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plus que nous ne lui fei'ons de mal, parce que, comme nous ne sommes pas en force, nous ne Tobtiendrions pas. — Comment, lui dis-je alors, comment un homme éloquent ne se lève-t-il pas à l'Assemblée nationale pour faire le tableau de la vie révolutionnaire de La Fayette, et finir par conclure qu'il est impossible qu'il existe [une société, si un général d'armée peut quitter le commandement qui lui est confié pour venir, au milieu des représentants du peuple, se dire l'organe de son armée et des honnêtes gens du royaume? »
Toutes ces raisons n'ont produit aucun effet sur le député; il a prétendu que la journée du 20 juin avait fait beaucoup de tort à cette cause, non pas dans son esprit, mais dans celui de beaucoup de députés patriotes sur lesquels il ne faut plus compter. « Les mouvements du peuple, ajouta-t-il, nous font grand tort. » Indigné de ces réflexions hypocrites, j'aillais me retirer; je lui dis néanmoins : « Mais n'est-ce pas là au contraire l'occasion favorable, pour un député vraiment patriote, de développer ses talents, en miuitraut sous son véritable jour la conduite du peuple, que ses ennemis ne cherchent qu'à faire paraître sous un point de vue défavorable?... »
M. Anthoine. — Au nom d'un grand nombre de membres de cette Société, je prie l'orateur de nous donner le nom de ce membre distingué de l'Assemblée nationale...
Plusieurs voix. — Oui, oui! — D'autres. — Non, non! M. Anthoine. — Et j'ajoute que, si M. l'orateur n'a pas cette complaisance pour la Société, il ne nous a rien dit, il pouvait se dispenser de prendre la parole.
M. Baumier. — Je n'ai jamais dit les choses à moitié, et, si l'on eût voulu se donner la peine d'attendre, je n'eusse pas hésité de nommer M. Vergniaud.
Il parait que le résultat de tout ceci sera simplement une transaction qui ramènera au ministère certains ministres, à condition que, d'un autre côté, on feindra d'oublier La Fayette. [Murmures.)
M... — Si vous avez peu à compter sur les talents et la vertu de M. Vergniaud, vous devez com[)ter sur les talents et la vertu de M. Brissot, qui a pris ici l'engagement formel de démontrer à la tribune de l'Assemblée nationale que le décret d'accusation est indispensable.
M. Baumier. — Je souhaite de tout mon cœur d'avoir tort, mais je crains malheureusement de n'avoir que trop raison. Personne ne rend plus justice que moi au mérite de tous les membres de cette Société, et M. Brissot m'a dit à moi-même qu'il avait un discours tout prêt, et qu'il concluait au décret fl'accusation. Nous verrons s'il tiendra pa-
H8 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [18 juillet 1792}
rôle; mais, je le répète, il parait évident qu'il y aura une transaction telle que je viens de vous la présenter.
Luckner a été circonvenu de toutes parts par cet intrigant de La Fayette : car, à la Commission, il a fait des aveux qui prouvent qu'on lui a escroqué les lettres de lui que l'on faisait sonner si haut, et là il a bien apprécié La Fayette; il a dit, ce sont ses termes, « qu'il pourrait bien faire un bon lieutenant »,
La dernière lettre a été arrachée à Luckner par M. Berthier, qui s'est jeté à ses pieds, en pleurant, pour l'obtenir.
Je me résume donc en concluant qu'il importe au salut de la patrie que La Fayette soit envoyé à Orléans, par ce principe fondamental qu'aucune société ne peut exister s'il se peut qu'un chef de la force armée vienne signifier la volonté de cette force armée aux représentants du peuple.
Si l'Assemblée nationale ne porte pas ce décret, on peut lui dire alors : « C'est vous qui, par votre faiblesse, mettez la patrie en plus grand danger encore, car vous ouvrez la source à des maux incalculables. »
On observait ce matin à l'Assemblée nationale que la guerre que nous entreprenions allait être fort coûteuse. A ce sujet, M. Gambon proposait de porter l'imposition foncière au cinquième du revenu; mais, au lieu d'avoir recours à ces ressources, usons de celles que nous avons dans les mains. Nous faisons la guerre contre les émigrés : mettons en vente leurs biens sur-le-champ; puisqu'ils nous occasionnent les peines et les fatigues de la guerre, il est bien juste qu'au moins ils en payent les frais.
