Il faut sans doute lire : Jeudi
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sentes et les mesures à prendre. Les principales sont la déportation du roi, la nomination par le peuple à toutes les administrations, et la convocation des Assemblées primaires où seraient admis tous les citoyens, sans distinction d'actifs ou autres, pour nommer une Convention nationale '.
L'espace nous manquant aujourd'hui pour placer le discours en entier, nous le renvoyons à un de nos prochains numéros 2.
M. Audouin lit un discours sur le même sujet, dans lequel il s'attache à prouver que nos ressources doivent se trouver dans nos armées, dans notre diplomatie. « La meilleure, et celle qui nous conviendrait peut-être le mieux dans le moment actuel, serait de n'en point avoir », dit l'orateur; cependant, il propose des mesures pour corriger les vices de celle que nous avons actuellement. Comme ces moyens, excellents en eux-mêmes, ne paraissent pas être d"un effet prochain et que la Société n'a en vue que de s'occuper des moyens à employer dans la crise actuelle, M. Audouin ne lit qu'une portion des objets qu'il avait à déployer.
Ce discours avait été interrompu par Tarrivée de M. Petion, qui entre aux acclamations de la Société et des tribunes. A la sollicitation de plusieurs fédérés, il se place à côté du président, pendant le peu de temps que ses occupations lui permettent de donner à la Société.
MM. Merlin et Goupilleau dénoncent l'intention expressément manifestée ce matin à ce dernier par des canonniers, de garde chez le roi, qui le prenaient pour M. Léopold 3, député du côté droit, de tomber en force sur les patriotes et de réaliser la liste de proscription armoncée par M. Carra. « Nous sommes sûrs de notre coup, avaient dit ces canonniers, nous les étoufferons tous. «
On passe à l'c^-dro du jour sans discussion sur cette dénonciation. Une députation de la section de Montreuil vient faire part de l'arrêté que cette section a pris relativement à la dénonciation du curé de Sainte-Marguerite contre M. Aubert, vicaire de cette paroisse, pour s'être marié, et contre le sieur Bernard, sacristain de la même paroisse, pour l'jivdir marié. Cet arrêté est con(Mi en ces tormos :
1. Soriélé des amis de la conslifufinn. séante au.v Jacobins, à l'aris. — Discours de M. Billald-Varenne sin' les rnesures à prendre pour sauver la patrie, prononcé à la séance du l.-i juillet 1792, l'an IV de la liberté. — Iiup. du Patriote français, s. d., in-8 dn 8 p. /'Maurice Tournoux, Bibliofiraphie de l'fiistoire de Paris, n° 9310.)
2. Ce discours se trouve, eu ellct, dans le n» 233 du Journal des Jacobins.
3. Ren«;-.Martin-Maxiuiiiien Léopold était député d'Eure-et-Loir à l'Assemblée législative.
« Considérant que, le mariage étant de droit naturel et d'institution divine, il ne peut être incompatible avec la dignité du sacerdoce; que, par la déclaration des droits, tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché; que la loi ne reconnaît jjIus ni vœu religieux, ni aucun autre engagement qui serait contraire aux droits naturels ou à la constitution; que la qualité de citoyen français se perd... par l'affiliation à foute corporation... qui exigerait des vœux religieux;
« Considérant que l'Assemblée nationale, en abrogeant les vœux religieux et en restituant au peuple le droit sacré d'élire lui-même ses ministres, n'a fait que rappeler la discipline ecclésiastique à son institution primitive;
« Considérant que, d'après la conduite personnelle du curé et le scandale public causé avec tant d'affectation par ses pénitentes, on est fondé à croire que sa signature ne fut mise à la tête de ce libelle que comme un piège tendu à la bonne foi et à la simplicité des paroissiens ;
« Considérant entîn que nul fonctionnaire public ne peut être destitué que pour un délit reconnu et jugé par la loi; qu'il est de la justice et du devoir des paroissiens de mettre MM. Aubert et Bernard sous la protection des lois ;
« Arrête :
« 1° Qu'elle improuve en tous points la conduite inconstitutionnelle du curé de Sainte-Marguerite et ses adhérents;
« 2° Que MM. Aubert et Bernard n'ayant jamais été plus dignes de l'estime et de la confiance de leurs concitoyens, ils les maintiendront de tout leur pouvoir dans leurs places respectives et les défendront contre tous les efforts des fanatiques et des malveillants;
« 3° Que le présent arrêté sera communiqué à M. l'évêque de Paris et à son conseil..., ainsi qu'aux quarante-sept autres sections de la capitale, tant pour rendre un éclatant hommage à la vérité et à la justice qui est due à ces deux respectables ministres , que pour anéantir les calomnies ([u'on a osé vomir contre eux, »
La séance a été levée à onze heures.
