‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 24 sur 131 · Cette phi'asc incorrecte et inachevée est textuelle · texte numérisé non relu

Cette phi'asc incorrecte et inachevée est textuelle

142 SOCIÉTÉ DES JACOBINS ;2o jlillf.t 1792.

maire, qui, ayant aussi la police du château, doit y faire une visite, et alor-. -i les armes se trouvent réellement, il y a lieu de déclarer que le roi est déchu delà couronne, car il est clair que ces armes ne =ont déclinées qu'à armer des forces qui, n'étant pas dans la constitution, sont Contre la nation.

M. Rkstolt. — On nous a avertis, il y a quelques jours, à la section des Tuileries, qu'il se faisait un ramas d'armes dan- la maison de rAssomplion. Nrjus nous sommes adressés à M. le maire, qui nous a donné le conseil de ne pas croire trop légèrement à une multitude de déuonciatinns faites à dessein d'inquiéter les citoyens, et que d'ailleurs nous n'avions pas le droit de faire cette visite.

M... — Les trois régiments ci-devant à Paris sont arrivés à Amiens, où, «lit-on. ils séjournent quelque temps; on y attend le roi aussitôt après l'arrivée de La Fayette. Un ci-devant président du parlement de Paris est allé au-si à Amiens, avec toute sa famille. Une quantité de soldats de la garde licenciée du roi y sont aussi , et occupent l'hôtel d.s ci-devant gardes du corps. Tous ces rapports s'accordent parfaitement avec les bruits qui courent d'un projet de conduire le roi 'ians ce' te ville, d'y former un parlement et de traiter et négocier plusieurs modifications à la constitution.

Une dame artiste demande et obtient la permission de lire une pétition quelle se propose de lire à l'Assemblée nationale pour lui offrir, dans l'impossibilité où elle est de faire des sacrifices pécuniaire-, d'aller couibattre en personne aux frontières, lui demander qu'elle prononce la destitution du roi. et qu'elle exige le renvoi du moderne Catilina.

M. LE Prîisident. — Les femmes ont toujours eu beaucoup d'empire sur l'esprit des Français; puissiez-vous en avoir autant sur celui de nos représentants! La Société vous invite à assister à sa séance.

M. Colin. — La Société s'est occupée, avec justes raisons sans doute, de MM. Manuel et Petion, mais elle doit s'occuper aussi du sort de tous les citoyens qui sont e.\posés à devenir les victimes de celte journée du 20 juin. Vous savez qu'à raison de celte journée il a été lancé beaucoup de mandats d'arrêt contre des citoyens gémissant dan- I s prisons, soit de l'hôtel de la Force, soit de la Conciergerie. II si-nilde (pie le directeur du jury de cet arrondissement )?e soit entendu avec ks juges de paix du cliâleau pour que cette affaire ne puisse pas être portée aux jurés actuels, car ils sont patriotes, par Cvila s.ul cpi'ils ont été nommés par .M. Manuel. Sans doute ce direc-

teiir (lu jury, espérant que la liste du prochain trimestre lui sera plus favorable, cherche à différer jusqu'à ce moment de présenter cette affaire, et pendant ce temps-là les détenus, privés de la liberté, ne peuvent obtenir de jugement.

M... — Il est de fait, Messieurs, que, depuis la présente liste du jury, sur laquelle je me trouve, je n'ai pas été convoqué une seule fois. Je supposais jusqu'à présent qu'il pouvait se faire que mon tcmr ne fût pas encore venu ; mais cette observation me fait croire que ma réputation de patriote était la cause qui Fempèchait de jamais venir. Je crois donc que les citoyens composant le jury doivent se réunir et porter leur dénonciation à l'Assemblée nationale.

Un de messieurs les Secrétaires fait part à la Société de l'invitation que M. Palloy fait pour le banquet civique qu'il propose aux patriotes sur les ruines de la Bastille pour demain jeudi.

