‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 114 sur 131 · SÉ.\NCE DU LUNDI 31 DÉCEMBRE 1792 , L'AN I" DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

SÉ.\NCE DU LUNDI 31 DÉCEMBRE 1792 , L'AN I" DE LA RÉPUBLIQUE

PRÉSIDENCE DE SAIMT-JUST

On donne lecture du procès-verbal, dont la rédaction est a-doptée sans réclamation.

630 SOCIÉTÉ DES JACOBINS ^31 dé... 1792J

Un soldat blessé demande des secours à la Sociélé; iU lui sont accordés, et on arrête une collecte on sa faveur.

l n (li'pitté du Club des Cordeliers annonce à la Société qu'indignés de la conduite incivique de Manuel, les citoyens qui composent ce club l'ont mandé à leur barre pour rendre compte des motifs qui avaient pu l'engager à demander l'impression de la défense de Louis Capet; ce citoyen ajoute que, Manuel n'ayant pas daigné comparaître, ils l'ont rayé de la liste des (]ordelier?. « Ainsi, dit l'orateur. Manuel, qui n'est plus Jacobin, n'est pas même Cordelier. » {■applaudi.' <

On se rappelle que Marat, dans la précédente séance, avait jiroposé de construire de nouvelles tribunes, afin d'y recevoir les bataillons de volontaires, qui, dès leur arrivée, ne manqueront j)as de venir en afïluence aux Jacobins pour sauver la patrie avec eux. Marat avait fait la motion de contribuer selon ses facultés à la construction de ces tribunes; il a déposé lui-même 100 francs sur le bureau ; son exemple a eu plusieurs imitateurs, et quatre commissaires ont été nommés pour bâter la construction des tribunes. Il s'est élevé une discussion assez vive sur la question de savoir si la tribune logotachygraphique serait au nombre de celles qui seront destinées à étendre le nombre des places à donner au iniblic.

L'avis unanime paraissait d'abord pour l'affirmative, in membre a observé que l'on devait faire d'autant moins de dilliculté de s'emparer de cette tribune que le citoyen tîuiraut, qui en était le propriétaire, avait eu l'audace d'y introduire M"" Roland. {Mouvement.) Ce délit de Guiraut allait déterminer la Société, lorsqu'un autre membre a observé que, si M"" Roland avait été dans cette tribune, M"" Pache et matiemoiselle sa fille aussi y avaient été. (luinnU a demandé la parole.

Guiraut. — Je dois répondre aux calomnies que Ion rt''|>an(l contre moi, On m'accuse d'avoir donné l'entrée de ma lrii»une à M""' Roland: je déclare qu'il n'y a rien de commun entre M™" Roland et moi; je déclare que je ne connais pas M™" Roland; je déclare que je n'ai point conduit M'"" Roland dans ma triltune; si elle a trouvé le secret de s'y introduirt;, ce n'est pas do ma faute Je prit- «loue la Sociélé de ne pas me soupçonner davantage d'avoir auu-né M"'" Roland à la Société des Jacobins.

Cette assertion n'a point du tout satisfait les tribunes, (pii ont paru persuadées (pie M"'" Roland était réellement venue aux Jacobins. Des

inunuurrs ont vivcun'ut iiilerrouipu b; citoyen Ciuiraul.

GuiRAUT. — On m'accuse dans ma section d'être un rolandiste, la calomnie m'y poursuit, et on m'accuse d'avoir reçu M™" Roland dans ma tribune, et cependant je suis calomnié par les Rolandistes; comment pourrait-il donc se faire que, poursuivi par des Brissotins et des amis de Roland, je reçusse M™" Roland dans ma tribune ? Vous voyez donc, citoyens, que je suis étrangement calomnié lorsque je suis accusé de recevoir dans ma tribune les ennemis déclarés des Jacobins. Je prie donc mes concitoyens de me défendre dans leurs sections contre les traits de la calomnie qui me poursuit, parce que je me trouve sur la liste de ceux qui sont destinés à être officiers municipaux.

Je passe actuellement à la question de savoir si la Société s'emparera de ma tribune. Je pourrais d'abord vous dire, citoyens, que l'on ne peut dépouiller un individu de sa propriété sans son consentement. {Munnures.) Or, la tribune dont il est question m'appartient, car vous savez que je suis l'adjudicataire du local des Jacobins.