Autre mesure : la vente des forêts nationales, qui dans un moment produirait une somme de neuf cents millions. 11 me paraît donc naturel d'employer ces immenses ressources avant d'en venir à tout autre expédient.
La séance a été levée à dix heures.
PRÉSIDENCE DE M. DELAUNAY (d'aNGERS)
A l'ouverture de la séance, on arrête une collecte en faveur d'un soldat qui, ayant été blessé dans une rixe élevée par des aristocrates, va aux eaux de Bagnères achever de se rétablir.
Un vétéran de Dijon. — Vous avez tous entendu, Messieurs, la proposition qui vous a été faite dans votre dernière séance, par M. Manuel, de réunir les vœux des citoyens de Paris et des fédérés dans une adresse qui serait communiquée et signée au Champ de Mars. J'ai été surpris de ne pas voir reparaître cette idée dans toute votre séance, et je demande aujourd'hui à la convertir en motion, et je demande que tous les citoyens qui sont ici signent dès demain, comme individus, une adresse aux quarante-huit sections, pour les inviter à convoquer les citoyens à se trouver jeudi prochain, 26 de ce mois, au Champ de Mars, pour y arrêter trois adresses : l'une au peuple français, l'autre aux peuples nos voisins, soit qu'ils soient nos amis ou nos ennemis, et la troisième à l'Assemblée nationale.
Dans l'adresse aux Français, il faudrait exposer l'état juste et vrai de notre position, des dangers que court la patrie, tant de la part des ennemis extérieurs que de ceux qui, dans l'intérieur, trament et machinent sans cesse contre le nouvel ordre de choses, faire sentir au peuple français que Paris est le foyer où se nouent ces intrigues, qu'il est de la dernière importance de se réunir, et d'opinions et de forces, pour déjouer toutes ces trames et repousser l'ennemi extérieur.
Celle aux peuples voisins aurait pour objet de leur déclarer que le peuple français se plaît à croire que la présente guerre ne sera pas de longue durée, et qu'elle sera la dernière qui affligera l'humanité. C'est la coalition des rois, moins contre la liberté française en particulier que contre celle de tous les peuples, qui en est l'origine; et si les rois peuvent avoir la prétention de régler les droits des Français, les peuples ont bien, à plus juste titre, le droit de se réunir pour régler les droits de ces individus. A cet effet, il faut leur proposer de s'assembler en congrès populaire pour régler une bonne fois les prétentions de ces monarques, qui, aveuglés par leur autorité, se sont habitués à regarder les peuples comme leur propriété. Que le prochain
120 SOCIÉTÉ DES JAr.OniNS [20 JUILLET 1792]
congrès des peuples se tienne incessamment, soit en France, soit en Angleterre, soit en Pologne, pourvu que ce soit sur une terre qui ait commencé à goûter le prix de la liberté et de Tégalilé.
L'adresse à l'Assemblée nationale aura pour objet de lui voter des remerciements pour les bons décrets qu'on a droit d'attendre d'elle d'ici à cette époque, ou bien de lui faire les représentations qui nous paraîtront nécessaires, si des raisons, de quelque nature qu'elles puissent être, l'ont empêchée de les rendre. Je demande donc que la Société nomme des commissaires pour s'occuper de la rédaction de ces adresses, si elle en accepte le plan.
M. Dufourny, occupant le fauteuil, représente que la Société n'a pas le droit d'inviter les sections, et qu'ainsi cette motion ne peut être l'objet d'une délibération. « C'est aux citoyens, chacun dans leurs sections, à la renouveler dans leur assemblée, ajoute-t-il; ainsi, je ne puis la mettre aux voix. »
Celte proposition excite quelques discussions. L'ajournement sur le tout est demandé; enfin, on arrête que cette proposition importante sera mise à l'ordre du jour, pour la discuter, dimanche prochain.