M... — Je viens vous dénoncer, Messieurs, une atrocité dont se sont rendus coupables les officiers des chasseurs sortis de Paris pour aller aux frontières. Je vous prie de m'accorder quelque attention et me permettre quelques détails. M. Bulté, officier municipal de... •. district de Compiègne, et, qui plus est, estimable agriculteur, avait habitude, toutes les fois que ses affaires l'amenaient à Paris, de s'arrêter à un petit café, nommé le café Ferrari. Là, il exprimait son opinion avec l'énergie d'un homme libre. Beaucoup d'officiers de troupes légères fréquentaient aussi ce café et étaient bien éloignés de partager les sentiments de ce digne laboureur; les discussions patriotiques qu'il eut plusieurs fois avec eux lui procurèrent le malheureux avantage d'en être connu.

Un de ces régiments passant ces jours derniers à Pons, les officiers s'informent fie la demeure de M. Bulté et font halte devant sa |)orte. Ils frappent ; M. Bulté se présente avec ses deux filles, âgées, l'une de quinze, l'autre de seize ans; il reconnaît M. de Tilly, qu'il avait vu souvent dans le café dont j'ai parlé; il lui offre à déjeuner. Cet homme ne répond rien, mais il entre dans sa cour avec l'état-major; là, un aide-major se jette sur M. Bidté, et, le prenant par la poitrine, il le secoue en lui disant: « Vous êtes un malheureux, un Jacobin, un scélérat, vous mériteriez que je vous fisse périr sous le bâton. — Je ne suis point Jacobin, ré[)on(l .M. Hulté; si je l'étais, je m'en ferais

1. Ce nom de lieu est ainsi en blanc dans l'original. On verra plus bas que l'orateur dit que M. Bulté demeurait à Pons; mais il n'y avait, dans le district de Compiègne, aucune localité de ce nom.

lii SOr.IÉTl- iii:S JAConiNS - [2o juillet 1792J

honintir. Je n'ai point le talent de la parole, et je n'ai que celui de cultiver me? terre?, et le dé?ir de faire le plus de bien qu'il m'est po?sible à ceux qui m'environnent. » Beaucoup de gros mots, de mauvai? traitements de la part de me?sieurs de rétat-major. Le maire lu lieu, témoin de tous ces délit?, ne souffle pas le mot. Enfin le débat dure trois quart? d'heure. Les soldats, beaucoup plu? patriotes, entourent M. Bidté et l'engagent à se renfermer chez lui. « Car, ajoutentils, leur |irojet est de vous assassiner. » M. Bulté se refuse d'ahoi-d à ce? conseils; un taml)Our l'enlève et le porte dans sa maison, où il se renferme avec se? filles qui s'y étaient réfugiée?.

Furieux de voir échapper leur |)roie, les scélérats jettent bas le plâtre qui joignait deux poutres du mur, s'introduisent par cette ouverture, ouvrent la porte, enfoncent le? tonneaux [sic) et font le plu? de dégcàt qu'ils peuvent. Le sieur Bulté avait passé par une porte de derrière et s'était échappé; ses deux filles étaient cachées dan? une armoire. Les soldats présents, témoins de ces horreurs, n'avant pas voulu se mettre à la poursuite du digne agriculteur, les officiers y envoyèrent le? traînard?, qui, n'ayant pas été touioins de cette scène, étaient [>ersuadé? que M. Bulté était quelque grand scélérat.

On ameute le? Iiabilants contre lui; on leur dit : « Les uhlan?, les Prii?sicns , les Autrichiens vont arriver, ils viennent pour vous brûler, et ce ?out les Jacobin? qui en sont la cause » Le? ?oldats leur disaient : « Vous allez déshonorer notre corps, vous exposez les propriétés de ce brave houime ;'i èti-e pillées, incendiées, et, s'il n'y avait pa? de Jacobins, il paraît que vous nous feriez bientôt marcher à quatre pattes. » Tels sont quelques-un? des propos que leur tinrent les soldat? dans une rixe qui eut lieu entre eux et ce? officiers, à environ uiu; lieue de là, car enfin ils s'en allèrent. Mai?, en partant, un petit lieutenanl-C(d(inel bien frisé, portant la croix di' Saint-Louis, puuilié avec de la poudre rousse...

l^hisieurs voir. — C'est le scélérat de La ("iN'piniére.

