‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 123 sur 131 · SÉANCE DU VENDREDI 11 JANVIER 1793 L'AN IP DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU VENDREDI 11 JANVIER 1793 L'AN IP DE LA RÉPUBLIQUE

PRÉSIDENCE DE MONESTIER

[Après disperses communications ot offrandes, un membre propose d'expulser de la Société Vergniaud, Gensoiiné et Guadet. Desfieiix rappelle qu'il a fait jadis arrêter que quiconque resterait trois mois sans renouveler sa carte serait censé exclu. « Or, il y a plus de trois mois que les Girondistes, Brissotins, Rolandistes, Buzolistes et complices, n'ont renouvelé leur carte : donc il ne sont plus Jacobins. » Et il fait voter l'ordre du jour. — On communique à la Société l'adresse du Conseil général du département de Paris à la Convention, qui est une protestation contre la présence suspecte à Paris de tant de volontaires des départements. Sur la motion de Thuriot, la Société arrête l'impression et l'envoi de cette adresse, où l'on reconnaît les sentiments jacobins des nouveaux administrateurs du département, Momoro cl Lulier'.]

Maure. — Citoyens, j'ai une dénonciation à vous faire. Je vous dénonce une fdle. {0?i 7Ht.) Oui, une fille {o7i )'it encore), et c'est une fille de la rue Saint-Honoré. Ce qui s'est passé entre elle et moi vous paraîtra peut-être fort plaisant; mais le fait dont il s'agit m'a fait faire des réflexions. En sortant du café Mirabeau, elle m'a arrêté, m'a fait les propositions que Ton fait en pareil cas. Vous me connaissez assez, citoyens, pour savoir que j'ai dû résister à ses caresses. Un représentant du peuple se respecte trop pour avilir son caractère. {On rit. Au fait ! s'écrie un membre.) J'y suis. Cette fille, voyant que je repoussais ses propositions, m'a demandé d'un ton ferme et tranchant : « Es-tu patriote? — Oui, lui ai-je répondu : — Eli bien,a-t-elle ajouté,

1. Société des amis de la liberté et de l'égalité. Adresse présentée par les administrateurs composant le Conseil général du département de Paris à la Convention nationale... — Imp. Potier de Lille, 1793, in-8 de 7 p. — Bibl. nat., Lb 40/2296.

CTO SOClKTK DES JACOHINS [11 janv. 1703.

tu seras Ijieiitùl pendu. — l'ourquoi cela? lui ai-je liil. — Parce que tous les patriotes sont des scélérats. »

Citoyens, voici m<»n aventure, pesez-en attentivement les résultats; pour moi, elle me fait naître des réflexions bien profondes. {Applaudissements.

Léonard Bourdon présente un projet d'adresse aux Parisiens sur les circonstances présentes :

« Citoyens de Paris, hommes du 1 i juillet et du 10 août, vous marchez au milieu des dangers et des écueils. Vous êtes de toutes parts environnés de pièges; qu'il soit permis à vos frères de vous aider à vous en garantir.

<( Vous n'ignorez pas les efforts de vus ennemis pour vous luouiller avec les déparlements; ils veulent anéantir Paris; ils inonileiit les départements de libelles diffamatoires, dans lesquels ils vous représentent comme voulant usurper la souveraineté. Quelques citoyens des tribunes n'ont pu s'empêcher d'applaudir quelquefois, ou aux propositions des patriotes, ou au récit des actes de courage de nos frères. Ces applaudissements leur ont donné lieu de répandre que les tribunes étaient remplies d'hommes vendus pour influencer les délibérations et pour ûter la liberté lies sullVages aux déjjutés. Leur but était de faire demaiiiler par les départements la translation de la Convention dans une autre ville; mais vous avez senti le piège, et vous vous êtes condamnés au plus grand silence dans les tribunes, et par là vous avez déjoué une partie de leurs complots. Mais le procès de Louis Capet leur a présenté de nouvelles ressources. Depuis longtemps cette affaire eût été terminée, si le retard n'eût pas été nécessaire à l'exécution de leurs pi-ojels. Tous conviennent que Louis est cou|)ahle; mais ils sont divisés sur l;i pi-iiie. Les uns veulent (pi'il soit exécuté à l'instant, les autres pen- ^ent qu'il d<jit être juge par le jieuple. Comme Pilale, ils disent : « Il « est digne de mort; mais vous en déciderez vous-mêmes, nous nous en " lavons les mains. » Ils craignent ipie son sang ne s'élève contre eux et eonlre leurs enfants. Comme si le santr d'un criuiinrl pouv.iil sêlever contre l'homme juste <|ui le condaunK'l Dans ce ca<, si vous vous laissiez aller à un mouvement d'indignation, vous (uivriiii-z une vaste carrière à vos détracteurs. Voici donc les conseils que vou> donnent vos frères :

