dits plu'asf est ainsi iiiaclievée dans l'original
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Je me suis porté de là, à cinq heures du malin, au faubourg Saint- Antoine, cl je n'y ai vu personne, aucune trace de rassemblement. Je retournai ù mon bataillon et je dis : « Mes camarades, il n'existe pas de rassemblements, on veut nous faire tirer sur le peuple, retironsnous chez nous, et que ceux qui veulent faire le métier d'assassins y aillent seuls. » De tout le bataillon, et c'est celui de Saint-Honoré, il n'est parti que trente hommes.
Quant au rassemblement des Tuileries, car c'est là qu'il y avait un rassemblement de tous les chevaliers du poignard, qui avaient si bien figuré dans la journée des claques, à midi et demi la garde n'a pas été peu surprise quand on l'a avertie que le roi allait la passer en revue. Effectivement le roi a paru, suivi d'une foule de coquins, car c'est comme ça que j'ai toujours appelé les courtisans. Pardonnez, Messieurs, mais je suis çoldat, moi, et je ne suis pas orateur.
M. HuUin, à la tète de cette troupe de brigands donc, suivait le roi, criant de toutes ses forces : « Vive le roi! » Un sous-lieutenant lui répond en criant : « Vive la nation ! » Aussitôt le brave HuUin lui assène un coup sur la tête et se met en devoir de le faire arrêter. Alors je me mets entre ce sous-lieutenant et Hullin, et, lui servant de remi)art, je dis à Hullin : « Si vous mettez la main sur cet homme, je vous f.... » Ah! pardon, Messieurs, mais je l'ai dit comme ça. (Ajo- Ijlaudi.)
M. Hullin fit un détour, et je vis qu'avec sa cohorte il se préparait à venir reprendre mon homme; alors je pris les canonniers, c'étaient ceu.x des Récollets. Messieurs, ils sont tous i)atriotes, les canonniers, [Applaudi.) Je dis donc aux canonniers : « 11 faut que les patriotes se réunissent, voilà des gueux qui conspirent contre nous, mais f..t,e! s'ils remuent, il faut les exterminer. »
Alors nous nous sommes tous portés autour du sous-lieutenant, et, moi le prenant par le bras* nous avons été dans l'ancien logement de M. Gouvion, où il y avait des juges de paix, et là j'ai dit : « S'il y a (luchiu'im qui ait à accuser ce brave homme, qu'il se montre, s'il l'ose. » Les lâches sont venus nous flairer, nous tourner; pas un n'a osé dire un mot : ils sont si lâches!
Un autre trait qui vous prouvera ce que je vous ai dit tout à l'heure, que les canonniers étaient patriotes. Ceux des llécollets étaient partis de chez eux avec le bonnet rouge sur rafîût de leurs canons. A la porte du château, M. de Homainvilliers a voulu leur faire oter ce signe, «jui offusque toujours certains yi-ux. Hs ont déclaré à M. de Romainvillitrs rpi'ils lui obéiraient dans ce qui scait du service, mais que, pour co (jiii re.ixarduil le soin de leurs canons, il n'y avait que
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faire, et, quand le roi est sorti, ils se sont mis sous les armes avec leurs écouvillons portant le bonnet rouge au bout. (Applaudi.)
[M. Sillenj prononce un discours où il réfute les calomnies dirigées par La Fayette contre les Jacobins. L'impression en est arrêtée '.]
Les sections devant s'assembler mercredi prochaiu, on arrête, sur ia motion de plusieurs membres, de remettre à jeudi la séance qui devait avoir lieu ce jour-là.
Plusieiu's membres se succèdent et rendent compte des divers faits qui se sont passés aux Tuileries dans la journée.
M. Chénier fait lecture de trois adresses envoyées par les citoyens de Grenoble, l'une à l'Assemblée nationale, l'autre au roi, et la troisième aux sections de Paris.
En applauilissant à ces trois adresses énergiques, la Société arrête l'impression en forme d'adlclie de la dernière.