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PRÉSIDENCE DE M. SALADIN
Après la lecture du procès-verbal, M. CA^ra/Zer communique des lettres de l'armée du Midi qui annoncent l'impossibilité de mettre cette armée en campagne pour cette saison. MM, Des/ieux el Merlin communiquent également des lettres de Strasbourg, qui, l'une et l'autre, représentent celte partie importante de nos frontières comme la plus dénuée de moyens de défense et entièrement à la merci des intrigants, qui paraissent avoir fondé leur espoir sur la prise de cette place.
M. Bourdon. — A la lecture de ces lettres, je ne puis m'empêcher de m'indigner de la faiblesse de l'Assemblée nationale, au milieu de laquelle la dernière a été lue, il y a trois jours, et qui n'a rien statué à son égard.
M... — Hier au soir, un député du département du Rliin ' a dit à l'Assemblée nationale : «Nous sommes trahis; les Impériaux ne se donneront pas la peine d'attaquer, ils entreront en France, et vous l'apprendrez quand ils seront dans les Champs-Elysées. » M.Thuriut fit à cette occasion la motion de rendre l'Assemblée permanente; je ne sais quelle suite elle a eue 2. A cette nouvelle, l'Assemblée nationale frémit, et j'ai vu sourire l'infâme côté droit. "Vous vous proposez de porter la guerre à Coblentz. Ce n'est pas là où sont vos plus cruels ennemis : si les aristocrates lèvent une tète impudente dans les lieux publics, au Palais-Royal, si le côté droit de l'Assemblée nationale sourit à de telles nouvelles, c'est qu'ils comptent les uns et les autres sur la prochaine arrivée des Autrichiens.
Fédérés, vous avez juré de mourir libres; si celte fédératinn ne sauve pas l'empire, la liberté est perdue : au premier jour, vous vous endormirez libres, et vous vous réveillerez dans les chaînes.
1. Sic : il s'agit de Philippe Uuhl, député du Bas-Rhin. On trouvera un récit de cet incident daus le Journal lor/of/raphique, XXIV, 182. Le Moniteur ne mentionne luéuie pas cette séance de la Législative du lo juillst 1192 au soir.
2. Thuriot avait simplement demandé que l'Asscmbléo mit à l'ordre du jour du lendemain la question de savoir si elle se proclamn-ail permanente ou non. Cette iiii)ti(»M fut décret éo. {Journal lonoi/rafiliif/ur, XXIV. 187, 190.)
M. LE Présidext. — Des bons cito3'ens annoncent avoir à communiquer des motions sur des amas d'armes : je propose de nommer deux commissaires pour les accompagner au Comité de surveillnnce.
M, HiOi\. — Je crois ne devoir pas tar.ler un moment à apprendre à la Société que M. Robespierre a été dénoncé à l'accusateur public par le ministre de la justice pour son adresse aux. fédérés.
M... — M. Tallien vient d'être arrêté au Palais-Royal.
M. Desfieux. — Depuis la réhabilitation du pouvoir exécutif, une multitude de dénonciations vous ont été faites contre lui; elles ont été portées à l'Assemblée nationale, où elles pourrissent dans la poussière des Comités. Tout ce qui se présente à nous nous prouve clairement qu'il y a entre ce pouvoir et les puissances étrangères luie coalition contre la liberté française. L'Assemblée nationale doit donc, en reconnaissant sa faiblesse et le danger delà patrie, déclarer qu'elle ne peut sauver le peuple, et que le peuple se sauve lui-même.
