TOME IV
430 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [22 juillkt 1792]
cipalité: je dis qu'elle est une injure au peuple, car elle laisse encore un voile sur la journée du 20 juin, et, sous ce rapport, la cause du procureur de la commune est une cause nalion.ile; c'est un devoir pour lAssemJjlée nationale de casser promptement l'arrêté de la cour et du département. »
M. SiMOND. — La raison qui fait qu'on est aussi longtemps à -déclarer l'innocence de Manuel est la même sans dcuite qui met tant d'obstacles à ce qu'on trouve un coupable dans le conspirateur La Fayette. L'Assemblée nationale a bien voulu avoir la complaisance d'entendre M. Manuel; cette complaisance de paresse ne devait pas rempêcber de prononcer aussitôt qu'elle a eu entendu le procureur de la commune; elle doit donc se hâter de réparer cette négligence, et je ne doiilc pas que demain elle ne sente la nécessité de prononcer une décision.
M. Saxterre. — 11 est important que vous sachiez qu'on ne met tant de lenteur dans cette affaire que parce qu'on veut l'englober dans l'affah-e du 20, sur laquelle on c<mtinue d'informer.
Plusieurs témoins ont été entendus hier, mais apparennnent qu'on n'en a pas été satisfait, car on veut en avoir d'.iulres. Lun des poursuivants de cette affaire est M. Couteau, créature de M. de la Porte, intendant de la liste civile, qui entretient deux espions dans vos tribunes. L'un d'eux est un homme d'envir(»n cinquante-cinq ans, le dos un peu courbé, et ayant toujt)urs dans sa ixiclie un rouleau de papier.
Cette dénonciation excite la plus grande rumeur dyns une des tribunes, dont les citoyens expulsent un homme qu'ils croient reconnaître au signalement qui vient d'en être donné.
M. Merlin annonce que, si M. Manuel n'est pas encore rendu aux vœux des bons citoyens, c'est que. M, Petion n'ayant été relevé qu'aprés avoir été entendu, M. Manuel a voulu suivre la même marche; mais qu'il n'y a aucun lieu de douter (pu' la décision ne soit la même que jiour M. Petion '.
On introduit dans la salle le citoyen expulsé des tribunes. Cette entrée cause un long tumulte. M. Cliahol, occupant le fauteuil, se couvre; le calme se rétablit. Plusieurs membres dciuan ient la parole. M. le Prrsident la refuse à tous avec énergie, parce cpie, dit-il, la Société n'ayant le droit de citer personne devant elle, il ne peut
1. V<iii' plus haut, p. 07, la Udtc sur la suspension et la réinli'-gralion de Manuel.
s'élever aucune discussion sur cet objet, et que le citoyen seul a le droit de se retirer.
M. Merlin demande et obtient la parole contre le président, et lui reproche de se mettre au-dessus de la Société, dont il doit se borner à prononcer les volontés.
M. Chabot, en convenant de ce principe , soutient aussi qu'il doit partout être Torgane de la loi, et qu'en conséquence il ne permettra pas la plus légère discussion sur cet objet tant qu'il occupera le fauteuil.
La Société applaudit à cette résistance, et le citoyen inculpé sort de la Société.
Quelques moments après, il demande l'entrée de la séance pour se disculper et démontrer l'erreur dans laquelle sont les tribunes à son sujet. Sa demande est appuyée, et l'entrée lui est accordée.
M. Legendre. — Je ne suis pas si confiant que M. Merlin, qui nous dit : « Rassurez-vous; quand la vertu paraîtra au grand jour, il lui suffira de se montrer. » Je n'en crois rien, car il me paraît clair que, là où l'on ne peut pas trouver un criminel dans M. La Fayette, on puisse bien ne pas trouver un innocent dans Manuel. Ne vous fiez donc pas tantàvos collègues, songezque, dans l'accolade qu'ils vous ont donnée, beaucoup d'entre eux vous auraient étouffés s'ils l'avaient pu, et moi je déclare que, si pareille embrassade m'eût été offerte, je leur aurais craché ma langue au visage.
