‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 34 sur 131 · Tome IV · texte numérisé non relu

Tome IV

226 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [20 août 1792J

Voilà ce qui s'est passé à l'extérieur du côté de la cour; quant à la partie du jardin, je n'en ai pas été témoin.

M. Bousset, marchand de chansons, ayant demandé et obtenu la permission de rendre compte à la Société des vexations qu'il vient d'essuyer de la part de la municipalité de Sedan, raconte qu'étant parti de Paris avec une collection de chansons patriotiques pour faire son état, il avait passé par Soissons, Reims et plusieurs lieux, où il avait parfaitement été accueilli. Arrivé à Sedan, il s'adresse à la municipalité, à défaut du maire qui était absent, pour en obtenir la permission de faire son état. On lui demande à voir ses chansons ; il ne résiste pas à les montrer, c'étaient des chansons patriotiques. A cette vue, les municipaux sédanais entrent en fureur, lui déchirent son papier, l'envoient en prison, où il reste vingt-quatre heures, le menacent de lui faire couper la tête s'il les chantait ou s'il prononçait dans la ville le nom de Petion ou s'il parlait des Jacobins, qui étaient des scélérats. Pendant sa détention, on saisit à son auberge toute sa pacotille de chansons, et alors, ne croyant plus rien avoir à craindre de cet homme, ils le chassèrent de la ville sans autre forme de procès.

[.V. Gros, qui est un de ces citoyens passifs à qui un décret de l'Assemblée législative vient de rendre leurs droits politiques, propose un projet demandât pour les futurs députés à la Convention.]

Un membre expose que, la plupart de ceux qui composaient le Comité de correspondance étant occupés soit à la Commune, soit dans leurs sections respectives, il est indispensable de leur nommer des remplaçants pour suppléer à cette partie importante des travaux de la Société. '

Cette proposition, convertie en motion, est arrêtée ; on invite ceux des membres qui peuvent donner quelques instants à la Société à s'inscrire pour être de ce Comité.

On arrête la mention honorable au procès-verbal de l'envoi d'un discours prononcé dans la Société des amis de la constitution rie Saint-Germain sur l'importance de bons choix pour la Convention nationale.

[M. Deperret expose les opérations du halailion de la Fonlainc-dc-Gronclle, auquel la Commune avait donné ordre de visiter, aux environs de Paris, les lieux qui pouvaient paraître suspects.]

M. Mazuel, président de MM. les fédérés, exprime le chagrin qu'éprouvent nos frères d'armes des départements en voyant l'espèce de ligne de démarcation qu'affectent de mettre entre les Marseillais, les Brestois et les autres fédérés, la plupart des orateurs et des journalistes dans tous leurs récits, comme si, aux Tuileries, les fédérés des quatre-vingt-trois départements n'avaient pas également signalé leur courage et leur patriotisme ; comme si, dans Farmée volante dont on vient de parler, il n'y avait de fédérés que les trente Marseillais. « Qu'auraient fait aux Tuileries les Marseillais, les Brestois et les autres fédérés, s'ils n'eussent été soutenus par les citoyens de trente-sept sections de Paris? Nous sommes donc tous frères, tous soutiens et défenseurs de la liberté, de l'égalité. Plus de distinction donc entre nous; qu'il ne soit question désormais que des fédérés et des Parisiens : car, nous l'avouons, c'est avec peine que nous avons vu former dans Paris une section sous le nom de section des Marseillais'; elle eût dû être nommée section des Fédérés. Je prie la Société d'inviter les journalistes patriotes qu'elle peut renfermer dans son sein d'éviter à l'avenir ces démarcations injurieuses autant qu'injustes.

M. Chabot. — J'avais intention moi-même de vous faire cette réclamation, ne fût-ce que pour justifier aux yeux de l'Europe entière que ce ne sont pas les Marseillais seuls, ni les Brestois, mais le peuple des quatre-vingt-trois départements qui a conquis la liberté dans la journée du 10 août. Cependant il faut convenir que ce sont les Marseillais qui ont commencé, car les premiers ils ont séquestré les deniers qui venaient au trésor ci-devant royal ; les premiers ils ont réduit les Suisses à Aix ; mais, quelles que soient leur bravoure et leur résolution dans ces diverses occasions, il n'en est pas moins vrai que l'insurrection du 10 août a été générale, qu'elle a été le produit des fédérés de tous les départements et des Parisiens réunis. J'appuie donc fortement pour que toute espèce de démarcation entre tous les citoyens soit absolument abolie.

