‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 110 sur 131 · SEANXE DU LUNDI 24 DÉCEMBRE 179-2, L'AN I'^ DE LA REPUBLIQUE · texte numérisé non relu

SEANXE DU LUNDI 24 DÉCEMBRE 179-2, L'AN I'^ DE LA REPUBLIQUE

PRÉSIDENCE DE S A 1 N T - J U S T

[A propos du procès-verbal, Hobert rectifie et explique son opinion sur le délai que pourrait demander Louis XVI. — Goupilleau pense que le procès du roi devrait être terminé mercredi prochain. — Lettre àeCoIlol dCHerbois, commissaire de la Convention à Nice'. — Le Club central de Uordeaux dénonce une adresse au peuple publiée par le Club des Récollels de la même ville^. — Un membre demande que la Société crée dans son sein un Comité militaire : ordre du jour. — Discours des députés des patriotes bataves.]

A cette occasion, il s'est élevé une intéressante discussion. Le résultat a été que la France devait, avant d'entrer en Hollande , peser les inconvénients d'une pareille démarche, et on a élevé à ce sujet plusieurs objections majeures :

1° On a dit que les députés bataves n'étaient pas munis de pouvoirs. Qu'est-ce que c'est qu'un pouvoir lésai? C'est un pouvoir donné par une autorité constituée.

2° Cummenl pouvons-nous avoir de tels pouvoirs, puisque nous ne pourrions les obtenir que de ce que nous voulons renverser? Nos [toiivoirs sont les mômes que ceux que vous aviez le 14 juillet 1789.

3" La situation intérieure fie la France, dit-on, ne lui permet pas de porter ses armes en Hollande. Nous ne connaissons pas assez les moyens de la France; mais nous savons que son véritable intérêt exige quelle enlève la Hollamle h r.Vn^ieterre.

4" On nous reproche notre inaction, et pour ainsi dire notre avance [sic). Si les Bataves ne commencent pas eux-mêmes leurs insurrections, c'est parce (ju'ils ont été tous désarmés à la révolution de 1787 par la trahison du ministre français; parce que nos cités sont remplies de mililaiies salariés par nos despotes. Les trésors ne sont pas en notre disposition; faites un pas, et liientrit notre or et notre argent seconderont vos elForls.

1. Collut dllerbois avait éti' envoyé t;n mission à Nice, par décret du IS novciubre 1192, avec Lasource et Goupilleau (de Konleiiay).

2. On trouvera le texte de ertle adresse dans la l'orrcspondaiirr. no t lii.

5" On a objecté qu'attaquer la Hollande, c'était faire déclarer l'Angleterre contre la France. Ou la cour d'Angleterre peut faire la guerre, ou elle ne le peut pas. Si elle le peut, elle le veut, et, dans ce cas, elle vous fera la guerre, quelque parti que vous preniez à l'égard de la Hollande. Ne l'auriez-vous pas à craindre également à raison de la garantie de la Belgique et du pays de Liège?

Enfin on nous demande quelle preuve nous avons que les Bataves sont disposés à l'insurrection. Nous n'avons d'autre preuve que la crainte de la cour stathoudérienne , qui avait préparé à la Haye ses moyens de fuite. Les Bataves sont bien plus mûrs pour la liberté que les Brabançons ; ils n'ont point le fanatisme à combattre. La prépondérance de votre commerce, l'état formidable de vutre marine, les meilleurs bois de construction, les blés de la Pologne, qui regorgent dans nos ports, les deux Indes sauvées, vos assignats portés en peu de temps au pair, notre or circulant dans votre territoire : tels sont les principaux avantages que vous assure votre entrée en Hollande.

Thuriot demande aux députés bataves si le nombre des patriotes en Hollande est plus nombreux que le parti des stathoudériens.

Les députés répondent que la prudence leur ordonne de garder le silence. Hs annoncent qu'ils ont donné ces détails au Conseil exécutif.

[Discours de d'Aube sur les pièces trouvées dans l'armoire de fer.]

Un membre obtient la parole pour lire à la Société une lettre que lui adresse un patriote de Bordeaux. Ce patriote annonce s'être rendu, aussitôt son arrivée dans cette ville , à la séance de la Société des amis de la liberté et de l'égalité, où il assista à la lecture d'une pièce patriotique, intitulée : La République de Syracuse, ou la Royauté abolie. Cette pièce y fut parfaitement accueillie ; on arrêta que, le jour où elle serait jouée, la Société ne tiendrait pas séance, et même qu'une députation de six membres y assisterait en son nom.

Le jour de la représentation, toutes les places étaient remplies de très bonne heure. La toile se lève, et le théâtre représente le palais de M. Veto; on lui apprend les plaintes que son peuple fait contre lui, et les déprédations de M"""" Veto. H se fâche; une insurrection le rend plus doux. Le peuple veut devenir libre, il se donne une constitution ; un général patriote est mis à la tète de la force armée; M™** Veto veut séduire celui-ci; mais, dane la pièce, elle ne vient pas à bout de son projet, comme dans notre Bévolution.

La constitution faite, le monarque constitutionnel jure et rejure

G20 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [24 déc. 1792]

tout ce qu'on veut, cl ne tient rien: enfin le peuple ouvre les yeux une seconde foi=, il voit que ce monarque le trompe; il attaque le château, fait prisonniers M. cl M"" Vélo, les enferme dans une tour. On leur fait leur procès, et le sénat île Syracuse les envoie lun et l'autre à la guillotine.

Là commence le cinquième acte. La guillotine sur le théâtre excite un mouvement de stupeur dans la salle. Les uns disaient : « Peut-on représenter des choses comme cela?» Des femmes se trouvaient mal. Enfin, au milieu du silence le plus absolu, M. et M"^ Veto arrivent au pied de rinstrument fatal. Au moment où ils montent. à l'échelle, un cri du peuple ordonne leur grâce et les condamne à une prison jterpétuelle. « Au cri de Grâce! ajoute l'écrivain, la salle retentit d"applaudissements, tant l'esprit public est détérioré dans celte ville. Aussi, continue-t-il, on n'y entend ni battre la générale, ni crier aux armes; enfin c'est un calme plat qui y règne.» Le patriote Terrasson a voulu parler dans la Société en faveur de Marat, de Robespierre, de Danton et autres, qu'on traite de factieux; on n'a pas voulu l'écouler. 11 a eu beau vouloir séparer la cause de Marat de celle de tous les autres, il a été mal accueilli, et cette Société a arrêté qu'elle suspendrait toute correspondance avec les Jacobins de Paris, tant qu'ils auraient ces membres parmi eux.

La Société, ne voyant dans cet arrêté de celle de Bordeaux qu'une suite de menées employées pour corrompre l'esprit public dans celte ville, plaint son erreur et passe à l'ordre du jour. Elle arrête, sur la demande de plusieurs membres, qu'elle tiendra séance demain à raison de la fête de Noël, et nomme deux commissaires pour aller recevoir une révélation sur un fait qui intéresse la sûreté générale, que le citoyen Dorfcuille deniande à confier à deux patriotes reconnus.

La séance a été levée à dix heures et demie.

[2o DEC. 1792] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 621

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