SÉANCE DU DIMANCHE 30 DÉCEMBRE 1792, L'AN 1" DE LA RÉPUBLIQUE
PRÉSIDENCE DE SAINT-JUST
Après la lecture du procès-verbal et de la correspondance, il s'élève quelques légères discussions sur la rédaction.
1. « Sauibat occupe le fauteuil. » {Créole patriote du 1«'' janvier 1793.) To:j- :V. -iJ
626 SOCIKTÉ DES JACODINS [30 déc. 1792]
Un député, membre de la Société, est invité à donner connaissance aux citoyens de ce qui est arrivé à la Convention nationale.
[Suit ce compte rendu.]
Ce rapport a été très applaudi, et on a vu se manifester des mouvements de surprise lorsque l'orateur a parlé des imputations que l'on fait au ministre Pache ; on a vu également se manifester des mouvements d'indignation lorsque l'orateur a attribué les dénonciations de Barbaroux et de Buzot à un esprit de parti, à l'envie de renverser un ministre antibrissotin et antirolandiste. La Société et le peuple des tribunes sont restés bien persuadés que le ministre Pache mérite toute leur confiance et celle de la République, et que les accusatiiuis qu'on lui fait sont de pures calomnies dirigées contre lui par la faction brissotine.
Un autre député confirme la Société dans l'idée (juc Pache est une victime innocente que les Brissotins voudraient immoler au parti rolandiste. « Il est bien étonnant, dit-il, que l'on nous parle des crimes de Pache, tandis que l'on se tait sur les crimes de Roland. Quoiqu'il ne se soit trouvé personne dans la Convention qui ait osé accuser le ministre de l'intérieur, ses crimes ne sont-ils pas cependant connus de tout le monde? Il fallait aussi demander une commission extraordinaire pour examiner la conduite de Roland. Je conclus à ce que l'on s'occupe enfin de l'examen de cet homme indigne de notre confiance, n
Un membre du Comité de présentation a lu à la Société une liste de quatorze candidats. La Société, après avoir entendu la lecture de cette liste et voyant (pi'il ne s'élevait aucune réchimation, a adopté l'admission des candidats à l'unanimité.
Un membre a dénoncé le citoyen Boursault, député suppléant du département de Paris'; il l'accuse d'avoir voulu faire égorger des patriotes par le Ital.iillou des MarseiHais (jui réside à Paris.
Un citoijcn oljserve <iue les MarseiMais savent se ballrt>, mais ne savent pas assassiner.
La Société a arrêté sa radiation à l'uuauiinité, {App/audissrmcnts.)
Une partie de la séance s'était déjà écoulée, et cependant une foule innombrahie de citoyens, que le désir d'assister à la séance des .lacobins avait attirée aux portes de la salle, bravait les injures du temps depuis cin<| hi-ures ; il eût été inhumain de laisser exposée à rinlrm-
1. .l<;in-Frani;oi9 Boursault, (Icuxii-mc députo su|)plL;uil du (li'pailrin.-iil de l'aris à l;i Convention, remplaça Manuel à la Couvcnliou le l'J mars 11'J3.
périe de l'air cette multitude de citoyens, dont le patriotisme ardent bravait la pluie et rinclémence du temps; cette inconvenance a été parfaitement sentie par Bourdon, qui s'est exprimé en ces termes : « La Société voit avec douleur que les tribunes ne sont pas assez spacieuses pour contenir les spectateurs patriotes qui , depuis cinq heures, bravent à la porte les injures du temps. Il y aurait de l'injustice, pour ne pas dire de l'inhumanité, de priver ces estimables citoyens du plaisir d'assister à notre séance. Ils viennent ici pour s'instruire, pour profiter de nos leçons patriotiques, pour connaître les dangers de la patrie et pour la sauver avec nous; nous devons répondre à la pureté du zèle qui les anime. Je demande que nous leur donnions l'entrée de la séance, qu'ils viennent dans le sein de la Société; cet avantage d'être avec nous est dû à leur courage patriotique, qui, depuis cinq heures, les rend insensibles aux injures du temps. Je demande, en conséquence, que les patriotes qui sont à la porte entrent dans cette enceinte et qu'ils puissent y assister à la séance. » [Applaudi.)
La proposition de Bourdon est accueillie avec enthousiasme. La Société arrête que les citoyens qui sont à la porte de la salle auront la faculté d'entrer dans le sein de la Société. Alors on voit entrer, au milieu des applaudissements universels, une foule considérable de patriotes des deux sexes, qui vont se placer aux deux extrémités de la salle. Le citoyen Dufourny, constant ami de l'ordre et du règlement, annonce que cette admission extraordinaire est déterminée par les circonstances, et qu'elle n'aura lieu que cette fois seulement.
Bourdon. — Il importe au salut public que les citoyens qui sont présents puissent connaître l'excellent discours que Robespierre a prononcé à la Convention nationale. Ce patriote éclairé a proclamé de grandes vérités dans ce discours sublime ; ce discours est propre à repousser l'esprit public et à ouvrir tous les yeux sur les manœuvres de la faction brissotine. Je demande que toute espèce de motion cesse, que Ton ne reçoive aucune députation et que Robespierre soit invité à nous lire son admirable discours.