M. Louvet fait lecture d'une adresse des citoyens de la section des Lombards aux 83 départements.
M. Gonchon, orateur du faubourg Saint-Antoine, lit la pétition présentée le matin à l'Assemblée nationale. L'impression en est arrêtée. Voici quelques traits qui sont plus généralement applaudis : « On menace de poursuivre les auteurs du rassemblement de mercreili dernier; c'est nous qui sommes ces auteurs; c'est nous, pères de famille, citoyens, soldats, vainqueurs de la Bastille, qui, fatigués de tant de complots, c'est nous, qui, in^ lignés du renvoi des ministres patriotes, des bassesses et des perPiilies de la cour, avons rassemblé les hommes du 14 juillet pour renouveler un pacte d'alliance, pour offrir à la cour le spectacle imposant et terrible de vingt mille bras armés pour la défense de l'Assemblée nationale. On s'efforce de nous calomnier près de la garde nationale, avec laquelle nous ne voulons faire qu'un... Sans doute, nos crimes envers la tyrannie sont nombreux : on est plus que séditieux, aux yeux de certains hommes, dès qu'on refuse d'applaudir à leurs bassesses constitutionnelles; ils nous appellent factieux, régicides, brigands. Répondez, vils scélérats: si nous méritions ces noms infâmes, où en seriez-vous?... L'anarchie vient
1. Société des amis de la conslitiitioti, séante aux Jacobins, à Paris. — Discours de M. Sii.i.ERY sur les Sociétés populaires et sur la lettre de M. La Fayette au corps léfjislatif, dans laquelle ce général a accus? la Société des amis de la constitution de Paris... d'être la cause des troubles intérieurs, prononcé dans ta séance du lundi T.\ juin 1792. — hiip. du Patriote français, s. d., in-8 de 20 p. — BiliL nat., Lb 40/172.
T(JMK IV. 4
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des factions; les factions sont fomentées par la cour : voilà la cause de nos maux », etc.
La séance est levée à onze heures.
SEANCE DU JEUDI 28 JUIN 1702 rnÉsiDENcr: de m. hkhault
M. Paris, détenu pour avoir énoncé une opinion taxée d'incendiaire dans une assemblée de sa section, réclame le secours de défenseurs officieux et une somme de deux cents livres qui lui est due pour divers travaux : l'un et l'autre est accordé.
M. CuÉNiER. — Dans le moment où les Sociétés patriotiques sont attaquées le plus violemment par tous les ennemis du bien public, elles cherchent toutes à se resserrer le plus possible, et une multitude se présentent à l'affiliation. Celle de Montbard, aux pièces de laquelle il ne manque que la liste de ses membres, la désire vivement, et M..., curé constitutionnel, vous demande instamment de passer sur cette forme en prenant l'engagement de vous faire passer cette liste par le prochain courrier. [Accordé.)
M. Raisson. — Ce n'est qu'avec la douleur la plus vive que je vais vous raconter ce dont je viens d'être témoin. Il y avait beaucoup de inonde dans mon café, lorsque, averti par un grand brouhaha, nous sortons tous pour voir ce que c'était. Nous apercevons un détachement de canonniers qui précédait la voiture de La Fayette, entourée d'une foule de grenadiers et de quelques officiers de troupes de ligne, les uns à la portière, les autres aux roues, tous dans l'attitude la plus basse. Le cortège a fait une pause devant ma maison, et, pendant cet instant, plusieurs de ces plais valels du général montrant du poing plusieurs personnes cpii étaient à la poi'le de mon café, connu pour être le rende/.-vous chîs patriotes, ils se sont écriés : A bas les Jacobins! avec les termes les plus menaçants.
Arrivés à la porte du général, ils oui (piilt*' leur idole et sont retournés à leur poste chez le roi ; mais, avant de rentrer dans le jardin, ils ont rencontré sur le Pont Royal un groupe assez considérable, qui se mit à crier sur leur passage : Y ive la nation! vivent les Jacobins! A
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ces mots, un des grenadiers sort de son rang, et provoquant le groupe, il s'écrie : Quel est le J... f.Jre qui ose répéter cela? S'il l'ose, qu'il se présente, s'il veut avoir a/faire à moi. Un jeune homme en chapeau rond se présente aussitôt, et dit au grenadier : Je suis prêt, me voilà, et, si vous avez du cœur, vous trouverez à qui parler. A ces mois le prudent grenadier rentre dans le jardin.
M. Merlin demande et obtient l'entrée de la séance pour une citoyenne du Havre, qui vient dénoncer un écrit envoyé dans cette ville par des commissaires de l'hôtel Massiac^
M. Desfieux. — Des lettres que je reçois à l'instant de Bordeaux m'annoncent que les esprits y sont extrêmement bien disposés et que tous les patriotes sont sur le point de partir pour la capitale. (Applaudi.) Les corps administratifs marchent dans le même sens que les patriotes; ils viendront se loger dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau. En attendant qu'ils arrivent, ils ont cru devoir faire au corps législatif une adresse pour lui demander la suspension du pouvoir exécutif.
