‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 25 sur 131 · PRÉSIDENCE DE M. DELAUNAV DANGERS · texte numérisé non relu

PRÉSIDENCE DE M. DELAUNAV DANGERS

A l'ouverture de la séance, un commissaire de messieurs les fédérés annonce avoir été au-devant des Marseillais, campés à Charenton. « Nous avons trouvé, dit-il, dans leur commandant un vrai Brutus, et dans tous les soldats autant de Scccvolas ', Ensemble nous avons juré de ne pas quitter la capitale sans avoir affermi le trône de la liberté d'une manière inébranlable. » Applaudissements prolongés.)

Sur la proposition qu'il fait ensuite à la Société d'envoyer demain des commissaires au-devant des héros du Midi, la Société arrête à l'unanimité quelle ira tout entière. Le point de ralliement est à six heures du matin, sur les ruines de la Bastille.

[.V. héal fait un rapport sur la pétition de MM. Clievallot et Gentil, qui demandent à l'Assemblée législative une gratificaiion pour avoir conlribué à l'arrestation de Louis XVI à Varennes».]

Un vétéran de la Côte-d'Or présente quelques réflexions pour prouver la nécessité de former au plus t6t les assemblées primaires.

En revenant sur son dernier arrêté au sujet des collectes, la Société en arrête une en faveur d'im ci-devant garde-française, et. sur la demande de M. Anthoine, elle en arrête une autre pour demain en faveur de deux gardes suisses persécutés et chassés de leur corps pour cause de patriotisme.

M. Chevallot, prêt à retourner à Varennes, recommande ses intérêts aux députés patriotes : il annonce que les lettres qu'il a reçues aujourd'hui lui apprennent que l'armée y est campée maintenant.

1. En effet, le bataillon des Marseillais était arriv»} à Charenfon dans laprèsniidi du 29 juillet 1702. Il avait pour roniraandant en chef Kranrois Moisson, et pour couiuiandant en second Pierr»- (iarnier. — Voir le Bataillon du 10 août, par Joseph PoIJio et Adrien Marcl. Paris, 1881. in-12. 1^ 2. Voir plus haut, p. 88.

L'affiliation est accordée à la Société de Villeneiive-les-Landes, appuyée par celles de Mont-de-Marsan et de Roquefort.

M. de Sillery fait part d'une lettre qu'il vient de recevoir de Metz, en date du 27, par un courrier extraordinaire. « Il y a eu, dit cette lettre, une affaire très vive entre l'avant-garde de M. La Fayette et les Autrichiens; on a entendu une canonnade très vive, mais nous ne pouvons rien vous dire de plus, n'ayant reçu encore aucun courrier. — P. S. Un courrier vient d'arriver, qui apporte la nouvelle de l'attaque de M. La Fayette, mais celui qui doit en apporter le résultat n'est pas encore ici. »

M. Merlin. — J'ai reçu une lettre d'un juge de paix et des officiers municipaux de Sierck, qui me marquent qu'ils sont forcés de quitter cette ville et de se replier sur Thionville, parce qu'ils sont cernés par un corps de vingt milh émigrés, et qu'ils n'ont aucuns moyens de défense.

On invite M. Lasource à rendre compte de l'apparution {sic) de M. Bureaux de Puzy à la barre de l'Assemblée nationale,

M. Lasource. — M. Bureaux de Puzy, mandé à la barre par un décret de l'Assemblée nationale, a paru ce matin J; il y a montré toute l'impudence dont un fourbe est capable. M. Bureaux de Puzy a débuté par un pompeux exorde, dans lequel il défiait ceux qui l'avaient accusé. Il n'était interpellé que sur un fait, et il a eu la perfidie de parler de tous les mouvements de l'armée, afin de détourner d'abord l'attention du fait principal, auquel il n'est passé qu'en disant qu'il avait été chargé d'une commission de M. La Fayette près le maréchal Luckner, mais qu'il n'était pas question des propos qu'on lui attribuait.

Il est cependant convenu lui-iuème qu'il était coupable, et La Fayette aussi, puisqu'il a dit que le général l'avait chargé de conférer avec le maréchal sur notre situation politique intérieure; il a donc violé toutes lois. Qu'est-ce en effet qu'un général qui se concerte avec un autre général sur les affaires intérieures? C'est un tyran qui veut se servir de la force que la nation a remise en ses mains pour en diriger le sort à son gré.

