‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 29 sur 131 · Tome IV · texte numérisé non relu

Tome IV

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particulier pour les Marseillais. M. Legendre relève cette espèce d'erreur et demande que toute ligne de démarcation soit efîacée entre les divers fédérés. L'un d'eux observe que les Marseillais eux-mêmes ont déclaré vouloir partager également avec tous leurs frères des divers départements les peines, les travaux et les preuves d'estime et de générosité de leurs concitoyens.

Un fédéré déclare que l'un de ses camarades lui a assuré qu'il était entré dans le château plus de trois mille Suisses cette nuit.

Un (le messieurs les secrétaires communique à la Société deux lettres, l'une de Toulon, en date du 28, l'autre de Pertuis, datée du 23 ; elles annoncent que, dans ces deux villes, une insurrection populaire causée par les attaques des arisrocrates a fait justice de quelques-uns d'eux.

A Toulon, quatre ont été pendus, parmi lesquels se trouvent le président et le procureur-général-syndic du département.

M. Anthoixe. — Si le fait atroce que j'ai à vous dénoncer n'était que personnel à moi, je ne viendrais pas vous en entretenir, mais je crois qu'il intéresse également tous les patriotes, à qui il indiquera ce qu'il peuvent attendre de leurs ennemis, et les moyens qu'ils doivent employer pour se mettre à l'abri de leurs machinations.

Dimanche dernier, le vœu de mes concitoyens m'a appelé à la place pénible et dangereuse de maire de la ville de Metz. Les contre-révolutionnaires de Metz, c'est-à-dire toutes les autorités constituées, ont frémi de cette nomination, et ont cherché à attaquer la validité de mon élection, lis ont dit: « Si Anthoine est maire de Metz, nous ne pourrons plus y recevoir le roi, accomplir nos projets, livrer la ville. » En outre, depuis un mois environ, j'ai été chargé par des citoyens de la ville de Metz d'apporter au roi une adresse beaucoup plus modérée qu'il ne la méritait, dans laquelle ils lui demandaient le rapi^el des ministres patriotes, la sanction des décrets, etc.

Cette adresse ou pétition, fondée sur le droit que donne la constitution à tous les citoyens, fut regardée comme un crime par les administrateurs contre-révolutionnaires. Le directoire, après avoir eu le crédit de faire faire un libelle diffamatoire contre moi, voyant qu'il ne pouvait parvenir à invalider ma nomination, a engagé un juge de paix à lancer un mandat d'arrêt contre moi.

L'Assemblée nationale a pris ma cause en considération; elle en décidera. Je sais bien qu'elle me rendra justice, je sais Itien que j'ai le droit de tuer celui qui me présenterait le nuuuhit d'arrêt, parce que, la pétition étant l'exercice d'un des (h'oils naturels garantis par la

constitution, quiconque s'oppose à l'exercice de ce droit me donne celui de résister à l'oppression. Mais, dût ce mandat d'arrêt être mis à exécution, dussent mes ennemis avoir le crédit de faire tomber ma tète sur l'échafaud, je ne fais qu'un seul vœu : puisse mon sang rejaillir sur les rois, les Bourbons et les nobles ! puissent les taches dont il les marquera être pour eux un signe éternel de proscription! Je retournerai à Metz aussitôt que l'Assemblée nationale, dont je suis maintenant le prisonnier, m'en aura donné la faculté, et, dans l'exercice de la place qui vient de m'êtrc conOée, je me ressouviendrai toujours que le salut du peuple est la suprême loi, que dans les dangers de la patrie toute loi antérieure à cette déclaration et qui s'opposerait au salut de l'empire est annulée; je jure enfin de conserver Metz à la France '.

M. Barbaroux communique à la Société une adresse aux citoyens de Paris par la municipalité de Marseille et une pétition signée par les négociants présents à la foire de Beaucaire, qui demandent avec énergie la déchéance du roi. L'impression, l'envoi et l'afTiche de cette dernière pièce sont arrêtés.

M. Robespierre. — L'attention que nous donnons ici à la discussion des mesures générales propres à sauver l'État ne doit pas empêcher qu'on ne prenne les précautions nécessaires pour déjouer les conspirations les plus prochaines. II en est une qui depuis quelqiie temps ne parait qu'ajournée, c'est le départ du roi. Des témoins, qui sont autour de moi, attestent qu'ils ont vu dans la cour des Tuileries une armée de Suisses, qu'on les a fait boire largement, qu'on leur a distribué à chacun quinze cartouches en leur disant que ce n'était que pour repousser ceux qui pourraient les attaquer.

Toutes ces mesures annoncent une conspiration prochaine contre laquelle il faut employer autant d'énergie que de prudence.

Il est quelques bons citoyens qui regardent ce départ, s'il avait lieu, comme une chose assez indifférente ; je crains même que cette opinion ne soit celle de plusieurs députés; quant à moi, je ne puis partager cette opinion, et je crois qu'il est important, sinon au salut public, au moins à la conservation de beaucoup d'individus.