Un fédéré annonce que, depuis deux jours, on a fermé entièrement la porte des Tuileries aux fédérés. On lui a même assuré, dit-il, que ce château est rempli de chevaliers de Saint-Louis, de gens suspects, et qu'on y a transporté du canon; il demande qu'on fasse attention à cette dénonciation, si on la croit fondée.
M. Tallien. — Je ne puis mempêcher d'être surpris qu'un fédéré, un patriote, vienne se plaindre que les Tuileries soient fermées; qu'importe aux patriotes que la cour ouvre ou ferme les portes de son antre? L'air qu'on y respire ne leur convient pas. Je demande donc qu'à l'imitation de l'Assemblée nationale nous passions à l'ordre du jour.
M. RoBESiMKHRE. — Et uioi aussi, Messieurs, je demande qu'on passe à l'ordre du jour sur cette motion, non que je la trouve indigne du patriotisme du volontaire, qui a bien pu naturellement être indigné du soin du premier fonctionnaire public à se cacher à tous les yeux; je demande qu'on passe à l'ordre du jour, non pour imiter l'Assemblée nationale, car, pour elle, elle avait le droit, et il était peut-être de son devoir, de veiller sur ce qui se passe autour d'elle, dans son enceinte; mais nous, nous devons passer à l'ordre du jour, juirce que nous avons des objets de la plus grande importance à discuter, et que nous n'avons aucune esjiên' do police à exercer dans le château des Tuileries.
Quant à la iriolion (pii vient d'itn" f;iilc. d;m- jr tiiniiilti\ de délmir-
ner les fédérés de se rendre à Soissons, c'est à leur civisme, à leurs lumières seules à leur inspirer ce qu'ils doivent faire à cet égard. Nous en avons dit assez sur ce sujet, et ce ne doit plus être l'objet d'une discussion au milieu de nous. Occupons-nous de trouver les moyens de soutenir nos droits, notre liberté, par la constitution. Opposons-la à ceux qui, comme l'a dit ce matin l'éloquent défenseur des droits du peuple contre La Fayette, n'embrassent cette constitution avec tant d'ardeur que pour TétoufFer dans leurs embrassements perfides.
On annonce que les citoyens de la section Mauconseil, qui ont souscrit pour loger des fédérés et n'en ont pas obtenu, ayant appris qu'il y avait dans le local des Jacobins un Comité des fédérés, envoient la liste de leurs concitoyens qui renouvellent la demande qu'ils en ont déjà faite.
On annonce encore une lettre, adressée à M. Gbarles (de Nimes), dans laquelle on lui apprend que vingt-deux prêtres ont été pendus à Arles.
M. LoYS. — 11 est difficile de remettre cette lettre à M. Charles, car il a été enlevé, cette nuit, dans son lit. Il a été pris, par erreur, pour vm M. Charles, désigné parmi les personnes complices dans l'affaire du camp de Jalès. Je n'ai pu parvenir à le voir; je me suis adressé au bureau de police, je n'ai rien appris sur son compte; et je demande que l'on nomuie deux défenseurs officieux pour l'aider de leurs conseils.
M. Camus. — Sur la liste des personnes contre lesquelles on a lancé des mandats d'arrêt dans l'afFaire de M. Dusaillant est un M. Charles, procureur, et justement notre collègue se nomme Charles, et est procureur; mais, malgré l'identité de nom et de profession, l'erreur est des plus faciles à démontrer par les diplômes dont nous sommes porteurs. Je demande qu'on lui nomme deux défenseurs officieux.
