‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 122 sur 131 · SÉANCE DU MERCREDI 9 JANVIER 1793 LAN II'' DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU MERCREDI 9 JANVIER 1793 LAN II'' DE LA RÉPUBLIQUE

PRÉSIDENCE DE MONESTIER

[Après la lecture du procès-verbal, Westermann offre à la Société trois croix de Saint-Louis prises sur les émigrés. — Tardieu fait don de vêlements pour équiper un volontaire. — Lecture de la correspondance : adresse de la Société d'Auxerre contre le brissotisme; adresses des Sociétés d'Arles, d'Agen, de Cadillac et d'autres villes, contre Marat et Robespierre.]

Un citoyen dénonce son épouse aux Jacobins; il accuse cette coupable femme des plus grandes infidélités, et, ce qui est plus criminel encore, il prétend que c'est un membre des Jacobins qui a porté sa femme à lui être infidèle. {Mouvements d'horreur.)

« Nommez-le ! s'écrie-t-on de toutes parts, nommez-le, nous le punirons! »

Comme le dénonciateur dénonçait sans preuve, sa lettre n'a pas eu de suite.

C... — II est bien étonnant que l'on fasse ici des dénonciations sans preuves. (Murmures.)

Cet homme me parait suspect; c'est, je pense, un Brissotin qui vient ici compromettre la Société, et l'entraîner dans des démarches inconsidérées. [Applaudi.)

Pourquoi nous venir entretenir ici des infidélités de sa femme? Avons-nous le droit de nous immiscer dans une telle affaire? Au reste, la Société a des torts [murmures) : elle a écouté favorablement un acteur du Vaudeville, elle a entendu les plaintes d'une actrice du Théâtre de Molière; d'après cela, ce citoyen a pu croire que la Société avait le droit de prononcer sur les affaires de famille. Je demande, en conséquence, que la Société ne s'occupe jamais d'affaires particulières; il ne s'agit pas ici des infidélités d'une femme, il s'agit de sauver la patrie. [Applaudi.)

La Société arrête qu'elle ne se détachera jamais des grands objets qui l'occupent, pour s'occuper des femuies des citoyens, leurs inOdé-

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lilés eussent-elles même été provoquées par des membres des Jaco- Ijins. (Applaudi '.)

[Dubuisson présente à la Société un projet d'adresse aux Sociétés affiliées qui est accepté, sauf quelques changements de rédaction indiqués par Robespierre et Doissel ^.]

U.\ FÉDÉRÉ. — Citoyens, la patrie est en danger. Nous sommes venus à Paris pour la sauver avec vous, nous avons juré de vivre libres ou de mourir; ce serment n'a pas été fait en vain; nous sommes venus connaître quelles sont les causes qui s'opposent à notre liberté. Nous avons fait le serment de renverser les tyrans, quels qu'ils soient. Si quelques téméraires voulaient porter atteinte à notre liberté, ils sont sûrs de trouver en nous de nouveaux Brutus. Mais, pour bien connaître les dangers de la patrie et les traîtres qui veulent l'asservir, nous avons besoin de nous réunir pour nous communiquer nos idées sur le? moyens de renverser la tyrannie. Je demande, en conséquence, que les Jacobins veulent bien nous prêter leur salle, afm de nous réunir tous les matins pour délibérer entre nous sur les moyens de sauver la République. {Applaudissements très vifs, bravos répétés de la Société et des tribunes. Vivent les fédérés ! s'écrient tous les membres. Vivent les fédérés ! Ils sauront bien sauver la pairie une seconcb; fois 1 Tous les citoyens se lèvent simultanément pour appuyer la demande du fédéré.)

C... — Braves fédérés, vous sauverez encore la patrie! [Applaudi.] Ils se sont bien trompés, les nouveaux conspirateurs qui vous ont appelés dans cette cité pour servir leurs coupables projets! Ils croyaient que les hommes du 10 août seraient les aveugles instruments de leur ambition, ils croyaient vous fasciner les yeux pour V(»ub rendre les complices de leurs forfaits; mais non, ils ne parviemlront jamais à égarer votre patriotisme. Ils vous avaient peint les citoyens de Paris en proie aux factions et se déchirant les uns les autres. Mais quel est votre étonnemcnt! Vous arrivez dans nos murs, et vous y trouvez la paix. Ils avaient représenté la Convention nationale comme avilie, comme forcée dans ses délibérations, et vous la trouvez respectée, libn,' ! [Applaudi.)

La Faye demande (jue l'on n'arcorde la salle aux fédért'S qu'autant

1. 11 est fort possible, pour les uiotlTs qm' nous avons déjà indiqués, «piici encore le rédacteur du Journal des Jacobins ait voulu faire une caricature.

2. Cette adresse est la pièce précédente, datée du 7 janvier 1TJ3, bien qu'elle n'ait été votée rjue le surlendemain par la Société des Jacobins.

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qu'ils seront au nombre de cinquante. Desfieux^ qui occupe le fauteuil, invite tous les volontaires qui se trouvent dans la salle à venir s'enregistrer. Ils s'y précipitent en foule, et la Société arrête qu'elle prête la salle aux fédérés pour y délibérer sur les moyens de sauver la patrie.

La séance a été levée à dix heures et deuiie.

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