M. Bureaux de [Puzy est convenu t[ue Luckner avait répondu ne pas entendre assez la constitution française pour pouvoir la discuter; or,

i. Vuir sur cet incitknt le Journal lotjofjvaphique, t. \\V, p. 311 et suivantes. Bureaux de Puzy était accusé d'avoir conseillé à Luckner de marcher sur Paris. L'Assemblée législative l'avait mandé à la barre par décret du 22 juillet 1792.

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(le l'aveu même de M. de Piizy, puisqu'on veut faire discuter la constitution à Luckner, on veut violer cette constitution, qui défend à la force armée de délibérer. M. Bureaux de Puzy est encore convenu que le général La Fayette avait cru plus pressant, avant tous autres soins, de venir réprimer l'anarchie au dedans. Or, un général qui croit important de quitter son poste de général pour venir faire la police dans la capitale n'est-il pas évidemment un traître? Il a dit encore que La Fayette avait vu que l'Assemblée nationale sortait de la constitution, et qu'il était nécessaire de l'y ramener. Il a ensuite étalé avec arrogance des lettres du maréchal Luckner à M. La Fayette. Mais, Messieurs, je distingue entre Luckner qui parle et Luckner qui écrit; et ces lettres que l'on prétend écrites par le maréchal n'ont aucun titre d'authenticité. Cependant j'ai reçu, de mon côté, des lettres qui semblent faire croire que Luckner a oublié en partie ce qu'il a dit à moimême en présence de six de mes collègues. S'il en était ainsi, et si Luckner avait eu la faiblesse ou la bassesse de ne pas dire toute la vérité, il me forcerait à n'avoir pour lui que le souverain mépris que l'on doit à tout homme qui n'ose pas dire la vérité, toute la vérité. Mais j'aime à croire que, loin de là, les lettres que l'on attend du général Luckner confirmeront ce qu'il nous a déclaré verbalement, ce qui ne servira qu'à donner plus de force aux preuves que nous avons déjà: car, comme je l'ai dit ce matin, j'ai pris l'engagement de démontrer, par le rapport seul de M. de Puzy, que La Fayette et lui étaient deux traîtres, et qu'il y avait lieu à accusation.

Après ce détail, je crois devoir un avis aux Amis de la constitution, c'est que tous les moyens que la bassesse peut employer sont mis en usage pour nous diviser; il importe donc aussi que nous nous réunissions par tous les moyens possibles. J'ignore par quel motif, par exemple, on a persuadé à nos frères les fédérés que le danger était à Paris, et non aux frontières. C'est en retenant à Paris ces fédérés, au contraire, qu'on empêche le zèle de se développer dans les départements [murmures], qu'on excite une fermentation qui n'est bonne à rien. [Murmures.) Des ennemis de la liberté ont voulu engager des fédérés à des crimes, à des actes... [Murmures violents.) J'invite donc ces défenseurs de la patrie à i)artir où l'honneur les appelle... [Tumulte.)

M. Legkndhe. — Je demande, pour motion d'ordre, qu'on rappelle M. Lasource à l'ordre. [Applaudissements.)

M. Lasource. — J'y suis, dans l'ordre du jour, car l'ordre du jour est de repousser des insinuations perfides... [Murmures, interruption.) Je disais, quand on m'a interrompu par des apostrophes que j'ai la

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grandeur, le courage de fouler aux pieds, je disais donc que c'est aux frontières que les dangers appellent les fédérés, et non ici.

Plusieurs voix. — Si, si! [Tumulte, interruption.)

M. Lasource, —Je savais bien que j'allais énoncer une opinion qui ne serait pas du goût de tout le monde. Mais bientôt le peuple pourra juger qui sont ses vrais amis, ou de moi, ou de ceux qui retiennent ici les fédérés pour leur faire commettre un crime. [Tumulte. « A bas ! à bas! à l'ordre, le calomniateur du peuple! >>)

M. le Président se couvre et rétablit le calme avec peine; enfin M. Manuel obtient la parole pour une motion d'ordre.

M. Manuel. — Ce n'est point assez d'avoir conquis la liberté, il faut la conserver, la faire marcher; il lui faut un guide, et ce guide est la saine raison. L'esclavage qui pèse le plus sur l'espèce humaine est celui des préjugés, et il y pèse tellement que quelquefois, après y avoir bien réfléchi, je fais un vœu dont Faccomplissement serait, je crois, le seul moyen d'en purger l'univers; ce serait que la nature, nous retirant tous de dessus le globe, fît une seconde édition de l'espèce humaine. Ce serait un beau spectacle que l'espèce humaine sans prêtres et sans rois. Mais la constitution nous a donné les uns et les autres : gardons-les jusqu'à ce que nous puissions nous en débarrasser.

