‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 30 sur 131 · Tome IV · texte numérisé non relu

Tome IV

194 SOCIÉTÉ DES JACODI.NS [10 août 1792J

ils ont été obligés de coucher dans la rue; ils n'ont pas d'arme?, et sont obligés de faire leurs factions avec des bâtons.

La séance a été levée à six heures et demie.

Après la lecture de la liste des candidats proposés à la Société par son Comité de présentation, un membre fait la motion de suspendre les admissions dans la Société, au moment où tous les faux amis de la liberté vont se hâter de prendre le masque du patriotisme. Après une mûre discussion, la Société arrête qu'à l'exception des personnes qui se sont présentées avant Tépoque du 10 août toutes admissions sont suspendues.

Un fédéré remet sur le bureau une montre d'or qu'il a trouvée dans la poche d'un Suisse mort; son désir est de la remettre aux héritiers de cet homme, qui pourront la réclamer.

M. Collin et Rocher, qui, lors du règne du Comité central, avaient été arrêtés en vertu de lettres de cachet de ce Comité, ont recouvré leur liberté; ils viennent remercier la Société de l'intérêt qu'elle a pris H leur détention.

M... annonce que, passant à l'instant devant la porte de la mairie, il v a vu entrer les trois bourreaux de Paris arrêtés comme conspirateurs et accusés d'avoir passé la nuit du 9 au 10 dans le château pour prêter leur ministère à la cour, qui espérait en avoir besoin à cette époque.

M. le Secrétaire lit le procès-verbal de la dernière séance, qu'il avait datée du 10 août, l*^' jour de la liberté reconquise. Cette date est fort applaudie.

M. Mazuel, fédéré du département de l'Hérault, cité comme morl dans ce procès-verbal, demande la rectification de cet article. Il communique une adresse envoyée par la Société de Langres i\ MM. les fédérés, et propose de faire une adresse aux citoyens de Paris pour les engager à faire, au Chauq) de Mars, l'inhumation des citoyens morts à l'attaque de la nouvelle Bastille, et à ouvrir, pour cet ellct, une souscription civi(iue.

On arrête, sur la motion de M. iJepcm'l, qu'il sera fuit une adresse aux Sociétés alliliées, pour leur donner une connaissance exacte des

[12 AoiT 1792J SOCIÉTÉ DES JACOBINS 193

événements du 10 août, les instruire du courage et du patriotisme qu'ont déployé dans cette journée à jamais mémorable les fédérés des quatre-vingt-trois départements, qui , avec leurs frères d'armes de Paris, ont sauvé la patrie. On arrête encore l'envoi d'une lettre de consolation pour les parents de tous les fédérés morts dans cette journée.

M. Guiraut excite l'indignation de la Société en faisant parade da courage- qu'il dit avoir déployé dans cette journée au service d'une pièce de canon, et en défiant tous les membres de la Société de donner aucune preuve d'un courage égal au sien. Le tumulte le plus violent ne peut l'arracher de la tribune. Le président se couvre. On invoque l'ordre du jour. Enfin, après un assez long tumulte, rassemblée passe à Tordre du jour.

M. A.NTiioiNE. — Il est fâcheux de voir, dans des circonstances aussi critiques, les patriotes consommer leur temps dans de vaines discussions et de vains récits. Ne nous reposons pas trop sur la victoire. Méfions-nous des gens qui viennent nous détourner de nos délibérations par le récit de leurs prouesses, méfions-nous des faits, méfions-nous des motions d'ordre. Le temps est venu de nous livrer tout entiers à la chose publique.

J'ai le chagrin de quitter demain cette Société, je retourne à mon poste ; l'Assemblée nationale m'y renvoie '. Je ne vous dis pas ce que je vais faire : vous me connaissez depuis plus de trois ans, et vous savez quels sont mes sentiments. Je ne vous dirai pas ce que j'y ferai, car cela dépend des circonstances; mais, avant de vous quitter, je demande à vous soumettre quelques réflexions.

Certes, le peuple a remporté une grande victoire, et il en remportera toujours toutes les fois qu'il voudra user de sa force et déployer son énergie. Mais nous ne savons pas en user, et il est important de le faire. Nous nous occupons des récits, comme si nous avions terrassé tous les despotes pour avoir battu leurs images. Sans doute, la force n'asservira jamais le peuple français, mais il faut qu'il se défie de l'intrigue et de l'intérêt personnel, qui jusqu'ici lui ont fait perdre le fruit de toutes ses victoires.

Nous avons pris une seconde Bastille; rappelons-nous qu'après la prise de la première nous disions : la France est libre; et cependant il n'y a pas huit jours encore qu'elle gémissait dans l'esclavage, sous les fers que lui avaient forgés ses premiers mandataires. Il est donc

Page 1