Manuel est innocent; il l'est ici, il l'est dans la capitale, il le sera à l'Assemblée nationale sans doute; mais il est du devoir des députés qui ont pris ici l'engagement de démontrer que La Fayette était coupable de prendre la défense de Manuel.
M. HiON. — Il n'est pas prudent, je crois, de trop se fier à la bonté de la cause de M. Manuel, car vous avez dû voir que M. Rœderer même, dans son rapport, a cherché à l'inculper; je ne serais donc pas étonné que les noirs de l'Assemblée ne s'intriguassent pour trouver des moyens d'éloigner au moins le rapport de cette affaire. Je crois donc qu'il serait bon de faire une pétition à l'Assemblée nationale qui ne contînt que ces quatre mots : « Manuel est nécessaire à son poste; rendez-nous-le. »
Les volontaires enrôlés sur la section de Henri IV sont admis à la séance.
M. Duhem lit une lettre de Valenciennes, qui annonce que le feu a été mis, le 20 de ce mois, au magasin militaire. On avait choisi pour
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rcxci'ulion de ce complol le moment où le l)ras de l'K-caut qui passe au bas de ce magasin était à sec. Le magasinier n'a été trouvé que longtemps après que l'incendie fût fléclaré; il a été encore très longtemps à retrouver les clefs du magasin, de sorte que tout e«t brûlé. Cet événement semble tenir à une traliison d'autant plus suivie qu'au moment où. le feu se manifesta les Autricliiens, retranchés à Bavay, étaient répandus au nombre de huit mille dans la forêt de Marmande, dans l'intention de profiter du désordre que n'aurait pas manqué de produire cet accident pendant la nuit |»our se jeter sur Yalenciennes.
M. Dubem ajoute que M. de ^Dutesquinu, forcé par la eour à donner sa démission |>our n'avoir pas voulu se dégarnir des forces dont l'événement de Jalès n'a prouvé que trop la nécessité, vient d'arriver à Paris, qu'il a été vu chez lui, rue de Grenelle.
M. Le Maire\ en applaudissant au zt'le (jui porte les volontaires à s'enrôler, fait le tal)leau des dangers auxquels ils seront exposés tant qu'il y aura à la tête des armées la minorité intrigante de la noblesse qui a souillé la constitution lors de la révision.
Un volontaire de la Côte-d'Or, appuyant les observations de M. Le Maire, exprime son étonnement de ce que, dans les charges contre M. La Fayette, personne n'eût fait entrer la conduite qu'il a tenue à Maubeuge, conduite qui prouve, par tous les détails de l'aflaire, c(ue ce général était ou traître ou ignorant au dernier point.
M. d'Eglantim; reproduit quelques nouvelles observations sur l'affaire de M. Manuel.
Deux députalions , l'une de la Société des droits de l'homme et l'autre de la section de Monlreuil, sont entendues. La dernière vient dénoncer un sermon inconstitutionnel prêché par l'évêque Fauchet dans cette |)aroisse.
La séance a été levée à onze heures.
SÉANCH DU LUNDI 2:J .UIILLLT 17<)2
PRÈSniENCI-: l)K M. DlOLAUiNAV (u'aNC.KKS)
Après (pielques annonces, un volonlain' cniN'dr' lil uni' pidilion (pi'il doit présenter à l'Assemlilée n.ilioualc au nom (h* sc^ cauui-
1. AiilfMi' ()(.'s Lvllres ihi pl-re Uuclttsne. [Xote (h: l'orii/iiKtl.)
f23.uii,Li,T 1792] SOCII-yri': des jacobins 133
rades, et annonce avoir été présent à l'arrestation du jeune homme qui avait une cocarde contre-révolutionnaire et des l)oufons |>atriotiques, dont la couverture très mince pouvait s'ôler à la volonté et laisser alors la place à d'autres sur lesqnels étaient des devises dignes de Coblentz.