Le fait du départ du roi me paraît certain ; si ce n'est pas pour aujourd'hui, ce sera pour demain. Je conclus donc à ce que, deux choses étant indispensablement nécessaires, l'une d'empêcher que le roi ne

1. Antlioinc fut rendu à ses fonctions de maire de Metz par décret de l'Assemblée lé-islative du 11 août 1192 {Monileur, XIII, 391).

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parte, l'autre de veiller à ce qu'il ne lui arrive aucun mal ni à aucun indiviilu de sa famille, il est du devoir de tout bon citoyen, de tout vrai patriote, de toutes les autorités constituées, de veiller et de surveiller le château.

M... — Étant logé dans la rue Mauconseil, j'ai vu celte nuit, à onze heures trois quarts, défder un régiment sans tambour et avec des canons; vraisemblablement, ils allaient au château.

M... — Les Marseillais ont quitté cette nuit leur caserne pour venir occuper celle des Cordeliers : il est vraisemblable que ce sont eux que le préopinant a vu passer.

M. . . — Les soldats que j'ai vus étaient habillés en blanc, ce n'étaient donc pas les Marseillais.

M. Baumier fait de nouvelles observations sur l'utilité dont il est de conserver le roi au milieu de nous, et communique l'arrêté suivant, qu'il propose à toutes les sections, dans la circonstance actuelle :

« La commune de Paris, considérant le danger imminent qui menace la patrie, et ne pouvant s'aveugler sur la véritable cause de ce danger, ne peut s'empêcher de reconnaître qu'elle existe tout entière dans le système de perfidie et de trahison constamment suivi par la cour des Tuileries; qu'en conséquence tout lui impose le devoir de prendre contre cette cour toutes les mesures de précaution et de sûreté qu'exige le salut général de l'empire et le sien propre en iiarticulier ;

« Considérant que le premier serment qu'elle a prèle est à la nation et à la loi, et que, quand le chef du pouvoir exécutif trahit à la fois l'une et l'autre, il la dégage de toute espèce de serment de fidélité à son égard ;

« Considérant que, l'article VIII de la déclaration du prince de Brunswick contenant des menaces subversives et désastreuses contre la ville de Paris en particulier, elle ne peut rester indifrèrente sur des menaces de cette nature, faites par un général placé à la tète de deux armées imposantes, et parlant au nom de deux puissances qui lui en ont confié le commandement; lequel, combinant ses projets avec ceux de nos généraux, de nos ministres et des contre-révolutionnaires de l'intérieur, pourrait très bien se frayer un cliemiu vers la capitale;

« Consiilérant en outre que ces mêmes menaces ont déjà été réalisées contre la nation batave, [lar ce même prince de Brunswick, et que jamais celte nation généreuse n'eût succombé sous IfS coups sanguinaires et atroces de ce général si elle eût pris la sage [irécau-

tion (le mettre en otage la princesse d'Orange, sœur du roi de Prusse, pour laquelle Brunswick combattait;

La commune de Paris, éclairée tout à la fois et par les principes du salut public et par le flambeau de l'expérience, a arrêté et arrête ce qui suit :

« 1° Qu'il sera adressé une pétition au corps législatif pour lui demander de décréter, comme mesure de précaution et de sûreté générale, l'otage de Louis XVI et de la famille royale.

« 2° Que, par les motifs ci-dessus exposés et vu l'urgence du péril, la commune de Paris emploiera provisoirement et sans délai tous les moyens qui sont en sa puissance pour empêcher l'évasion du roi ^t de sa famille. »

M. Antuoine. — Sans doute, Messieurs, parmiles mesuresà prendre qui vous ont été présentées, celle de vous rendre à vos sections, où chacun de vous pourra délibérer utilement, est une des plus pressantes. Je fais donc la motion de lever la séance et que chacun se retire dans ses sections.

Aussitôt cette motion faite, M. Anthoine sort de l'assemblée et est suivi d'un très grand nombre de membres.

M. Merlin demande que, si la Société juge à propos d'interrompre sa séance, elle forme au moins un comité qui soit permanent et auquel on pourra apporter tous les renseignements auxquels les circonstances pourraient donner lieu.

M. RiÎAL. — Puisque le roi doit partir, je crois important de nous occuper de ce qui a trait au départ du roi. Si, comme on vous l'a dit, il y a trois mille six cents Suisses dans le château, il faut qu'il y ait douze cents personnes vêtues en Suisses : car ce régiment, porté au complet, n'est que de deux mille quatre cents hommes ; mais, en outre, il n'est pas porté au complet, et, d'après les renseignements certains que je me suis procurés, en défalquant les malades il n'y a d'effectif que douze à treize cents hommes. Le surplus de ce qui porte l'uniforme suisse sont sans doute les gardes du roi, qui sont toujours stalionnaires àl'École militaire. Il serait donc très important, je crois, de jeter les yeux sur ces rassemblements, et la première demande à faire par les sections de Paris, c'est que le maire ou la police s'occupassent dans la journée du désarmement réel de l'École militaire, et la seconde, que l'Assemblée nationale s'occupât du départ des Suisses hors de Paris.