Comme procureur de la Commune, je suis chargé de convoquer les électeurs pour la nomination à deux cures. Si la Commune voulait donner un grand exemple, elle en a l'occasion, ce serait de présenter à ces places les prêtres les plus dignes, ceux qui sont époux et pères. .Loin de nous ces prêtres qui croient que l'usufruit de? femmes est bon, et non pas la propriété, qui ne veulent pas en avoir à eux pour user de celles des autres! Parmi ces bons prêtres, il en est un, M. Aubert, qui est époux et père et qui paraît bien digne de posséder deux bénéfices, celui d'une cure et celui d'une femme.

Après vous avoir présenté ces idées, je viens à l'objet qui vous occupait tout à l'heure. Sans doute les fédérés qui sont ici brûlent d'aller aux frontières, mais, avant d'y aller, ils veulent savoir quels lauriers ils pourront y cueillir et sous quel général ils les cueilleront. Il ne tient qu'à l'Assemblée nationale qu'ils partent demain. Elle n'a qu'à frapper du glaive de la loi ce M. La Fayette, ce général qui paraît déterminé à ne se faire tuer que par contumace; et, je le dis à cette Assemblée nationale, si sous huit jours elle ne nous indique pas les remèdes qu'elle a à nous offrir, nous nous guérirons nous-mêmes. [Applaudi.) Mais je prie la Société de suspendre son jugement sur

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M. Lasource, qui a rendu des services à la chose publique (applaudi) ; je la prie de lui conserver sa longue amitié jusqu'à ce que lui-même ait employé tous ses talents à amener à la barre le général conspirateur.

M. Lasource reprend la parole pour assurer qu'il n'a jamais entendu accuser ni la Société, ni les fédérés, que son intention n"a été que de prémunir ces derniers contre des agitateurs qui, comme d'Eprémesnil, se glissent dans les groupes; il avoue avoir pu employer contre son intention des expressions qui ont pu déplaire justement à la Société; il proteste de la pureté de son âme, de son ardent amour pour la patrie,

M. AxTHOiXE. — Puisque le préopinant avoue qu'il a eu tort de paraître inculper la Société et les fédérés, et que ce n'était pas son intention, je nie trouve avec joie dispensé de repousser ces inculpations ; mais je ne me crois pas dispensé de réfuter les principes qu'il a avancés lorsqu'il a dit qu'il voyait avec peine que les fédérés retardassent leur départ pour Soissons, et je dois les réfuter pour deux raisons : l'une que, comme votre président, j'ai moi-même engagé, au nom de la Société, les fédérés à demeurer au milieu de nous; l'autre, c'est qu'en allant à Soissons les fédérés seraient la dupe des intrigants, des généraux traîtres ; ils serviraient aux desseins de ceux-là qui, étourdiment sans doute, ont fait déclarer la guerre avant de nous avoir mis en état de la soutenir.

Qu'iraient-ils faire aux frontières, les fédérés ? Obéir à des généraux qui, croyant plus urgent de combattre l'anarrhic du dedans, leur feraient tourner leurs armes contre leur patrie et l'Assemblée nationale elle-même? Sans doute, le préopinant est trop pur pour avoir voulu leur donner ce conseil. Ils doivent rester à Paris, parce que c'est à Paris qu'existe le directoire qui gouverne Coblentz; ils doivent rester à Paris, parce que l'Assemblée nationale a besoin de l'appui des départements pour les grandes mesures tiu'elle doit avoir à prendre, et qu'il ne faut pas laisser croire qu'elles seraient demandées par les sections de Paris seules. Ce sont donc les bons citoyens qui conseillent aux fédérés de rester à Paris, et, en leur donnant un conseil opposé, M. Lasource n'a pas prouvé qu'il fût un mauvais citoyen, il a prouvé seulement (|uil n'était pas Iton politique.

Ce serait en vain que nos ennemis s'effurceraient de criailler que les fédérés ou la Société clierchent à commettre un crime. Parmi mille exemples (|ue nous [tourrions citer en faveur de noire éloignement pour tout ce qui pourr;iit troubler l'ordre, nous pcjurrions citer

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qu'à notre dernière séance nous avons rappelé à Tordre, pour avoir présenté des vues seulement hardies, un patriote tellement pur qu'il serait à désirer qu'il y en eût trois cents comme lui à l'Assemblée nationale. Si on veut juger le véritable esprit, la véritable intention des fédérés, il faut les lire dans les deux pétitions qu'ils ont adressées à l'Assemblée nationale. Je passe maintenant à l'ordre du jour.