Je demande, en conséquence, que ma tribune me soit conservée. [Murmures violents des tribunes.) Au reste, citoyens, si la Société se déterminait à s'en emparer, ce que je ne puis croire, je lui apprends qu'il existe dans ma tribune un monument précieux, respecté par le temps : c'est le tombeau d'un père Jacobin qui a été élevé par les Jacobins qui nous ont précédés; ce monument antique et respectable demande à être conservé. Je demande, en conséquence, si la Société se détermine à s'emparer de ma tribune, qu'il soit dressé procès-verbal de l'état du tombeau du Jacobin dont je vous parle, afin que ce monument puisse se conserver intact et dans toute sa beauté.

Mais, citoyens, je ne pense pas que vous vous empariez de ma tribune {murmures), car il est indispensable qu'elle me soit conservée. {Les tribunes s'agitent et murmurent.) Vous savez, citoyens, que j'ai entrepris un journal logotachygraphique. J'avais lieu de croire que la Société m'aiderait dans cette grande entreprise; cependant, quoiqu'elle ne m'ait donné aucun secours, j'ai résolu de continuer mon journal logotachygraphique; j'ai même résolu de faire entrer dans ce journal des nouvelles étrangères, et j'ai l'envie de consacrer une colonne aux débats de la Société.

Or, pour faire ce journal logotachygraphique, une tribune m'est absolument nécessaire. Je demande donc que la Société me conserve celle que j'ai. {iMwmures violents des tribunes : Point de privilèges! s^écrient-elles.)

L'orateur est interrompu par des clameurs, -il est obligé de des-

632 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [31 déc. 1792]

cendre de la tribune sans finir son opinion, et la Société, pour faire cesser le bruit, passe à l'ordre du jour.

Dorfeuille, citoyen qui s'est acquis autant de gloire dans la carrière du civisme que dans la carrière du théâtre, fait hommage ù la Société de différents ouvrages qu'il a composés pour propager les principes de la liberté et de l'égalité. Parmi ces ouvrages, on en distingue un connu sous le nom : De la Religion de Dieu ou de la Itelifjion du diable ^ Cet ouvrage, qui a beaucoup contribué à détruire le fanatisme dans les provinces méridionales, a été accueilli par la Société avec reconnaissance, et elle a arrêté qu'il en serait fait mention honorable dans son procès-verbal.

[Lecture de la correspondance. Les Sociétés de Meaux et de Marseille se plaignent de la proteclion accordée aux factieux par les Jacobins de Paris : la Société arrête d'envoyer aux Marseillais, pour les détromper, les discours de Robespierre. — La Société de Saint-Jean-de-Luz se plaint de n'avoir ni canons ni fusils à opposer aux Espagnols, s'ils entraient sur notre territoire. Desfieux, à ce propos, dénonce le Conseil exécutif provisoire. — A propos des affaires de Hollande, Benlabole se plaint de l'inaction du Comité diplomatique de la Convention et voudrait qu'il fût composé de patriotes de la Montagne. — Robespierre le jeune rend compte de la séance de la Convention et se plaint des attaques contre son frère qui sont contenues dans le discours de Vergniaud. — Anthoine, dénoncé par Marat, se disculpe d'avoir dîné chez Roland. — Un citoyen propose que « chaque section ait deux courriers extraordinaires à ses ordres, pour porter des lumières dans les départements » : cette motion est ajournée. — Anacharsis Cloois parle sur le procès de Louis XVI et conclut à la mort. Discours de Miltié lils sur le même sujets — Séance levée à dix heures et demie. J

1. La lielir/ion de Dieu et la Ilel'ifjion du diable, précédée du Sermon civique aux gardes nationales. — S. L, 1791, in-8.

2. Société des amis de la liberté et de l'égalité. Discours sur le jugement de Louis Capet, prononcé par Mittié fils, membre de la Société des Jacobins. — Imp. L. Potier de Lille, s. d., in-8 de 1 pages. — Bibl. nat., 40/736.

[l«r JANV, 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 633

Janvier 1793

Page 1