« Soyez calmes, (juelque ehosi- qui arrive; eiii|M'cln'/. tous les mouvements; attendez tout des départements, qui ne tarderont pas à ouvrir les yeux; et que la léle de L(juis ne tombe que sous le glaive de la loi. "

[M JA.Nv. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 671

Desfieux. — II est impossible de mieux exprimer les sentiments de la Société; je regarde cette adresse comme on ne peut plus utile, elle est propre à déjouer les projets des Brissotins. Ils aimeraient bien, ces lâches conspirateurs, qu'il y eût un mouvement dans Paris : ce mouvement entre dans leur plan de conspiration, et ils auraient alors entre les mains les moyens infaillibles pour calomnier Paris dans les déparlements. Or, je ne connais rien de plus propre à contenir les Parisiens dans les bornes du respect cpi'ils doivent à la Convention nationale et à ses décrets que l'adresse que vient de vous lire Bourdon. Je désirerais en conséquence que la Société la fit imprimer, distribuer et afficher dans tous les quartiers tle Paris.

TuuRiOT. — Il ne faut rien précipiter. Je suis loin d'improuver les principes contenus dans l'adresse que Bourdon vient de vous lire; cependant j'y ai rencontré des principes sur lesquels il ne faut pas trop insister sans savoir la tournure que prendront les choses.

Je pense d'ailleurs que dans cette adresse, où se trouvent mille traits d'éloquence, on trouvera aussi quelques défauts.

Ces considérations me font naître l'idée de demander l'envoi de cette adresse au Comité de correspondance pour l'examiner avec l'attention la plus scrupuleuse et en faire incessamment son rapport.

La Société arrête que l'adresse de Bourdon sera envoyée au Comité de correspondance, qui examinera les changements qu'il croira devoir y être faits, et qu'ensuite cettii adresse sera soumise à l'examen de la Société. [Applaudi.)

G... — Je connais Roland depuis longtemps, je connais sa vie privée et publique; je crois faire plaisir à la Société et au public de leur donner sur la vie de cet étonnant personnage les détails les plus intéressants.

Je pourrais le suivre depuis le lieu de sa naissance jusqu'à son avènement au ministère, mais il me suffira de vous apprendre qu'il est né à Yillefi^anche, département de Rhône-et-Loire. Je ne parlerai pas des premières années de sa vie : elles intéresseraient peu les Jacobins. Je vous dirai seulement que, dans sa jeunesse, on aperçut en lui se développer un germe de la plus coupable ambition, le désir de s'enrichir et de devenir un homme d'importance.

Et voici la preuve de ce que j'avance : Roland, dans l'aucieu régime, a sollicité des lettres de noblesse. [Murmures. Ah! ah! voilà le mystère découvert! s'écrie un membre.)

M. Roland voulait être un petit marquis, et M""" Roland une petite marquise. [Applaudissements . )

G72 SOClÉTf: DES JACOBINS [Hjasv. 1793]

Voilà l'homme, citoyens, qui est le ministre d'un peuple libre, après avoir voulu entrer clans Tordre des ennemis de la liberté. (Roland est un scélérat! s'écrie un membre. Applaudi.)

Roland fut nommé inspecteur des manufacture? : il perdit sa place à l'époque de la Révolution, et alors il vint intriguer à Paris; il se fit Jacobin, il devint secrétaire de la Société et membre du Comité de correspondance.