A cette occasion, un membre observe que la cocarde nationale devant être blanc, bleu et rouge bien prononcés, toutes les cocardes à couleurs presque éteintes ou déguisées que l'on vend au Palais- Royal semblent être autant de cocardes contre-révolutionnaires, et (jue, dans les moments critiques où nous nous trouvons, il serait prudent d'obliger à prendre une cocarde bien décidément uniforme.
Les frères des écoles chrétiennes du faubourg Saint-Antoine, qui se sont inscrits pour aller aux frontières, demandent et obtiennent l'entrée de la séance.
lU. Restout dénonce les pères de l'Oratoire de la maison de Juilly comme suspectés de détourner les élèves qui leur sont confiés de Tamour de la constitution et de ne leur enseigner aucun des principes qui peuvent la leur faire chérir. Il demande que Ton prenne auprès de la Société de cette ville des renseignements certains sur cet objet important. — Arrêté.
M. Boucher, membre de la Société de Saint-Germain-en-Laye, fait hommage d'un ouvrage de sa composition sur la vente des forêts nationales; ou arrête la mention honorable de cette offre au procèsverbal, et l'entrée est accordée à l'auteur estimable de cet ouvrage.
M. liovère lit plusieurs lettres contenant des détails sur le camp de Jalès et la révolte de M. Dusaillant. Le signe du ralliement de ces contre-révolutionnaires était un cœur de Jésus surmonté d'une couronne; ils portaient une croix d'or à leur chapeau, et leur cri de guerre était : « Nous combattons pour notre religion et notre bon roi Louis XVI. » Cinquante-trois prêtres déguisés en gardes nationales ont été pendus dans cette affaire. « C'est dans le moment critique, ajoute M. Rovère, où ces événements exigeaient une force armée importante dans les départements du midi que le ministre de la guerre Lajard a envoyé à M. Montesquiou l'ordre de se dégarnir de 20,000 hommes pour les envoyer dans le nord, et c'est sur la réponse qu'a faite cet ufilcier qu'il ne pouvait pas être général sans troupes, exposé entre la Sardaigne et les rebelles, qu'il a été obligé de donner sa démission. »
Un soldat persécuté et détenu dans les prisons de Nancy demandeque la Société lui nomme des défenseurs officieux. M. Anlholne désigne pour cet office M. Salle, député de l'Assemblée constituante et président de la Société de Nancy.
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M. SImondf chargé de recevoir la dénoncialion <Vun déserteur autrichien qui ne parlait pas français, fait un rapport des faits qu'il a recueillis de la bouche de cet homme, qui offre ses services pour former un corps de chasseurs équivalent aux chasseurs tyroliens. Le bruit court, dans les armées autrichiennes, que toutes les armées françaises seront trahies et livrées, que les armées autrichiennes viendront jusqu'à Paris sans coup férir, que La Fayette est dans les bonnes grâces de la reine, qu il saura bien s'y maintenir, et qu'on s'attend à chaque instant à le voir arriver dans le camp autrichien avec les plans de la campagne.
On arrête que M. Simond accompagnera le soldat au Comité militaire de l'Assemblée nationale pour l'aider à communiquer ses idées.