M... — A''ous pouvez être tranquilles, Messieurs, sur le sort de M, Cliarles : il est chez J\I. le maire de Paris. Il a été arrêté, comme on vient de vous le dire, par erreur d'identité. 11 a été logé en hôtel garni; lors de la visite ordonnée par la municipalité en vertu d'un décret, on l'a trouvé, on lui a demandé ses passeports; il a répondu n'en avoir pas, parce que la municipalité de Nîmes n'était pas assez patriote pour s'être prêtée à cette mesure. Il a donc été arrêté, mais l'erreur est maintenant bien reconnue, et il ne reste plus, pour lui rendre la liberté, qu'à iem[)lir les formes indispensables. La municipalité fait son rapport ce soir à l'Assemblée nationale sur l'exécution
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de son décret. Il sera libre après ce rapport, et peut-être dans une heure sera-t-il au milieu de vous.
M. Tallien. — Les patriotes ont remporté une victoire en obtenant le retour de M. Petion, mais ce n'est qu'un demi- succès s'ils n'obtiennent pas très promptement le rappel de M. Manuel : car, s'il est important d'avoir à la municipalité une Minerve avec sa pique, il n'est pas moins important d'y avoir un Hercule, avec sa massue, pour nettoyer ces étables d'Augias. Je demande que les députés patriotes de l'Assemblée nationale se réunissent pour presser-, à ce sujet, le rapport de la Commission des douze.
MM. les rapporteurs du Comité des fédérés demandent à lire une adresse aux citoyens des quatre-vingt-trois départements. Cette adresse est généralement applaudie.
M. Fort, membre de la Société, arrêté cette nuit par la police correctionnelle, écrit pour demander qu'on lui nomme des défenseurs officieux.
M. Pépin-Desgrouettes s'oppose fortement à ce qu'on adopte cette mesure. « M. Fort, ajoute-t-il, est prévenu d'assassinat; je lui ai conseillé de prendre, sur cette afl'aire, des arrangements; il n'a pas voulu entendre à ce conseil; il s'en trouve dupe aujourd'hui. .Je demande qu'on passe à l'ordre du jour. »
MM. Tet^rasson, Sanieri-e, Robespien^e, combattent la proposition de M. Pépin, et demandent la nomination des défenseurs officieux.
M... observe qu'il y a contradiction dans ce qu'a avancé M. Pépin : car, si ce citoyen était prévenu du crime d'assassinat, comme dit M. Pépin, il ne serait pas entre les mains de la police correctionnelle, mais entre celles des jurés du tribunal criminel.
M. Fabre d'Ffjlanùne observe encore que M. Pépin a ajouté que, quoique prévenu d'assassinat, M. Fort eût pu s'en tirer avec un arrangement. « Je ne sais, dit-il, quel arrangement, quelle transaction serait possible sur un assassinat. »
M. Péimn. — J'atteste de nouveau. Messieurs, qu'il n'est en rien question de patriotisme ni d'aristocratie dans l'affaire de M. Fort; elle est du 13 ou 1-4 août dernier, où, M. Fort s'étant colleté avec un particulier, il est accusé de lui avoir donné des coups de couteau.
Malgré les nouvelles observations de M. P(ti)in, la Société nomme pour défenseurs oflicieux à M. Fort MM. lerrasson et Dafournij.
Un fédéré. — Ce ne sont pas des adresses à rAsseiubléc uMlinnale
dont il faut nous occuper, c'est le vœu des communes qu'il faut lui présenter. Il faut la forcer à marcher suivant la volonté du véritable souverain. Oui, Messieurs, il est dans l'Assemblée nationale un côté traître, il y a des membres vendus à la liste civile; mais il y en a aussi de véritablement attachés à la cause du peuple. Il faut aider ces derniers de toutes nos forces et leur donner pour appui l'expression de la volonté générale : car, sans cela, l'Assemblée nationale dira toujours qu'elle ne peut agir, qu'elle est liée par des serments.
Avec ce raisonnement, le pouvoir exécutif peut vous dire : « Vous serez constitutionnellement asservis. » La seule réponse à lui faire, c'est qu'alors nous nous sauverons constitutionnellement en réclamant l'exécution de la déclaration des droits, qui est aussi dans la constitution. Mais, Messieurs, l'insurrection a beau être le plus saint des devoirs, il faut éviter d'y avoir recours toutes les fois qu'elle n'est pas indispensablement nécessaire, et elle n'est pas nécessaire si on peut recueillir d'une manière plus paisible le vœu de la majorité des citoyens qui composent l'empire français.