M. Tallien. — Je dois vous rassurer, Messieurs, sur le bruit qui vient de se répandre ici sur mon compte : il n'a aucun fondement. Je sors du Palais-Royal, il est vrai, avec quelques amis, pour y sonder r«sprit public. Je puis vous assurer qu'il est excellent, et qu'au moment où l'Assemblée nationale le voudra, le peuple se lèvera tout entier, et les despotes disparaîtront.
M. Robespierre monte à la tribune, où il développe les motifs qui rendent indispensable, nécessaire au salut de l'empire et de la liberté française le séjour des fédérés dans la capitale jusqu'à ce que la patrie ne soit plus en danger. Mais, pour rendre ce séjour possible , il faut que tous les bons citoyens regardent les fédérés comme des frères, des amis, des libérateurs, les accunllent chez eux et partagent avec eux leur logement, leur table, et leur rendent enfin le séjour de la capitale praticable. Il faut ensuite que tous les fédérés écrivent dans leurs départements, qu'ils dépeignent vivement les dangers réels de la patrie et la nécessité de se réunir tous à sa voix. Que l'Assemblée nationale envoie donc à Goblentz les administrateurs perfides des départements, les chefs aristocrates qui ont juré la perte de nos armées. Qu'elle n'envoie pas à Orléans La Fayette, puisque c'est un trop grand effort pour elle, mais qu'au moins elle l'envoie à Coblentz avec le traître Jary, qu'elle ne punit pas non plus. Qu'elle y envoie ces Lameth, si célèbres dans les fastes de lu coalition de la minorité de la noblesse qui a souillé noire constitution. Pui^qui tous ces genslà ne peuvent pas être atteints par nos tribunaux, qu'au moins ils ne restent pas au milieu de nos armées, et, s'il n'existe pas de lois contre
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eux, (ju'ati moins un bon décret les envoie à Coblentz, et que nous puissions les combattre à force ouverte.
M..., fédéré delà Drôme, développe les motifs qui rendent le séjour des fédérés nécessaire à Paris. «11 faut donc, dit-il, que l'Assemblée nationale légalise notre séjour. 11 faut que nous nous incorporions dans les bataillons de la garde nationale parisienne, que nous partagions et ses travaux et ses dangers ; il faut que la France entière ne présente plus que le spectacle d'une famille de frères.
« Le peuple seul peut sauver la France ; mais où trouver le peuple? Sera-ce dans les assemblées primaires? Les Autrichiens seraient aux portes avant qu'elles fussent assemblées. Il faut donc trouver cette représentation momentanée dans les fédérés, qui, forts de leur conscience, resteront en otage près du corps législatif jusqu'à ce que leur vo'u soit légalisé par l'assentiment de leurs communes respectives. » Il conclut à une adresse au corps législatif pour lui déclarer que, porteurs des vœux des départements, et reconnaissant la racine du mal dans le pouvoir exécutif, il soit suspendu provisoirement jus- <|u'à la réunion des assemblées primaires, qui en décideront ensuite.
Un fédéré fait part de diverses insultes qui ont été faites à l'un de leurs camarades dans le jardin des Tuileries par des gens de la suite de la femme du roi. Ce fait a été dénoncé à l'Assemblée nationale, qui a passé à l'ordre du jour.
Celte dénonciation excite les mouvements les plus violents parmi les l'édérés présents à la séance. Les membres de la Société viennent enlin à bout, par toutes les mesures possibles, de les calmer et de les engager à ne prendre que des mesures grandes, énergiques, dictées par la prudence, et dignes d'être soutenues par la force de l'esprit pui)lic.
Le calme se rétablit peu à peu. M. Chabot, en approuvant le motif (i(! leur indignation, les engage à se contenir dans les bornes que s'itn[)Ose tout vrai patriote dévoué au salut de la patrie, et non à la ven^;eance de quelque injure particulière.