M. SiMOND. — Messieurs, si le roi, comme on le dit, a fait remplir son château d'armes, de munitions et d'hommes, ce n'est pas sans doute pour tirer sur le pouvoir exécutif : il y a donc d'autres vues qui dirigent des intrigants qui sont cause de tous les malheurs de la France. Car, lorsque le roi a laissé tomber de ses mains le pouvoir qu'il exerçait, ce pouvoir n'est pas tombé entre les mains du peuple, mais il est resté entre les mains de ces mêmes intrigants qui, en 1776, ont causé une disette de blé pour asservir le peuple; qui, en 1784, ont voulu le prendre par une disette de bois; qui, en 1788, se sont retournés sur les blés. Si ces hommes n'avaient pas présidé à la chose publique dans le moment où nous somuics, la guerre offensive n'eût pas été déclarée, car ce sont eux qui l'ont provoquée. S'ils n'avaient pas présidé à la chose publique, cette guerre offensive ne serait pas aujourd'hui convertie en guerre défensive. S'ils n'avaient pas présidé à la chose publique, depuis trois ans que nous sommes en révolution, chaque citoyen jouirait en paix dans ses foyers du fruit de ses travaux et des bienfaits de la lil)Lité. S'ils ne présidaient pas à la chose publique, on ne verrait pas aujoui-d'hui une garde insultante environner le château des Tuileries, il ny aurait pas jusque dans nos Sociétés des valets et des sous-valets de l'intrigue qui cherchent à entraver toutes les délibérations.
Voilà donc une des |)rincipales causes des dangers de la patrie; une autre cause encore, c'est que les mêmes hommes qui disent partout (\\u' hi liberté; est si dillicile à conserver au milieu des agitateurs sont ceux qui souillent pai'tout le feu de la discorde pour attiser, s'ils le pouvaient, celui de la guerre civile, les mômes qui peut-être ont fait brûler les magasins de Valenciennes; ceux-là, dis-je, sont à la tête de nos ainiêes.
Celte observai ion doit vous faire conclure qu'il faut éviter avec soin toute mesure partielle, toute agitation tumultueuse qui ne ferait que servir les projets de ces intrigants. Sans doute, il est dans l'Assemblée nationale des membres décidément pourris, mais ceux-là ne sont pas les pbis dangereux : ceux-là sont dangereux qui prennent un masque de patriotisme, se servent de leurs talents pour faire des révolutions; peu importe pour eux ce qui en pourra résulter. Je voudrais que le procureur-syndic' du département exigeât de ceux-là des patentes de marchands de révolution.
Rien n'est plus dangereux que ces hommes qui, n'ayant de principes que leur intérêt personnel, agitent le peuple, le travaillent en tout sens et ne produisent d'autres effets qu'une lassitude et des mouvements dont il est aussi impossible de deviner l'issue qu'il est impossible, dans un accouchement contre nature, de deviner ce qui en sera le produit.
M. Manuel. — On vient de vous parler d'un étranger qui avait des talents et fies besoins, c'était exciter et l'attention et la sollicitude des Amis de la constitution. J'ai à vous annoncer que son lit est déjà fait chez un Jacobin qui voudrait pouvoir loger tous les Tyroliens; ce bon citoyen est M. Curtius. [Applaudi.)
M... lit plusieurs extraits de diverses lettres de Strasbourg, qui annoncent que les patriotes y sont toujours en butte à la persécution. M. de Biron y est arrivé, ce qui cause la plus grande j<iie aux bons citoyens. Le château de Bitche, gardé par cinq cents Suisses, les inquiète extrêmement, car c'est la seule place qui, de ce côté, fermerait le passage jusqu'à Paris.
M. LaMorlière a fait demander au général autrichien le rétablissement du pont de Kehl. Celui-ci, après avoir fait attendre sa réponse, a enfin consenti, à condition qu'aucun habit de garde national ne le traverserait et que les .allemands auraient toute liberté pour en faire usage. M. Biron n'est pas content de la disposition des forces militaires dans ces départements, et il paraît, disent ces lettres, que le projet de la cour serait de perdre M. de Biron et nous avec lui. On dit, mais ce fait mérite confirmation, que les princes émigrés ont prêté foi et hommage au nouvel empereur pour l'Alsace et la Lorraine. Le seul prince de Condé, ajoute-t-on, s'y est refusé, et, à raison de ce refus, il a été arrêté et gardé à vue.
Les habitants de Kehl ont supplié le général Printanno de retirer
\. 11 fiuit lire : le procureur (jêiiérnl s;/ndi.c.
