‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 12 sur 131 · Il s'agit de la section de Mauconseil · texte numérisé non relu

Il s'agit de la section de Mauconseil

2. Société des ainis de la constitution, séante aux Jacobins, à Paris. — Discours de M. Bill.\.ud-Vahexne sur notre situation actuelle et quelques mesures à prendre pour assurer le salut public, prononcé à la séance du 29 juin 1792. — Imp. du Patriote français, s. d., in-8 de 20 p. — Bibl. nat., Lb 40/705.

3. Il s'agit de la lettre de Luckner au roi, en date du 28 juin 1792, où il protestait contre la journée du 20 juin. On en trouvera le texte dans le Moniteur, XIII. 4.

60 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [1'^^ juillet 1792]

lettres des soldats de La Fayette et de Luckner. — MM. Merlin {de Thionville) el Collot d'Herbois^ parlent cnergiquement contre La Fayette. — Pétitions et adresses diverses.]

SÉ.\NCE DU LUNDI i JLILLET 1792

PRÉSIDENCE DE M. HÉRAULT

Après la lecture du procès-verbal de la dernière séance, M. Moras (de Brest) annonce que, par des lettres en date du 27 juin, il apprend que les Brestois sont partis pour venir à la Fédération.

M. Doppct annonce qu'un détachement des fédérés de Marseille s'est mis en marche le 23, et que le détachement des cantons et districts voisins doit être parti le 24.

M. Merlin. — La Société n'apprendra pas sans doute avec indifîérence que l'Assemblée nationale a levé ce matin tous les obstacles qui s'opposaient à la réunion fraternelle de tous les cit()yens de l'empire^. Ce n'est pas que le pouvoir exécutif n'ait mis à cette réunion tous les obstacles qu'il était en son pouvoir d'y mettre. Le ministre de l'intérieur avait été jusqu'à écrire dans tous les déiiartements d'opposer la force au passage de nos frères. Ce n'est pas que la cour n'eût ordonné partout de déployer le drapeau rouge pour empêcher cette réunion. L'Assemblée nationale a arrêté ces nouveaux projets d'une cour sanguinaire, et, si un nouveau veto ne vient pas paralyser le décret que nous avons rendu, nous aurons avant le li juillet le plaisir d'emitrasser nos frères, et peut-être la satisfaction encore [dus grande <le sauver la France avec eux.

Il n'est donc plus permis de douter; ce ne sont plus îles craintes vagues qui doivent nous agiter; on ne nous dira pas que La Fayette

1. Société des amis de la consfifuiion. séante aii.r Jarnhins, à Paris. — Opinion de J.-M. CoLLOT d'IIehbois, énoncée à la tribune de la Société le {"'Juillet 1192, l'an IV de la liberté, sur les coupables démarches du général La Fayette. — Imp. du Patriote français, avril {sic) 1792, in-8 de 16 p. — Bilil. imt.,Lb. 4U/707.— Ce discours se trouve en outre dans les numéros 228 et suivants du Journal des Jacobins.

2. Il s'agit du décret du !i juiliot l'',»2 pour faciliter l'arrivée « des citoyens gardes nationaux que l'amour de la constitution et do la liberté a détermines à se rendre à Paris, pour être de là Iraiisporlés soit à la réserve destinée à couvrir la capitalr, soit aux armées chargées de la défense des frontières ».

n'est pas un traître qui médite les plus noirs complots contre son pays ; les nouvelles qui sont venues ce matin à l'Assemblée nationale ne justifient que trop ces cruels soupçons; elle a appris avec une douleur que je n'entreprendrai pas de vous rendre que le général Luckner a retiré son armée sous les murs de Lille, et qu'en abandonnant Gourtrai, M. Jary, officier général étranger, sous le prétexte frivole que des chasseurs tyroliens pourraient se cacher dans les faubourgs de cette ville, y a fait mettre le feu, sans doute pour inspirer aux Brabançons de l'horreur pour les Français, à qui ils avaient tendu des mains si généreuses '.