Cette proposition est applaudie par la Société et par les tribunes. Toute espèce de motion cesse à l'instant, les orateurs qui avaient la parole la cèdent avec plaisir, les députations sont repoussées, et il règne le calme le plus profond '.
1. Le Journal des Jacobins ajoute : « Nous donnerons dans un de nos prochains suppléments le discours prononcé par llobespierre, pour l'iuipression
628 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [30 déc. 1792]
Desfîeux dénonce le journaliste Gorsas, pour avoir imprimé daiirî son journal que le discours de Robespierre était un chef-d'onivre d'astuce et de perfidie, un tissu de mensonges, de sophisme? et de personnalités calomnieuses.
TûURiOT. — Que nous importent après tout les diatribes de Gorsas et de tous les autres journalistes qui sont manifestement vendus à la faction brissotine? La calomnie s'agitera en vain, mais elle ne peut atteindre la hauteur où sont placés les Jacobins. En parlant de Gorsas ou de la Chronique de Paris, ou de semblables libelles, nous donnons dans le piège de nos ennemis; nous les rendons contents lorsque nous nous occupons d'eux et lorsque nous lisons les diatribes des journalistes que nous avons chassés de notre sein ; il faut qu'il no soit jamais question ici des journalistes que nous avons condamnés à la mort. [Applaudi.)
Bourdon a pensé que cette dernière idée méritait un commentaire : « Ce n'est pas à la mort physique , a-t-il dit, que nous avons condamné les journalistes, c'est à la mort de l'ignominie; voilà lo genre de mort que la Société peut infliger. Elle n"a pas le droit de tuer les journalistes d'une autre manière, |tarcc que la Société n'est pas un tribunal qui ait droit de vie et de mort. »
Antiioine. — Je demande la question préalable sur la proposition de Thuriot. Quand vous chassez des journalistes, vous leur donnez un mandat sur la liste civile de Holand. Mais il faut faire connaître leurs écrits pour parvenir à déjouer leurs complots. Quoitjue nous ayons expulsé de notre sein le rédacteur des Débats de la Société, ce journal n'en reparaît pas moins ; il exagère nos motions, il ne parle que de têtes roulantes sur les échafauds. Je demande que nous le désavouions par un arrêté formel.
Cette proposition, mise aux voix, est adoptée'.
duquel plusieurs membres s'empressent de souscrire, à l'imitation de deux patriotes f|ui déposent chacun, sur le bureau, une somme de l'iO livres. » — Ce discours fut imprimé sous ce titre : Socirlp des atnis de la lihrrié et de l'éfialité. Second discours de Maximu-ikn Hobesi'IF.rhe sur le jugement de Louis Cupet, prononcé ù la Convention nationale le 28 décembre, l'un /"■ de la République. — Imp. L. Potier de Lille, 1793, in-8 de 38 paj^es. — Hibl. nat., Lb 40/73:;.
1. Voici le texte de cet arrêté, d'apn's un extrait du procés-verbal que nous empruntons à un iuiprimé dont on trouvera l'indication plus bas, p. f>88, à la date du 20 janvier 1793 : « La Société arrête qu'il sera fait une adresse aux Sociétés alTlliées, dans laquelle elle désavouera le Journal des llcbals, rédigé par Dellffs, et que retli- adresse sera envoyée en placards pour être affichée. » — bibl. nal., Lb 40/2298.
Marat. — Sentinelle du peuple, j'ai voulu inspirer à tous les citoyens le feu sacré qui embrase mon cœur. Malgré mes efforts, des malveillants déchirent encore le sein de ma patrie; je me présente pour vous offrir un remède; il est dans vos mains. La Société des Jacobins est le boulevard de la liberté. Des volontaires de tous les départements se rendent à Paris. Us viendront puiser dans votre sein les vraies lumières. Votre enceinte est trop étroite, ordonnez de nouvelles tribunes, et que tous les membres riches contribuent à cette dépense. (Applaudi.)
Bourdon. — Nos frères des départements, liés par nos assignats, ne pourront jamais avoir l'idée des républiques fédératives. Nous n'avons donc point à craindre que l'appel au peuple, combattu par Robespierre, divise la République. Vainement me dira-t-on que les soldats de la liberté ne seront plus dans la République pour balancer l'influence aristocratique. Ils feront, avant de partir, comme ils ont fait le 2 septembre : leur départ sera précédé d'une éclatante vengeance avant qu'ils volent à la défense de la patrie. {Applaudi.)
Je dis donc que, si les ennemis de la patrie obtiennent l'appel au peuple, leur triomphe leur vaudra la mort et sera l'affermissement de la liberté. [Applaudissements.)
Chabot. — Je ne pense pas, comme Bourdon, que l'on ne puisse établir aisément le fédéralisme : la majorité des domaines nationaux, les biens des émigrés, sont dans les départements, et le rolandisme, le brissotisme et le girondisme dominent dans toutes les parties de la République. A Montpellier, neuf sections ont écrit à Roland une lettre plus basse, plus rampante que celle écrite au roi par le département de la Somme. Voilà à quel point les journalistes perfides, sans Qxce[iter Carra, ont corrompu l'esprit public. J'invite donc tous les patriotes à se méfier de cette sécurité et à se tenir sur leurs gardes.
La séance a été levée à dix heures et demie.
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