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les troupes de cliez eux, [)arce qu'il exposait tous les habitants à mie ruine totale pai- un bombardement que ne manqueraient pas de faire les Slrasbourgeois. « Ne craignez rien, leur a répondu M. Printanno, les Slrasbourgeois ne tireront pas sur nous, nous ne tirerons pas non plus sur eux, mais cela n'empêche pas que Strasbourg ne soit à nous. »
M... — Demain la Commune de Paris est assemblée pour rédiger une adresse à tous les Français. Placés au centre de toutes les intrigues, respirant l'air corrompu par la cour, les vainqueurs de la Bastille doivent à leurs concitoyens l'exposé lîdèle de tout ce dont ils sont témoins. Je demande que la discussion s'ouvre sur la rédaction de cette adresse.
M. Sanlcrrc propose quelques réflexions sur les mesures à prendre pour tirer tout le parti possible du camp qui doit avoir lieu à Soissons, pour lequel doivent partir les citoyens enrôlés.
M. Manuel. — Des fédérés, des frères, nous demandent des conseils , c'est une marque d'estime et d'attachement qu'ils nous donnent. Je crois leur témoigner la mienne en leur donnant quelques avis. On se plaît déjà à répandre (]ue les fédérés ne sont pas ce qu'on les croyait être, et que les délices de Capoue ne tarderont pas à les énerver tout à fait. Sans doidc les fdlcs feront ce qui dépendra d'elles pour y contribuer, et, à leur défaut, des femmes de qualité se sont, dit-on, déjà mises en avant. J'invite donc les fédérés et tous les Amis de la constitution à donner l'exemple de toutes les vertus et des vertus sévères. Quand les Américains ont voulu être libres, ils se sont retranché tout ce qui n'était que luxe et superfluité. Imitons cet exemple.
Beaucoup de citoyens s'iuipiièlcnl de la manièi'c dont ils doivent recevoir les fédéi'és. On parle de banquets, de galas; les banquets, les galas ne conviennent qu'à la cour. Ils faut que les féilérés aient assez de confiance jtour venir à deux bcnrrs dcniaïulcr à diner à leurs frères; et, si j'étais fédéré, j'irais chez Ici* plus pauvres, car un verre d'eau offert par la liberlé vaut mieux rpie 1(> meilU'ur vin offert par les mains des esclaves.
M. i libre d' i'^i/lduline représente qu'il est inutile de tliscuter l'adresse proposée par les sections, parce que la rédaction en sera confiée à des commissaires, el ipu; lont ce (\\v Vnw poiirriiit «lire dans la Société leur ^>l,■l•ail in 'onnu, cl par con^éipu'iil jinililc.
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M. Mathieu. — Je suis bien éloigné de croire qu'il soit inutile de discuter dans cette Société les bases de l'adresse à rédiger dans les sections : car, lorsqu'on rctlécbit sur ce que TAssemblée nationale avait à faire, on ne peut que s'étonner qu'on ne sente pas toute l'importance de la mesure que prend ici la capitale. Mais, comme on ne pourra jamais combattre avec avantage les ennemis de la Révolution si l'on ne connaît en partie au moins leurs plans, leurs espérances, je vais vous soumettre quelques réflexions sur ce sujet.
Mettre aux prises entre eux tous les pouvoirs contre les citoyens, les citoyens entre eux , le Midi de la France contre le Nord , toute la France contre les puissances étrangères; opérer une dissolution momentanée du royaume, et par là amener la banqueroute, la liideuse banqueroute et l'épouvantable contre-révolution; telle est l'infernale machine préparée dans les arsenaux de l'intrigue, et lancée par le génie de la discorde contre une nation vertueuse qui a juré d'être libre, et qui tiendra ses serments; elle avortera sans doute, cette abominable trame, mais par votre énergie, citoyens, par le développement de votre courage. Doutez-vous de ces plans, citoyens? Examine/, les faits, comparez-les; portez dans cet examen une attention égale au sombre recueillement de vos ennemis, lorsqu'ils méditent votre perte.