C'est alors qu'il nous montra toute sa nullité; il ne savait pas même l'orthographe, et c'était ordinairement .M""" Roland qui corrigeait ses lettres.

Les talents de Roland étaient si médiocres, ses idées si triviales, et son style si peu soigné, que toutes les lettres qu'il présentait pour les Sociétés affiliées étaient rejetées au Comité de correspondance.

Voilà ce qu'était Roland. Comment est-il devenu tout à coup un grand homme d'État? Le voici :

D'ahord, c'est M"''' Roland qui a fait tous les ouvrages (juc Ton attribue à son mari. C'est un fait que tout Paris connaît. Depuis qu'il est ministre, c'est Brissot qui le conduit; c'est Brissol qui fait toutes ses adresses; en un mot, c'est Brissot qui est ministre de l'intérieur, comme il l'est également de afîaires étrangères et des finances sous les noms de Clavière et Le Brun.

Si tous ces ministres n'avaient pas Brissot pour secrétaire, que seraient-ils? C'est Brissot qui est un véritaljle dictateur. (Oui! oui! s'ccrie-t-on de toutes parts.)yoi\i\, Jacobins, ce que .je savais. J'ai pensé que ces détails seraient précieux pour vous et [lour l'histoire. [Applaudi.)

La séance a été levée à dix heures et demie.

SÉ.\NCI-: DU DlMANCIIi: 1:5 JANVIKU IT'.Kj, l/AN 11 1)K LA JiKI'l l'.l.inll-:

l'iiKSiKLNci: ni: mum;stii:h

Un scrrclairc donne Ifclurc du piocè^-vcrbal de la séance précédente; sa rédaction est uuaiiiiiii'iiicnl adoptée.

Moncstier, i)résident, .s'avance dans la salle, décoré d'un bonnet rouge. Les applaudissements célèbrent son arrivée et l'accompagnent

[13 JANv. 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 673

au fauteuil de la présidence. A peine y est-il arrivé qu'il prend la parole et dit : « Gito3'ens, pour arriver dans cette enceinte, j'ai été obligé de traverser une foule innombrable de citoyens qui se disputent le plaisir d'assister à nos séances. Ces vrais patriotes viennent pour s'éclairer au milieu de nous; ils viennent chercher les moyens de sauver la patrie en danger et la tirer du précipice où la faction que nous combattons voudrait la précipiter. Ne serait-il pas inconvenant de priver du secours de vos lumières cette foule intéressante de citoyens qui bravent les injures du temps pour venir ici recevoir les leçons du patriotisme? Je suis chargé d'exprimer leur vœu auprès de la Société des amis de la liberté et de l'égalité ; ils demandent l'entrée de la séance; je prie la Société d'accueillir favorablement leur demande et de leur permettre d'entrer dans cette enceinte pour s'instruire. [Applaudissements de la Sociale et des tribunes.)

C... — J'appuie la motion du président. L'affluence des citoyens dans cette enceinte ne peut que causer de la joie aux vrais Jacobins. [Applaudi.) Leur empressement à se rendre dans cette enceinte est une preuve que les calomnies des Brissotins n'opèrent aucun effet sur les esprits. Il n'est pas difficile de connaître les motifs qui conduisent ici cette foule innombrable de patriotes, c'est le désir de sauver la patrie [applaudi]^ c'est pour se concerter avec nous sur les moyens de déjouer les complots du brissotisme, du rolandisme et de tous les nouveaux royalistes. Il est temps, citoyens, d'éclairer les hommes du 14 juillet et du 10 août sur les nouveaux complots tramés contre la liberté; il est temps de leur apprendre que la patrie est en danger et qu'ils doivent se réunir aux Jacobins pour la sauver. [Applaudi.)

Il faut que tout le monde s'élève à notre hauteur, c'est le seul moyen de déjouer les intrigants qui menacent la liberté. Pour parvenir à ce but de nos sollicitudes patriotiques, il est indispensable d'avoir ici un grand concours de patriotes. Nous avons fait faire de nouvelles tribunes, et cependant elles ne suffisent pas encore pour contenir tous les bons citoyens qui s'empressent de venir entendre nos discours et marcher dans la route que nous leur tracerons. Cependant, pour répondre au zèle des citoyens qui remplissent la cour des Jacobins, je demande qu'on ouvre l'entrée de la salle. Qu'ils viennent parmi nous respirer l'air pur de la liberté et de l'égalité et apprendre les moyens de sauver la patrie. [Applaudissements de la Société et des tribunes.)