Rappelez-vous que, lorsque des hommes qui consultaient sans doute plutôt leur zèle que leur prudence voulaient faire insurger le peuple à l'époque du 20 juin, je m'opposai à cette mesure et je dis à cette tribune que l'insurrection à cette époque ne vaudrait rien, qu'il fallait attendre les fédérés.

Les journalistes donc, qui, dans leurs récits, parlent des seuls

1. C'est la section du Théâtre-Français qui s'était ainsi dénommée.

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Marseillais, des Brestois, du faubourg Saint-Antoine, trahissent véritablement la cause du peuple, qui tout entier s'est levé le 10 août, qui partout voulait cette insurrection salutaire. La preuve s'en trouve dans les adresses sans nombre faites avant le 10 août, et qui pleuvent de toutes parts à TAssemblée nationale et ici. En voici une de la ville de Lavaur, département du Tarn, qui m'a été adressée pour vous être remise, qui prouve cette vérité. Je demande donc de plus fort que, lorsque vous parlerez de l'insurrection du 10, vous ne parliez jamais d'une telle ou telle section du peuple, mais de tout le peuple en général.

Mais une mesure non moins importante pour le bien de cette insurrection, dont je tire encore quelque vanité d'avoir sonné le tocsin, c'est que les fédérés ne se séparent point, qu'ils ne sortent pas de Paris, qu'ils restent là pour inspecter la Convention nationale.

Il pourrait se faire que les membres qui composeront la Convention nationale voulussent encore des rois; mais que les braves Parisiens tiennent bon, car jamais les rois ne leur pardonneraient de les avoir détrônés quelques mois. La liste civile est suspendue, il est vrai, mais elle existe encore dans les caisses des banquiers, dans les biens des émigrés, dans les ressources des ci-devant grands seigneurs, des riches capitalistes, qui feraient les plus grands sacrifices pour ramener un ordre de choses qui leur était si favorable.

Si la Convention nationale s'avisait de vouloir quitter Paris, je le dit tout haut, je sonne une troisième fois le tocsin : arrêtez les scélérats. Si les deux cent vingt-deux membres qui ont voté contre La Fayette vous restent, je crois pouvoir le dire, la chose publique est sauvée. Si au contraire c'était la majorité de cette Assemblée législative qui dût passer à la Convention nationale, alors gardez vos armes et veillez.

Je ne crains pas de le dire, le mode qu'on a décrété pour les élections ne vaut rien, et, si je n'eusse pas été occupé alors à une mission pour recueillir les Suisses, je ne serais pas descendu de la tribune que je n'eusse obtenu un mode plus avantageux pour le peuple : l'élection immédiate. Ce n'est pas pour Paris que je crains l'inHuencc de ce mode, les esprits y sont trop éclairés pour n'être pas assure du choix des électeurs, mais c'est dans les départements que je la redoute. Les administrations départementaires sont pour la plupart si gangrenées que je crains que le décret qui accorde un écu par jour aux électeurs' ne soit pas connu à (em|)S, et qu'alors, les choix pour

1. Il s'agit du décret du 11 août I~'.I2, qu'on trouvera dans le procès-vorLal de l'Asscuiblée législative, p. 104.

ces places ne tombant encore sur les riches, nous n'ayons des corps électoraux aristocrates.

Il faut donc que les fédérés restent; il faut que, dès demain, vous fassiez une adresse à vos Sociétés affiliées pour leur faire sentir l'importance des bons choix ; il faut que tous les patriotes surveillent les conventionnels : car, si les Constituants ont bien vendu l'acceptation de la constitution à la liste civile, ceux-ci pourraient bien être tentés de la vendre soit à cette cour pourrie, soit à une cour étrangère. Or une constitution n'étant que les conditions qu'un peuple fait pour son gouvernement doit être acceptée par le peuple ; et les conventionnels auront beau dire : « Nous décrétons », le peuple a le droit de dire : « Nous ne voulons pas » ; et si on leur montre les dents, ils ne sortiront pas de la ligne de la déclaration des droits. (Applaudi.)

On arrête une commission pour la rédaction de l'adresse proposée par M. Chabot.

Une députation de la section du Roi-de-Sicile apporte une offrande patriotique pour subvenir aux frais de la pompe funèbre qui doit se célébrer pour les fédérés morts dans la journée du 10 août.

La séance est levée à huit heures et demie.

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