargé de publier sa correspondance, en l'invitant pourtant à donner plus de latitude aux discussions de la Société '.
Le même individu qui a dénoncé notre perfidie et qui nous a fait retirer les honneurs de l'entrée de la salle a dénoncé aujourd'hui le citoyen Gorsas pour avoir eu l'audace de prendre notre défense dans son journal et de regarder notre expulsion comme un eflfet de l'intrigue; les plus violents murmures ont couvert le nom de Gorsas, Ce journaliste, en rendant compte de la séance, a dit qu'il en avait appris les détails de la part d'un membre de la Société.
Cette assertion de Gorsas a excité des mouvements d'horreur et d'indignation.
« Tous voyez, citoyens, s'est écrié le dénonciateur, qu'il existe ici des mouchards qui rendent compte aux Brissotins et aux Rolandistes de tout ce qui s'y passe. Vous voyez qu'il existe ici des hommes perfides qui gémissent en secret des opérations de la Société. Il est important de les connaître, afin que vous puissiez les chasser comme les folliculaires audacieux qui souillaient de leur présence le sanctuaire de la liberté. Il est temps que la Société se purge, et qu'elle se purge de tous les amis des intrigants que nous combattons.
« Je demande, en conséquence, que l'on charge les Comités réunis de présenter un mode de scrutin épuratoire, afin que la Société ne conserve que des purs et incorruptibles membres. »
Celle motion est vivement applaudie.
Un citoyen, craignant que de nouveaux Brissotins ne parvinssent à obtenir une carte d'entrée pour trahir ensuite les intérêts de la Société, voulait qu'à l'avenir on ne reçût aucun candidat. Plusieurs membres ont repoussé cette proposition.
Thuriot a pensé qu'il suffisait d'exciter de nouveau le zèle du Comité de présentation et de l'engager à être plus scrupuleux que jamais dans l'admission des candidats et à bien examiner s'ils n'étaient point infectés de brissotismc ou de rolandisme.
Celle proposition, quoique applaudie, n'a pas prévalu, et il est arrêté que le Comité de présentation présentera un mode de scrutin
1. Sur ce journal, voir plus haut, p. 60C, et riutroduction placée en tête du tome I'"' (le ce recueil, p. cxix.
612 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [23 i>Éc. 4792]
épuratoire , afin de débarrasser la Société des mouchards qui apprennent aux journalistes tout ce qui s'y passe.
La Faye avait, dans une des précédentes séances, donné lecture d'une lettre de Londres; il avait annoncé que sa lettre avait été décachetée, il avait démontré cette manœuvre à la Société. Aujoiirdhui, il monte à la tribune et annonce qu'il a la preuve complète que sa lettre a été réellement décachetée. Pour le prouver, il ilonne lecture d'une lettre de Londres insérée dans un numéro de Gorsas. Il prétend trouver des ressemblances frappantes entre cette lettre et ceUo (in'il a reçue d'Angleterre, et, comme l'insertion de la lettre ilans le numéro de Gorsas a précédé la réception de la sienne, La faye eu conclut que sa lettre a été décachetée.
La Société entend tous ces détails avec des mouvements d'indignation contre Gorsas et passe ensuite à l'ordre du jour.
Le Président donne lecture d'un billet du citoyen Manuel, dans lequel il prie la Société d'admettre à sa séance plusieurs citoyens anglais qui en réclament l'entrée. Au nom de Manuel, il s'élève plusieurs murmures; beaucoup de membres ne croient pas la recommandation fort bonne, car ils regardent Manuel comme un [)eu brissotisé. Cependant, comme les citoyens présentés étaient Anglais, ils ont été admis à la séance.
Desfieux donne lecture de la correspondance l'no lolln' d'une Société dont le nom nous a échappé donne lieu à mie grande discussion, propre à faire naître des réflexions bien im|i(irtaules. Cette Société annonce à la Société-mère qu'elle est invariablement attachée aux principes de Jacobins; elle observe qu'elle ne s'est point laissée aveugler [)ar les calomnies répandues arec proPusion contre Marat et Robespierre, et qu'elle conserve toute son estime et toute sa vénération pour CCS deux incorruptibles amis du peuple.
Celte lettre a (Ué viveiuinl ,i|iplaiidii', niais elle a v\r snivii' d'une fliscussion que Brissol et Gorsas, tjui sont aussi sùrcnu'ut des {U'oiihèles, avaient annoncée la veille.