Les fédérés marseillais, réunis à une troupe de canonniers de Paris,

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défilent clans la salle au milieu des acclamations de l'Assemblée et des citoyen? des tribunes,

M... — Rien de plus certain, Messieurs, qu'il s'ourdisse une traîne contre les patriotes. M. Petit-Bois, député de la ville de Rennes, et qui .tenait un assez grand train, a renvoyé ses domestiques, vendu ses chevaux, et ses malles sont faites pour partir. Beaucoup fl'autres députés du même bord font les mêmes dispositions; leur projet sem!)le être de faire en sorte que jeudi prochain, jour de la grande discussion, l'Assemblée nationale, ne se trouvant pas assez nombreuse, ne puisse pas être compétente.

M. DuuiiM. — Il y a longtemps que l'Assemblée nationale est in^ struite que des députés se disposent à partir; mais sur cela je pense que nous devons passer à l'ordre du jour et leur souhaiter un bon voyage, parce qu'il restera toujours un assez grand nombi-e de bons députés pour sauver la patrie.

M. Bourdon de la Crosnlère reproduit la motion faite d'établir un comité permanent et annonce que la section des firavilliers a arrêté que cent de ses citoyens formeront une patrouille toutes les nuits autour du château, de sorte que, si les autres sections en font autant, il se trouvera cerné par une année de quatre mille huit cents citoyens. 11 demande que chaque citoyen communique cet arrêté à sa section.

On applaudit à cet arrêté et on passe à l'oi'dre du jour sur la motion du comité permanent.

Uji fédéré demande que les fonds qui ont été fournis par la Société pour procurer des armes aux volontaires qui en auraient besoin sur les frontières et qui n'ont pas été employés à cet usage soient destinés à armer ceux des fédérés qui sont sans armes.

M. Guirniit appuie cette motion, et, sur sa demande, on arrête que le Comité (l'administration fera dans le plus bref délai le rapjtort de l'emploi des sommes qui ont été versées pour cet effet.

Les citoyens qui ont signé sur l'autel de la patrie une pétition qu'ils se disposent à porter à l'Assemblée nationale sont admis à lire leur péliti(jn.

M. Chabot. — Depuistrop longtemps le peuple français faitla guerre au despotisme avec des armes que le despotisme détruit; il fait la guerre par des pétitions, et ce sont des coups qu'il faut porter. .le sais que si la pliilosophic i-i'gnait dans l'Assemblée nationale, (jue si aucun esprit de |)arti n'y écliauir.iil les tètes, la i^iMilidn i\\\\\\\ vient île

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vous lire pourrait y faire quelque effet; mais, nioi, je vous prédis que la nature des demandes qui y sont consignées el sa longueur produiront un très mauvais effet : elle soulèvera les membres du côté droit et endormira beaucoup de ceux du côté gauche.

Il est un grand mot que je crois devoir vous dire : vous demandez la déchéance; eh bien, la déchéance n'est pas dans la constitution. La constitution veut que le roi soit censé avoir abdiqué. Or, sur ce point, ce n'est point l'Assemblée nationale seule, ce sont tous les citoyens qui sont juges de la question de savoir si le roi est censé avoir abdiqué; et les témoins peuvent se trouver jusqu'au milieu des membres du côté droit de l'Assemblée nationale, qui disent tout haut que le roi est un contre-révolutionnaire.

Que résulte-t-il de là? C'est que la majorité des citoyens a le droit de prononcer la déchéance du roi, la déchéance de la royauté, car nous en sommes las. Les assemblées primaires ne peuvent ni ne doivent pas non plus se convoquer : car ces assemblées, par les formes que leur a donné la constitution, sont des assemblées d'aristocrates. C'est le vœu de toutes les communes qui doit faire la loi. Alors, que l'Assemblée nationale ajourne ou mollisse, le roi n'est plus roi, par cela même que "la majorité n'en veut plus. C'est donc tout l'empire qu'il faut soulever à la fois, car c'est sans contredit pour le maintien de la liberté que l'insurrection est le plus saint des devoirs.

D'i^illeurs, quelque forme qu'elle emploie, l'Assemblée nationale vous donnera toujours un roi, un régent, et de tout cela le meilleur n'en vaut rien. Ainsi, plus de pétition; que les Parisiens envoient leur adresse à toutes les communes, à toutes les Sociétés populaires ; qu'elle revienne couverte de signatures, et avant un mois vous aurez le vœu unanime des Français. Alors vous direz à ceux qui sont entichés d'un roi qu'ils passent à Coblentz, et nous les combattrons ouvertement.

M. Merlin. — Plus d'adresse, plus de pétition; il faut que les Français s'appuient sur leurs armes, leurs canons, et qu'ils fassent la loi.

L'affiliation est accordée à la Société des Sables-d'Olonne. La séance a été levée à dix heures.

