‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 13 sur 131 · Tome IV · texte numérisé non relu

Tome IV

tîG SOCIÉTÉ DES JACOBINS [ i u ili ii 1702]

M. Laveaux fait quelques observations sur l'inutilité dont sont à Paris trois régiments de troupes de ligne, au moment où nos frontières ne sont pas sufïisamment garnies; il prie la Société de s'occuper des moyens de faire partir ces régiments pour les frontières.

On lui observe que l'Assemblée nationale a rendu à ce sujet un décret dont l'exécution dépend du pouvoir exécutif, auprès duquel il n'est pas vraisemblable que la Société jouisse d'une grande faveur. On passe à l'ordre du jour.

M. Mendouze fait quelques observations sur les mesures à prendre pour éviter que des malintentionnés abusassent du titre de fédérés pour se présenter comme tels, et ne l'étant pas. Le grand nombre d'aristocrates qui se font faire des uniformes de gardes nationales lui inspirent quelque méfiance. « .Mais, lui observe M. Tcrrasson, les dispositions du décret garantissent de ces appréhensions. »

Trois lettres écrites par des personnes qui demandent des secours à la Société donnent à M. Chépy fils l'occasion de faire la motion qu'à l'avenir toutes les demandes de celte nature soient renvoyées au Comité d'administration. Cette motion est mise au voix et adoptée.

M. Mathieu, secrétaire, lit le procès-verbal de la dernière séance, et annonce que, sur la réquisition de M. Manuel, la municipalité doit faire disposer tous les édifices nationaux pour la réception des fédérés.

M. Bourdon de la Crosniere, chargé par la section des Gravilliers de présenter à M. Petion une adresse pour lui exprimer les sentijnents de la section, communique cette adresse :

« Vertueux Petion, magistrat fidèle d'un peuple libre, la conduite que tu as tenue dans ce jour auquel les hommes du 14 juillet ont fait leurs pétitions, dans ces circonstances que la rage de nos ennemis s'était promis de nous rendre si fatales, a pleinement satisfait le peuple.

« Le jjenple aussi a sa liste civile; il ne paye pas d'avance, mais il paye noblement. Son attachement, son amour et sa confiance, que l'intrigue ne parviendra point à affaiblir, voilà l'or que la plus nombreuse section de Paris nous charge de l'offrir. Les services que tu as rendus à la chose publique, lorsque tu as eu l'honneur d'être repré- .«^eiitant de la nation, étaient un gage assuré de ceux (jue lu devais nous rendre, élevé au poste honorable de premier magistrat de cette capitale. Suis ta carrière, homme de bien, laisse siffler autour de ta tète les serpents de l'envie; écrase lie ton mépris, du mépris de l'humanité et de la vertu, ces infâmes qui avaient juré que le 20 juin 1792^ serait l'anniversaire du 17 juillet ITIU ; ces tigres altérés de sang et dévorés d'orgueil, qiu avaient hypitlliéi|ué leur chimtri(pu; ospitir des

deux chambres sur la guerre civile qu'ils n'allumeront pas, ces magistrats prévaricateurs, ces liommes profondément pervers qui, au sein de cette maison commune, ont osé calomnier les citoyens, insulter, comuie à un signal de faction et de révolte, au signe sacré de ralliement qui couvre majestueusement depuis ce jour les trophées que partout les citoyens ont érigés à leur divinité chérie, insulter au bonnet de Guillaume Tell. Ils voient ta gloire, homme de paix; ils comptent, en frémissant, les couronnes de chêne dont la reconnaissance publique couvre ton front modeste; ils sèchent de dépit; l'enfer est dans leurs cœurs : que ce soit leur unique supplice.

« Tu vas respirer enfin ; si l'on en croit la renommée, quatre-vingts, cent, deux cent mille de nos frères des départements s'empressent à l'envi de venir jurer avec nous sur l'autel de la patrie, et le citoyen qui veut jurer sur l'autel de la patrie ne craint pas qu'on appose de vélo sur ses serments. Sans doute, leur présence, qui fera rentrer dans l'âme des conspirateurs la terreur que notre indulgence et une pitié funeste en ont laissé échapper quelques instants, va nous procurer des jours plus purs et plus sereins.