M. CuABOT. — Les Bordelais, les Marseillais et les Brestois ne seront pas seuls à la fédération du 14juillet, c'est-à-dire à la régénération de la Frauce. Une Société populaire de Dôle, couiposée de trois mille citoyens, demande raftiliation; elle vuus fait part d'une adresse qu'elle envoie à TAsseniblée nationale.
Messieurs, ce n'est plus un mystère aujourd'hui : j'avais été au faubourg Saint-Antoine pour engager les citoyens à ne pas se présenter comme ils l'ont fait le 20, dans la crainte que M. La Fayette ne prît de cette démarche un prétexte pour crier à l'insurrection et qu'il ne vint ici, étayé de tous les partisans qu'il s'est fait à coups de chapeaux. Il ne faut plus en douter : la cour, un nombre immense de gens sans aveu, rendus à Paris de tous les départements, cous[)irent contre la liberté, ayant La Fayette à leur tête.
Dans cette crise fatale, l'Assemblée nationale, garrottée parla constitution, ne peut pas vous sauver, car le roi veut vous perdre. Oui, Messieurs, l'Assemblée nationale pourrait vous sauver, si le roi était assez scélérat pour marcher hautement, ouvertement contre la ccmstitution; mais, tant qu'il affectera des discours conformes à cette constitution et qu'il se contentera d'agir en sens contraire, nous ne pouvons rien : le peuple, seul souverain, peut seul agir et nous intimer sa volonté. Le serment est sacré pour tous les membres de l'Assemblée nationale; mais je ne doute pas que tous mes collègues qui snnt dans les bons principes ne reconnaissent à chaque instant la sou\e-
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rainelé du peuple, qui a toujours le droit de changer son gouvernement. Le côté gauche, sans doute, se lèvera et dira au peuple : « Sauvetoi, car tes représentants ne peuvent te sauver. »
Quand la cour se trouve appuyée iTuii nouveau Crtjmwell qui conspire contre elle comme contre la liberté, quand la cour, dis-je, est appuyée par un tel conspirateur, illest impossible que l'Assemblée nationale sauve la nation; elle ne peut que dire au peuple: «Venez, accourez tous. »
Je conclus à ce que la Société écrive à toutes les affiliées, et plus encore à ce que l'Assemblée nationale écrive à tous les départements, qu'elle leur crie à tue-tete : « La patrie est en danger! »
M. Laveaax lit une lettre de Strasbourg, qui annonce les préparatifs des Autrichiens de l'autre côté du Rliin.
M. Brissoï. — M. La Fayette a en lin levé le masque, mais il l'a levé trop tôt. Egaré par une ambition aveugle, il vient de s'ériger en modérateur. Cet excès d'audace, pour être prématuré, le perdra ; que dis-je? il la déjà perdu. Quand Cromwell crut pouvoir donner des leçons, parler en maître au Parlement d'Angleterre, il était entouré d'une armée de fanatiques qui se dévouaient au service d'un seul homme, il avait i-emporté quelques victoires. Les lauriers ne ceignent pas encore la télé de M. La Fayette, et nous pouvons hardiment nous porter les garants que les soldats de M. La Fayette ne tourneront jamais leurs armes contre les vainqueurs de la Bastille.
Je ne partage donc pas les frayeurs de M. Chal)()t, et je ne dis pas comme lui : « La liberté est perdue», parce ([u'il a pris j'antaisie à M. La Fayette de venir se présenter en i»élilionnaii'e à la barre; j'en ai pour garant le courage de nos braves vnlnulaires aruiéspour la défense de la liberté. Sans doute l'Assemblée nationale aura le courage de châtier l'insolence dt; M. La Fayette, et je prends ici l'engagement de prouver à la tribuiu^ de l'Assemblée nati(uiale que M. La Fayette est cou[)able de haute trahison. [Applaudissements.)
Je prouverai (ju'd est le chef d'un parti dont le premier but est d'ériger M. La Fayette en modéi'ateur de l'Assemblée nationale, et le second de rétablir, sinon la noblesse, au moins quelque chose ipii y ressemble, et qui rétablisse l'aristocratie des riches et des propriétaires.