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PRÉSIDENCE DE M. MONTAUT

Après la lecture du procès-verbal, M. Camus, député de la Société patriotique de Nîmes, dénonce la Société des amis de la conslilutiou de cette ville comme manifestant les sentiments les plus contraires à ceux que professent les véritables Sociétés patriotiques du royaume. Il en apporte en preuve l'opinion que cette Société manifesta, lors de la scission des Feuillants, les opinions qui paraissent tous les jours avec l'approbation de cette Société, telle qu'un discours prononcé en dernier lieu par M. Rabaut, qui en est un des meneurs: car c'est à un petit nombre d'individus que M. Camus attriluie les torts qu'il reproche à la Société. En conséquence il demande, au nom du patriotisme , qu'à l'exemple des Sociétés de Marseille et de Montpellier celle de Paris lui retire son afTiliation.

Cette demande, appuyée par M. Loys, est combattue par M. Merlin, sur la motion duquel on arrête que cette dénonciation sera renvoyée au Comité de correspondance, qui sera chargé de prendre des renseignements sur les sentiments et la conduite de la Société des anîis de la constitution de Nimes.

Les fédérés de Brest, partis de chez eux avant le décret et décidés à rester au poste où sera le péril, ont cru, avec beaucoup d'autres patriotes, devoir rester à Paris. Cette conduite leur a attiré de la part même de plusieurs députés de leur département des inculpations auprès de leurs concitoyens. On a été jusqu'à les accuser de ne vouloir restei' à Paris que par un sentiment de làcbcté. Ils prient la Société de leur donner une déclaration autbenlique ([ui i)r(iuve à tous leurs détracteurs que Farrivée et le séjour des fédérés à Paris ont contribué à y développer l'esprit public, et qu'en s^ fixant ils n'ont fait qu'adhérer au vœu de la Société et des sections de la capitale.

Ils demandent en outre une liste des députés du Finistère qui sont membres de la Société.

La Société, ne croyant pas pouvoir exprimer un sentiment collectif, renvoie la demande des députés de Brest au Comité de correspondance, qu'elle charge d'être l'interprète de ses sentiments.

M. Baumicv lit une lettre qui lui a été adressée de Balan, en date

du 3 août. « Toute l'armée de La Fayette n'est plus campée ; elle est cantonnée dons les villages aux environs de Stenay. Nous avons rendu tous nos effets de campement, comme si la paix était faite», dit le signataire de la lettre, qui est un officier d'artillerie.

M, Provost demande la communication de cette lettre à la Commission des douze, pour servir de pièce au procès du général La Fayette.

On arrête une collecte en faveur d'un caporal suisse sorti du château des Tuileries et qui, décidé à n'y plus rentrer, va servir sur les frontières.

Un invalide, qui a à se plaindre de la conduite de la municipalité de Fontainebleau à son égard, demande et obtient des défenseurs officieux.

[3/. Real prononce un grand discours sur les mesures à prendre pour obvier aux dangers de la pairie. Il combat la politique dilatoire de Vergniaud et de Brissot. Il demande qu'un décret d'accusation fasse justice de La Fayette, que l'Assemblée législative suspende Louis XVI, convoque une Constituante pour le juger et prendre un parti définitif, mais qu'en attendant, par mesure provisoire, la Législative écarte du gouvernement la dynastie des Bourbons '.]

M™^ Robert fait le récit des violences que se sont permises contre elle trois honnêtes gens qui voulurent la forcer à quitter une cocarde nationale qu'elle porte à son chapeau. Un petit couteau et des réponses fermes intimident l'un de ces messieurs, un second a la bravoure de diriger une canne à dard sur la poitrine de M™" Robert, qui détourne le coup avec un rouleau de gravures qu'elle avait à la main, un troisième lui arrache son chapeau, lorsqu'un quatrième arrive et, prenant les braves par le bras, leur dit : « Étourdis, n'allezvous pas faire comme Lambert? vous savez bien que ce n'est pas pour aujourd'hui. »

Cette scène est enfin aperçue par des gens honnêtes, dont l'approche met en fuite les honnêtes gens, et qui prodiguent à la patriote attaquée tous les soins et les secours dont elle pouvait avoir besoin.

Un soldat qui a servi sous Washington et La Fayette en Amérique rend compte de la conduite du héros des deux mondes dans ce pays. Il résulte de ce récit que, constant au plan qu'on lui voit suivre aujourd'hui, le général La Fayette a toujours mis entre l'ennemi et lui un espace suffisant pour n'avoir rien à en craindre.

1. Opinion de M. Real, prononcée jï la Société des amis de la conslilution, séante aux Jacobins, dans sa séance du (J août 1792. — Imp. de Henry IV, s. d., in-8 de 3 pages. — Bibl. nat., Lb 40/2275.

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Un Français, engaaé dans le service de rAutriche et déserteur de Mons, s'est présenté à M. La Fayette, qui a refusé de le recevoir dans l'armée et lui a conseillé de retourner vivre chez lui plutôt que de s'engager. Le passeport signé de ce général atteste ce qu'avance ce déserteur.