Nous touchons au moment où l'Assemblée nationale va s'élever à la hauteur où doivent se tenir les représentants d'une nation libre. Elle a manifesté ce matin le vœu d'indemniser les Brabançons de la perte que leur a fait éprouver le barbare Jary; elle n'eût pas pris cette résolution, sans doute, si elle n'eût pas été décidée en même temps à frapper sans ménagement les traîtres, auteurs et machinateurs d'un complot aussi manifeste.

M... — Si les intentions de M. Jary pouvaient vous paraître douteuses, je vous dirais que j'ai vu entre les mains de cet homme une lettre que Frédéric-Guillaume lui écrivait pour l'engager à passer en Brabant pour le soulever; que ce même homme a dernièrement été employé par M. Delessart dans des négociations avec la Prusse.

Une députation de la Société de Saint-Denis communique une pétition que les citoyens de cette ville doivent présenter à l'Assemblée nationale pour demander justice et vengeance de l'attentat commis par le général La Fayette.

M. Pépin lit une lettre, écrite de Moreteau^ en Franche -Comté. Elle annonce que le décret de déportation des prêtres réfractaires s'y met à exécution malgré le veto. Depuis peu, il s'est formé une Société populaire qui demande l'affdiation aux Jacobins : car, disent-ils, les Autrichiens, les Coblenziens, les aristocrates, la cour, les mauvais prêtres, haïssent les Jacobins, donc ils sont bons, etc.

Plusieurs personnes racontent diverses émotions dont ils [sic) ont été témoins dimanche dernier à des lieux différents, à Chaillot, aux Champs-Elysées, au Luxembourg. Tous ces rapports rapprochés présentent par la similitude des faits une forte prévention en faveur

l. Voir sur ces faits la lettre deLuckner au miuistre de la guerre, qui futcomluuulquée à l'Assemblée nationale le 3 juillet 1792, et surtout le récit du Moni^ leur, XIII, 36, 41.

•2. Il n'y a pas de lieu de ce uom. Peut-être s'agit-il de Morez (Jura).

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de lopinion que la cour emploie tout, jusqu'aux moyens les plus bas, pour exciter un mouvement qui serait favorable à ses projets.

M. Lasource. — Un des articles du décret rendu ce matin ' porte que la municipalité donnera des ordres pour le logement de nos frères d'armes. Je crois qu'il serait digne des citoyens de Paris de ne pa^ attendre des ordres, mais de se présenter eux-mêmes à la municipalité pour offrir leurs logements. Par cette démarche, les Parisiens donneraient tous à leurs frères des départements une marque de cordialité qui achèverait de leur faire adorer une constitution qui a fait un [)euple de frères de citoyens isolés qui n'avaient de commun entre eux que le poids de l'esclavage qui pesait sur leurs tètes.

M. Merlin vous a dit que M. Luckner avait fait retirer son armée sous Lille : il faut bien se garder d'accuser le brave Luckner d'avoir été coupable de lâcheté ou de perfidie. Cet homme, étranger à Tin- Irigue, n'en est que plus exposé à être facilement le jouet des intrigants ; c'est par l'intrigue qu'on est venu à bout de lui persuader que les Brabançons n'étaient pas disposés en notre faveur. L'intrigue vient d'un autre camp, d'un homme dont le nom même ne sortira pas de ma bouche.

La retraite de ce général est déjà un grand malheur, puisqu'il nous fait perdre le fruit de nos dispositions; mais ce qu'il y a de jdus abominable sans doute, c'est la conduite infàtne du général Jary en se retirant de Courtrai. L'incendie de Courtrai est une action infâme qui serait capable de couvrir de honte la nation française, si elle ne témoignait pas hautement toute l'indignalioa que lui inspire une telle horreur, si l'Assemblée nationale, après avoir réparé autant qu'il sera en elle les pertes des malheureux BraI)ancons, ne Hvrait pas au glaive de la justice lauteur de cette infamie. iMais, Messieurs, si on a cherché à inspirer des craintes au général Luckner, c'est qu'à Tournai l'insurrection commençait à se manifester dans l'armée autrichienne, c'est qu'un succès trop prompt dans le Brabant eût dérangé le complot des perfides qui, d'accord avec le comité autrichien, disposent des armées.