^^1 — Ce petit lieutenant-colonel donc, ne croyant pas sa conduite assez atroce, a voulu y ajouter en tenant en partaut le? [iropos les [dus infâme?. « J'ai forcé, a-l-il dit, l'une des petites ix uu^ rc'der tout ce qui" j'ai voulu, le- sabre à la main, et je retien? dau? le village un parrain et une nuirraine pour ?ou enfanl ; je payerai les frais du ba|tteme. »

Le maire de ce lieu est tellement aristocrate' (pie, M. Bulle s'elant échappé et réfugie' clioz lui, il lui dit : < J'aurais souhaité que vous eussii'Z été haché, car vous êtes lui .Jacobin, et je voudrais tuer le

dernier de ma main. » Comme M. Bulté est très riche propriétaire, i] désirerait que l'Assemblée nationale prît à ce sujet quelques mesures qui missent ses possessions et sa personne à l'abri de tout danger, en rendant témoignage à sa bonne conduite.

M. LE Président. — Ce nouveau trait des honnêtes gens de La Fayette ne doit pas vous étonner et doit montrer aux citoyens ce qu'ils ont à en attendre si jamais ils deviennent les plus forts. Un attentat pareil à celui que vous dénoncez fut à Rome le signal de la destruction des décemvirs; puisse l'atrocité de celui-ci devenir le signal de la destruction de l'aristocratie militaire et nobiliaire ! La Société vous invite à sa séance.

L'orateur observe que le crime auquel vient de faire allusion M. le Président n'a eu lieu que dans la bouche du petit lieutenant-colonel, et que les deux fdles de M. Bulté avaient eu le bonheur d'échapper à la recherche de ces messieurs, h l'abri de l'armoire dans laquelle elles sont constamment restées cachées.

M. Robespierre. — Je n'élève pas ma voix pour vous retracer l'atrocité du crime qui vient de vous être peint. Je ne fais qu'un vœu à cette occasion, c'est que le sentiment que vient d'exprimer M. le Président soit assez vivement senti pour animer tous les cœurs d'une sainte indignation. Car il n'y a de vraiment libres que les hommes à qui l'injure faite à un de leurs frères devient assez personnelle pour leur en faire désirer une vengeance éclatante. Je crois que la Société doit donner une marque d'égards et de consolation au citoyen qui vient de verser ses chagrins dans son sein; je demande que l'entrée de la séance lui soit accordée tout le temps que ses affaires le retiendront à Paris.

On arrête par amendement qu'il sera accordé un diplôme d'affilié à M. Bulté en témoignage du courage et de la fermeté qu'il a déployés dans cette occasion.

M. Camille Besnioulins prononce un discours, qu'il avait lu la veille au conseil général de la commune, sur la position de la capitale, la perte irréparable qu'elle souffrirait seule, si l'unité du royaume venait à se rompre. Il expose avec force l'intérêt direct et personnel que les riches, les propriétaires, les rentiers, ont au maintien de l'ordre de choses actuel.

L'impression, l'envoi aux Sociétés, etc., est arrêté '; on arrête de

1. Société (les amifi de la conslHution, séanle aux Jacobins, à Paris. — Discours de Camille Desmoulins, notable, au Conseil général de la comtnune, dans la séance Tome IV. 10

H6 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [2o juillet 1792]

plus que M. Camille Desmoulins sera invité à extraire de son discours ce qui a un rapport plus direct à l'intérêt que les riches, les propriétaires, les négociants, ont au maintien de la constitution, pour furmer de ces vérités une affiche qui sera répandue le plus possible. La séance a été levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE M. DELAUXAY (d'aXGERs)

Après la lecture du procès-ver]»al, un membre annonce que l'arrêté pris par la section des Innocents, de faire disparaître de son corps de garde le buste de l'hypocrite La Fayette a été mis à exécution.