La séance a été levée à dix heures.

TRÉSIDENCE Dli M. MONTAUT

Après la lecture du proci-'s-verbal et de la liste des personnes qui demandent l'entrée de la séance, plusieurs membres prennent successivement la parole pour rendre compte de la séance de l'Assemblée nationale et exprimer leurs sentiments sur le décret par lequel elle a déclaré qu'il n'y avait pas lieu à accusation contre M. La Fayette. « Il faut, dit un orateur, que le peuple entier cerne Paris, que dès ce soir tous les patriotes se portent aux barrières, et que demain le peuple se conduise envers l'Assemblée nationale comme depuis huit jours ils (sic) se conduisent à l'égard du chef du pouvoir exécutif; qu'il la laisse à son gré se rouler dans la fange, et qu'une barrière de ruban assure aux législateurs la liberté de décréter tout ce qui leur plaira. »

M. Cioui'iF.LEAu. — Depuis longtemps, Messieurs, j'avais beaucoup de doute sur le salul public ; ce n'est que d'aujourd'hui (jue je commence à en désespérer. Jusqu'à ce jour la fluctuation des sentiments des membres de l'Assemblée nationale m'avait fait espérer qu'il pouvait y avoir des moments où leur énergie pourrait se réunir pour sauver la patrie en danger, mais aujourd'hui la majoiité s'est montrée d'une manière Iroj) prononcée pour qu'il n'y ait i>as de la hdie à espérer encore.

Je vous ai dit, il y a quelques jours, que M. Rrissol avait un discours contre M. la Fayette; il l'a prononcé aujourd'hui avec le courage d'un vrai patriote, et c'est après son opinion que, plusieurs personnes ayant encore à parler sur la question, la discussion a été fermée par une de ces tactiques employées, à défaut de bonnes raisons, pour faire réussir une mauvaise cause '.

1. Voir le Monileur, XllI, 'M'H, et le Jounidl lor/n;/raphiq)tc, XXVI, lifiS

Si la discussion n'eût pas été fermée par ce moyen, il eût été possible que le décret eût été diiïérent ', car alors on aurait pu savoir les faits qui nous étaient venus à la Commission des douze ; on aurait pu savoir qu'au moment où La Fayette écrit que, pour avoir mis plus de lenteur dans ses préparatifs, M. de Brunswick n'agirait qu'avec plus de rapidité et de force, ce même La Fayette n'a plus de camp : toute l'armée qu'il commandait est cantonnée et dispersée dans les villages, de sorte qu'elle occupe un espace de sept lieues de terrain et que, si, comme il a l'air de le craindre, il se faisait une trouée, il lui serait difTicile, pour ne pas dire impossible, de réunir ses forces pour opposer quelque résistance.

Sans doute ces faits eussent donné matière à quelques réflexions et il n'en eût pas fallu beaucoup pour convaincre les plus incrédules que La Fayette est un traître.

Quoique je regarde le décret qui le déclare innocent comme une chose très fâcheuse, je ne crois pas que ce soit cependant le cas de nous désespérer et de perdre courage. (Test dans l'extrême danger qu'il faut montrer une extrême énergie. {Applaudissemenls.) Je ne puis pas croire, d'ailleurs, que La Fayette, instruit du vœu bien prononcé contre lui par la majorité de la nation, malgré le décret qui le blanchit, s'obstine à rester en place. [Murmures.) Mais, quand cela serait encore, j'augure trop bien du courage et du génie de la nation française pour croire qu'elle abandonne la patrie dans ses plus grands dangers.

Il faut en appeler au peuple, lui bien montrer que l'Assemblée nationale ne peut pas le sauver; il n'y a qu'une insurrection générale qui puisse le faire.

Puisqu'il est bien démontré que Louis XVI est l'ennemi le [ilus déclaré de la France, qu'il veut la perdre, la morceler, pour régner en despote sur une portion de son royaume; puisqu'il est démontré que les listes de proscription courent dans les camps et jusque chez les ennemis, n'avons-nous pas le droit de traiter Louis XYI en ennemi? Le peuple aussi n'a-t-il pas le droit de former des listes de proscriptions contre les ennemis lâches qui usent de ce moyen inCàme ?

Mais il faut bien prendre garde qu'il ne puisse confondre ses ennemis ; il faut qu'il puisse rendre à chacun ce qui lui est dû ; je demande que, pour fixer l'opinion publique sur le compte de chaque

1. Il s'jiail (lu (Icci'ct (lu 8 août 1792, par lequel l'Asseuibl(Jc K'gislative cK-clara qu'il n'y avait pas lieu à accusation contro La Fayette.

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individu, on fasse imprimer et publier la liste des députés qui, dans TafTaire de M. La Fayette, ont voté pour ou contre lui.

Après une assez longue discussion, pendant laquelle on rejette l'amendement proposé de faire afficher cette liste, on arrête la proposition de l'impression, et on nomme six commissaires pour procéder à la confection de ces listes, en suivre et en surveiller l'impression '.