M. le Président annonce que le résultat du scrutin porte à la présidence M. Delaunay [d'Angers), à la vice-présidence M. Robespierre, et (I<»nii3 pour secrétaires MM. Bernard, Bellcgarde et Siitières.
J^a séance a été levée à onze heures.
PRÉSIDENCE DE M. DELAUNAY (d'aNGERS)
Avant l'ouverture de la séance, de vifs applaudissements annoncent l'arrivée de M. Manuel. En l'absence des président et vice-président, on l'engage à occuper le fauteuil. Il cède à cette invitation.
M. Champertois. — En applaudissant avec vous, Messieurs, à la complaisance de M. Manuel, je crois à propos de faire une motion d'ordre : c'est que la Société se surveille avec la plus grande sévérité pour maintenir la tranquillité et ménager la santé encore faible de son président.
M. Manuel. — Effectivement, Messieurs, j'ai besoin de quelques ménagements, car ma santé, ainsi que celle de tout bon patriote, ne fut jamais plus altérée que dans ce moment, où les dangers de la patrie, déclarés par un décret de l'Assemblée nationale, paraissent la presser de toutes parts. Dans cette crise, la patrie me paraît être un malade dont le médecin déclare l'état presque désespéré et auquel il ne donne par conséquent aucun remède. Mais, dans cette circonstance, au moral comme au physique, il reste au malade doué d'un bon tempérament une immense ressource, celle de la nature. Ici, la nature est le peuple, et c'est lui qui doit faire la dernière consultation.
Il n'est personne dans tout l'empire qui, malgré le silence de l'Assemblée nationale, ne sente que la cause de tous nos maux est dans la mauvaise volonté du chef du pouvoir exécutif qui, retranché derrière la constitution, entrave de toutes ses forces la marche du pouvoir législatif au lieu de concourir avec lui au bien général. Le roi seul est la cause de nos maux. Mais le peuple, le vrai souverain, n'a-t-il pas toujours le droit de forcer celui de ses mandataires qui s'éloigne de la route qui lui est tracée d'y rentrer? Je voudrais donc que le peuple des quatre-vingt-trois départements, représenté par ks députés qu'ils nous ont envoyés, réunis avec les citoyens de Paris, fissent une assemblée, grande, majestueuse, au Champ de Mars, pouidélibérer une fois sur ses vrais intérêts ; que cette grande réunion se fit sans armes : le peuple est assez fort de son serment de vivre libre ou de mourir pour n'avoir pas besoin d'autres armes pour s'opposer
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à ses tyrans; que cette grande assemblée fût annoncée à tout Paris par le bourdon de Notre-Dame; que, ce jour-là, toutes les boutiques fussent fermées, toutes les occupations suspendues; qu'enfin, on vit un jour consacré tout entier et d'une manière imposante à la chose publique en danger.
Parmi les mesures comprises dans le décret de la déclaration du danger de la patrie, il est un article qui permet d'arrêter tout citoyen porteur d'un signe de rébellion. Mais n'y a-t-il donc de signe de rébellion qu'une cocarde verte, blanche ou noire? Et le? Crapart, les Durosoy ne portent-ils pas évidemment le signe de la rébellion avec leurs journaux, qui ne sont que les trompettes de la révolte, qui sonnent dans tout l'empire à Tordre des conspirateurs qui soudoient leurs plumes vénales ? Le citoyen qui, voyant arriver à la poste l'immense paquet de ces feuilles contre-révolutionnaires, s'en emparerait et ferait, en les jetant ilans la rivière, un sacrifice à la patrie, n'exécuterail-il pas le décret de l'Assemblée nationale? Et que penser d'une administration des postes qui se charge de colporter un tel venin dans toutes les parties de la France? Qu'ils portent, s'ils le veulent, leurs presses à Goblentz, et qu'ils nous laissent le soin de sauver la patrie.
Un de MM. les Secrélawes annonce la remise d'une somme de cent trente livres pour les fédérés.