M. Merlin. — Je vais remettre à im secrétaire la contre-déclaration du roi François à la déclaration de guerre du roi des Français: on la lira, et on verra par cette pièce que Louis XVI est le seul auteur de nos maux, que c'est pour Louis XVI seul et l'honneur des couronnes que le concert des puissances arme contre nous '.

[Un membre du Comité de correspondance lit une lettre adressée de Bourgoin à la Société de Marseille par M. de Montesquieu, général de l'armée du Midi, le 12 juillet. Tout en déclarant qu'il n'imite pas La Fayette, M. de Montesquiou y fait l'éloge du général et critique les Sociétés populaires.]

M. Merlin. — La lettre du général Montesquiou n'étonnera pasceux qui savent que cette minorité de la noblesse, qui avait singé le patriotisme, n'avait pris lo masque que pour parvenir à ses vues ambitieuses, et que, les Sociétés populaires étant par trop contraires à leurs projets, les détruire, ou les enchaîner au moins, est et doit être le but de tous leurs efforts.

J'ai connu M. Montesquiou lorsqu'il fut nommé commissaire pour recevoir les sornujnts dans le département de la Moselle, lors de la promt.-nade de Louis à Varcnnes. Je l'engageai à venir au cliii»: il fut

fia ■HJuUIpI, l'un IV de la Uherlr.. — Iiiip. du l'alriole français, s. d., in-8 de ^4 p. jjiiil. rial., Lh 40/110. — On trouvera aussi uu extrait de ce discours dans li's ii"^ li'il et suivants du Journal des Jacobins.

1. On trouvera une analyse de ce manifeste de la cour de Vienne dans 17/i\stoire diploiaaiique de. l'Europe pendant la Révolution française, par V. de Bourgoing, t. Il, p. 142.

scandalisé, indigné qu'on y lût Carra; il ne pouvait concevoir qu'à cette époque on appelât Louis XVI traître, lui qui quittait la scène oïl Louis XVI avait trahi tous ses serments et ses devoirs.

Il est certain, et cette lettre y ajoute une preuve de plus, il est certain qu'il y a une ligue entre quelques directoires, tels que ceux de la Somme, de la Moselle, et quelques généraux; c'est donc sur eux qu'il faut tenir les yeux constamment ouverts. La Fayette a commencé: tous l'imitent; tous veulent ùter au peuple les sentinelles vigilantes qui ont fait la Révolution et qui l'achèveront.

Si les Sociétés populaires voulaient s'en tenir à la simple propagation des principes, non de la liberté, comme le dit le général Montesquiou, car, ainsi que la constitution, elle garantit au peuple la faculté de surveiller ses agents qui se targuent du nom éblouissant d'autorités constituées, mais des principes qui assureraient à cette minorité de la noblesse obéissance, respect, soumission aveugle et la disposition de tous les emplois, ah ! sans doute, elles auraient un but d'utilité qui devrait faire regarder leur conservation comme essentielle au bonheur public, à lintérét général.

Hypocrites, vous ne nous en imposerez pas, et vous, citoyens, ralliez-vous dans les Sociétés populaires, comme vous l'étiez en 1789 dans les sections; venez y jurer de sauver la patrie, si l'Assemblée nationale ne la sauve pas; venez y reprendre vos droits, qu'on voudrait vous faire oublier. Paraissez, hommes du 14 juillet, rendez-vous à la voix de la patrie en danger. Voilà le conseil que je crois vous devoir en qualité de votre représentant.