M... — Le patriote Rocher est à l'Abbaye, pour s'être trouvé dans l'afTaire des Marseillais ; je crois que dans cette procédure on a compris deux autres patriotes que je ne connais pas, et je pense qu'il serait convenable que la Société leur nommât des défenseurs officieux.

M. Real. — 11 parait que la guerre est déclarée contre les patriotes, par MM. les juges de paix. Ce matin, MM. Hion, Collin et Rocher ont été arrêtés en vertu d'ordres émanés du Comité central. M. Hion en est sorti sous caution ; je ne sais si M. Collin en aura trouvé, mais M. Rocher est à l'Abbaye. Dans ces temps orageux où tous les ennemis de la chose publique réunissent leurs efforts contre les patriotes, il serait digne de cette Société de se coaliser pour former un rempart autour des patriotes persécutes. Je demanderai donc qu'il y ait ici un comité permanent où un patriote arrêté fût toujours sûr de trouver des défenseurs, et surtout des cautions.

M... — Témoin d'un fait qui vient de se passer au Palais-Royal, il y a environ une heure, je vous demande la permission de vous en instruire.

Je venais à votre séance, je rencontre une grande foule qui entraînait un député. Ce député était M. Vaublanc, que l'on poussait vers le corps de garde. Je suis la foule et j'entre presque malgré moi dans le corps de garde, où entrent aussi six députés. J'aperçois deux personnes en état d'arrestation ; je m'informe, et on me dit que ces deux personnes sont arrêtées pour des propos tenus dans le Palais-Royal. J'aperçois un capitaine qui donne un ordre à un commissionnaire ; je cours après ce commissionnaire, que je force à me dire l'ordre dont il est chargé : c'était d'aller chercher du renfort. Le peuple aussi amène son renfort, de sorte que j'ai cru bien faire, en rentrant dans ce

1. Société des amis de la constilulioii, séante aux Jacobins, à Paris. — Liste alphabétique des membres de r Assemblée nationale qui ont voté par oui on par non à l'appel nominal fait le 8 août 1192, sur le décret d'accusation contre M. de La Fayette. — Imp. du Patriote français, s. d., in-8 de 11 p. — Bibl. nat., Lb 40/2276. — A la séance de la Législative du lendemain 9 août 1792, JoUivel (de Seine-et-Marne), qui avait assisté aux débats des Jacobins sur cet objet, dénonça l'altitude du club. Moniteur, XllI, 390.)

corps de garde, de faire e?quiver par une fenêtre M. Yaublanc, les six députés et les deux personnes arrêtées. EfTectivenient, lorsqu'on les a su partis, tout est redevenu tranquille.

Un houlan déserteur demande que la Société ordonne une collecte en sa faveur.

On représente qu'aux termes du décret, ce soldat étranger ayant droit à une prime de cinquante livres et à une pension de cenf, francs, ce n'est pas le cas de faire une collecte pour lui. La Société nomme des commissaires pour faire avec lui les démarches nécessaires pour le mettre à même de jouir du bénéfice de ce décret.

La Société arrête une collecte en faveur du soldat français qui, ayant quitté le service de l'Autriche, n'a pu en obtenir de M. La Fayette.

M. Merlin. — La Société connaît les événements du jour, mais ils peuvent conduire à un résultat plus fâcheux encore que celui qu'ils présentent au premier abord, et je préviens ceux de mes collègues qui m'entendent que demain on fera à l'Assemblée nationale des propositions sur des objets fort importants.

Vous avez entendu dire qu'on n'a pas ménagé les épaules de M. Yaublanc et de quelques autres députés du côté droit. Demain ces messieurs doivent se présenter à l'Assemblée, porter des plaintes des traitements horribles qu'ils auront éprouvés, dire qu'il n'est pas possible de conserver la liberté d'opiner au milieu d'une ville où on est ainsi exposé, et enfin faire la proposition de transporter l'Assemblée nationale à Rouen.

Ce n'est pas, selon moi, ce que nous avons le plus à craindre, car, aux termes de la constitution, ceux qui aujourd'hui ont volé contre La Fayette peuvent, aux termes de la constitution, faire îles lois, et je compte assez sur leur patriotisme pour croire qu'ils verront partir les autres de sang-froid et qu'ils resteront sur leurs sièges. Nous verrons alors si la majorité de la nation est patriote ou si elle veut tenir à des députés qui auront si ouvertement vendu ses droits et trahi ses intérêts.

Je vous invoque donc, Feuillants de l'Assemblée; allez trahir la nation plus à votre aise, si toutefois le peuple qui vous a confié ses droits veut bien cimsentir à vous en laisser le dépôt.

J'invite mes collègues en patriotisme à laisser partir cette horde de §célérats et à attendre que le peuple se décide et choisisse des mandataires auxquels il aura confiance.

