Tome IV
82 SOCIÉTÉ DES JACOBINS 18 juillet 1792;
M. Lasource. — Un vient de vous rapporler qu'un jiit;e île paix avait dit, hier soir, avoir reçu trois mandats d'arrêt pour M. Petion. J'observe d'abord qu'il y a dans ce propos au moins de l'exagération, car, à coup sûr, un seul suffirait. Mais, prenez-y garde, on tend ici le piège le plus subtil au peuple de Paris. On a voulu l'exposer par son attachement à son vertueux maire. On n'a pas réussi par la première mesure. Qu'a-t-on fait? On fait courir les bruits les plus faux, les plus inquiétants. On tend ces pièges au peuple pour voir enfin s'il ne se porterait pas à quelques mesures qui puissent procurer le plaisir barbare de faire couler son sang. Cela est si vrai qu'hier des agitateurs soudoyés étaient répandus dans les faubourgs pour tâcher d'exciter l'indignation du peuple contre la cour.
Que doit faire le peuple dans ces circonstances? Il doit faire ce qu'il a fait jusqu'ici : être calme et s'en rapporter à ses représentants, et être assuré que l'Assemblée nationale ne laissera pas subsiste)' Tarrêté du département, et que, lorsque laflaire de M. Petion sera portée devant elle, la grande majorité, qui est bien convaincue du mérite extraordinaire de ce magistrat du peuple, se fera un devoir de le reconnaître d'une manière éclatante; elle cassera au moins l'arrêté du directoire, et elle réintégrera dans tous ses droits le maire, qui est l'objet de toutes les affections du peuple parisien.
Mais, prenez-y garde, il y a encore ici une astuce. Certainement, pour se populariser, le roi lèvera lui-même la suspension; mais on voudra, par générosité, que tout soit oublié, qu'on ne parle plus d'autres coupables; alors l'Assemblée nationale, qui a déjà manifesté qu'elle voulait que le roi prononçât, ne se contentera pas d'approuver froidement la conduite du chef du pouvoir exécutif : car Petion ne veut pas de grâce, et alors la conduite du département sera examinée, et justice sera faite dans toute son éten(kie, car il n'y a pas besoin de faveur pour l'honnête homme.
Je termine donc par une exhortation au peuple de continuer à conserver l'altitude grande et imposante qu'il a su prendre et à s'en rapporter entièrement à la justice et à la sévérité de ses représentants.
M. fti lluii(l-\'(irc)i ne in'oposG quelques obsurvalions sur la concilialidn qui s'est faite dans l'Assemblée nationale '. « A voir certains ineud)rcs se jeter dans les bras d'autres membres, dit-il, il mr semble voir Néron embrassant Britannicus et Charles 1\ tendant la main à (Inligny. »
1. Ci'sl fiK'oi-i! uiif allusiou à Ja sciJijr du li;iisci Lanfniiiftlr.
L'impression de cette opinion est arrêtée ' ; elle se trouvera dans un de nos prochains numéros 2.
Une dépulation de la section Mauconseil vient lire la pétition qu'elle a été admise à présenter le matin à la barre de l'Assemblée nationale, pour demander le jugement de M. La Fayette et indiquer les délits dont il s'est rendu coupable.
Un de MM. les secrétaires fait lecture de deux lettres écrites, le 30 du mois dernier, au maréchal Luckner par le roi, qui lui adresse de grands remerciements sur les sentiments qu'il lui a témoignés et lui déclare être dans l'intention positive de ne rien changer aux sentiments qu'il a adoptés, et d'employer tous ses efforts pour ramener dans le royaume la tranquillité, qui dépend de la stricte obéissance aux lois.
Une députation de la section des Gravilliers est admise à lire une pétition qu'elle a présentée à l'Assemblée nationale pour lui redemander M. Petion 3. La première phrase de cette adresse, ainsi conçue : Une famille éplorée vient vous redemander son père, excile les applaudissements les plus vifs, un de ces mouvements subits de sensibilité que nulle expression ne peut rendre.
M. Sillery annonce que des lettres qu'il a reçues de l'armée indiquent que l'intrigue emploie tous ses ressorts auprès du maréchal Luckner. M. La Fayette est arrivé à minuit à l'armée. Il a été enfermé toute la matinée avec le maréchal. Depuis cette époque, les Lameth et Berthier sont les seuls qui approchent de lui. On fait des vœux pour que la fin de la carrière de M. Luckner ne ternisse pas ses . heureux commencements.
M. Sillery a envoyé à M. Luckner un exemplaire de l'oi^inion qu'il a prononcée aux Jacobins sur M. La Fayette, avec un autre imprimé, une lettre faussement attribuée à M. Luckner. Celui-ci, en le remerciant de cet envoi, lui déclare qu'il ne i)artage 'pas du tout ses sentiments sur le compte de M. La Fayette.
Une députation de la Société fraternelle demande et obtient la parole pour la prochaine séance.
La séance a été levée à dix heures et demie.
1. Société des amis de la constitution, séante aux Jacobins, à Paris. — Réflexions de M. Billaud-Varenxe sur la séance du matin de l'Assemblée nationale, du 1 juillet 1792, /j/'o«once'es dans la séance du dimanche ^juillet 1792. — S. 1. n. d., in-8 de 12 p. — Bibl. nat., Lb 40/709.
2. Oa trouvera, en effet, ce discours dans les n"" 2.30 et 2;t;i du Journal des Jacobins.