Il est dans l'intention de l'Assemblée nationale, dans celle de la commis'^ion (ju'elle a nommée au moins, de déclarer, [icut-ètre demain, (pui la patrie est en danger. [Bravo! bravo! Applaiidisscuicyils.) Voilà une des mesures générales qui vont être propo^ées, et vraisemblablernmt elle sera adoptée, car le plus sûr moyen d'éviter le danger, c'est de déclarer (pi'il exist;. Mais apr''s celle gran le mesure

1. Il s'agit (in décro' dniil il a ùlc- (incslioii plus luiiit, p. M'.

générale, il y en a d'ultérieures qu'il serait fort intéressant de discuter. Je désirerais donc que la Société mît à Tordre du jour cette question : Quelles sont les mesures idU rieiires à prendre lorsque VAssemblée nationale a déclaré que la patrie est en danger? i'ohserwe à la Société qu'il a déjà été proposé quelques articles additionnels ; je crois donc que nous devrions discuter cet objet, afin que chaque membre pilt emporter à l'Assemblée nationale la masse de lumières qu'il retirera de la discussion. — Adopté.

jM. Ré.al. — Ce qui vient de se passer à Courtrai est la seconde représentation de ce qui s'est passé à Dinant et vous donne la clef de la conduite du général qui est l'auteur de l'une et l'autre retraite. Ne croyez donc pas que ce soit l'ouvrage de M. Luckner, mais celui de M. La Fayette, de cette coalition de nobles traîtres pour qui le succès de nos armes dans le Brabant est un supplice, puisqu'il détruit toute espérance de retour à l'ordre de choses qui est l'objet de tous leurs vœux.

Sur la motion de M. Goupilleau, qui accuse de plusieurs traits de faux patriotisme M. Girardin, la radiation de ce membre est arrêtée.

Le résultat du scrutin porte M. Saladin à la présidence, M. Billaud- Varenne à la vice-présidence. Les nouveaux secrétaires sont MM. Thuriot et Girey-Dupré.

Une députation de la section des Gobelins communique une adresse qu'elle destine aux quatre-vingt-trois départements, pour les désabuser sur la caloumie répandue dans les rapports mi)iistériels contre les habitants de ces faubourgs au sujet des événements du 20 juin.

M. Albilte, en présentant le résultat de réflexions très lumineuses sur l'état des directoires de déparlements, estime que, sur les quatrevingt-trois, il y en a vingt-cinq de totalement vendus. Quoique ce nombre ne soit pas aussi elTrayant qu'(»n aurait pu le croire, M. Albitte voit dans l'ignorance oti on tient le peuple des départements le plus grand des maux et propose comme le remède le plus infaillible celui de répanih-e les lumières de l'instruction. Les journalistes surtout attirent son animadversion; ils dénaturent les faits et font le plus grand tort à la chose publique. Il propose, pour remédier à cet inconvénient, des mesures générales, qui, n'étant point à l'ordre du jour, ne sont pas proposées à la discussion.

M. de Saint-Aubin lit un ariêlé pris par la section des Tuileries, convoquée pour examiner la conduite de la municipalité. Les principales dispositions de cet arrêté sont une approbation de la pétition des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marcel; une députation de trente

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commis?aires nommés pour féliciter la municipalité et le maire sur leur bonne conduite; une déclaration formelle que Tétat-major de la garle parisienne a perdu la confiance publique, ainsi que le directoire du département; une dénonciation du tribunal établi dans le château des Tuileries; des remerciements à M. Dusaulx.

On passe à l'ordre du jour.

M. Real expose de nouveau sa théorie de l'insurrection et propose, dans la supposition oii le danger d<; la patrie serait déclaré par un décret, de suspendre le chef du pouvoir exécutif de ses fonctions : car, si la patrie est en danger, c'est que, les deux pouvoirs ne marchant pa> ensemble, l'un des deux met la patrie en danger.

M. Danjou propose, comme mesure urgente, une Gcuivention nationale, pour réviser quelques aiticles de la constitution, tels que le veto, la liste civile, la nomination des ministres, celle des généraux.