De tous côtés on demande la déchéance du roi : c'est le vœu unanime ou presque unanime des citoyens de Paris, et, j'ose le dire, c'est également le vœu de tous les départements et de tout ce qui n'est pas ou noble, ou prêtre, ou fripon. Mais cette déchéance sans le renouvellement de mode dans le pouvoir exécutif ne peut pas rassurer les amis de la liberté. Le roi déchu, nous avons son fils et, par conséquent, un régent de sa famille. Or, la grande source de nos maux, c'est que, contradictoirement aux principes posés dans la constitution, nous avons placé à notre tète une famille contre laquelle nous avoHS fait la Révolution.

La constitution a déclaré qu'il n'y avait plus de privilèges, que tous les citoyens pouvaient aspirer à toutes les places, et IW crée au même moment une famille privilégiée, qui par cela seul que, roi ou régent, elle aura toujours la nomination des places, prolongera à jamais l'existence de la noblesse, en y portant les nobles, en choisissant parmi eux les généraux. Et rappelez-vous à ce sujet qu'après avoir chanté les louanges du patriotisme du général Montesquiou, il vous a forcés à revenir sur vos pas par sa lettre à la Société de Marseille : d'où il résulte qu'il ne faut compter en rien sur la noblesse, quelque masque qu'elle emprunte.

Tant qu'on n'aura demandé que la déchéance de Louis XVI et que l'exercice du pouvoir exécutif sera dans sa famille un droit héréditaire, nous n'aurons rien fait poiu' la liberté.

Avec la déchéance du roi je demande donc la déchéance de sa famille, enfin la réformation du pouvoir exécutif; et ma demande n'est pas inconstitutionnelle. Ce qui est constitutionnel, c'est l'unité de ce pouvoir; et un membre de l'Assemblée nationale l'a dit avec vérité : « Les nations n'ont pas le droit de transiger sur leur souveraineté, et si l'Assemblée constituante avait cru devoir enchaîner la nation en ce poiut, elle aurait agi en despote. »

J'ai entendu des patriotes non pas s'opposer à la déchéance, mais proposer des ajournements, dire que l'opinion n'est pas assez formée. Mais les Autrichieus sont k Thionville, demain peut-être ils seront à Metz. Est-ce donc l'avis du général Bender que vous voulez prendre?

Lors de la fuite du roi, au 21 juin 1791, elle l'était, formée, cette

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opinion, et si, à cette époque, l'Assemblée constituante eût prononcé la déchéance, elle eût été acceptée avec joie. N'en doutez pas, tout est possible à l'Assemblée nationale. Qu'on ne dise donc pas que l'Assemblée nationale ne peut pas, qu'on n'exécuterait pas les décrets. Jamais le peuple, qui en a souffert quelquefois, n'y a apporté la moindre résistance. Osez vous montrer les représentants du peuple, ne soyez plus ceux des Autrichiens, et nous vous suivrons partout. (Applaudi.) Loin de vous ces hommes qui vous disent : Attendez tout du temps. Citoyens de Thionville, le canon des Autrichiens roule sur vos glacis; n'importe, attendez et nous vous sauverons.

On dit qu'on cherche à diviser les patriotes. Je suis fâché d'entendre répéter ces propos que tenaient jadis les Jacobins qui sont passés aux Feuillants. Tout bon patriote vient ici énoncer son opinion, recueillir des lumières, et ne se coalise pas; on ne peut donc le diviser, car on ne divise que les gens qui se coalisent.

Je me résume et je dis que la déchéance est urgente, sous peine de perdre, d'ici à quelques jours, les députés de cinq ou six départements qui vont être envahis ; qu'il faut réunir au plus tôt les assemblées primaires; que tous les citoyens y soient admis; que les prêtresr les émigrés, les fonctionnaires publics en soient seuls exclus, et elles seront parfaitement libres; qu'à la déchéance de la personne de Louis XVI il faut ajouter celle de sa famille. Alors le salut du peuple sera établi sur les lionnes lois. Les Autrichiens et les Prussiens retourneront vers l'Elbe ; ils ne vous attaqueront plus, parce que vous n'aurez plus votre roi, qui leur a sans doute promis quelquesunes de vos provinces pour les dédommager des frais de la guerre ;. ils abandonneront vos nobles, qui alors vous rentreront un à un, ou, ce que j'aimerais mieux, ils s'imposeront un exil éternel. Alors^ n'ayant pas de guerre à soutenir, vous entretiendrez des armées moins nombreuses, moins de places fortes, par conséquent moins d'impôts et une masse plus grande de bonheur public et particulier, (^Applaudi.)