Un jardinier-fleuriste, qui s'annonce sans-culotte, du faubourg Saint-Antoine , présente un bouquet énorme au président de la Société, qui l'embrasse aux acclamations de toutes les parties de la salle.
M. Manuel. — Pour donner à ce bouquet une destination plus digne de lui, je demande à la Société la permission de le lui présenter ; il lui rappellera que ces fleurs doivent i-apporter des fruits.
La motion est faite et arrêtée que le citoyen du faubourg Saint- Antoine prenne place à côté du président.
Une députation de citoyens patriotes de la section de Henri IV, (|ui ont donné un duier fraternel aux fédérés flu Calvados, demande ù traverser la salle. Ils entrent au milieu des applaudissements.
L'orateur de la députation. — Vous voyez les patriotes de la section de Henri iV réunis avec les patriotes rlu Calvados; ils sont V(>nus célébrer celle léte de la liberté d.ins le jardin des Jacobins, comme étant le lieu le i»lus près du sanctuaire du patriotisme, et comptant
bien sur la faveur qu'ils reçoivent de venir prendre le café avec tous les bons patriotes Jacobins de tout l'empire.
M. Manuel leur fait une réponse dont la dernière phrase surtout excite les plus vifs applaudissements. « Convenez, leur dit-il, que cette salle des Jacobins, ainsi ouverte à tous les patriotes, offre un spectacle bien plus beau que ce château des Tuileries fermé par les verrous du despotisme. »
M..., dcputé du Calvados. — Quand les tyrans s'assemblent et délibèrent, ils s'enferment; des sentinelles gardent les postes avancés et assurent l'impénétrabilité de leurs demeures. Les Germains, au contraire, traitaient leurs plus grands intérêts au milieu des campagnes, debout, ou dans la cordialité des festins. Nous venons, mes frères, d'imiter les Germains, et, comme eux, nous saurons défendre notre liberté contre les attaques de tous les tyrans.
On annonce qu'un fédéré, logé rue de Grenelle-Saint-Honoré, chez M. Fautras, y a laissé ses effets et est disparu depuis quelques jours.
Un fédéré prononce, sur les dangers de la patrie, un discours plein de patriotisme, mais qui n'offre aucun moyen à discuter.
On annonce l'arrivée des députés du club populaire de Nîmes. L'orateur de la députation monte à la tribune, où il se fait reconnaître pour le même citoyen qui y avait, quelques mois avant, dénoncé son propre frère comme chef des contre-révolutionnaires d'Arles.
Trois de ces députés, MM. Cholles, Loys (de Marseille) et Camus, font part des objets dont les ont spécialement chargés les patriotes de Nîmes, qui leur ont recommandé particulièrement de veiller à ce qu'on prit les mesures nécessaires pour protéger le département du Gard contre toute attaque extérieure; de demander expressément la conservation des Sociétés populaires; d'exprimer à M. Petion les sentiments que lui a assurés à jamais sa conduite dans tous les moments de sa carrière politique, et particulièrement dans la journée du 20 juin et de lui demander ses conseils; de voir les députés du Gard à l'Assemblée nationale; de se ren(h'e régulièrement aux Jacobins, leur témoigner amitié et fraternité; enfin, de dénoncer particulièrement le directoire du département du Gard, contre lequel deux faits déposent particulièrement : l'un est l'affectation de publier avec la plus grande profusion la proclamation du roi sur la journée du 20 juin, lan(hs que la lettre du patriote Roland est restée dans ses
ÏOME IV. 8
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archive?; l'autre est d'avoir arrêté qu'il déclarait factieux et agitateurs tous ceux qui brûlaient de voler à Paris'.