Tous êtes aujourd'hui éclairés sur les événements du 20 juin; vous avez séparé, dans ces événements, ce qui venait de la coiu^ et ce qui venait du peuple ; mais attachons-nous au plan de la cour, bien moins connu. Avez-vous remarqué comme, à la suite de cette journée, tous les directoires des départements du nord de la France, fidèles à l'impulsion qui leur était communiquée, s'élevaient presque en même temps, à peu près comme les touches d'un clavecin? C'est le directoire du département de la Somme, puis le directoire du département de l'Aisne, puis le directoire du département du Nord, puis le directoire du département de la Meuse, puis le directoire du Pas-de-Calais, etc. Il semble que ces agitations aient été calculées sur la carte, que l'on ait voulu rendre insensiljlement autrichienne toute cette partie de la France, apparemment afiii de laisser moins à faire aux grands talents de M. La Fayette. Voyez avec quelle joie les aristocrates ont vu s'avancer sur notre pays ce voile contre-révolutionnaire que leurs mains avaient tissu; avec quelle avidité les noms des directoires perfides sont recueillis dans le Journal ï Indicateur^, miroir fidèle, de-
1. L'Indicaleur, on Journal des causes et des cfj'cls, 20 mai-9 août 1702, 82 Il"^ in-i. Voir Hatiu, Histoire de lu jyresse, t. IV, p. :{20.
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vant lequel s'arrange et par lequel se propage la contre-révolution.
Lorsque nous avons vu, sur les événements du 20 juin, les directoires de toute la partie septentrionale se hâter de donner tort aux citoyens de Paris, avant d'avoir pu connaître les faits, parler tous le même langage, se servir des mêmes expressions, au point de faire croire qu'il n'y avait qu'un rédacteur ou un centre commun de rédaction, un civique effroi s'est emparé de nous, car le courage peut quelquefois redouter la ruse et les machinations de l'intrigue. Nous avons cru voir le vaisseau de l'État s'enlr'ouvrir, le Nord se séparer du Midi, la nation se dissoudre en deux peuples et laissant les créanciers de l'Etat incertains du choix de celui auquel ils doivent s'adresser pour réclamer une dette reconnue et soL-nnellement jurée, ce grand déchirement se manifester dans la capitale, devenue le théâtre des plus sanglantes discordes et la victime des plus cruelles intrigues, de grands coupables échapper par cette scission aux recherches de la justice, et lui dérober la connaissance des atteintes mortelles par eux secrètement portées au crédit national, accumuler enfin les ruines et trouver le secret de s'en faire la base d'une nouvelle puissance, d'un despotisme consolidé. Telle est là l'affreuse clarté qui a frappé nos regards.
Un jour nouveau nous a paru luire sur ces craintes, sur ces conjectures, lorsque nous avons vu que l'on s'efforçait de familiariser les esprits avec l'idée du déplacement du corps législatif; que l'on persuadait à quelques patriotes de le transférer dans le Midi, pour autoriser les aristocrates à demander sa translation à Rouen ; que l'on présentait à ces premiers le Midi comme pouvant être l'asile de la liberté bannie du Nord, afin que, s'ils tombent dans ce piège en croyant s'y réfugier, ils trouvent de nouveaux obstacles et un principe insurmontable de divisions dans les mouvements du fanatisme, et qu'îiinsi la contre-révolution puisse reconquérir et couvrir tout le royaume du sang de ses victimes.
Voilà, Français, l'avenir que l'on vous destine, en vous parlant de modération pour vous enchaîner. Ainsi caresse-t-on les animaux auxquels on veut mettre un frein ou donner des chaînes. Voilà comme vous entrez dans le calcul de l'ambition de vos ennemis; ils méprisent les hommes, les jugeant d'après eux-mêmes; ils veulent les asservir. Rompe/, un fimeste silence, courageux amis de la patrie, généreux habitants de la capitale, afl'rancliis et illustrés par tant de sacrifices; faites connaître les dangers communs à tous vos concitoyens do l'empire. On vous a persuadé que la modération, ou ])lulôl que le inodérantismc et le royalisme pouvaient seuls affermir la fortune publiijue.