M. Camus, député extraordinaire de la Société populaire de Nîmes, demande et obtient la parole pour communiquer une adresse qu'il doit présenter à l'Assemblée nationale. Cette adresse est terminée par un projet de décret dont les points principaux sont : 1" la permanence de toutes les assemblées primaires, à l'instar des sections de Paris; 2° de faire faire par la garde nationale, et sous la conduite d'un officier municipal, un désarmement général de toutes les personnes suspectes; 3° d'ordonner, pour le même objet, une visite dans toutes les chambres et appartements garnis; 4" ordonner au maire de Paris de faire une pareille recherche dans le château des Tuileries et de se faire rendre les armes inutiles qu'il pourrait renfermer ; 5» déclarer le pouvoir exécutif déchu de ses fonctions, laquelle déchéance emportera en même temps celle de tous les généraux nommés par lui, et qui nous trahissent,

M. Ilobesplerre combat cette partie de l'adresse qui demande le

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désarmement général des personnes suspectes. Il serait h craindre que Ton n'usât de cette mesure précisément pour asservir le peuple dans quelques endroits : car jusqu'ici c'a toujours été avec d'excellentes vues, d'excellents moyens qu'on a eu de mauvaises lois, et le grand danger tient à ce qu'une partie du peuple est armée, tandis qu'une autre ne l'est pas; de ce que le grand nombre de ceux qui sont armés sont ou des aristocrates, ou des gens de bonne foi, mais simples et égarés par des aristocrates perfides qui s'en servent pour parvenir à leur but. «Une mesure plus sage serait donc, au contraire à mon sens, d'armer tous les citoyens également. »

M. Simond lit la contre-déclaration de l'empereur François', où Ton s'attache à démontrer que l'hospitalité n'a pas été accordée aux émigrés, que le concert de Pilnitz n'avait pour but que la tranquillité de l'empire, l'honneur des couronnes, la liberté du rui des Français, etc.

« Par celte déclaration, continue M. Simond, il apparaît que le droit qui aura le plus de prépondérance dans la balance de l'empire sera celui de la l'riponnerie. Si nous sommes encore malheureux, c'est que, depuis le commencement de la Révolution, il s'est fait beaucoup de serments, et que le peuple a eu la bêtise d'y croire, c'est qu'il s'est fait presque autant de parjures que de serments. Par voire Révolution, Français, vous avez éveillé tous les peuples, vous les avez invités à s'identifier avec vous, et à répéter, au moins à voix basse, le ser-' ment de vivre libres avec vous. Si vous reculiez aujourd'lmi, vous entraîneriez avec vous la ruine de la liberté de la terre, vous tueriez toutes les nations.

« J'ai lu dans un papier-nouvelle, qu'on appelle le Patriote, je crois, que, pour se décider, l'Assemblée nationale attendait qu'elle connût ce vœu du peuple : comme si le grand panier de l'AssemJjléc nationali; ne contenait pas peut-être quatre cent mille adresses (jiii expriment le vœu, et qui ne seraient pas ignorées si elles n'eussent été adressées à des membres poun-is (pii les ont écai-técs, et alors l'auteur de ce papier, le Patriote, ne dirait pas que le vœu du i»cni)lc n'est pas connu.

« Dans les beaux jours des peuples qui ont conquis leur liberté, ces peuples n'avaient ni riches, ni notables, ni orateurs, ni savants, liome n'était plus libre lorsque Giccron l'enlretenait de sa liberté. La lii)erlé ne convient pas au char d'un homme riche : elle y aurait niauvaise figure, elle n'y monte plus. Dans la crise où nous st)mmes, il ne faut

1. C'est, la pi'''ce ilonl il a rté fiiicslioii jjIus liaul, |i. I îfi.

plus de discours, plus de correspondance : il nous faut des séances muettes où chacun se devine dans les yeux ce qu'il a à faire, et où il ne faille plus s'en rapporter qu'à soi. Car, depuis trois ans, nous avons fait de reste la triple expérience que les gens sur qui nous croyions pouvoir compter nous ont tous prouvé que nous ferions mieux de faire nos affaires nous-mêmes : car il semble qu'il soit dans l'ordre qu'un homme qui a mérité la confiance change de caractère lorsqu'il croit pouvoir tourner cette confiance à son avantage; et la cour semble être un monstre qui est tout yeux : elle examine tous les hommes, les entoure, les cerne, et, bon gré mal gré, ils deviennent criminels. Rien de plus hideux aussi qu'un député qui a contrefait la vertu populaire pour mieux tuer la cause du peuple, qui garde ce masque huit, dix mois, pour mieux couvrir de fleurs l'abîme qu'il ouvre sous les pas de la nation. »