« Tu nous as rendu compte de ta conduite, Petion : nous t'approuvons, nous te savons gré d'avoir enfin instruit, par ton exemple, tous les fonctionnaires publics qu'ils étaient comptables envers leurs commettants.

« Reçois le baiser de fraternité que vingt-cinq mille bons citoyens me chargent de te donner, ce baiser veut dire : « Nous vivrons libres « avec toi, ou nous périrons ensemble. »

Après une discussion assez longue sur les entrées extraordinaires, on arrête qu'à l'arrivée des fédérés elles seront toutes suspendues et qu'à l'avenir il n'en sera accordé aucune pour un terme plus long que huit jours.

M... — Le décret de licenciement de l'état-major de la garde pari- .sienne a déruulé la cour. Ils ont tenu un conseil qui a duré cinq heures, et le résultat en a été d'expédier un courrier à La Fayette, et La Fayette revient sur ses pas; il achève de lever le masque; il arrive demain. Je tiens de personnes sûres que, ce matin, il s'est, on peut dire, échappé du château, beaucoup de personnes emportant des effets, sans même s'être donné le temps d'en faire des paquets. Rapprochez tous ces mouvements de la conduite de La Fayette, du séjour à Londres de Barnave et du Port, et vous verrez que de deux choses l'une, ou qu'au château ils sont extrêmement inquiets sur leur sûreté, ou qu'ils ont le projet d'enlever le roi une seconde fois.

G8 SOCIÉTÉ DÉS JACOBINS [4 juillet 1792]

Un gendarme national. — Il se tient à l'École militaire un club nocturne où se forgent les complots que Ton cherche à mettre en exécution le jour. C'est de là qu'ont été lâchés les émissaires qui ont cherché à produire des mouvements dimanche dernier. On en envoie dautres dans les départements, où ils font courir le bruit que la vie du roi est en danger. C'est par là qu'on a obtenu l'arrêté du département de la Somme '. Le départ du roi est fixé d'ici à huit jours. On travaille, chez son sellier, à la voiture qui doit lui servir.

M. Chabot. — Lorsque la patrie est en danger, ce n'est pas, je crois, le moment de s'amuser à discuter sur le projet prétendu du départ du roi, car ce départ n'est pas l'objet le plus intéressant. D'ailleurs, c'est un projet qui ne sera jamais abandonné par la cour, jusqu'à ce que la contre-révelution soit faite, si toutefois il est possible que la contre-révolution se fasse.

Je demande donc qu'on passe à l'ordre du jour. Les plus grandes questions doivent vous occuper. Que le roi reste ou s'en aille, cela est indépendant de la grande question qui doit vous occuper : celle de savoir si le souverain doit se lever ou non ^.

M. DuLAURE. — J'ai imprimé aujourd'hui le fait dont je vous ai fait part : c'est qu'un grand nombre de domestiques de la cour ont pris des passeports à la municipalité, entre autres MM. Thierry et Henri,

M... — Moi, je puis vous assurer que, jusqu'aux marmitons, toute la maison de Noailles est partie.

[M. Bolscjuyon donne des renseigncmcnls sur les dispositions de l'armée de La Fayette.]

M. GiiÉPY fils. — Pressé par les circonstances, je vais vous développer, sans préparation, quelques mesures à adopter pour sortir de la crise où nous nous trouvons. L'Assemblée nationale, à qui les événements présents ont paru imprimer un grand caractère, a déjà beaucoup fait en décrétant les mesures proposées par M. Jean de Bry 3. Elle peut en assurer l'exécution en adoptant celles qui lui seront successivement proposées, et que je crois important de discuter.

1. Par arrtHc du 22 juin 1792, le directoire de ce département avait envoyé au roi deux députés pour lui olfrir le secours des gardes nationales de la Somme, qu'il avait constitués en état de réquisition permanente. [Moniteur, XII, 758.)

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