Je dis donc que, pour y parvenir, les fédérés ne doivent plus, dès ce moment, se regarder comme fédérés, ils doivent s'incorporer avec les citoyens du faubourg Saint-Antoine dans leurs bataillons; de là, ils doivent écrire dans leurs départements, représenter le véritable état où se trouve la chose publique en danger. Alors vous verrez accourir de tous les coins de l'empire des phalanges de patriotes qui feront taire ou i'uir tous les traîtres. Peut-être le pouvoir exécutif lui-même prendra-t-il ce parti; mais, s'il reste, nous lui dicterons alors les lois qui doivent faire marcher la constitution. Je crois encore qu'il serait bon d'envoyer dans les départements des députés pour solliciter la réunion, non pas des assemblées primaires, car on dira qu'elles ne sont dans la constitution qu'à certaines époques, mais celles des communes, pour avoir le vœu de tous les citoyens et le porter à l'Assemblée nationale.
Si l'Assemblée nationale ne se rend pas à nos moyens, alors nous serons en droit de lui dire : « Vous êtes traîtres comme le pouvoir exécutif. Vous avez déclaré la patrie en danger, et vous ne faites rien pour la sauver; vous avez donc rendu [un décret en démence, vous êtes déchus, et vous nous forcez à ressaisir encore notre souveraineté; il nous reste l'insurrection. »
La section des Tuileries communique à la Société une dénonciation qu'elle a faite au président] de l'Assemblée nationale et au maire de Paris de deux députés qui se sont présentés à la section sous des
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noms et des qualités supposés pour avoir des passeports. Le refus qu'ils éprouvaient les ont déterminés à dire leur vrai nom, croyant en imposer par là; mais ça été une raison de plus de les leur refuser, à, raison du dernier décret rendu sur cet objet.
Un député d'Orléans. — Nos frères d'Orléans nous envoient pour déposer au milieu de vous leurs craintes et leurs alarmes sur l'état des prisons d'Orléans. Il existe sans doute un grand complot dont le foyer est ici, mais dont les étincelles peuvent aussi embraser la ville d'Orléans.
Les prévenus sont prêts à s'évader; nous venons présenter à l'Assamblée nationale une pétition pour la prier d'organiser ces prisons de manière à ce que les prévenus soient en sûreté. Nous venons la présenter, cette pétition, au nom des patriotes, s'entend, car parmi nous aussi il est des honnêtes gens. Mais soyez sûrs que les vrais patriotes, en dépit de ces honnêtes fjens, sauront vaincre ou mourir.
Nous recommandons notre pétition à nos frùres les députés de la Montagne, pour qu'ils nous aident à obtenir la parole au commencement de la séance. Le croiriez-vous, Messieurs? Chaque prisonnier peut communiquer avec ses complices; les permissions de recevoir des visites se multiplient d'une manière effrayante; il s'}- donne des repas splendides, des concerts composés d'un nombre considérable de musiciens du dehors; l'infirmerie est transformée en une salle de banquet et de bal; enfin il n'est pas jusqu'à un jeu de paume qu'on se propose maintenant d'y construire.
Un hôtel voisin de la prison, et meublé à grands frais par un des prévenus, et rempli d'un grand nombre de personnages, nous fait craindre une évasion très prochaine; peut-être au moment où je vous parle est-elle effectuée.
Le geôlier seul a le droit de visiter ce qui entre ou ce qui sort de cette prison; il n'y a {)as huit jours encore (ju'il avait à sa disposition seule les cartouches à distribuer pour le moment, disait-on, où on pourrait en avoir besoin.
Est-il juste, est-il conforme à la déclaration des droits, que des conspirateurs présumés soient traités avec plus d'égard que ne le sont des infortunés dont tout le crime se réduit quelquefois à avoir détourné quelque chose pour fournir à la subsistance d'une famille dans la misère? Nous conjurons donc l'Assemblée nationale de fixer sans délai l'organisation des prisons de la Haute Cour nationale.