M..., député de la communne de..., lit une pétition qu'il doit présenter à l'Assemblée nationale, pour l'engager à décréter que les communes seront autorisées à prendre dans les fabriques les fonds nécessaires pour armer les gardes nationales et éviter linconvénient des cascades qu'essuient les demandes relatives à cet objet important.

M..., fédéré. — Je ne vous démontrerai pas, Messieurs, la nécessité d'une insurrection générale : elle est assez généralement reconnue pour qu'il soit inutile de s'y attacher de nouveau. Personne ne doute que, si la nation laisse encore quinze jours l'exécution de ses lois aux mains à qui elle l'a confiée, la nation ne soit perdue. On dit qu'il faut une insurrection générale, mais le moyen de faire cette insurrection? Elle est de toute impossibihté, car partout la force publique, les autorités constituées, s'opposeront aux insurrections qui se feront sous leurs yeux. Que faisaient les Romains lorsque, chez eux, les dangers de la patrie forçaient à des mesures extraordinaires? Ils faisaient dormir les lois, les autorités constituées, et nommaient un dictateur. Imitons leur exemple [murmures)., et ne craignons pas qu'un dictateur puisse être dangereux, car il serait entouré par le peuple, qui serait juge de sa conduite, et c'est, selon moi, le seul moyen de sauver la patrie. [Murmures généraux.)

M. SiMOND. — La mesure que propose le préopinant serait excellente chez un peuple vertueux; elle était bonne à Rome, où on prenait les dictateurs à la charrue ; mais, pour nous, elle serait du dernier danger, car l'intrigue et la corruption présideraient au choix du dictateur. Je ne crois pas nécessaire de combattre plus longtemps la proposition qui,^ dans la bouche de celui qui l'a faite, est une preuve de la pureté de

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son patriotisme et du peu de connaissance que son âge lui a permis de prendre de la perversité des hommes.

Si l'insurrection est nécessaire, elle est très possible; le peuple français est formé partout : ce n'est que le signal de l'insurrection qu'il attend. Le vœu du peuple est uniforme, il est dans tous les cœurs, excepté peut-être dans celui du papier le Patriote. Si Paris se lève, tous les départements se lèveront comme en quatre-vingt-neuf. Mais, pour faire une insurrection, il ne faut pas de ces hommes qui calculent de combien de pouces ils s'élèveront au-dessus des autres, le lendemain, pour avoir conduit deux ou trois cents hommes; il faut cinquante personnes qui fassent secrètement, paisiblement, le serment de ne pas se parjurer et de ne pas survivre à un parjure.

M. Legendre. — Je pense qu'une insurrection générale peut seule sauver l'empire; mais, pour être générale, il n'est pas nécessaire qu'elle commence pas les extrémités. Il n'est pas vrai que les rives de la mer soient agitées avant que son centre leur communique cette agitation. Nous en sommes au point où il ne faut plus parler, mais où il faut agir. Il faut donc nous lever, mais il est important de savoir ce que nous ferons lorsque nous serons levés. Suivant moi, il faut se présenter à l'Assemblée nationale, avec une pétition en trois lignes, pour lui dire : La patrie est en danger, la constitution y est aussi; ouvrezla avec nous, et dites-nous si vous y trouvez de quoi sauver la patrie avec la constitution, et alors nous sauverons l'une et l'autre avec vous. Si vous ne l'y trouve/ pas, nous sauverons la patrie d'abord, et ensuite la constitution. Consultez-vous : demain nous viendrons vous demander votre réponse, et, si vous nous dites que vous ne pouvez rien, en sortant de votre barre nous vous répondrons de la sauver.