IloLiKitï. — 11 t.'st bien élonnaul (|ue l'on conlondi' lonjnnrs les noms de Mai'al et de Hobespierre. (^nubien l'esprit ituldic est-il corrompu dans b's d(''pMi'lrnu'nls, puisipie l'on n'y nu>t aucune dillerenc(^ cnlrc ces deux (b'riMisi'urs Aw peuple! Il muiI idiis deux des vérins, il est vrai; Marat est patriote, il a des (pialités estimables, j'en conviens; mais qu'il est dideieiil de Hobespierre! (jclui-ci est sage, modéré dans ses moyens, au lieu ipie Marat est exagéré, n'a pas cette sagesse qui caractérise Uobe>pierre. Il ni' sullit pas d'être patriote : il l'aul, pour
m DEC. 1792J SOCIÉTÉ DES JACOBINS 013
servir le peuple utilement, être réservé dans les moyens d'exécution, et Robespierre l'emporte à coup sûr sur Ma rat dans les moyens d'exécution.
Il est temps, citoyens, de déchirer le voile qui cache la vérité aux yeux des départements ; il est temps qu'ils sachent que nous savons distinguer Robespierre de Marat. Écrivons aux Sociétés affiliées ce que nous pensons de ces deux citoyens : car, je vous l'avoue, je suis un grand partisan de Robespierre, et cependant je ne suis pas partisan de Marat. [Murmures dans les tribunes et dans une partie de la salle.)
Bourdon. — U y a longtemps que nous aurions dû manifester aux Sociétés affiliées ce que nous pensons de Marat. Gomment ont-elles jamais pu confondre Marat et Robespierre? Robespierre est un homme vraiment vertueux, auquel, depuis la Révolution, nous n'avons aucun reproche à faire; Robespierre est modéré dans ses moyens, au lieu que Marat est un écrivain fougueux qui nuit beaucoup aux Jacobins [mu7'mures), et d'ailleurs il est bon d'observer que Marat nous fait beaucoup de tort à la Convention nationale.
Les députés s'imaginent que nous sommes partisans de Marat, on nous appelle des Maratistes ; si on s'aperçoit que nous savons apprécier Marat, alors vous verrez les députés se rapprocher de la Montagne où nous siégeons, vous les verrez venir dans le sein de cette Société, vous verrez les Sociétés affiliées revenir de leur égarement et se rallier de nouveau au berceau de la liberté. Si Marat est patriote, il doit accéder à la motion que je vais faire. Marat doit se sacrifier à la cause de la liberté. Je demande qu'il soit rayé du tableau des membres de la Société.
Cette motion excite quelques applaudissements, de violents murmures dans une partie de la salle, et une violente agitation dans les tribunes.
On se rappelle que, huit jours avant cette scène d'un nouveau genre, Marat avait été couvert d'applaudissements dans la Société. Le peuple des tribunes, qui a de la mémoire, se le rappelait fort bien; il ne pouvait pas croire qu'il se fût opéré un si prompt changement dans les esprits; et, comme l'instinct moral du peuple est toujours juste, il a vivement été indigné de la proposition de Bourdon; le peuple a défendu son vertueux ami; il n'a pas cru que, dans huit jours, il ait pu démériter de la Société : car, quoiqu'on ait dit que l'ingratitude était une vertu des républiques, on aura beaucoup de peine à familiariser le peuple français avec ces sortes de vertus.
La jonction des noms de Marat et de Robespierre n'a pas révolté le
eu SOCIÉTÉ DES JACOBINS [23 déc 1792J
peuple; les oreilles étaient accoutumées depuis longtemps à les voir réunis dans la correspondance; et, après avoir vu plusieurs fois la Société indignée, lorsque les clubs des autres départements demandaient la radiation de Marat, il n'a pas cru devoir, aujourd'hui, appuyer la motion de Bourdon.
