SÉANCE DU MERCREDI 22 AOUT, L'AN I" DE L'ÉGALITÉ
PRÉSIDENCE DE M. CEOUDIEU
Après la lecture du procès-verbal, un citoyen de Pontoise s'adresse à la Société pour lui demander son avis sur une pétition que des citoyens de deux paroisses de cette ville veulent présenter à l'Assemblée nationale pour obtenir la permission d'employer en achats de fusils les fonds provenus de l'argenterie des fabriques de ces paroisses, portés en 1789 au Trésor public.
M. Méckin rend compte de la manière dont le décret de la suspension du roi a été accueilli à Fontainebleau. Jusqu'à celte époque les royalistes, dont cette ville abonde, avaient étouffé tout esprit de patriotisme, les armoiries y subsistaient encore, le commandant de la garde nationale avait été requis pour opposer la force au passage
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des lodérés; mai?, à la nouvelle du décret, les patriotes se sont présentés à la municipalité pour la prévenir qu'ils allaient eiïacer le signe d'idolâtrie élevé ilans leur commune à Marie-Antoinette. Ils ont ôté toutes les devises adulatrices qui couvraient cette pyramide, et à la i>lace de l'effigie du traître Louis XVI ils ont mis le tableau de la iléclaration des droits. Les sections sont assemblées maintenant ptair casser la municipalité aristocrate, composée presque entièrement tios valets du château, et qui a à sa tète un Montmorin.
On nomme des commissaires pour accompagner â la municipalité un déserteur autrichien qui demande à jouir des avantages du décret relatif aux déserteurs.
!/ ^L OswALU. — Je ne sais pas si le départ subit de l'ambassadeur
d'Angleterre menace la France de quelques mesures hostiles de la part de la cour de Saint-James ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que tous les journaux anglais, payés depuis longtemps par la liste civile lie la cour de Londres et par celle des l'uileries pour noircir la Révolution, française, viennent de présenter sous les couleurs les plus atroces l'événement de la journée glorieuse du 10 août. Il esta craindre que le peu[tle anglais ne soit lu dupe de ces relations perlides, et que [lar ce moyen la cour de Saint-James ne l'entraîne dans une démaiclie ruineuse aux intérêts de la liberté. Il est donc très instant de détromper la nation anglaise et de déjouer les trames infernales de ces tigres royaux qui ont toujours cherché et qui chercheront Unijours à faire s'entrégorger deux nations généreuses. C'est un devoir que nous imposent les intérêts de la Fi'ance, de l'Angleterre, de la chose publique et du genre humain. En conséquence, je propose :
i^' Que la Société des amis de l'égalité envoie â la natiiui britannique une adresse ilans hupielle sera exposée la conspiration du trailie Louis \V1, cl tous les outrages qui ont provoqué la sainte insurrection du 10 aoi'lt ;
"2* IJue celte adresse sera envoyée à tous les clubs populaires de l'Angleterre, de l'Ecosse et l'Irlande, avec prière île la faire réimprimer et de la réi>andre par toute l'étendue de l'empire britanniipie.
Par ce moyen, vous dissipere/. les nuages aristocratiques qui viennent d'obscurcir l'atmosphère de la Cirande-Bretagne, vous relèverez le courage de vos frères les patriotes anglais, entravés par des proclamations royales et tyrannisés par tous les arts odieux d'un ministère mouchard, et bientôt peut-être l'Angleterre, débarrassée de ses tyrans, viendra vous prêter un bras i)uissant pour déraciner l'arislo-
cratie et la royauté, et pour achever avec vous la révolution de l'Europe, du genre humain, de l'homme tout entier.
Après quelques discussions, on arrête la proposition de M. Osivald, avec Faniendement proposé par M. Bo'isguyon de joindre à cet envoi le procès-verbal de la séance de l'Assemblée nationale du 10 août et plusieurs exemplaires des pièces trouvées dans le secrétaire du roi.