M. Lef/c/idre présente de nouvelles vues sur la nécessité d'une insurrection générale et les dangers de toute insurrection partielle.

M. Robespierre prononce un discours dont l'impression est arrêtée '. Les bases principales de son oiunion sont que, le gouverne-

\. Nous ne savons si cet arrêté do la Société fut exécuté. Nous ne connaissons pas d'autre texte de ce discours que celui que Robespierre publia dans le Défenseur de la conslilut'ion, n" il. Buciiez l'a reproduit, t. XVI, p. 220-23."i. — Cf. Hamcl, Histoire de Robesjiicrrr. U, 3'i8-.'î;);j.

ment français portant sur deux pouvoirs, le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, les dangers de la patrie sont dus à ceux qui sont revêtus de l'un et de l'autre pouvoir; que, si la patrie est en danger, c'est que le roi veut perdre la nation et F Assemblée nationale ne veut pas la sauver. Il ne suffit donc pas de déclarer la déchéance du roi, il faut renouveler aussi la législature.

II s'attache également, dans ce discours important, sur lequel nous reviendrons incessamment ', à prouver que la cumulation des pouvoirs est également favorable au despotisme et dangereuse à la liberté.

La séance a été levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE M. DELAU>fAY (d'aNGERS)

En l'absence du président, M. Robespierre, vice-président, occupe le fauteuil.

[iV. Chénier communique à la Société une lettre qui lui a été adressée de Metz, en date du 26, sur les mouvements de l'armée.]

M. Brival. — Ce malin, l'Assemblée nationale a achevé de détruire toute apparence de corporation en décrétant que tous les citoyens indistinctement seraient tenus de monter leur garde, et en comprenant dans ce décret tous les prêtres, les ci-devant moines, abbés et autres 2.

M. Collât d^Herbois lit l'adresse dont les sections de Paris, sur la demande de celle du Marché des Innocents, ont arrêté l'envoi à l'armée fran(;aise. Pour quelle parvienne plus sûrement à sa destination,

\. Cette promesse ne fut pas tenue.

-1. En effet, dans sa séance du 30 juillet au matin, l'Assemblée législative avait commencé à discuter un projet sur le service personnel dans la garde nationale, qui lui avait été présenté par Lacuée, au nom du Comité militaire. Elle en vota m.Miie plusieurs articles {Moniteur, Xlll, 286, et Journal loç/ograpfiique, XXV, 412-411). Mais les événements ajournèrent indéfiniment la suite de ce débat et ce projet de décret fut oublié.

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la distribution en sera confiée aux municipalités frontières, de la part de la Commune de Paris, avec invitation de la faire tenir aux soldats par tous les moyens qui leur paraîtront les plus sûrs.

M. Mendouze demande et obtient la parole pour lire à la Société le manifeste des puissances armées contre la France'. Cette lecture, souvent interrompue par les éclats de rire que la platitude et la bêtise de cette pièce excitaient, ne put, malgré tous les efforts de chaque membre pour garder le silence, se traîner jusqu'à la fin, au milieu des exclamations de pitié qu'arrachait ce morceau, qui semble avoir au moins dix siècles de noblesse par Fignorance et la sottise qui le caractérisent.

Vers la fin de cette lecture," beaucoup d'agitation se fait apercevoir dans l'assemblée, et principalement parmi les fédérés présents.

M. Robespierre. — On donne au bureau des avis qui alarment diverses personnes : on annonce que la générale bat dans plusieurs quartiers ; eh bien, Messieurs, nos frères, les citoyens de Paris, veillent, vous vous en apercevez au vide qui règne ici. C'est donc un motif pour vous de rester calmes et tranquilles. Dans ces moments difficiles, les vrais patriotes doivent se montrer fermes et courageux. Je déclare que, dans ce moment, je crois que notre poste est ici : j'y resterai. Un fédéré se plaint d'avoir été insulté; sans doute, comme frères, comme patriotes, nous ressentons tous son injure; mais je ne puis lui donner la parole sans consulter l'assemblée, pour entendre ses plaintes. Que ceux qui veulent que le fédéré soit entendu..., etc.

La Société donne la parole au fédéré.

