XLYIII SÉANCE DU VENDREDI 31 AOUT, LAN I" DE LÉGALITÉ
PRÉSIDENCE DE M. CUOUDIEU
En l'absence de MM. les président et vice-président, M. Carra occupe le fauteuil et rend un compte succinct du voyage qu'il a fait à Valenciennes.
[Suit ce compte rendu. — .¥. Thuring Rliys, détenu à la Force par le fait des intrigues d'Arthur Dillon, communique à la Société une lettre qu'il a écrite à ce général.]
MM. les Secrétaires communiquent une lettre adressée à la Société par le procureur général syndic de la Commission administrative ', pour lui demander de trouver bon que les électeurs de Paris se rassemblent dans le lieu qu'elle occupe pour ses séances. L'air de patriotisme qui règne dans cette salle, les dispositions faites pour y recevoir le public, la rendront parfaitement convenable aux opérations du corps électoral, qui doit faire les élections sous les yeux du peuple. Telles sont les raisons apportées par M. le procureur général syndic pour faire cette demande.
Plusieurs personnes demandent que cet objet soit mis aux voix surle-champ; un plus grand nombre s'y opposent.
M. Brival. — Je suis étonné, Messieurs, qu'une telle proposition puisse trouver au milieu des amis de la liberté la moindre résistance. Elle est faite pour honorer la Société [murmures), puisqu'elle est un témoignage des sentiments qu'elle a toujours professés et un signe que les électeurs de Paris s'empressent de les adopter.
M. Deperret. — Sans doute, Messieurs, si le patriotisme des électeurs de Paris avait besoin d'être réchauffé ou éclairé par quelques moyens, et que le local où cette Société tient ses séances pût influer en quelque chose sur leurs choix, sans doute elle devrait s'empresser de se prêter à la demande que vous fait M. le procureur général syndic; mais loin de nous cette idée: soyons assurés que le patriotisme dont tous les citoyens sont animés dans cet instant, joint à la mesure adoptée de faire les nominations à voix haute, nous donneront des
1. Il s'agit de la Commission ailiuinistrativc élue par les sections de Paris, pour remplacer, selon le décret du il août 1702, le Conseil de département.
électeurs véritablement à Viûm de toute séduction. Avec de tel? électeurs nous n'avons pas besoin de signes extérieurs pour nous procurer de bons cboix : car, je ne crains pas de le dire, ils nous en donneraient d'excellents, même en faisant les élections au milieu des Feuillants.
Si nous prétons la salle aux électeurs, nécessairement nos séances seront interrompues, et les députés à la Convention nationale nommés par les départements, et qui vont arriver ici incessamment avec le désir, sans doute, de se trouver au milieu des Jacobins, chercheront en vain ce sanctuaire du patriotisme et de la liberté qui n'existerait plus. Je demande donc que la Société, prenant tous ces objets en considération, passe à Tordre du jour sur la demande qui lui est faite par M. le procureur général syndic de la Commission administrative, et que MM. les Secrétaires soient autorisés à lui faire sur-le-champ une réponse qui contienne et le refus et les motifs qui nous y déterminent. Je suis persuadé que M. le procureur général syndic sera assez bon patriote pour sentir la validité de nos raisons, et qu'il trouvera aisément un local aussi favorable que celui-ci aux opérations de MM. les électeurs.
Celte motion, appuyée, est mise aux voix et adoptée à l'unanimité. Quelques membres indiquent comme très commode pour les électeurs la salle que les Feuillants avaient fait construire pour leurs assemblées, dans le cloître Saint-Honoré.
Un membre annonce que la commune de Tournan a déjà nommé dix électeurs, tous Jacobins, ce qui doit donner la meilleure idée des choix que feront de tels électeurs.
M. Carra. — En revenant du camp de Maulde, je rencontrai ;\ Royc, petite ville de la ci-devant Picardie, maintenant département de la Somme, les électeurs de ce département qui se concertaient pour trouver le moyen d'empêcher les législateurs de faire à la Convention nationale aucune proposition aristocrate ou royaliste: je leur en ai indiqué un qu'ils m'ont paru goûter, c'est de faire jurer à leurs députés (pi'ils consentent à être enterrés tout vifs s'ils s'avisaient de proposer de donner jamais un roi à la France.
Plusieurs membres annoncent (juo le l)ruit se répand dans Paris que Longwy est repris. Cette nouvelle excite quelques mouvements; on nomme des commissain^s pour aller à l'Assomblée nationale s'infiiriner s'il est vrai (jue quehpies courriers extraordinaires aient apporté cette nduvellc.
M... — Ce qui donne lieu à cette nouvelle, c'est que véritablement les Prussiens ont évacué Longwy. Ils ont craint l'entrée de l'armée du Nord dans les Pays-Bas, et ils se sont repliés, de sorte qu'il est vraisemblable que nous serons rentrés en possession de Longwy.
M... — La nouvelle venue à l'Assemblée nationale porte que M. Dumouriez a opéré sa jonction avec M. Kellermann; qu'à la nouvelle de la prise de Longwy il s'était présenté au camp de M. Dumouriez une si grande quantité d'habitants des campagnes voisines, tous armés, que ce général n'avait été embarrassé que du nombre.
La Société charge les commissaires qu'elle a envoyés à l'Assemblée nationale de se rendre chez le ministre de la guerre pour avoir quelques renseignements sur cet objet.
M... lit quelques réflexions sur le projet de licenciement général de tous les états-majors de l'armée. La Société, ayant arrêté l'ajournement sur cette matière à la dernière séance, passe à Tordre du jour sur cette opinion.
M. Agut, gendarme national, dont la conduite patriotique a été depuis deux ans sous les yeux de la Société, étant prêt à partir avec le corps dans lequel il sert, intéresse la Société au sort d'une respectable Anglaise qui lui a servi de mère adoptive.
La Société, cédant aux sentiments que lui inspire M. Agut, arrête qu'il sera nommé quatre commissaires qui seront autorisés à délivrer cinquante livres par mois à cette citoyenne jusqu'à ce qu'elle soit à même de tirer un parti utile des talents qu'elle a pour l'éducation de jeunes personnes ou les soins d'une maison.
Des pétitionnaires du Havre viennent solliciter des armes pour la garde nationale de cette ville, qui, étant composée d'environ cinq mille hommes, n"a que deux cents fusils.
M. Carra annonce à cette occasion que la plupart des villes maritimes sont bien garnies d'armes, qui vraisemblablement y ont été oubliées par le pouvoir exécutif. La ville du Havre a plus de quinze mille fusils, et celle de Rochefort en contient plus de trente mille.
[L'n secrétaire fait lecture "d'un certificat délivré au département des Ardennes par Isnard, Quinelte et Baudin, qui le disculpe d'avoir coopéré à l'arrestation des commissaires de la Législative, et communique une proclamation adressée aux citoyens par ce département. — M. Lanthenas communique une note d'un citoyen d'Arras sur la procédure électorale à employer pour la nomination dos députés à la Convention.]
La séance a été levée à huit heures et demie.
2o0 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [2 sept. 171)2]
Septembre 1792