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On se propose demain trimpronver la conduite de La Fayette; rien ne me paraît plus dangereux qu'une pareille mesure, et, je le dis avec vérité, je préférerais que la majorité qui a volé pour lui aujourd'hui votât demain des remerciements en sa faveur, qu'elle lui décernât même une couronne civique ; le peuple saurait Lien la lui arracher. Je le répète donc, je vous engage à laisser partir votre majorité et à lui souhaiter bon voyage.

M. CuABOT. — Il y a longtemps que j'ai dit que les mesures partielles n'étaient plus de saison, que l'Assemblée nationale était trop faible pour sauver la patrie. On s'attendait, dit-on, à un décret d'accusation : le fait a prouvé combien on avait droit de s'y attendre.

Il n'y a plus qu'un mot: l'Assemblée nationale a déclaré la patrie en danger; c'est donc elle qui l'y a mis, ou bien il faut qu'elle dise quelles mesures elle a à proposer pour la sauver. On a décrété que le peuple serait armé; qu'il le soit donc tout entier, nous n'en demandons pas davantage. Du reste, l'Assemblée décrétera ou ne décrétera pas sa translation dans une ville gangrenée d'aristocratie : j'espère bien que, des deux cent vingt membres qui ont voté contre le général conspirateur, pas un ne quittera son poste. Je ne dis pas cependant, comme M. Merlin, que cet événement puisse être indifférent ou même avantageux, car, quoique je sois sûr que la grandissime majorité de la France est patriote, il pourrait se faire que des patriotes timorés se laissassent ébranler.

J'ai dit le mot: il faut que le peuple se sauve lui-même et que Paris donne l'exemple. Je le répète, et je sonne le tocsin dès ce moment. Si l'on décrète le départ de l'Assemblée nationale, il faut que le peuple arrête avec des baïonnettes les députés qui voudraient s'éloigner.

Les Iribunes. — Aux barrières, aux barrières !

M. CuAiiOT. — 11 faut que je donne quelque développement au signal d'insurrection que je viens de donner. Je dis que, si l'Assemblée nationale décrétait sa translation, elle décréterait la contre-révolution. Depuis longtemps on connaît l'esprit public qui règne à Rouen. Je ifen veux pour gage que l'infâme députation de la Seine-Inférieure, à laquelle M. Albitte peut paraître aussi étranger qu'un patriote le serait à Goblentz, députation dont on peut dire que le moins mauvais est détestable.

Il n'y a pas dans ce département jusqu'à la municipalité de Rouen qui ne se prêtât à l'évasion du roi, et ne fût disposée à lui faire un rempart de ses écharpes muoicipales. La contre-révolution est donc faite si l'Assemblée nationale transporte ses séances dans cette ville. Toute translation d'ailleurs, en insultant au civisme des Parisiens qui

ont fait la Révolution, serait dangereuse, en ce qu'elle ôlerait aux opérations de l'Assemblée nationale la publicité qui ne peut réellement exister qu'au milieu d'une immense population, et c'est précisément le but où tendent les efforts de ce côté droit, qui voudrait pouvoir s'isoler pour délibérer.

C'est lorsque l'oppression est à son comble que l'insurrection est le plus saint des devoirs, et cette maxime ne perd rien de sa vérité pour avoir été débitée parla bouche impure du héros des deux mondes; j'espère la sanctifier en la citant, car je crois encore à mon patriotisme.

Que le peuple forme donc une barrière impénétrable, et ils ne chercheront pas à la franchir: car ils sont lâches, ils craignent véritablement les châtiments populaires. Quant à nous, restons à la séance, cramponnons-nous à la tribune...

M... — xM. Chabot parle dans la supposition où ils viendront faire à l'Assemblée la proposition de la translation ; mais je pense que, s'ils ont le projet d'effectuer la translation, ils commenceront par partir, et, une fois réunis, ils se déclareront la majorité. Peut-être partirontils cette nuit.

M. Saladin. — J'ai à vous communiquer un fait qui tient essentiellement à la question que vous traitez dans ce moment. Vous connaissez l'incivisme du département de la Somme. La ville d'Amiens est en général dans l'esprit de ce département; le roi y est attendu, les dispositions les plus précises sont faites pour l'y recevoir. Il s'y trouve maintenant un régiment de chasseurs commandé par M. Alexandre Lameth ; le 104'^ régiment y est aussi, et les Suisses y sont attendus de moment en moment. Les membres du directoire étaient logés à l'intendance avec leurs ménages : ils en sont délogés depuis quelques jours et ont remeublé cet hôtel k neuf.

Il serait possible que la translation fût demandée pour Amiens: M. La Fayette n'en est éloigné que de vingt-deux lieues, et cette circonstance pourrait bien entrer dans le plan de la cour.

M. Robespierre démontre qu'il est bien difficile de croire à ce projet de translation. II est plus vraisemblable, selon lui, que, si la proposition en est faite, si les Maury de la législature viennent se plaindre des mauvais traitements, ce sera pour détourner l'Assemblée de la grande question qui est à l'ordre du jour. Il engage les patriotes à ne pas être dupes de cette manœuvre, à renvoyer toute discussion qui aurait pour objet les prétendues insultes faites aux députés, comme on passait à l'ordre du jour, à l'Assemblée constituante, sur les plaintes

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des Maury, et enfin à aborder avec courage la grande question de la déchéance du roi.