Le fédéré. — Je suis fédéré de la Gôte-d'Or. Étant sorti d'ici, il y a un instant, au bruit du tambour, je passais devant Saint-Roch; je demandai ce qu'il y avait, et pourquoi on rappelait. t)n uie répond : « C'est pour ces b..gr.. de fédérés, (jui nous donnent ]dus de mal... » A ces mots, je demande à celui qui me fait cette réponse si c'est pour moi qu'il l'a faite. Au même instant, cinq personnes tombent sur moi, m'arrachent mes épaulettes, mon sabre, comme vous le voyez, me maltraitent malgré la résistance que je leur oppose, et s'enfuient.

Un rappel se fait entendre, l'agitation conlinuc; l;'i, M. /lohrspirrre

1. Il s'a"it du maiiifcslc du duc de lirunswick, eu dalc du '2'.i juillcl 17;)2. Publié dans le Monileur du 3 août 1792, il avait déjà paru par extraits dans le Journal de Perlel du 31 juillet. On le connut à Paris dès le 28 juillet. On trouvera 1 histoire de ce manifeste dans l'Europe et la liévolulion française, par Albert Sorel, t. Il, p. ;J03-IJlîi.

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déclare que, vu celte agitation, il ne peut tenir la séance; il la déclare suspendue, quitte le fauteuil, et sort de l'assemblée.

Après quelques minutes, M. Mendouze, au bureau du président, représente que, le 17 juillet 1791, on avait employé la même tactique pour interrompre les séances, et que, le seul moyen à opposer étant la fermeté, il propose à la Société de se déclarer en permanence.

Cette proposition n'est pas appuyée; on engage M. Mendouze à occuper le fauteuil, et la séance continue. M. lîéal, en appuvant les motifs qu'avait donnés M. Mendouze pour la permanence de la séance, insiste néanmoins pour qu'une partie des citoyens se rendent dans leurs bataillons : « Car là, dit-il, un Jacobin en impose à dix, à vingt Feuillants ou modérés. »

M. Colin ajoute la remarque que beaucoup de citoyens, au moment où l'on rappelle, se hâtent de sortir pour aller, disent-ils, dans leurs bataillons, tandis qu'en effet ils vont se renfermer chez eux. Il propose que tous ceux qui sont, comme lui, visiblement hors d'état de faire le service, ou qui ne le font pas habituellement, restent dans l'assemblée ; il offre de s'y établir permanent et d'y passer,^s'il le faut, toutes les nuits.

Divers citoyens viennent rassurer les esprits, qui n'avaient pas besoin de l'être, car les trembleurs étaient éloignés, en communiquant les divers prétextes sous lesquels on avait battu les rappels.

En général, l'émotion qui se faisait sentir au dehors paraissait être une suite de la scène qui s'était passée aux Champs-Elysées, près du lieu où les fédérés de Marseille avaient dîné. A côté de cette auberge, des grenadiers du bataillon des Filles-Saint-Thomas, avec des ci-devant gardes du corps et des sergents suisses, tenaient à table des propos de Coblentz; leur refrain était : Vive le roi! vive la reine! f.Are pour la nation! Ces propos répétés ont occasionné une rixe dans laquelle il parait que le projet de ces messieurs était d'exciter du bruit et de fuir. Cependant l'un d'eux, nommé Duhamel, ci-devant garde du roi, portant l'uniforme de garde national, eut une explication plus vive avec un fédéré. Proposition faite et acceptée pour vider la querelle en braves. Chemin faisant, Duhamel trouve plus simple de se débarrasser de son adversaire : il lui lâche un coup de pistolet et le manque. Celuici, indigné d'une telle lâcheté, le perce de part en part avec son sabre, et ne le manque pas.

Le cadavre fut porté chez un commissaire, et de là, suivant la pratique mise en usage dans les premiers jours de la Révolution, en 1789, une foule assez considérable voulait, disait-on, promener ce cadavre dans le Palais-Royal. La foule augmentant, des officiers, zélés pour Tome IV. H

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le bon ordre, firent battre la générale; mais les remontrances et les réflexions de quelques citoyens vraiment patriotes et amis de Tordre firent plus d'effet et moins de bruit que le tambour, et les rassemblements se dissipèrent.

M. Simoiid reprend la discussion sur la cause des maux de la France; il les attribue en partie à la précipitation avec laquelle on a déclaré la guerre.

M. Lanlhenas répond à celui-ci en démontrant que ce n'est pas la déclaration de guerre qui a procuré la guerre ; que celle-ci était arrêtée dans les projets des puissances coalisées, et que la déclaration n'a fait qu'attirer sur les dispositions nécessaires pour faire la guerre l'attention d'un ministère qui s'est montré si négligent sur ces objets malgré l'urgence des circonstances.