Toute la Société se lève simultanément pour arrêter que l'entrée Tome IV. 43

G7i SOr.lf.TF: riFS JACOBINS [13 JANV. 17;)3]

de la salle sera ouverte à tous les citoyens qui sont dans la cour. Alors, au milieu des applaudissements, on voit entrer une foule de patriotes de tout sexe, de tout âge, qui viennent se mêler aux membres de la Société, et bientôt la salle se trouve remplie, et c'est ;i regret que la Société se voit obligée de refuser l'entrée à une foule de citdvens qui désireraient avoir l'entrée de la salle.

Duliois-Crancr, (jui, depuis le couimencemeut de la séance, avait fait de vains eflorls [>uur obtenir la i)arule, l'tdilient enfin : « Citoyens, dit-il, je n'avais demandé lu parole (|ue parce que, en me rendant ici, j'avais vu un mouvement extraordinaire autour de notre salle; je vous l'avoue, j'ai pris le rassemblement extraordinaire que j'ai vu pour un eflet des manu'uvres des Brissotistes et des Rolandistcs, et, comme celte allluence n'avait jamais eu lieu, j'ai craint t^i'ellc no filt une lacliijue muivcllo employée par les ennemis des Jacobins. Mais il parait (pie je m'étais trompé; il parait (pie cette aflluence n'est occasionnée que par la nature des circonstances. Je pense que les citoyens ici présents y viennent pour s'éclairer, pour connaître les moyens de sauver la patrie. (Oui, oui ! s'rcrictit de tous 1rs coins de la salle les citoyens qui venaient d'entrer.)

« Dans les circonstances pénibles où nous nous trouvons, sans soupçonner personne il est permis de se méfier des cabales de nos ennemis; je ne doute pas (pie tous les citoyens (pii sont entrés ici n'y aient apporté le sentiment de la jjaix et de l'union. C'est pourquoi je ne suis monté à cette tribune que pour leur dire (jue, convaincu de leurs intentions patriotiques, ils maintiendront la tranquillité dont la Société a besoin et garderont le silence (pi'elle a droit d'exiger iW ceux (lu'elle admet à ses séances. » [Ap/ilandl.)

Les citoyens et les citoyennes amioiicent à la Société qu'ils sont venus pour s'instruire parmi les Jacobins sur les moyens de sauver la patrie. Au reste, les citoyennes assurent (lu'elles sont dans les intentions les plus paci(i([ues. [Applaudi.)

Un député rend compte de la séance de la (ionvcntion nationale '.

« La séance de la Convention, dit lOraleur, a été consacrée à entendre des pétitions. On en a distingué une surtout, c'est celle présentée |»ar les fédérés des (pialre-\ iii;^l-(|iialie (lé[)arlements. Ils ont demandé à la (iOnvention la faculté de parta;;er avec les citoyens de l*aris les bunneurs et les dangers de sa garde.

1. <■ L(jrsijue ces ia|>i)i>rts sont litltTalniionl h- n'-cit île ce qui s'i'st dit à la tribune lie IWssfiiiliiér nationale, nous nous abstenons de les faire connaître à nos lecteurs; mais lorsfjne des réllexioiis se joignent au ré-cit, nous croyons devoir le faire connaître. >» [Sole du Journal des Jacobins.)

[13 lANv. i7!)3] so( n'/ri': i)i:s .iacomins nvi

«( Les Jacobins avaient l)icn prédit que ces rasscnihl(!ni(Mits secrets de fédérés n'avaient d'autre but que d'orfj;aniscr la force départementale, lorsque les volontaires nationaux seraient en nombre suffisant.

« Cette prédiction s'est accomplie, et la Convention a décrété aujourd'hui la force armée contre laquelle la Montagne s'était toujours élevée avec tant de chaleur et de raison. {MonvcincjiL (V'nttliiiwdhm.)