La séance a été levée à onze heures.

PRÉSIDENCE DE M. MONTAUT

Les événements importants de cette journée mémorable dans les fastes de la liberté ayant permis à peu de citoyens de quitter les postes où le salut public les avaient placés, la Société se trouve très peu nombreuse, et, en l'absence de MM. les président et vice-président, M. Anlhoine, maire de Metz, occupe le fauteuil et annonce qu'il vient d'être déposé au secrétariat une correspondance entre la cour et La Fayette. La Société nomme pour commissaires, à l'effet d'examiner cette correspondance, MM. Camille Desmoulins, Duplay et Baumicr,

Un fédéré, détenu par un ordre du Comité central, s'adresse à la Société pour lui demander des défenseurs officieux qui lui procurent le moyen d'échapper à la captivité à laquelle le réduit la lettre de cachet de MM. les juges de paix. La Société nomme, pour remplir cet office, MM. Collot d'Herbois, Dufourny et Baumicr.

Un fédéré se présente à la Société, armé d'un sabre qu'il a conquis sur un ennemi de la liberté. La Société l'en félicite, et apprend avec douleur la mort de M. Mazuel, fédéré du département de l'Hérault, qu'on dit être mort dans la mêlée '.

Un autre fédéré dit qu'ayant désarmé, ainsi que beaucoup d'autres de ses camarades, un assez bon nombre de Suisses, ils ont arrêté de vendre ces armes au profit des pauvres.

On annonce "que l'Assemblée nationale vient de rendre aux quatrevingt-trois départements les trois ministres qui, en emportant les regrets de la nation, avaient encouru la disgrâce de Louis XVI ^

Un de MM. les commissaires chargés d'examiner la correspondance

1. Nous nous empressons de dire que cctle annonce s'est trouvée èlrc fausse, et que M. .Alazuel, plein do vie et de palriotisuie, présidait, le lendemain de cette journée, l'assemblée de MM. les fédérés. {Noie de l'orif/inal.)

2. 11 s'agit de Rolanil, de Servan et de Claviére, que l'Assemblée législative venait de nouniicr au Conseil exécutif provisoire, en même temps que Danton, Monge et Le Drun.

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remise au secrétariat, et qu'on disait être de La Fayette, annonce que cette correspondance n'est que celle de M. Brissac, et qu'elle ne contient rien d'intéressant; il propose, en conséquence, à la Société de la remettre à la personne qui s'en était emparé. {Arféte.) Il ajoute quelques réflexions sur le rappel des anciens ministres, et termine par celle-ci : que les bons cito^yens ne doivent i»as voir avec le même plaisir, dans le ministère, un homme qui a préféré la place de ministre d'un roi à celle de législateur d'un peuple souverain.

M. Robespierre propose quelques réflexions sur les événements du jour. Pour en tirer tout l'avantage possible, il recommande au peuple de mettre ses mandataires dans l'impossibilité absolue de nuire à sa liberté; de demander la convocation d'une Convention nationale; d'obtenir un décret qui frappe La Fayette et le déclare traître à la patrie ; il démontre combien il serait imprudent au peuple de mettre bas les armes avant d'avoir assuré sa liberté, « La commune, ajoute-til, doit prendre comme mesure importante celle d'envoyer des commissaires dans les quatre-vingt-trois départements pour leur exposer notre vraie situation; les fédérés doivent commencer, en écrivant chacun dans leurs départements respectifs. »

M. Robespierre invite les citoyens à engager leurs sections à faire connaître à l'Assemblée nationale le véritable vœu du peuple, et, pour le connaître, de former et d'entretenir des relations avec les Sociétés populaires, d'admettre dans leurs Assemblées tous les citoyens, sans distinction. Enfin, il rappelle au souvenir de la Société les bons citoyens détenus dans cet instant pour cause de patriotisme, et l'engage à s'occuper promptement des moyens légaux de leur faire recouvrer leur liberté.

M. le Président communique à la Société les demandes faites par plusieurs fédérés qui, ayant perdu leurs armes dans la mêlée, désirent qu'on leur indique le moyen de les réclamer. MM. Sutières, Tallien et Baumier, sont nommés commissaires pour cet objet.

M... invite les citoyens à proposer dans les sections de faire une députation à l'Assemblée nationale à l'effet de demander : 1° des honneurs funèbres pour ceux qui sont morts en combattant aujourd'hui pour la liberté; 2° que la nation prenne soin de leur veuves et et de leurs enfants, ainsi que des blessés; 3° qu'il soit pourvu k la subsistance des fédérés.

M. le Président propose d'y ajouter, comme quatrième article, de demander le rapport du décret qui blanchit La Fayette, et d'obtenir un décret d'accusation contre lui.

A Soissons, dit un fédéré, on a refusé de loger plusieurs bataillons :

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