Plusieurs membres, observant que cette discussion ne pourrait avoir aucune utilité actuelle et qu'elle ne peut que renouveler les agitations qui ont eu lieu lors de la question de la guerre, demandent l'ordre du jour. — Arrêté.

M. Mathieu. — Le moment approche oi^i la nation pourra enfin fixer l'étendue de ses craintes et de ses espérances. Je crois à ce manifeste qui vient de vous être lu : son insolence et sa platitude m'en assurent l'authenticité. C'est de cette insolence et de cette barbarie néanmoins que je tire toute mon espérance : car, si nous sommes forcés de voir que l'Assemblée nationale n'a pas senti toute l'étendue de sa grandeur, je ne puis ine persuader non plus qu'elle soit tombée dans l'avilissement. Si elle est faible, je ne la crois pas scélérate, et, au moment où les ennemis font le blocus de la France, comme en 1789 le roi faisait le blocus de Paris, j'espère qu'elle se ressouviendra qu'elle a juré de maintenir la constitution; et, s'il est un moment où on doive attendre d'elle un de ces mouvements généreux, un élan que nous espérons tous, c'est sans doute celui où le ministre des affaires étrangères, confus, se présentera au milieu d'elle avec cette déclaration; c'est à ce moment, dis-je, que sans doute elle renouvellera le serment imposant de vivre libre ou de mourir. Qu'ils sont faibles, les serinenls que l'on prête dans le calme, mais qu'ils sont imposants, ceux qu'inspire uu élan sublime! Que l'Assemblée nationale sente une fois sa grandeur, et tout est sauvé.

11 semble qu'on ait voulu dans ce moment séparer la nation française en deux portions, l'une sur la frontière, asservie dans les camps sous la discipline ,de généraux traîtres, et l'autre dans l'intérieur, tremblant sur le sort de ceux-ci. Réunissons donc tous nos efforts

pour faire entendre à l'Assemblée la voix du patriotisme. Peut-être serait-il bon d'attendre pour ce moment l'instant où ce manifeste lui sera présenté.

Il est bien étonnant néanmoins que cette pièce soit pour ainsi dire notifiée aux Jacobins avant de l'èlre à l'Assemblée nationale. Ne serait-elle donc pour l'Assemblée nationale qu'une assignation de se rendre aux effrayants talents du duc de Brunswick?

Je crois donc et j'espère qu'il arrivera un moment qui sera décisif pour le salut de notre liberté, de notre Révolution et de la liberté de tout le genre humain.

Un fédéré du département de la Drôme annonce que, depuis quelque temps, un nombre considérable de valets, de gens attachés à la cour, se sont fait inscrire dans la garde nationale; que leur projet est de se faire mettre tous de service le même jour, et qu'à une heure convenue ils s'empareront des canons et des postes. Le même lit plusieurs lettres de son département, dans toutes lesquelles on se plaint amèrement de la faiblesse de l'Assemblée nationale, et on annonce la plus grande énergie de la part des habitants de tous les départements.

M. Dufourny propose d'ajouter à la force armée qu'on se dispose à opposer aux ennemis la force morale, en faisant un contre-manifeste aux peuples voisins et aux armées étrangères. C'est dans la vue d'employer cette force morale qu'il avait proposé, dans une pétition à l'Assemblée nationale, de rassembler au champ de la fédération tous les étrangers, le 14 juillet, et de leur déclarer que la France, ne faisant pas la guerre contre eux, mais contre leurs chefs, regarderait toujours tous les individus comme ses enfants et ses frères.

M. Barbaroux^, après avoir rendu compte de la tranquillité qui règne au quartier des Marseillais fédérés, lit une lettre qui donne sur Marseille les détails suivants, en date du 23 de ce mois :

« Il est ari'ivé hier dans cette ville une scène des plus tragiques. L'aristocratie, que nous croyions pour jamais expulsée de Marseille, a osé lever une tête orgueilleuse, et, par un de ces complots qui en fait le caractère, elle avait décidé de se défaire de la municipalité, et autres. Mais il en fut comme de tous leurs projets: la mine fut éventée, et le chef dénoncé par son propre domestique. Il a été arrêté dans la nuit du vendredi au samedi, étant de garde à la commune ; il se nomme Royer aîné, marchand drapier. Dans la matinée du samedi, le peuple se porta en foule à l'hôtel commun, demandant à grands cris qu'on

