‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 41 sur 131 · Tome IV · texte numérisé non relu

Tome IV

242 SOCIÉTI-": DES JACOBINS [27 aolt 1792]

que la France n'aura plus de rois. Nous devons tous jurer, et j'en fais le premier le serment, à quelque poste que je me trouve placé tous mes efforts seront dirigés vers ce but important, de purger la terre du fléau de la royauté.

Toutes les mains se lèvent au même instant, et le serment est prononcé avec énergie.

M. Manuel. — L'artiste qui offre cette tête à la Société en présentera une semblable à l'Assemblée nationale, qui, à sa vue, regrettera sans doute de ne pas en posséder une pareille au milieu d'elle.

M... — Je demande qu'il soit écrit à toutes les Sociétés affiliées pour les engager à mettre dans le sein de leurs séances un buste de Brutus. L'artiste qui présente celui-ci est M. Le Nain; il oflVe une souscription à un prix très modéré. Je demande que la Société le recommande aux Sociétés patriotiques.

M. Desfieux. — A cette proposition, que j'appuie de toutes mes forces, j'en ajoute une, c'est de recevoir M. Le Nain membre de la Société.

Cette proposition est arrêtée.

M. Manuel. — La meilleure manière de recommander la souscription de ce buste est de mettre au bas du prospectus que vous enverrez : La Société-mère a pris Brulus })our son patron.

La Société arrête la mention bonorable de l'ofl're qui lui est faite d'un discours prononcé par M. Delacroix dans l'assemblée de la section de Marseille.

M. Duchemin, citoyen de Montauban, ipii a perdu un bras au service de mer, lit une pétition qu'il se propose de présenter à l'Assemblée nationale pour obtenir les Invalides de la marine; il demande un défenseur officieux pour défendre ses droits. M. Le Moine accepte cette bonorable mission.

M... s'élève contre la proposition faite de demander le jugement du roi, que son inviolabilité constitutionnelle met, suivant lui, à l'abri de toute recherclie; il demande que l'on instruise le procès de la reine, jusqu'à ce que la Convention nationale soit en mesure pour faire celui du roi.

M. Tehrasson. — Il est faux en principe que Louis XVI ne puisse plus être jugé par l'Assemblée nationale. Sa suspension en est la preuve, car cette suspension n'était pas non plus dans la constitution,

[27 AOUT 1792] SOCIÉTÉ DES JÂCODIiNS 243

ainsi que plusieurs autres décrets l'endus depuis le 10 août, et qu'ont légalisé les circonstances.

On dit que le duc de Brunswick ne vient pas pour prendre la défense de Louis le dernier, mais pour défendre la cause de tous les rois; eh bien, je vous dis, moi, si Louis le traître n'existait plus, ses partisans seraient aussitôt dispersés, ou, s'ils osaient encore se montrer, bientôt ils éprouveraient le sort des Suisses : ils mordraient la poussière. Il faut donc se réunir pour demander justice du traître; il faut se réunir pour obtenir le jugement de Louis XVL

Une voix des tribunes. — Criez « oui » ; celui qui ne le criera pas n'est pas un bon patriote.

Mille voix. — Oui, oui!

M..., fédéré du Tarn. — Ce matin, dans l'Assemblée générale des fédérés, on est venu nous débiter avec beaucoup d'emphase que Longwy était pris; qu'il fallait en conséquence nous organiser demain et partir après-demain. Cependant, Messieurs, c'est à Paris que nous avons deux déjfôts extrêmement importants à garder: l'Assemblée nationale et le prisonnier du Temple. Si, dans ces circonstances, on éloigne de Paris trente mille patriotes, qui répondra de la sûreté de ces dépôts? Je demande que les fédérés, fidèles au serment qu'ils ont fait de défendre à Paris la cause de la liberté, n'écoutent pas un mouvement de faux patriotisme pour quitter ce poste et voler aux frontières, car c'est ici, et non aux frontières, qu'est la racine du mal.

Le roi, la reine et sa famille sont en état d'arrestation. On a dit qu'aussitôt que l'ennemi aurait le pied sur le territoire français, leurs tètes répondraient de l'invasion. Que cette promesse s'accomplisse, et, sûrs de ne laisser derrière nous aucun danger, aucuns traîtres, aucuns conspirateurs, nous volerons aux frontières. Mais, je le répète, s'il faut que nous quittions ce poste, nous n'en désemparerons pas que cette parole n'ait été exécutée et que le chef des conspirateurs n'ait porté sa tète sur l'échafaud. Je demande donc que l'on fasse une pétition pour porter ce vœu aux quarante-huit sections et à l'Assemblée nationale.

L'Assemblée, se trouvant trop peu nombreuse pour prendre un arrêté de cette importance, a ajourné la continuation de la discussion à la prochaine séance.

La séance a été levée à huit heures et demie.

2i4 SOCIÉTÉ DES J.VCODLNS [29 aolt 1792]

Page 1