« Je ne vous dirai pas, ajoute un des orateurs, que, lorsque je suis allé prendre possession de ma cure, j'ai été exposé aux plus grands dangers, que la potence a été dressée pour m'y accrocher; mais, même en ce moment, pour avoir dit dans le club qu'il fallait envoyer le plus de monde possible à Paris, ils m'ont prêté le propos infâme que j'irais à Paris pour plonger le poignard dans le sein du roi, comme si un patriote, un bon citoyen, ne devait pas reculer d'horreur à de pareil? propos. »
M. Manuel. — Nous ne nous étions jamais vus, frères et amis, et déjà nous nous connaissions, car tous les patriotes sont frères. Nous vous espérions, nous vous attendions, car c'est ici le rendez-vous de tous les patriotes. Le directoire de votre département ne paraît pas meilleur que beaucoup de directoires de département?. La vue des patriotes fait sur eux l'effet d'une étoffe rouge sur certains animaux. Mais consolez-vous avec nous : les départements achèveront la Révolution. La Société ne vous invite pas à sa séance, elle imagine que déjà vous vous êtes aperçus que vous étiez chez vous.
M. Chabot. — Dans les recommandations faites aux fédérés de Nîmes, il en est une sur laquelle je crois très utile de les prévenir: c'est celle de se voir et de se consulter avec les députés du département du Gard. Je les préviens que tous les députés du Gard sont aristocrates : ce sont MM. Tavernel, l'Esprit*, Vincens. De tout cela, M. Vincens est le moins mauvais, car il n'a voté avec le côté gauche qu'une fois; je dis le moins mauvais, car il siège avec le côté droit.
Je dis aux fédérés en général, et à ceux de Nîmes en particulier, de regarder comme députés du Gard les patriotes de la Montagne : car les députés qui siègent au côté droit ne sont pas les députés de l'Hérault {sic); les députés du Gard, ce sont les députés des Tuileries qui soutiennent la constitution à leur manière, c'est-à-dire le veto dans toute son étendue, la liste civile, toute la liste civile. J'engage donc nos frères les fédérés à ne pas suivre trop scrupuleusement cette partie de leur mandat qui leur recommande de fréquenter les députés du Gard.
1. Ou trouvera cet arrêté, en date du 2 juillet 1792, daus l'Histoire de la Révolution française dans le département du Gard, par François Rouvière, t. 11, p. 340.
2. 11 n'y avait pas de député du Gard de ce nom. Il faut sans doufi> lire Leyris. La députation du Gard à rAsseuiblée législative était ainsi eoniposée : Jacques Delon, Vincens-Plauchut, Ménard, Tavernel, Giraudy, Allut, Jean Pieyre fils, Leyris; suppléants : Cazalis, Gcnsoul et Gilles-Gissac. (Houvière, ib., p. 15.)
M. Vincens peut avoir auprès des citoyens de Nîmes des titres de recommandation pour son patriotisme, car il y a été persécuté pour son attachement au républicanisme, mais il est bon de prévenir ses concitoyens qu'il s'est grandement converti. Je crois devoir ce conseil aux fédérés, c'est que la minorité seule de PAssemblée nationale peut leur donner des conseils utiles. Ce n'est pas que la majorité n'en soit pure, je l'ai dit et je le répète, elle l'est; mais, dans cette bonne majorité, il y en a de trop faibles, de trop timides pour leur donner des conseils. Il faut donc qu'ils s'en tiennent aux seuls Jacobins, et aux bons, c'est-à-dire à ceux qui n'ont pas cessé d'être Jacobins, qui ont renouvelé leurs cartes. Car beaucoup de députés, ceux de Strasbourg, par exemple, sont partis de chez eux Jacobins et sont devenus Feuillants. Il y en a beaucoup qui ont été nommés parce qu'ils avaient singé le patriotisme et qu'ils étaient chez eux de célèbres Jacobins, qui depuis ont tourné du côté de la cour, qui sans doute a le plus grand mépris pour eux, mais qui ne s'en sert pas moins. Il y en a beaucoup qui, dans leur correspondance avec leurs départements, ne se sont pas mis à découvert et se sont conservé par là une réputation de patriotisme, tel, par exemple, M. Vincens, qui, •quoique ne communiquant plus avec les Jacobins, n'en est pas moins resté l'entremetteur de la correspondance des Jacobins de Nîmes avec vous. Il me fait assez souvent la grâce de m'en charger, mais je ne voudrais, à cet égard, me rendre garant ni de sa fidélité ni de son existence.