Un autre membre propose, en combattant l'opinion de M. Real, de laisser au peuple le droit de prononcer la suspension du pouvoir exécutif, si elle est jugée nécessaire. — La discussion est ajournée. — Un lit la correspondance.

La séance a été levée à dix heures.

I'RÉS1I->ENCE DE M. SALADIN

Après l'admission de plusieurs étrangers à la séance, M. Jiéal demande que, suivant l'ancien usage île la Société, la lecture de la correspondance se lasse à l'ouverture de la séance. Cette proposition est mise aux voix et adoptée. Il demande encore que le Comité de correspondance soit tenu de ])réseuter à la prochaine séance la liste des Sociétés qui demandent lalhliation, et dont les pièces sont en règle, afin que la Société puisse délibérer sur leur alïiliation. Cette seconde proposition est encore adoptée.

M. Julien le Roi invile l,i Société, par une lettre (ju'il lui ailresse, à prendre une mesure jjiopre à prémunir les fédérés qui arrivent des départements contre l(>s uienées des aristocrates; il i)ropose, entre autres, à la Sori(;lé de ('nirc pour eux une adresse où les faits qui se sont |)assés defjuis «pu lipu; len)[>s dans la capilale, les causes aux- ([uelles on peut en atlribu-'r la [duparl, les intrigues, les mameuvres

et les projets des malveillants, fussent exposés dans un style simple, clair et précis, à la portée de tout le monde.

Celte mesure est convertie en motion, mise aux voix, et adoptée à l'unanimité.

Quelques membres observent que cette mesure est d'autant plus importante que les aristocrates se disposent à bien travailler ces fédérés, et qu'à cet effet un très grand nombre se sont fait inscrire pour offrir des logements, ce qui doit être une raison de plus, pour les patriotes en état de le faire, de se présenter à la municipalité pour s'inscrire également.

On observe que, le soin de distribuer des billets de logement étant remis à la municipalité, on peut s'en rapporter au patriotisme et au zélé éclairé de M. Manuel pour faire choix de personnes à qui il sera bon d'accorder l'honneur de recevoir nos frères des départements.

M. Real. — Les électeurs de 1789 sont assemblés ce soir au Musée, rue Dauphine, pour délibérer sur la fête du li juillet, et décider si ce sera simplement une fête civique, ou si on en fera une fête catholique en faisant chanter un Te Deum comme par le passé. Ceux de MM. les électeurs de 1789 qui sont ici sont priés de vouloir bien s'y rendre,

M. Dafourny ht l'extrait. de la correspondance. Sur sa demande, la Société accorde l'airilialion à celle des Monnayers ', séante à Arles. Un membre insiste pour que l'affiliation ne lui soit accordée qu'à condition de convertir le nom de Monnayers en celui d'Amis de la constitution. Cette motion est rejetée par l'ordre du jour.

Une députation de la section Mauconseil lit une adresse qu'elle doit présenter dans la soirée à l'Assemblée nationale, pour lui annoncer qu'elle s'est rendue permanente afin d'être plus à la portée de déjouer les manœuvres criminelles des ennemis du bien public, et mieux recevoir les fédérés. Elle se joint aux sections du Théâtre-Français, de la Fontaine de Grenelle, de Sainte-Opportune et autres, pour appeler le glaive des lois sur la tète du coupable La Fayette. « II y a deux ans, dit l'orateur, que La Fayette se présenta à cette section; là, un citoyen lui démontra, pièces en main, qu'il était le complice de Bouille; La Fayette ne put rien répondre. Depuis cette époque, nous l'avons regardé comme un traître, et nous ne nous sommes pas trompés. »

1. Sur les deux partis qui divisaient la ville d'Arles, les Clùffonnistes et les Monnayers, voir le rapport que lit Delpierre, au Dom du Comité des pétitions, dans la séance de TAsseiublée législative du 18 févi'ier 1792 au soir. {Moniteur, XI, 422). — Dans le texte original du Journal des Jacobins, au lieu de Monnayers, on lit Monadiers.

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