Je déinonlreiai (pie M. La l'^iyelle, désertant son poste après s'élre concerté, tlil-il, avec Lurkuer, mai-; non sans doute avec les Autri(diieus, en (luiilant son armée dans le moment où des démarches vlgoiu'euses auraieid pu avancer les all'aires, en ntanl aux Autri-
chiens le moyen de rassembler leurs forces, a compromis la sûreté de l'État et s'est rendu coupable du crime de haute trahison. Je prouverai qu'il a violé la constitution en venant présenter à l'Assemblée nationale non pas une pétition, mais un ordre par lequel il compromet nos frères. Il résultera de toutes ces preuves que l'Assemblée nationale ne pourra se dispenser de porter contre M. La Fayette le décret d'accusation.
Il ne me reste plus, après avoir pris cet engagement, que de faire un vœu dans cette Société. M. La Fayette et tous ceux qui conspirent avec lui ne sont devenus forts que de nos divisions. Jurons donc d'oublier toutes nos haines, s'il est vrai que la haine puisse subsister dans le cœur des patriotes. Quant à moi, je déclare que, du plus profond de mon cœur, j'oublie tout ce qui s'est passé. {x\pplaudissement!t universels.)
M. DuFouRNY. — A l'instant nous venons de perdre une Société^ notre sœur en patriotisme : M. Rœderer vient de faire fermer le Club de l'Évêché. [Murmures.)
M. Fabre d'Églantine. — Le fait n'est pas exactement tel que l'annonce M. Dufourny. M. Rœderer, comme gardien de la salle où s'assemblent les électeurs, voulant, dit-il, éviter les dommages faits ou à faire dans cette salle, a donné ordre au concierge de ne donner les clefs et de n'ouvrir la salle que pour les assemblées du corps électoral.
M. Robespierre. — Quand le danger que court la liberté est certain, quand l'ennemi de la liberté est bien connu, il est superflu de parler de réunion, car ce sentiment est dans tous les cœurs. Quant à moi, j'ai éprouvé qu'il était dans le mien au plaisir que m'a fait le discours prononcé ce matin à l'Assemblée nationale par M. Guadet, et celui que je viens d'éprouver en entendant M. Brissot. [Applaudissements.)
Je viens inaintenant à l'ordre du jour, c'est-à-dire à l'ennemi de la patrie, La Fayette. Je crois que jamais plus grand attentat ne fut commis, mais je crois que M. La Fayette est mainlenant tui ennemi facile à terrasser, un insecte facile à écraser du poids seul de la constitution. L'attentat qu'il avait commis en écrivant sa lettre à l'Assemblée nationale eût été, aux yeux de tous les sincères amis de la liberté, de la constitution, le plus grand des crimes, s'il n'eût pas commis celui dont il s'est rendu coupable ce matin. Ce n'était pas assez pour lui qu'il eût insulté par écrit à la souveraineté de la nation en écrivant ainsi à ses représentants: il fallait qu'il vînt les braver lui-même, qu'il jetât ses regards sur toutes les parties de l'Assemldée,
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qu'il en suivit les mouvements d'un o>il observateur, qu'il en examinât avec attention tous les orateurs. Enfin il a osé dire en substance: «C'est moi qui suis l'auteur de l'écrit où je vous donnais des leçons, où je vous disais que vous vous écartiez de la constitution; c'est moi, gardez-vous d'en douter. Je vous avais averti que j'étais environné d'une armée pour la défendre, cette constitution, que cette armée voulait marcher vers Paris, indignée des outrages faits au représentant héréditaire du peuple dans la journée du 20; que c'est moi qui l'ai arrêté en lui disant : « Il n'en est pas encore temps; pour cette fois, ma " présence seule surtira; je me charge de présenter votre vœu. »
Pour punir un si grand attentat, quelle voie, quel moyen employer? Le moyen est tout simple, il est dans la constitution : c'est le décret d'accusation qui, au même moment qu'il livrera sa tête coupable au glaive de la loi, l'enlèvera aux complots dont il est l'appui et la seule espérance. Quand La Fayette lève lui-même l'étendard contre la constitution, en lui opposant la constitution elle-même, vous l'accablez d'un poids énorme. Mais l'Assemblée nationale ne peut prendre une mesure plus faible sans perdre la liberté. Toute autre que le rlécret d'accusation serait insuffisante. Elle ne peut en prendre d'autre sans se perdre elle-même, car La Fayette lui déclare la guerre, et il ne lui reste que deux partis : ou de rester les représentants de la nation en déployant toute sa force contre ce conspirateur, ou de devenir dans la main de La Fayette un agent puissant pour afifermir son règne.