On vous a trompés : cet. afTermissement est lié au maintien non interrompu de l'unité nationale, à la punition de tous les traîtres, quelque rang qu'ils occupent, et à l'énergie de l'Assemblée nationale, qui a de grands devoirs à remplir, puisqu'elle doit retracer les grandes vertus du peuple immortel qu'elle représente.
Il me semble, d'après cela, que l'adresse doit contenir deux choses: le tableau des dangers de la patrie, et celui de la cause de ces maux. Ces tableaux doivent être d'un style infiniment simple, car ce n'est que par la simplicité et la clarté que nous gagnerons la confiance.
Cette même adresse doit contenir les moyens de sauver la patrie des dangers dont on aura présenté le tableau. Ces moyens pourront être de deux sortes, les uns pris dans la constitution, les autres dans les bases de la constitution : car, les bases de toute constitution étant le salut du peuple pour lequel elle est faite, ou est sûr de ne pas s'écarter delà constitution quand on propose les moyens de sauver l'empire.
Il sendïle qu'on affecte d'oublier que le chef du pouvoir exécutif a fait tout ce qui a dépendu de lui non seulement pour ne pas s'opposer aux ennemis de la Révolution, mais même pour les aider dans leurs projets. Dès les commencements de celte législature, elle avait rendu un décret qui seul aurait prévenu la plupart des maux dont nous sommes menacés, en ôtant aux émigrés leurs ressources par le séquestre de leurs biens. Le pouvoir exécutif, bien loin de concourir à l'exécution de cette sage mesure, l'a paral3^sée de son veto. En observant la série des obstacles qu'il a mis à l'exécution de tous les décrets qui pouvaient porter quelque dommage à la cause des contre-révolutionnaires, il sera facile d'en déduire que, bien loin de s'opposer par un acte formel aux entreprises dirigées contre la constitution, il les a au contraire protégées autant qu'il était en lui. De cette conclusion découle naturellement la conséquence du principe consacré par la constitution, qu'il a mérité la déchéance.
Mais, quand la constitution ne contiendrait pas cet article, faudrait-il pour cela que la déclaration des droits, qui est la base de la constitution, fût mise à l'écart? Non, sans doute. Je pense donc que, soit avec la constitution, soit avec ses bases, nous pouvons trouver les moyens sufiisants pour faire une loi capable de sauver l'État. (Ay?plaudissemeiits.)
M..,, gendarme national, présente quelques réflexions sur les moyens de sauver la patrie. Les vues proposées parce soldat patriote sont applaudies de toutes parts.
140 SOCIÉTK DES .lACOIJlNS j>3 .hiilct 1792]
Un de MM. les secrélaii'i'> lit la proelanialioii de M. Dusaillanl. Cette lecture est interrompue par le dégoût que cause ce chef-d'œuvre de bassesse et de platitude fanatique.
La séance a été levée à dix heures.
SKANCF. DU MERCREDI i25 JUILLET 1792
PRESIDENCE DE M. DELAUXAY d'aNC.EHS)
A l'ouverture de la séance, un membre de la Société obtient la parole pour faire part des bases que les sections de Paris ont arrêtées pour l'adresse qu'elles se proposent d'en faire à tous les citoyens français. Ces bases sont : 1" de suspendre de ses fonctions le premier fonctionnaire public; 2° de former un conseil d'exécution pour le remplacer; 3° d'abolir ù jamais la liste civile et d'ordonner que toute dépense relative à la personne du lui ou à celle des individus de sa famille sera payée par le Trésor national, et ([ue les états de ces dépenses seront arrêtés tous les ans par FAssemlilée nationale et rendus publics par la voie de l'impression; i'^ qu'au lieu d'envoyer cette adresse aux quatre-vingt-trois départements, comme on en avait eu l'intention, elle serait adressée directement aux (piarante-quatre mille municipalités du royaume.