<( Ce (|ui est plus fâcheux encore, c'est (jue ce décret a été rendu sans éprouver aucune oi)position des patriotes de la Moidagnf.

« Le style des fédérés était injurieux pour les patri(jtes, puur les Parisiens, pour les tribunes; ils ont osé dire : « Que les hommes du « 2 septembre osent paraître, ils trouveront en nous les hommes du <( 10 août. » Cette phrase insultante a été vivement a[)plaudie [lar les lirissotins.

« Au style virulent de l'arlresse des fédérés il est facile de reconnaître l'auteur : ce ne peut être que Barbaroux ou Buzot. Au reste, les fédérés Uniront par s'éclairer sur les mauo'uvres des Ilolandistes et de tous les partisans de la force armée; ils liMirr)nt par s'apercevoir que dans la Convention nationale la voix des patriotes purs et incorruptibles est étouffée, tandis ({ue celle des IJrissotins est entendue avec plaisir. Oui, les fédérés s'éclaireront; déjà un très grand nombi-e vous a demandé votre salb.' pour conférer ensemble sur les moyens de sauver la patrie : ils la sauveront avec nous. [Applaudi.)

« On nous a annoncé ensuite de grands troubles arrivés à Houen, où les royalistes ont arboré la cocarde blanche et renversé l'aibre de la liberté. Cette nouvelle fâcheuse nous fait voir combien est dangereux le système de l'appel au peuple. C'est donc j)0ur amener la guerre civile que cet appel au peuple est proposé. Patriotes, prenons donc tous les moyens possibles pour empêcher de réaliser ce ridicide système, et hâtons le supplice du tyran. » [Applaudi]

[Coulhon donne lecture d'une adresse que la Société de Glermont-Fcrrand vient d'envoyer à la Convention contre l'appel au peuple et pour le jugement immédiat de Louis XVL — Lettres de diverses Sociétés, pour ou contre la politique montagnarde. — Discours de Chabot contre la pétition brissolinc des fédérés des S-i départements. J

C... — Vous venez d'apprendre par la lecture de la correspondance qu'une Société afiiliée avait ouvert une souscription en faveur des volontaires nationaux que la négligence du pouvoir exécutif a laissés dans un état de dénuement absolu. Nous devons imiter un si bel exemple, que nous aurions dû donner nous-mêmes. Hâtons-nous de secourir nos frères qui versent leur sang pour la défense de la patrie :

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c'est la plus belle marque de reconnaissance que nous puissions donner aux soutiens de notre liberté.

Cette motion a été très applaudie, et un membre a proposé de la convertir sur-le-champ en un arrêté.

Cette proposition a été adoptée, et la Société arrête que douze commissaires, pris dans son sein, seront chargés de recevoir les souscriptions de ceux qui voudront fournir aux volontaires nationaux, soit des couvertures, soit des capotes, soit des bas, soit des souliers, soit des chapeaux, soit des habits, soit toute autre chose nécessaire à l'habillement ou à l'équipement des volontaires nationaux.

La Société arrête :

1'' Qu'il sera fait une invitation au département de Paris pour l'engager à consacrer à l'usage des volontaires nationaux les couvertures trouvées dans les maisons des émigrés ;

2° Qu'il sera fait une invitation aux citoyens de Paris afin de les engager à souscrire pour Thabillement et l'équipement des volontaires-nationaux,

3" Que le présent arrêté sera imprimé, afïîché, envoyé aux quarante-huit sections de Paris et aux Sociétés qui fraternisent avec les Jacobins, pour les inviter à imiter leur exemple et à porter de prompts secours aux braves soldats qui défendent courageusement la liberté française.

Les plus vifs applaudissements ont suivi la lecture de cet arrêté.

li'n citoyen de Mâcon annonce à la Société que toutes les Sociétés palriotiqucs du département de Rhône-et-Loire s'opposent de toutes leurs iorces au système machiavélique de l'appel au peuple.]

Les hommes du ii juillet cl du 10 août ont prononcé un discours par lequel ils demandent qu'on fasse connaître ceux qui. en 1792. nommaient les ministres de concert avec le roi et qui sont intéressés à tenir suspendu le glaive de la justice; qu'on juge Louis XVI sans appel, et ipie ses complices le suivent à l'échafaud.