Lors de la Haute Cour provisoire, c'était le déitarliMncnl ^jui avait la police de ces prisons, qui est nu^inleruint dévolui,' à la nuinicipalité.
II y avait alors dans rintérieiir un corps de garde de huit hommes qui fournissait des sentinelles à divers postes pour empêcher les communications entre prisonniers; lorsqu'ils sortaient, une sentinelle les accompagnait, et, loin que ces précautions fussent prises d'une manière à charge aux prisonniers, lorsqu'ils en sont sortis par l'amnistie ils sont venus faire des remerciements au département et à la garde nationale. Ces précautions n'existent plus, et la plus grande licence règne dans cette prison, où des femmes de mauvaise vie sont introduites publiquement, où le juge de paix Larivière donna dernièrement un repas à quinze convives, du nombre desquels étaient quatre juges de paix. Or, je le demande, si chaque prisonnier donne des repas à un pareil nombre d'étrangers, comment peut- on être assuré de leurs personnes? Il est donc de la dernière importance d'avoir un règlement sévère pour les prisons d'Orléans, et c'est le vœu de tous les bons citoyens de cette ville.
Trois citoyens, qui fréquentent habituellement les tribunes de la Société, deux domestiques et une cuisinière, envoient trois assignats de cinq livres, pour subvenir aux besoins des fédérés; ils regrettent, écrivent-ils, de n'avoir pas de plus grands moyens à offrir pour expier l'aristocratie impudente de leurs maîtres, dont ils sont continuellement témoins.
M. Robespierre. — On vient de vous entretenir de l'impunité assurée aux prévenus, par la corruption de la Haute Cour nationale. Cela ne m'a pas surpris; elle devait être corrompue, je l'avais prédit lors de sa formation; mais je n'avais pas cru alors qu'à tous les moyens de corruption que la cour avait dans ses mains, on y ajoutât encore celui de la rendre dépositaire des moules de nos assignats.
Il est donc prouvé que les conspirateurs peuvent conspirer tranquillement , puisqu'ils ont deux chances qui leur sont favorables : l'une, le juré d'accusation qui est l'Assemblée nationale, l'autre, le juré de jugement qui est la Haute Cour nationale. Si nous demandons donc un décret d'accusation contre La Fayette, ce n'est pas dans l'espoir qu'il soit jamais puni, mais simplement pour que l'Assemblée nationale ne soit pas déshonorée.
On demande à quelle époque de la Révolution il faut se reporter, quand on songe qu'un attentat contre les représentants du peuple a été commis, il y a plus d'un mois, et qu'à peine depuis trois jours on commence à s'en occuper; quand on songe que, dès le premier jour, on ne s'en est occupé que pour renvoyer sa décision au lendemain, et puis encore au lendemain; quand on songe qu'au milieu d'une telle
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tergiversation le jugement de l'Assemblée nationale pourra être favorable à ce conspirateur.
Si La Fayette est impuni, nous n'avons pas de constitution, car il n'y a pas de constitution là où il existe un homme au-dessus des lois. Si La Fayette est impuni, il est clair qu'on insulte au peuple français lorsqu'on lui dit qu'il est libre, car il n'y a pas de liberté où les lois ne sont pas égales pour tous les criminels. La souveraineté n'est plus à la nation, elle est à un homme qui de l'intrigue des cours est passé à une magistrature populaire dont il n'était pas digne, et de là à une magistrature militaire dont il use pour servir les desseins d'une cour perfide. On s'étonne, dans une pareille circonstance, de voir des représentants du peuple proposer de faire une loi pour donner le change et faire croire qu'il n'en existe pas. Oui , [il faut décréter La Fayette, ou décréter la contre-révolution.
Un projet beaucoup plus perfide sera, dit-on, présenté : ce serait d'improuver M. La Fayette. Ce projet est le plus anti-constitutionnel de tous, car l'Assemblée nationale n'a le droit d'improuver personne; elle est revêtue d'une puissance légale, elle est tenue de faire l'office de haut juré, et, si elle porte un jugement, si elle improuve, elle s'empare d'un pouvoir qui ne lui est pas délégué.