Un citoyen d'une Société affiliée a fait observer à la Société combien il était dangereux en effet de joindre ensemble les noms de Marat et de Robespierre. « Dans les départements, dit-il, on fait une grande différence entre Marat et Robespierre, mais on est surpris de voir la Société se taire sur les différences qui existent entre ces deux patriotes. Je propose à la Société, après avoir prononcé sur le sort de Marat, de ne plus parler d'affiliation, ce mut ne doit être prononcé dans une république, mais de se servir du terme de fraternisation. »
Dui'ouRNY. — Je m'oppose à la motion de rayer Marat de la Société. [Applaudissements très vifs.) Je ne disconviendrai pas de la différence qui existe entre Marat et Itobespierre. Ces deux écrivains, qui peuvent se ressembler par le patriotisme, ont des différences bien remarquables; ils ont tous deux servi la cause du peuple, mais par des moyens bien différents. Robespierre a défendu les vrais principes avec méthode, avec fermeté, avec toute la sagesse qui convient; Marat, au contraire, a souvent outrepassé les JMtrnes de la saine raison et de la prudence. Cependant, en convenant de la différence qui existe entre Marat et Robespierre, je ne suis pas d'avis de la radiation; on peut être justes sans être ingrats envers Marat. Marat nous a été utile, il a servi la Révolution avec courage. [Applaudissements ti'ès vifs de la Société et des tribunes.) II y aurait d(3 l'ingratitude à le rayer. [Oui! o/a'.' s'écrie-t-on de toutes parts.) Marat a été un homme nécessaire; il faut dans les révolutions de ces tètes fortes, capables de réunir les États, et Marat est «lu nombre de ces hommes rares qui sont nécessaires pour renverser le despotisme. [Applaudi.)
Je conclus à ce que la motion de Bourdon soit jrejetée, et (pie l'on se contente d'écrire aux Sociétés affiliées pour leur apprendre hi différence que nous mettons entre Marat et Robespierre. [Applaudi.)
La Société arrête (ju'elle ne se servii'a plus du terme iratlilialion. h' regardant injuricu.\ à l'égalité républicaine, et elle y susliliie le mot de fraternisation.
La Soci('lé arrête ensuite que Maral ne >ei;i |Miiiit vnyr du l;il»le;ui (le ses membres, mais (|ii'il sera fait une eirciilaire à toutes les Sociétés <|ni ont le droit de fraternisation, une eirculaire dans la(|nelle
[23 HKC. 1792] SOCIÉTÉ DES JACOBLNS 615
on détaillera les rapports, ressemblances, dissemblances, conformités et difformités, qui peuvent se trouver entre Marat et Robespierre, afin que tous ceux, qui fraternisent avec les Jacobins puissent prononcer en connaissance de cause sur ces deux défenseurs du peuple, et qu'ils apprennent enfin à séparer deux noms qu'à tort ils croient devoir être éternellement unis '.
Desfieux continue la lecture de la correspondance.
Un arrêté pris par une Société fraternisante a donné lieu à une très grande discussion. Cette Société annonce qu'elle a suspendu un poignard au tableau des droits de l'homme, et qu'elle a arrêté de le plonger dans le sein de ceux qui aspireraient à la tyrannie.
Albitte propose, non pas de suspendre un poignard, mais de jurer de poignarder tous ceux qui aspireront à la tyrannie. [Applaudissements très vifs.)
Toute l'assemblée se lève, et jure d'exterminer tous ceux qui aspireront à la tyrannie.
Un citoyen demandait que l'on expliquât ce que l'on entend par tyrannie, afin de ne pas compromettre la sûreté des personnes que sans raison on pourrait soupçonner d'aspirer à la tyrannie.
Cette motion n'est pas entendue et est couverte par des murmures violents.
Robespierre. — Je vais soumettre à la Société quelques réflexions sur les moyens de déjouer les projets des ennemis de la liberté. Il est clair que leur but est d'exciter un grand mouvement dans Paris, pour l'attribuer aux patriotes et aux Parisiens, afin de faciliter à la Convention les moyens de quitter Paris. Yoilà le but des Brissotins. Pour déjouer ces projets, il faut que le peuple reste calme et conserve sa dignité, que l'on regarde comme suspect quiconque parlerait de donner la mort au tyran. Si mercredi il n'est pas encore condamné à perdre la tête sur l'échafaud, ne nous opposons pas au délai qu'il demandera; si nous restons calmes, dans deux mois les Brissotins seront forcés de fuir et d'aller chercher un refuge en Angleterre. Voilà le terme de leur complot; mais soyons calmes et ne faisons aucun mouvement qui ferait la joie de nos enneuiis. [Applaudi.)
1. Le rédacteur du Journal des Jacobins ajoute ici : « Ainsi Marat remporte sur ses ennemis, qui ue datent pas de loin. Il paraît qu'un des derniers numéros de Marat lui a valu cette petite attaque, qui n'a pas, comme on le voit, été bien sérieuse; dans un de ces derniers jom'naux, ce médecin fameux semblait ordonner une nouvelle saignée du corps politi(|ue, et c'est sans doute le prétexte qui le fait attaquer aujourd'hui. Au reste, il est demeuré victorieux, malgré les efforts de quelques individus. »
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Robert, après avoir invité les citoyens au plus grand calme, dit qu'il ne faut pas que les patriotes s'opposent au délai que pourrait demander Louis Capet. Il ajoute qu'il serait de la justice et de la saine politique que ce fût un Jacobin qui fit la demande d'un délai jiour Louis Capet.
