‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 42 sur 131 · XLYII SÉANCE DU MERCREDI 29 AOUT, L'AN I" DE L"ÉGAL1TÉ · texte numérisé non relu

XLYII SÉANCE DU MERCREDI 29 AOUT, L'AN I" DE L"ÉGAL1TÉ

PRÉSIDENCE DE M. CnOUDIEU

Avant rouverture de la séance, des applaudissements universels annoncent l'entrée de M. Couthon, que d'une voix unanime on engage à occuper le fauteuil, en l'absence de MM, le président et vice-président.

Après la lecture des procès-verbaux des deux dernières séances, un de messieurs les secrétaires fait part à la Société d'une lettre écrite par un fédéré pour engager la Société à porter son attention sur l'utilité dont il serait, suivant lui, d'engager les patriotes des départements à venir remplacer dans Paris les patriotes qui vont en partir pour aller aux frontières.

Après quelques débats, la discussion est ajournée à une autre séance.

M. Vincent-René Barbé, victime du despotisme exercé au nom du roi dans le département du Nord, a consacré les moments qu'il a passés dans les prisons d'Arras à la composition d'un ouvrage intitulé Almanach phUosophko-comique. Il fait bommage de son manuscrit à la Société, en la priant de lui nommer des commissaires pour l'examiner et, d'après leur rapport, en ordonner Fimpression, s'ils l'en jugent digne.

La Société accueille cette proposition, et on lui nomme des commissaires.

Après quelques réflexions sur l'accueil qu'il a reçu de la Société, M. Couthon lui communique le rapport suivant qu'il a fait à l'Assemblée nationale sur la position des départements du Nord.

[Suit le texte de ce rapport, avec celui d'une lettre adressée le 27 aoùl, du camp de Maulde, par M. de lîeurnonvillc à M. Couthon.]

La Société arrête l'impression de cette lettre et invite les jounuilistes patriotes ù l'insérer dans leurs feuilles.

M. Terrasson, sur la motinn du(juil on avait discuté, dans la dernière séance, la question de savoir s'il conveiuiit de juger le roi avant la réunion de la Convention nationale, lit une pétition qu'il se pro-

pose de présenter à l'Assemblée nationale sur cet objet. La Société passe à l'ordre du jour sur cette pétition.

Une députation de gendarmes nationaux lit une pétition qu'ils veulent présentera l'Assem^blée nationale pour lui demander justice de plusieurs bas-officiers qu'ils ont destitués et qui ont voulu se venger de cet acte de justice par des assassinats.

La Société nomme des commissaires pour rédiger une adresse sur les bases qui sont proposées par un fédéré sur les moyens de sauver la patrie,

M. . . — J'ai à communiquer à l'assemblée la dénonciation qui m'a été faite d'un nouveau vol à la patrie dont se sont rendus coupables les traîtres commandants qui sont restés à la tête d'une partie de nos armées.

Un bataillon de volontaires dont on ne m'a pas dit le nom a été conduit par ses chefs sur les terres de l'empire, du côté de Thionville ; là, ils ont été livrés aux Autrichiens et forcés de s'enrôler dans leurs troupes.

M. Couthon engage ce membre à s'assurer des détails de ce fait et aies communiquer au Comité de surveillance, pour que l'on puisse être à portée de connaître tous les traîtres, et de les distinguer des innocents qu'ils ont entraînés avec eux.

M. Mazuel. — Des grandes calamités frappent cet empire. Des vils intrigants et des scélérats conspirent encore contre notre liberté ; la mollesse s'empare d'une partie de nos législateurs, et la patrie souffrante appelle à grands cris des hommes pour la sauver. De toutes parts les bras sont levés contre la tyrannie ; la classe la plus indigente du peuple est celle qui veut la liberté et qui saura la conserver au prix de sa vie. Les esclaves sont à nos portes, ils sont dans nos foyers. Eh bien, montrons-nous ce que nous sommes et ce que nous voulons être ; si les lâches nous présentent des fers, ensevelissonsnous sous les ruines de la hberté ; si au contraire ils veulent se joindre à nous, marchons où la gloire nous appellera, allons briser leurs chaînes, et montrons ce que peut un peuple libre qui connaît sa souveraineté.

Les Coriolans veulent tremper leurs mains perfides dans le sang de leurs frères; ils veulent renverser l'édifice qui a coûté tant de peines et de veilles à d'illustres citoyens, amis de l'égaHté et des droits de Thomme; ils veulent mettre à contribution ce que nous avons pendant quatre années soutenu avec autant de courage. La journée du

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10 est prêle à se renouveler non loin de celte cité ; un grand carnage se prépare : les satellites de Prusse et d'Autriche veulent rétablir le despotisme. Eh bien, marchons où la gloire nous appelle, sonnons le tocsin dans tous les départements, et qu'une armée formidable, composée de Scœvolas, anéantisse jusqu'à l'ombre de la tyrannie. Portons le fer et la flamme dans tous les palais, respectons les chaumières du laboureur, qu'il jouisse des bienfaits de l'égalité et de la liberté. Marchons, dis-je, abattre toutes les tètes qui veulent s'élever au-dessus de leur sphère, et faisons rentrer au néant tout ce qui peut nuire à la France régénérée.

0 mes concitoyens ! pouvons-nous voir sans frémir d'horreur des lâches qu'une nation généreuse et bienfaisante a adoptés dans son sein? Pouvons-nous voir, dis-je, que de tels êtres nous trahissent? Ils vendent ceux à qui ils doivent leur existence ; ils nous livrent à leurs bourreaux, comme les juifs livraient à la fureur du peuple leurs victimes innocentes.

Eh ! quel est celui d'entre nous qui a eu la faiblesse de croire qu'un être qui ne tenait qu'à ses titres plutôt qu'à l'honneur ait pu se hasarder à combattre pour l'égalité? Il en existe peu de ces hommes, et ce sont ceux qui sont disgraciés. Eh bien! purgez une seconde fois votre armée, elle est plus gangrenée qu'auparavant. Des ci-devant Goblentiers ont obtenu des ministres pervers des brevets. La perfide cour favorisait le crime et non la vertu ; qu'ils soient remplacés par les hommes du 10, et vous verrez alors si une nation composée de vingt-cinq millions d'hommes saura faire trembler tous les tyrans de l'Europe, y en eût-il jusqu'aux enfers.

Je demande donc que Ton s'occupe de la rédaction d'une pétition pour demander à l'Assemblée nationale le renouvellement de tout l'état-major de l'armée, à l'exception du très petit nombre d'officiers généraux qui se sont déclarés nettement patriotes.

En adoptant la mesure proposée par M. Mazuel, M. Tcrrasso» demande que ce ne soit pas l'Assemblée nationale, mais le pouvoir exécutif qui soit chargé de cette opération.

Après quelque discussion, la Société prononce rajourncmenl de cette question à un autre jour.

La séance a été levée à huit heures et demie.

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