Mais, en sortant de la barre, que ferez-vous? Car, si l'insurrection est facile à faire, il faut savoir comment vous vous conduirez quand elle sera faite. Je pense qu'en sortant de l'Assemblée nationale il faudra nous assurer de la personne du pouvoir exécutif et de toute sa famille, pour les mettre en sûreté à l'abri de tout péril, et les garantir qu'il ne puisse rien leur arriver...

M. LE Président. — Au nom de la i)atrie, je me crois obligé de vous observer (pie cette discussion est inutile et déplacée; je vais mettre aux voix si vous continuerez d'être entendu.

M. Legendre. — Il n'est pas nécessaire que vous consultiez l'Assemblée : puisque vous croyez ma discussion inutile, je quitte la tribune.

La Société consultée, la parole n'est pas continuée à M. Legendre. M. Desfieux. — La patrie est en danger, il est donc question de la

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sauver. C'est le pouvoir exécutif qui a mis la patrie en danger, il ne faut donc pas s'attendre à ce qu'il la sauve. L'Assemblée nationale semble assez prouver qu'elle ne peut pas la sauver non plus : car, si elle eût cru le pouvoir, elle n'eût pas jugé nécessaire la déclaration de ces dangers. Il n'y a donc que le peuple qui puisse se sauver, et il ne le peut que par une insurrection. On dit : Il faut que cette insurrection soit générale; mais cela est impossible. En 1789, Paris a commencé, ensuite elle est devenue générale. Les chefs de la contre-révolution sont à Paris; 'détruisez ce fo3"er impur, et alors vous n'aurez rien à craindre de vos ennemis. Car il ne faut plus compter sur les patriotes de l'Assemblée nationale. Déjà deux de vos orateurs vous ont montré ce que vous deviez attendre d'eux. M. Vergniaud, en parlant de la déchéance, vous a dit qu'il fallait rejeter cela bien loin, que ce n'était pas de ces choses auxquelles on touchait ainsi, et M. Brissot, qui était venu ici prendre l'engagement formel de dénoncer La Fayette et d'attirer sur sa tête coupable un décret d'accusation, n'en a pas encore ouvert la bouche jusqu'ici; et vous voyez qu'aujourd'hui il ne croit pas non plus le vœu du peuple assez connu pour prononcer sur pareille matière.

Vous avez appelé près de vous les fédérés de tous les départements; tous ceux que je vois me disent : « Mais que faisons-nous? qu'attendons-nous? Que Paris nous montre donc l'exemple, nous n'attendons que ce moment. »

Hier, causant avec un excellent patriote, M. Saladin', je lui disais que, si l'Assemblée nationale eût cru pouvoir sauver la patrie, elle ne l'eût pas déclarée en danger, et que, si j'étais représentant du peuple, je proposerais à l'Assemblée nationale de rassembler le peuple français en assemblées primaires, pour renouveler l'Assemblée.

Tous ceux qui ont suivi les séances peuvent s'assurer, le livre à la main, qu'il y a dans l'Assemblée nationale tout au plus quarante-cinq à quarante-six personnes sur lesquelles on puisse compter. Or, je vous le demande, quand sur sept cents personnes il s'en trouve à peine quarante-six de pures, ne faut-il pas refaire une telle Assemblée, et la refaire non par le moyen des électeurs, mais par les assemblées primaires directement? On peut juger de la différence de leur choix par les municipalités et les départements.

1. Jean-Baptiste-Michel Saladin (1732-1812), député de la Somme à la Législative et à la Convention, devint plus tard célèbre par le rapport qu'il fit, le 12 ventôse an III, au nom de la Commission des vingt et un, contre Billaud- Varenne, GoUot d'IIerbois, Barère et Vadier.

13!f SOCIÉTÉ DES JACOBINS [ÎJ7 juillet 1792]

Quelques personnes demandent la parole, mais la Société était devenue trop peu nombreuse pour prolonger la séance. La séance a été levée à dix heures.

SÉA>XE DU DIMAN'CHE 20 JUH.LET 1792

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