A cette occasion, plusieurs fédérés proposent d'adresser une pétition à l'Assemblée nationale, pour lui remontrer qu'il est important d'effacer de ce procès-verbal un fait faux, énoncé par le rédacteur, M. Vergniaud, savoir que les Suisses ont fait une décharge en l'air en signe de paix. Ce fait absolument faux serait très dangereux à laisser subsister dans le procès-verbal, puisqu'il pourrait donner à entendre que les Suisses n'ont pas été véritablement les agresseurs.
Cette proposition est adoptée, ainsi que celle faite par M, Méchin d'envoyer également l'adresse arrêtée et toutes les pièces justificatives en Pensylvanie, qui paraît être le lieu que le traître général Motier choisit pour sa retraite.
M. Montant demande à la Société, au nom de plusieurs députés patriotes, la permission d'envoyer avec son approbation, à toutes les Sociétés affiliées, le tableau qui vient d'être fait de tous les appels nominaux qui ont eu lieu à l'Assemblée nationale depuis le commencement de cette session ; de sorte qu'au premier coup d'œil on peut voir sur ce tableau l'opinion de chaque individu du corps législatif. Il propose encore d'en envoyer un certain nombre d'exemplaires aux quatre-vingt-trois corps électoraux, avec une lettre très courte au président qui lui indique l'usage à faire de ce tableau, destiné à éloigner des élections tous les mauvais citoyens.
Cette proposition, accueillie par les plus vifs applaudissements, est arrêtée. On nomme des commissaires pour veiller à l'exécution de cette mesure, à laquelle M. Chabot propose d'ajouter par amendement : i° d'envoyer un grand nombre d'exemplaires aux Sociétés des lieux où se tiendront les assemblées électorales ; 2" d'ajouter dans l'envoi de chaque département le tableau particulier des opinions des membres de ce département ; 3* d'instruire les Sociétés que les membres à la Convention nationale peuvent être pris non seulement dans la généralité de tout rem])ire, mais même parmi les législateurs actuels et parmi ceux de l'Assemblée constituante; cette mesure est essentielle, car, pour éloigner les patriotes connus de ces deux législatures, les Feuillants font courir dans les départements le bruit que l'Assemblée actuelle subsistera pendant la tenue de la Convention.
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M, Lefort lit l'adresse aux citoyens sur l'importance des choix à faire dans les élections. L'impression et l'envoi de cette adresse sont arrêtés '.
M. Osmont, fabricant, cour des Coches, faubourg Saint-Honoré, présente des ceintures tricolores d'une nouvelle invention, dont il engage les dames à faire usage pour la cérémonie qui doit avoir lieu vendredi prochain. M. Chabot l'engage à faire disparaître une très grande portion de la couleur blanche qui domine dans ces ceintures, cette couleur paraissant être celle qu'ont adoptée les royalistes.
[3/. Chahot propose un programme pour la future Convention.]
L'impression de ce discours, sa distribution et l'envoi aux Sociétés affiliées, sont arrêtés au milieu des applaudissements universels ^.
M. Laurent fait quelques réflexions sur un numéro de la Sentinelle, journal patriotiques, dans lequel, parmi un assez grand nombre de personnes recommandées aux électeurs pour fixer leur choix pour la Convention nationale, on remarque les noms de MM. Sieyès et Rabaut de Saint-Etienne. On est étonné que le rédacteur jacobin ait pu oublier la séance du 20 juin, dans laquelle le prêtre Sieyès fut accusé par MM. Buzot, Petion, Voidel et Billecocq, d'avoir apposé leurs noms sur une déclaration qu'ils n'avaient point signée, et par MM. Barrière et Botidoux de leur avoir escroqué les leurs. La Société arrête que M. Louvet sera invité à venir rendre compte des preuves du patriotisme de MM. Sieyès et Rabaut de Saint-Etienne qui ont pu l'engager à recommander de tels hommes.
La séance est levée à neuf heures.
1. Société des ayyiis de la constitution, séante aux Jacobins, à Paris. — Projet d'adresse aux Sociétés affiliées, par Louis Lefort. — Paris, imp. du Patriote français, s. (1., iD-8 de 3 p. — Bibl. nat., Lb 40/2277. — C'est la pii-ce suivante.
2. Nous n'avons pas retrouvé ce discours et nous ne savons pas sil fut réellement imprimé, mais le texte quen donne le Journal des Jacobins est très étendu.