M. Baumier. — Le traître Dusaillant vient d'éprouver le sort qu'il mérite : il a la tête à bas avec trente de ses complices '. Après avoir pris la parole pour vous annoncer ce fait, je ne la conserverai pas, n'étant pas à mon tour d'inscription, quoique j'eusse beaucoup de choses peut-être à vous annoncer. Demain, vous n'aurez pas de décret d'accusation contre La Fayette.
Plusieurs voix. — A la tribune, à la tribune!
M. Baumier. — L'Assemblée nationale a déclaré que la patrie était €n danger; mais cette déclaration suffit -elle? Je m'étais attendu qu'après cette grande et importante mesure elle aurait également déclaré pourquoi la patrie est en danger. Je m'attendais qu'après avoir jeté les yeux sur les entraves continuelles mises aux opérations du pouvoir législatif par le pouvoir exécutif, qu'après avoir examiné ses liaisons avec nos ennemis du dehors elle aurait déclaré que la cause des dangers de la patrie était le roi. En suivant cette marche et
1. Sur la conspiration et la mort de Dusaillant, voir le Moniteur, XIII, 183, 1£6.
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en examinant la conduite du représentant héréditaire, elle eût vu que, depuis le moment de sa protestation, d'accord avec la convention de Pilnitz, il n'a pas été un seul instant sans conspirer; il eût été facile de tirer de cet examen la conclusion simple que c'est lui qui a mis la patrie en péril, et qu'il a encouru la déchéance du trône.
J'aurais voulu que, cette déchéance prononcée, on gardât sa personne et celle de sa femme en otage : car jamais la Prusse ne vous fera la guerre tant qu'elle n'aura pas le roi à montrer dans son parti, et jamais l'Autriche ne la fera sérieusement tant que vous sere^ maîtres du sort de la tante de son roi. Si les ministres ne vous eussent pas trompés sur l'état de nos préparatifs, sur celui de nos forces^ sans doute la mesure de la déportation eût été excellente; mais, dans l'état où nous sommes, il est plus sûr de se conserver des otages.
J'aurais voulu ensuite que l'Assemblée nationale eût décrété la permanence de toutes les sections, de toutes les assemblées primaires de l'empire, pour leur faire ensuite cette déclaration courageuse : « Vous nous avez confié un dépôt en nous faisant jurer d'y rester fidèles. Nous avons jusqu'ici rempli notre serment, mais nous vous déclarons que ce dépôt sacré périclite entre nos mains, parce que le pouvoir exécutif prend à contre-sens tous les devoirs que lui impose la constitution; veillez donc vous-mêmes à la conservation de ce dépôt. »
Je crois devoir vous dire en passant, Messieurs, que, dans ce moment-ci, des personnes instruites m'assurent qu'iP' est endetté de plus de cent trente milhons au delà de sa liste civile.
Une autre mesure importante était celle de frapper à l'instant le chef conspirateur qui, à la tète d'une armée, abandonnant son poste, est venu nous montrer à la fois le double visage de Monk et de Cromwell. Il fallait qu'à l'instant même un décret d'accusation fit justice de cet impudent marquis. Il paraît aujourd'hui que f on n'aura pas ce décret ; du moins les conclusions du rapporteur sont-elles qu'il n'y a ])as lieu à accusation. Vous savez que la Commission des douze est composée de huit aristocrates et de quatre patriotes. En sentinelle vigilante, j'ai sondé les opinions, et j"ai vu cpie l'Assemblée nationale était bien loin d'être à la bauleur du peuple (pi'elle représente. J'ai eu ce matin une explication avec un des membres les plus distingués de l'Assemblée nationale, et cette explication m'a conhrmé ilans l'opiîiion cpie je viens d'annoncer. « Etes-vous toujours, lui ai-je dit, dans h; doute sur le crime de La Fayette? — Tonjours, m'a-t-il dil, et je crois que, si nous demandons le décret daccusalion, nous le sei'virons