Plusieurs personnes exposent tour ;i luui- les diverses propositions tjui avaient été failes sur le même objet dans leurs sections respectives.
M. LE Président. — Lîn citoyen, ([ue ses habitudes dans l'enceinte de l'Assemblée nationale ont mis à même de découvrir un abus qui se répète tous les jours auprès du fauteuil du président, demande l'entrée de la séaiicf; pour faire part de cet alms aux dépulrs [lalriotes qui peuvent se trouver dans la Société. — Accordé.
Le cdoijun, à la li-ihune. — Je dénonce à la Société un l'ait dont je suis témoin tous les jours, <lans le côté noir de rAs<euililt'e nationale. Des conseillers, perfides sans doute, pui-ipi'ils se cachent, investissent par derrière le fauteuil du pi-ésideut q(uind c'est un aristocrate; ils lui donnent des conseils, lui passent des hillets, et par ces intrigues dirig(;nl Ions les inou\ eniciil'- du pn'-idrni d'apr-ès le (h'sir de leur côlc ; il nie >rnilil(' ipi'ini |n'('sid('nl m- doit pas èl rc iutliiiin'é de
cette manière : car, ou il connaît ses devoirs, et alors c'est à lui de les remplir, ou bien il ne les connaît pas, et alors il ne faut pas qu'il préside. [Applaudi.)
M. LE Présii>ent. — Citiiyen, la Société vous remercie de votre avis patriotique, elle vous invite à assistera sa séance.
M... — Cet abus a déjà été dénoncé aux inspecteurs de la salle, ils s'étaient proposé «le [>i'endre des mesures pour y remédier; je promets de leur en rafraîchir la mémoire dans la soirée.
M... — Un de mes concitoyens de la section «les Lombards, étant de garde chez le roi, s'est convaincu de la vérité d'un fait qu'on lui avait dénoncé : c'est qu'il entre au château beeucoup de personnes en uniforme national avec des armes et qui en sortent sans armes; par ce moyen, le château se garnit et ne donne lieu à aucun soupçon,
M... — La dénonciation qui vient de vous être faite est parfaitement d'accord avec ce qui m'avait été dit par une personne sûre, ayant des habitudes flans l'intérieur du château; cette personne a ajouté qu'on y amassait des boulets d'une forme particulière : ce sont deux hémisphères attachés l'un à l'autre par un simple fil de fer qui, se l'ompant à la sortie du canon, laissent aux deux portions le moyen de s'écarter et de faire plus de dégât. Si la manœuvre qu'on vient de vous indiquer continue seulement quinze jours, le château des Tuileries recèlera bientôt toutes les armes des fournisseurs de la capitale...
Plusieurs voix. — Tant mieux, nous irons les y chercher.
M... — Sans doute, et c'est ce que j'allais vous dire, que le pouvoir exécutif, qui sait que beaucoup de volontaires manquent d'armes et en fait provision dans son château, qui en même temps distribue une quantité énorme de cartes à des gens que sans doute il armera au besoin ' ; il me semble que c'est se mettre, d'une manière très directe, à la tête d'une armée qu'il lève réellement; c'est donc, par ce fait-là seul, encourir la déchéance. Mais, du reste, qu'il entasse des armes, qu'il distribue des cartes, il est certain que ces armes sont à nous, s'il veut s'en servir contre nous, et tous ces soldats de cartes seront ce que nous les avons toujours vus, des lâches à recevoir des claques et nous en l'emercier.
M... — Je pense bien, comme le préopinant, que lorsque nous voudrons nous serons toujours maîtres de ces armes, mais il me semble qu'il vaudrait encore mi«Mix nous en rendre maîtres sans exposer la vie de i)ersonne; je crois di.inc qu'il faut <li''n«>ncer ces faits à M. le