Mais, dira-t-on, celte mesure peut-elle se prendre sans danger? Oui sans doute, et, de quelque audace qu'il use en disant que son armée ne fait qu'un avec lui, je garantis, moi, que l'armée qu'il commande, si elle connaissait rétendue du forfait dont il s'est rendu coupable, serait la première à faire exécuter le décret de l'Assemblée nationale. Je ne balance pas à affirmer qu'à la voix des représentants du peuple ceux qu'il afîecte d'appeler ses soldats seraient les premiers à être les exécuteurs de la loi. J'en ai pour garant et le patriotisme des soldats et le respect pour la loi qui se manifeste dans toutes les parties de l'empire.
La pusillanimité seule de la portion faible de l'Assemblée nationale est donc à craindre : c'est donc à élever le courage des patriotes qu'il faut s'appliquer présentement. L'autorité del'Assemblée nationale est telle que, réunie, elle ferait tourner à elle seule toute la machine politique.
L'Assemblée nationale est créée par la constitution : certes, les députés (pii défendiuiit la eonslilulion coidre La Fayette seront loiijoui'S l'Assemblée nationale, l'allé est la gardienne dt- la souvei-aineté tlu peu-
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pie, et, quand il y aurait des hommes assez lâches pour vouloir que La Fayette régnât et non la loi, que La Fayette fût souverain et non la nation, ils trouveront toujours une majorité qui s'opposera à eux.
L'entreprise de La Fayette est tellement extravagante que je ne puis la regarder que comme le désespoir de la nullité, que comme le dernier efToit du crime qui se montre dans toute sa laideur. La conscience de La Fayette lui dit qu'il a fait de grandes fautes contre le peuple; mais, ne se sentant pas le talent nécessaire pour l'asservir, il veut prolonger l'empire du despotisme militaire, il veut fomenter des troubles, parce qu'au milieu des troubles les gens médiocres trouvent toujours à se rendre utiles à quelque parti; il veut moins le rétablissement de l'ancien despotisme que semer la division. Nous devons donc lui opposer ces armes puissantes, la vigilance, l'énergie des bons citoyens et le calme du peuple. Gardezvous surtout d'une insurrection partielle, qui, sans aucune utilité, vous jetterait dans des maux incalculables. Par là, vous déjouerez les projets de La Fayette, qui a fait tout ce qui était en lui pour donner un dénouement tragique à l'événement du 20, car sa lettre était combinée avec ses dispositions. Dans ce moment encore, des émissaires de La Fayette se répandent dans la capitale, et les magistrats de la police sont occupés à prémunir le peuple contre les insinuations des perfides par des aftiches. Reposez-vous donc sur le décret d'accusation que l'Assemblée nationale ne manquera pas de porter, comptez sur la force qu'elle montrera dans cette occasion, et, La Fayette abattu, les conspirations cessent, le règne de la liberté s'établit.
J'ajoute néanmoins qu'il faut que l'Assemblée nationale, et avec elle tous les vrais amis de la liberté, avertisse tout le peuple français; il faut que les députés patriotes, que chaque citoyen, mettent au jour ce qu'ils savent sur La Fayette, et alors, avant d'être jugé par la Haute Cour nationale, il sera condamné dans Topinion publique.
M. CouTiiox. — Je pense comme les préopinants que La Fayette est le plus grand des criminels et que, si le décret d'accusation n'était pas porté, il faudrait alors oublier le crime de La Fayette pour ne plus se ressouvenir que de celui de l'Assemblée nationale.
11 a commencé par exercer par écrit une initiative sur l'Assemblée nationale; il persévère dans son crime constitutionnel; il veut enfin ce qu'il a toujours voulu, le gouvernement militaire, pour devenir protecteur sous un roi mannequin. L'ambition de La Fayette est l'ambition d'un insensé, lambition d'un homme qui ne connaît ni l'énergie, ni le patriotisme des Français. Il ne réussira pas, j'en ai
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pour garant le patriotisme de son armée elle-même. Sans doute lAssemblée nationale n"hésilera pas à prononcer le décret d'accusation, mais il est bon de préparer l'opinion, et j'engage tous mes collègues à employer tous les moyens qui sont en leur pouvoir... [Murmures.) Il faut que, dans leur correspondance, ainsi que les journalistes dans leurs écrits, ils dévoilent les crimes de La Fayette, afin qu'il vienne à l'Assemblée nationale une foule d'adresses qui la prépare au décret d'accusation.