Cette proposition est improuvée par des murmures,
Albitte. — Je m'oppose à celte motion; il ne s'agit pas de temporiser : si nous voulons détruire entièrement la tyrannie, il faut faire tomber la tête du tyran. (Applaudi.)
Jennbon-Saint-Andri' s'étonne qu'une telle proposition d'accorder du délai à Louis XYI soit sortie de la boucbe d'un patriote. La Société paraît partager cette surprise. Saint-Amb'é veut que Louis XVI soit entendu et jugé dans la même séance. (Applaudi.)
Un soldat vient dénoncer Kellermann. Il se plaint d'avoir été persécuté par ce général, pour avoir dit dans le club de Metz que Kellermann aurait pu détruire l'armée prussienne, s'il l'avait voulu. 11 assure que, pour avoir émis cette opinion, il a été privé de sa liberté pendant trente-sept jours. Il accuse Kellermann d'avoir violé en lui la liberté individucllo ; il l'accuse d'avoir établi son quartier général dans une abl)aye de moines aristocrates, et d'avoir «lonné à dîner plusieurs fois à l'abbé et au procureur de cette maison. « Tant que nous aurons, dit-il, des nobles à la tête de nos armées, nous ne serons pas vraiment libres. Je prie la Société de me nommer des défenseurs ofTicieux, pour tirer vengeance des injustices de Kellermann. » — On nomme Albitte et Berruycr pour défenseurs du dénonciateur de Kellermann.
Desfieux a proposé et la Société a adopté de ne plus regarder comme membres de la Société tous ceux qui depuis trois mois n'ont pas renouvelé leur carte de Jacobin.
l);iii> une des précédi'ijtes séances, un acteur du Vaudevillr était venu se plaindre de Marré, directeur de ce spectacle. .Xujourdhui une cbarmaute actrice vient demander deux membres des Jacobins, pour prendre, ;iussi sa défense. Klle se plaint des injustices du dir(M-|cur de ce spectacle, qui l'avait attirée à Paris dans l'espérance de lui faire exercer ses talents. Klle assure que, pour y réussir, elle avait appris des rùles dans dilférentes pièces inléressanles, qu'elle avait fait emplette de plusieurs babils de llH-àlre, mais(pi';iu mouu'nl où elle espérait faire le premier essai de ses talents, le directeur lui avait écrit qu'il était au désesjtoir de ne pouvoir la recevoir dans sa troupe, al-
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tenrlu que les acteurs et actrices de son spectacle ne voulaient pas fraterniser avec elle.
Elle termine par demander des défenseurs officieux pour embrasser ses intérêts.
Le Président répond à cette actrice que les opprimés ont toujours trouvé des défenseurs dans cette Société et qu'il est persuadé que les Jacobins se disputeront le plaisir d'embrasser sa défense. [Applaudi.)
Les citoyens de la section du Contrat-Social envoient une députation pour demander aux Jacobins des renseignements sur le patriotisme du citoyen Guiraut, qu'ils ont envie de porter par leurs suffrages à la place d'officier municipal.
« L'esprit public, dit l'orateur de la députation, fait de plus en plus de rapides progrès. Chaque section est un véritable club de Jacobins. Comme on avait répandu le bruit que le citoyen Guiraut avait été chassé de la tribune des Jacobins, la section du Contrat-Social, qui regarde cela comme une grande preuve d'incivisme, nous a députés vers vous pour connaître la vérité des faits.
« Nous sommes chargés de vous demander si le citoyen Guiraut est réellement digne de nos suffrages. «
La Société atteste à la députation que le citoyen Guiraut est réellement digne d'être élevé à la dignité d'officier municipal.
Un citoyen demande que la Société, pour donner plus d'authenticité aux témoignages d'estime qu'elle vient de manifester au citoyen Guiraut, lui expédie un certificat de civisme.
Dufourny s'y oppose en invoquant les règlements de la Société, qui s'opposent à ce qu'elle délivre jamais des certificats de civisme.
[Un certain Maroles demande l'admission et ne peut l'obtenir, parce qu'il a signé la pétition des vingt mille contre la journée du 20 juin. — On propose de suspendre toute espèce d'admission dans les circonstances actuelles. La Société repousse celte proposition. — Séance levée à dix heures.]
618 SOCIÉTÉ DES JACOBLNS [24 déc. 1792