Le Président a répondu : « Hommes du 14 juillet et du iO aoiU, veillez, soyez calmes comme nous, la tête du tyran tombera, et la cause du peuple sera triomphante. »

Legendhe. — Citoyens, ce que Birotteau a prononcé auprès de la tribune a dû vous convaincre qu'il existe un jirojet d'emmener la Convention à Rouen. Ses collègues lui ont dit : « Tais-toi donc, tu nous perds. >-

Une assemblée convoquée par le peuple en insurrection doit être insurrectionnaire comme le peuple qui l'a formée. Il existe d'anciens esclaves encore tout noirs de la foudre que le tyran a lancée sur eux. Ils ne sont point à la hauteur des circonstances. C'est demain le grand jour, attendons qu'ils aient consommé leur infamie; alors nous nous lèverons tous ensemble et nous leur dirons : « C'est en vain que vous plantez l'arbre de la liberté dans les quatre-vingt-quatre départements : il ne rapportera jamais de fruits, si le tronc du 13'ran n'en fume les racines. » Nous leur dirons : « Vous nous accusez d'aimer le sang; oui, nous voulons du sang, et nous en demanderons tant qu'il existera des rois. Nous voulons la mort du tyran, mais nous ne la voulons pas comme vous : le sort des rois est d'être assassinés, et nous, nous voulons couper sur Téchafaud la tête de Louis Capet, parce qu'en coupant cette tête nous effigions tous les rois. Puisque vous nous peignez comme des hommes affamés de sang, nous voulons que la tête du tyran Louis XVI soit portée au bout d'une pique sur nos frontières, pour eflVayer les despotes qui oseraient souiller le sol de la liberté ', »

Un membre a dit que la proposition de suspendre l'exécution de la peine jusqu'à la fin de la guerre, proposition dont on a conçu le projet, est contraire à la liberté, et a invité ses collègues à écarter ce moyen dilatoire par tous les arguments que leur suggérera le patriotisme.

Un membre. — Défions-nous du piège qu'on nous tend. Si nous prononçons par forme de jugement, nos ennemis diront : « Le peuple seul peut faire grâce, donc il faut le consulter. » Je pense que, pour éviter un pareil renvoi , nous devons condamner Louis XVI par mesure de sûreté générale.

Couthon a résumé les opinions et a fini par inviter ses collègues à se séparer, à réfuter demain toutes les propositions qui tendraient à éloigner le jugement ou la peine de Louis XVI.

1. Le Patriote français du 13 janvier 1193 analyse ainsi le discours de Lcgendre : « Legendre veut qu'on le coupe (le roi) en 84 quartiers, pour en envoyer une pièce à chaque département, et fumer, en le brûlant, l'arbre de la liberté. » Bûchez et Roux (XXllI, 29:i) pensent que c'est là une falsiflcation volunlairc des paroles de Legendre, et que le Journal des Jacobins, qui depuis longtemps est malveillant, n'eût pas manqué de reproduire ces paroles de Legendre, s'il les eût réellemeat prononcées. — D'ailleurs, il y eut à ce sujet une protestation à la tribune du club, comme on le verra plus bas, p. 679, le 16 janvier 1793. — Ajoutons que le Premier journal de la Convention et le Journal du soir ne rapportent pas le discours de Legendre.

678 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [13 jany. 1793]

MoNESTiER, président. — Celui qui n'est pas révolutionnaire dans un moment de révolution est un zéro. Il faut que vous ne laissiez pas passer une question sans l'appel nominal : par cette mesure, nous ferons connaître à la République les membres qui ne sont pas à la hauteur de leur mission. La Convention nationale sera un champ de bataille. Si vous montrez de la fermeté, vous l'emporterez. Il faudra peut-être lutter pendant trois heures, mais soyez sûrs (^ue ce jour-là vos 48 francs ne seront pas volés. Tous aurez l'appel nominal ou j'irai à lAbbaye. Qu'importe? Louis XVI sera condamné'.

La séance a été levée à dix heures et demie.

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