1. Dans l'original, ce nom est imprimé par erreur Darberonsse.

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lui livrât ce nouveau Dusaillant, pour le lanterner. Ce n'est qu'avec beaucoup de peine que la municipalité et quelques notables parvinrent à le soustraire à la vindicte publique ; ce ne fut même qu'après avoir promis de le livrer après son interrogatoire que le peuple s'apaisa. Il fut donc interrogé en présence de son domestique : il avoua tout, chargea beaucoup son frère et nomma d'autres complices. On lui fît signer sa déposition et on le conduisit ensuite en prison sans que le public s'en aperçût. Mais on sommait les officiers municipaux de tenir leur parole ; ils trouvèrent bien les moyens de temporiser; ce n'est pas que leur dessein fût de sauver le coupable, mais ils voulaient que la loi seule ordonnât son supplice : ils ne retardèrent que d'un jour sa mort. Le lendemain, sur les neuf et dix heures du matin, on se porte en foule aux prisons, on enfonce les portes, on en tire le traître Royer, et on le met à la lanterne.

« Ce Royer a donné la liste de ses complices; ils montent à plus de deux cents, et les Marseillais ont juré de n'en pas épargner un : déjà plus de dix personnes ont été pendues. »

La séance a été levée à dix heures.

Août 1792

PRÉSmENCE DI-: M. DELAUNAY (d'aNGERS)

Après la lecture du procès-verbal, un député du Cantal demande que la Société adjoigne des commissaires à ceux que messieurs les fédérés ont nommés pour prendre la défense des citoyens du district d'Aurillac persécutés et détenus dans les prisons. Cette proposition, mise aux voix, est adoptée à l'unanimité.

.M... — La patrie erfl, dit-on, en danger, et de tous côtés dans cette ville on ne s'occupe que de plaisirs, de fêtes et de bals. Parmi ces derniers il en est un qui devrait être plus particulièrement proscrit dans ces jours de surveillance, c'est celui (jui a lieu tous les jours depuis dix-heures jusqu'à minuit au Palais-Royal. C'est le rassemblement de tout. ce qu'il y a d'hommes pervers et de femmes corrom-

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])ues, et un tel rassemblement ne peut avoir que les suites les plus dangereuses dans les circonstances où nous sommes.

M. Loys communique une lettre adressée à la Société populaire do Ni mes par le comité central des Sociétés patriotiques réuni à Chûlon-sur-Saùne, dans laquelle ce comité fait part des mesures qu'ont arrêtées les municipalités de ce département. Ces mesures sont de désarmer toutes les personnes dont les principes ne sont pas très prononcés en faveur de la Révolution, dans le cas où le roi viendrait à s'éloigner de Paris, ou une défaite sur les frontières permettrait à l'ennemi de mettre le pied sur le territoire français, ou bien si une insurrection se manifestait soit dans Paris, soit dans Lyon, soit dans toute autre grande ville du royaume'. Dans l'un des cas ci-dessus, de mettre sur-le-cbamp les aristocrates en état d'arrestation poui- servir d'otages en cas de besoin.

« Que tous les bons citoyens, ajoute-t-il, mettent donc la plus grande énergie pour sauver la chose publique, ou le sort du peuple, s'il retombait dans l'esclavage, serait pire mille fois que celui qu'il éprouvait sous l'ancien régime. Que l'Assemblée nationale se lève donc, ou que les patriotes déclarent qu'elle ne peut pas sauver la patrie qu'elle a mis en danger, et alors la nation se sauvera elle-même. »

M. Desfieux. — Je propose à la Société d'ouvrir une souscription pour imprimer cette lettre et faire connaître à toutes les Sociétés les mesures qu'elle contient ; il me semble de la dernière importance que les sections de Paris et les départements en soient instruits, pour être à même de les adopter.

Parmi celles qu'à ajoutées le préopinant, il a demandé que l'Assemblée nationale se lève ou qu'elle déclare qu'elle ne peut pas sauA'er la patrie. Mais cette déclaration, elle n'a pas besoin de la faire, elle est toute faite : car, si elle eût cru pouvoir sauver la patrie, elle ne l'eût pas déclarée en danger. Il n'y a pas lieu non plus d'espérer qu'elle veuille se lever, puisqu'au lieu de s'occuper des moyens par lesquels elle pourrait se lever utilement avec toute la nation, des membres qui ont quelque influence dans cette Assemblée s'occupent de trouver les moyens d'envoyer les patriotes à Orléans.

Oui, Messieurs, avant-hier, au club nommé de la Réunion, club formé des députés qu'on ne voit plus ici, deux députés, et, pour ne pas les nommer, ce sont MM. Isnard et Brissot, s'3' trouvaient lorsqu'on vint y rendre compte des opinions qu'avaient énoncées dans

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