Plusieurs personnes m'objectent que le moyen est trop long; mais au moins, si ce n'est pas pour l'Assemblée nationale, ce sera pour la Haute Cour nationale.
M. Fauchet. — En admettant la proposition de M. Coutlion, j'observe qu'il serait dangereux d'attendre ou de différer l'accusation : car, dans cet intervalle, il chercherait sans doute à travailler son armée, et, s'il n'en venait pas à bout, il chercherait, en remportant quelque léger avantage, à changer en sa faveur la tournure des esprits. Il est donc important de se réunir pour obtenir le décret d'accusation le plus tôt possible.
M. Lasource, — La Fayette est donc à Paris...
Plusieurs voix. — Il est parti à sept heures, il n'y est plus.
M. Lasource. — J'ignorais qu'il fût parti ; mais, que cela soit ou non, il n'en est pas moins vrai que César ne s'est point contenté de menacer le Sénat, qu'il a passé le Rubicun. Je sens que je lui fais trop d'honneur en comparanlLa Fayette à César; mais je ne me suis servi de la comparaison que pour la ressemblance de leurs projets.
(Ju'est venu faire M. La Fayette à Paris? Il est venu chercher à gagner la garde nationale, autoriser les contre-révolutionnaires à avoir confiance en lui, braver l'Assemblée nationale et sonner le tocsin de la guerre civile.
Il est venu égarer la garde nationale, pour l'engager à tirer sur le peuple et le séparer par là de l'Assemblée nationale, dont il est le plus ferme appui. Il est venu encourager les contre-révolutionnaires, en voulant, par sa démarche, leur donner à croire que lui seul dirigeait le château des Tuileries, l'armée et l'Assemblée nationale. Il a voulu par là se montrer à eux comme le but vers lequel tous ils devaient tendre. 11 ;i voulu se relever aux yeux (Ui son armée, en lui montrant que l'Assemblée nationale, avant qu'il y vint, était presque en contrerévolution, puisqu'à son arrivée aucun autre sentiment ne s'est manifesté que des applaudissements, quoiqu'il vint lui faire des reproches. 11 a voulu braver l'Assemblée nationale pour exciter certaineuu;nt la guerre civile : car, toutes les l'ois (piun général se montrera
au milieu de l'Assemblée nationale avec des principes tels que les siens, il excitera certainement la guerre civile entre des hommes qui se traînent au char d'un homme et les vrais patriotes, ceux qui tiennent aux principes.
Qu'a-t-il fait? Il nous a assuré que son absence de son armée ne faisait aucun tort à la chose publique, parce qu'il avait pris des arrangements avec le général Luckner; mais il en a donc pris aussi avec les Autrichiens, il est donc convenu avec eux d'un armistice?
Il est venu dire au corps législatif, avec le ton que ne prendrait pas même un protecteur : « J'ai cru devoir venir me présenter seul en quittant l'honorable rempart dont je suis environné. » Je ne paraphrase pas ici, je rends ses propres expressions. Il a donc voulu dire : je suis venu parce que je suis trop au-dessus de vous pour vous redouter; mais, si je n'eusse pas voulu venir, vous ne m'auriez pas atteint au milieu du noble rempart dont je suis environné.
Il a dit au corps législatif qu'il le priait instamment de rassurer l'armée contre la crainte qu'elle avait de voir porter atteinte à la constitution : il accuse donc l'Assemblée nationale de porter atteinte à la constitution? Il la menace dans ce cas-là de la vengeance de son armée. Où est la liberté, où est l'indépendance, si un général d'armée peut venir tenir de tels discours au milieu des représentants du peuple? II est impossible qu'il y ait plus longtemps ni liberté, ni Assemblée nationale, ni souveraineté : car, dans un temps de révolution, il se trouvera toujours des scélérats à talents qui s'empareront de la force armée. M. Ramond nous a dit que l'on devait quelque chose à M. La Fayette, le tîls aîné de la liberté. Aussi, lui aurais-je répondu, sous l'ancien régime que vous rappelez, par ce prétendu droit d'aînesse, c'étaient les frères aînés qui devenaient les tyrans de leurs frères.