Si La Fayette n'est pas décrété, je dis que le discours éloquent que j'ai entendu ce matin peut se réduire à ceci : si vous ne voulez pas sauver le peuple, déclarez-le-lui donc, afin qu'il se sauve lui-même.
Après ces réflexions sur M. La l'ayette, M. Robespierre propose ses vues sur les moyens de sauver la patrie. C'est dans la constitution seule qu'il les puise : ils consistent principalement à former l'esprit public, à obtenir l'expression du vœu général , à éviter toutes les mesures partielles, à engager les patriotes à se rassembler à Paris et à se porter aux frontières pour combattre les ennemis extérieurs et intérieurs à la fois, et à attendre du temps et des fautes de nos ennemis le succès que doit finir par obtenir le parti de l'humanité, de la raison, de la philosophie.
On annonce qu'il vient de se faire, au Palais -Royal, un auto-da-fé patriotique des arrêtés des divers départements et autres proclamations sur la journée du 20 juin, etc.
La séance a été levée à dix heures.
XXVj SÉANCE DU DIMANCHE 2^2 JUILLET 1792
PRÉSIDENCE DE M. DELAUNAY (d'aNGERS)
A l'ouverture de la séance, M. Gorguereau présente quelques réflexions sur le tort que fait à la chose publique la négligence d'un grand nombre de députés patriotes à se rendre assez tôt à la séance pour prendre part au scrutin des présidents et secrétaires. « Nos ennemis, ajoute-t-il, agissent bien mieux que nous, car ils y mettent un intérêt tel qu'il s'est trouvé, ce matin, plus de scrutins que de votants. Cette petite tricherie a fait déclarer le scrutin nul, et nous le recommencerons demain. J'invite, à cette occasion, tous les députés patriotes à n'y pas manquer.
« Je fais en outre la motion que l'on imprime le nom de tous les votants, afin que les patriotes qui se dispenseront de voter soient, par ce moyen, connus de leurs mandataires. »
M. l'eret dénonce un rassemblement de patriotes qui se réunissaient autrefois rue d'Argenteuil et qui tiennent maintenant leurs séances ailleurs. M. Calon assure que cette réunion ne doit causer aucune espèce d'ombrage, puisque ses séances ne commencent jamais qu'à l'heure où celles de la Société finissent. « Il est sans doute facile, ajoute-t-il, d'avoir le nom de tous les votants, mais il ne m'est, je crois, pas possible de donner cette liste de mon autorité privée, puisque je ne puis me regarder que comme dépositaire, »>
M. Lanthenas. — Il me semble que l'objection de M. Calon porte sur ce qu'il n'est pas en son pouvoir de publier ce scrutin; je ne suis pas du tout de son avis, car il me semble que tout ce qui se passe à l'Assemblée nationale doit être entièrement public.
La réunion des fédérés est une occasion pour que chaque département puisse connaître le caractère de la conduite publique des représentants qu'il a envoyés à l'Assemblée nationale.
Si les fédérés, se réunissant par département, nommaient quatrevingt-trois commissaires, chaque commissaire serait chargé de visiter, au nom des fédérés, les représentants envoyés par leur département.
Ils chercheraient à connaître leurs sentiments sur les points pria-
128 SOCIETE DES JACOBINS [22 jlillet 1792]
cipaux qui partagent actuellement TAssemblée nationale, ils en suivraient les séances et ils observeraient les opinions et toute la conduite des représentants de leur département ; enfin , quand les fédérés retourneraient chez eux ou quand ils y écriraient, ils seraient à même de faire connaître à leurs concitoyens ceux de leurs représentants qui trahissent ici les intérêts de la patrie, soit par leurs erreurs, soit par leur négligence, soit par leur lâcheté, soit enfin par leur corruption, et ceux qui la servent par leurs talents et leurs vertus.
La surveillance du peuple sur ses délégués étant la sauvegarde de ses droits et de sa liberté, les fédérés rendraient un service réel à la chose publique de l'exercer de cette manière.