Oui, Messieurs, La Fayette est un traître, un conspirateur; La Fayette est un scélérat : voilà mon opinion, et, quoiqu'elle n'ait pas paru être celle de la majorité de l'Assemblée nationale ce matin, il ne faut pas vous laisser effrayer par la non-réussite de l'appel nominal. Cet appel ne portait que sur la question de savoir si le ministre serait interpellé de déclarer si M. La Fayette était ici avec ou sans congé. Or, pendant que l'appel nominal se faisait, les pièces déposées sur le bureau prouvaient que M. La Fayette était ici sans congé; l'objet en devenait donc inutile, et beaucoup de membres ont donné leur voix indifféremment.
Ce dont il est important de se persuader, c'est que voilà le vrai moment où la Révolution va commencer. Réunissons-nous donc autour de la constitution. Quant à moi, je déclare que je veux bien pas-
ser pour le dernier des hommes si jamais on me voit m'en éloigner un seul instant.
UM.All/itte, Sillery, Terrasson, prennent successivement la parole et offrent des observations qui sont fort applaudies.
Une dépulation des Jeunes amis delà constitution demande la correspondance, qui lui est accordée.
La séance a été levée à onze heures.
PRÉSIDENCE DE M. UÉRAULT
Après la lecture de la correspondance, l'airiliation est accordée à la Société de Forcalquier.
M..., Brestois, communique deux lettres qu'il a reçues de Brest : l'une et l'autre annoncent que les citoyens de Brest, alarmés des dangers que court la patrie, ont ouvert, avec l'agrément des corps administratifs, i\eux souscriptions, l'une pour recevoir les noms des citoyens qui auraient la bonne volonté de marcher vers Paris, Tautre pour recevoir les offrandes pécuniaires pour subvenir aux frais de cette mission civique. Dans le premier jour, cinq cents volontaires étaient inscrits, et plus de 12,000 liv. couvraient le bureau des receveurs. (Pour les détails, voyez la Correspondance.)
Deux députés de la ville de Falaise annoncent les mêmes dispositions et les mêmes préparatifs.
Un vétéran de la section de Bonne-Nouvelle annonce que cette section, convoquée légalement pour examiner la conduite de M. le maire et de la municipalité dans la journée du 20, et la dénoncer dans le cas où elle se trouverait inculpable, a terminé sa séance par voter une adresse de r(imerciements à M. Petion pour avoir, [)ar sa sagesse, empêché le sang de couler dans cette journée.
M. Ler/endre demande et obtient des défenseurs ollicieux et une collecte pour deux volontaires du bataillon d'Ille-et-Vilaine, échappés des |)risons où ils avaient été jetés par ordre du capitaine de ce bataillon pour avoir eu l'audace de danser, à la plantation du mai dans une commune, ave<' la femme de ce capitaine.
M. Sainl-Au/jùi lit lui luujcl dr prlilionen faveur de MM. Bnullan et Paris, déti'iuis l'un id Janlrc |»iii' ordr-c du juge de paix du l'ciron,
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pour des opinions énoncées par ces citoyens dans l'assemblée de leur section '.
M. SiLLERY. — M. Achille du Chastellet, membre de cette Société, a eu le mollet emporté en exposant sa vie pour la défense de la liberté; je demande que le Comité de correspondance soit autorisé à lui écrire un mot de félicitation, — Arrêté.
[M. Billaud-Yareune prononce un long discours sur la situation -.J
M. Merlin commence un discours sur la situation de l'empire, mais un avertissement donné aux membres de l'Assemblée nationale de se rendre à leur poste l'engage à quitter la tribune.
Quelques motions d'ordre se succèdent et ne sont pas mises aux voix.
La séance a été levée à onze heures.
Juillet 1792
PRÉSIDENCE DK M. HÉRAULT
[M. Sillery donne des détails sur la réconte lettre de Luckner ', qu'il assure n'être pas de lui. — M . Merlin [de Thionville) craint que le déiiartemenl ne veuille suspendre Petion de ses fonctions de maire. — On annonce l'arrestation aux Champs-Elysées d'un ancien ccnt-suisse de la garde <'u roi. — Un cannonier de la garde nationale lit une pélition à l'Assemblée légisbttive pour obtenir que les citoyens puissent monter leur garde sans uniforme. — Des citoyens de la section de la Fontaine-Grenelle, où est le domicile de La Fayelle, demandent des mesures sévères contre ce général.— On communique diverses