Cette surveillance courageuse, active et mesurée, hardie même dans le moment où la patrie est en péril et où la corruption la plus profonde semble être la seule cause de ses maux, la sauverait de tout danger si, en même temps, chacun s'animait de cette résistance énergique, passive, qui a fait triompher la vérité de tous les tyrans qui Tout persécutée.
Après quelque discussion, on arrête que la motion de M. Goupilleau et les observations de M. Lanthenas seront reproduites à neuf heures pour être discutées devant un plus grantl nombre de députés.
Deux membres du Comité central des fédérés prennent la parole. « Nous sommes chargés, disent-ils, de vous prévenir que demain sera le dernier cri de la nation, que demain nous porterons notre vœu à TAssemblée nationale, que demain enfin nous serons assurés de vivre libres ou que nous mourrons. » [Applaudissements uyiiversels .)
M, Anïiioine, président. — Monsieur le commissaire, on vous invite à être plus clair et à nous développer les intentions de MM. les fédérés. [Non, non! tumulte.)
M. Daubigny. — Je crois, Monsieur le président, qu'il est également imprudent et impolitique de demander à nos frères des développements qu'il leur est peut-être intéressant de ne pas rendre publics. [Applaudi.)
Les commissaires descendent de la Iribunc au milieu des applaudissements.
On passe à l'ordre du jour : la lecture du procès-verbal. Sur ce procès-verbal, M. Sanlerre fait quebjues obsej'valions tendant à démontrer l'innocence de M, Fort, qui a recouvré sa liberté, et la légèreté
de M. Pépin, qui s'était opposé à ce qu'on lui nommât, conformément à sa demande, des défenseurs ofTicieux.
Quelques membres font diverses propositions à ce sujet. Les uns demandent la radiation de M. Pépin de la liste des membres de la Société. M. Desfieux demande que l'on passe à l'ordre du jour motivé sur ce que l'on reconnaît que ce qui a été dit sur M Fort par M. Pépin est calomnieux. M. Daubiynfj invoque l'ordre du jour sur le tout, parce que, le témoignage de M. Santerre suffisant à M. Fort, il est possible que M. Pépin ait été trouipé. Cette proposition est enfin arrêtée.
M, Legendre propose de mettre à l'ordre du jour la discussion sur la suspension de M. Manuel.
M. AiVTUOiXE. — M. Legendre a précisément fait la motion que j'avais à vous proposer, car le procureur de la commune est aussi nécessaire à la municipalité que le maire; et Manuel a peut-être plus d'ennemis que Petion, parce qu'il a déployé une plus grande force de caractère. Dernièrement encore, il a eu le courage de vous développer ici les véritables causes des dangers de la patrie. Je demande donc que, toute affaire cessante, on s'occupe de cette discussion : car, Messieurs, il faut avoir le courage de défendre non un patriote, mais tous les patriotes.
M..., officier municipal, annonce que le conseil général de la commune a arrêté d'envoyer une députation àl'iVssemblée nationale pour la prier de bâter la décision de l'affaire de M. Manuel.
M... — L'alFaire de M. Manuel étant la même que celle de M. Petion, elle n'est susceptible d'aucune discussion; je demande donc la question préalable sur la discussion.
M. le Président met aux voix cette question préalable; il ne se lève pas une seule personne en sa faveur; toute l'Assemblée se lève contre elle.
M. Robespierre prend la parole et démontre que l'an'aire de M. Manuel tient véritablement à la cbose publique , [uiisqu'il importe à la capitale d'avoir pour procureur de la conimnie un homme courageux, et qui n'a été puni que pour avoir développé celte énergie. « 11 est incroyable, ajoute-t-il, qu'on ait divisé sa cause de celle de M. Petion, et qu'on ne dise pas qu'il a demandé lui-uicme cette division, car les décrets de l'Assemblée nationale ne tiennent point à la lettre d'un i)articulii'r.
« On a dit que la divisiiui de cette cause était une injure à la muui-