‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 44 sur 131 · SEANCE ^U DIMANCHE 2 SEPTEMBRE, L'AN I" DE L'ÉCALITÉ · texte numérisé non relu

SEANCE ^U DIMANCHE 2 SEPTEMBRE, L'AN I" DE L'ÉCALITÉ

PRÉSIDENCE DE M. CTIOUDIEU

Dans la dernière séance, la Société avait cru devoir ne pas accéder à la demande que M, le procureur général syndic lui avait faite de sa salle pour la tenue des séances du corps électoral. Un grand nombre d'électeurs viennent renouveler celte demande au nom de tous les patriotes, qui y attachent beaucoup de prix, pour être à même de débattre sous les yeux du peuple les divers candidats qui leur seront proposés.

Ces motifs et la facilité de s'assembler que laisse la disposition des heures d'assemblée du corps électoral, qui ne se tiennent pour l'ordinaire que le matin, engagent la Société à rapporter son arrêté de la veille : la salle est accordée au corps électoral, et on arrête que, dans le cas où il n'aurait jtas terminé sa séance à l'heure où la Société commence la sienne, celle-ci se retirera à la salle de la réunion dans le bâtiment des Jacobins.

Une nombreuse députation de gendarmes nationaux entre, au milieu des applaudissements,

M. Agut. — Lorsque les légions romaines avaient terminé leurs travaux, les sf)ldats citoyens venaient se reposer au milieu de leurs frères. Nous, nous venons déposer au milieu de vous les sentiments qui nous animent. Nous partons demain, vous ne nous reverrez plus que lorsque les tyrans auront disparu. Nous n'allons pas combattre pour les rois, mais pour les droits imprescriptibles de l'bomme.

Le colonel qui nous commande est un soldat de la libei-lé. Nous jurons au milieu de vous que noire corps sera le rempart des hommes libres, et f|u'avant de venir vous embrasser les tyrans seront rentrés dans la poussière.

Nous prions M. le Président de vouloir l)ien prononcer la formule du serment que nous allons prêter au milieu de voiis.

M. LE Président. — Vous jurez et promettez de défendre la libeiié

et Tégalité, d'élre fidèles à la nation et de mourir à votre poste pour sa défense?

Tous les gendarmes, levant la main : — Nous le jurons!

Plusieurs membres demandent l'insertion au procès-verbal des noms des gendarmes composant la députation ; M. Agut invoque la question préalable sur cette proposition, attendu qu'ils représentent le corps entier, qui partage leurs sentiments, et qu'il est impossible d'inscrire au procès-verbal les noms de tous les individus qui forment le corps.

Après une légère discussion, on arrête, sur la proposition de M. Montant, qu'on délivrera au colonel un extrait du procès-verbal, qui servira pour tous les citoyens soldats patriotes de la gendarmerie auprès des Sociétés populaires, dans lesquelles ils pourront se présenter.

M. MoRAS. — Français, citoj'ens de toutes les parties de l'empire, vous qui, depuis la Révolution, en avez suivi tous les événements, vous que n'ont pu égarer les perfides agents du traître Louis XYI, vous qui ne voulez enfin que la liberté, l'égalité ou la mort, permettez qu'un simple citoyen vous soumette quelques réflexions sur le bonheur et le repos de l'État. Comme vous n'avez plus à balancer aujourd'hui entre les principes de la cour et ceux de la Société des amis de la constitution, je ne craindrai pas de vous dire que vous lui devez le salut de l'empire; oui, citoyens, c'est à ses soins vigilants, à son active surveillance que vous devez la découverte de tous les odieux complots qui se tramaient contre la liberté de la nation française; mais c'est à vous maintenant que sont confiés la gloire et le bonheur du peuple; sa félicité dépend du choix que vous avez fait ou que vous allez faire pour la Convention nationale. Ou vous allez par là élever la France au faite des grandeurs, ou vous l'allez plonger dans un gouffre de maux.

Il est d'abord un principe dont vous ne pouvez vous écarter dans ce moment, si vous voulez rester libres : c'est qu'il est impossible que la puissance reste longtemps partagée entre le peuple et le monarque, et que tôt ou tard il faut que l'un écrase Vautre. Cet axiome posé, vous ne devez point admettre à la Convention quiconque ne professera pas la haine la plus décidée contre la royauté.

Dites à vos mandataires, dites-leur bien que jamais les tyrans ne pardonnent, qu'un parjure l'est jusqu'à la mort, et que, s'ils avaient la faiblesse de le replacer sur son trône, ils en seraient peut-être les

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premières victimes. Le premier instrument que brise un tyran quand il a réussi est toujours celui qui Ta le mieux servi.

Dites et répétez sans cesse que les rois sont les fléaux de l'humanité, que le meilleur est toujours un fardeau pour le peuple qui le nourrit, et que les trésors qu'il engloutit, dispersés sur deux mille familles infortunées, seront plus utiles à TÉtat qu'en demeurant dans les mains d'un despote, qui ne s'en sert que pour tripler ses esclaves. Il est encore essentiel, citoyens, d'armer vos mandataires du pouvoir légitime de livrer vos tyrans au glaive de la loi ; suspendu dans ce moment sur la tôte de tous les coupables, il ne doit en épargner aucun; plus le coupable est grand, plus la loi doit être inflexible : car, si l'impunité a lieu pour les grands criminels, on ouvre la porte à tous les crimes, et les coupables instruments dont ils se servent vont s'augmenter. Dites-leur donc que le premier acte qu'ils doivent faire de leur autorité est de livrer à la loi le traître Louis XYI, sa coupable moitié, et tous ceux qui ont coopéré avec eux à la destruction de leur pays. Nulle crainte ne doit arrêter vos commettants. Vainement les despotes de l'univers s'uniraient pour venger leur lâche collègue : le cri d'indignation de tous les peuples dispersera ces brigands Couronnés, et leurs sceptres brisés attesteront à la postérité le triomphe de la raison et la victoire de la liberté.

Mais ce n'est pas encore tout, citoyens, que d'armer vos mandataires du pouvoir de condamner un roi perfide, il faut aussi leur ordonner d'écarter du tronc toute sa race coupable : les branches d'un tel art»re ne peuvent produire que des fruits amers.

D'ailleurs, citoyens, je le répète, la France n'a pas bestiin d'un roi pour être heureuse, et le peuple assez sage et assez éclairé pour remettre son pouvoir entre des mains pures peut prétendre à cette félicité, dont il n'entrevoit que l'ombre sous l'empire du moins méchant des rois.

Uallions-nous donc tous sous rètcinlai-d de la liberté et de l'égalité, confondons dans nos embrassenifuts toutes nos haines et nos divisions, ne disputons plus que de vertus, et nous serons invincibles. C'est en vain qu'on veut vous effrayer en vous criant que l'ennemi est à vos portes, (ju'il s'avance la foudre à la main, cl que vou^ sciez ses victimes si vous lui résistez. Est-il un seul Français «jui ne s'indigne eu entendant ces clameurs paniques? En est-il un (jui puisse s'accoiiliiun i- ;i l'idei! de i;mi|ier sous de vils esclaves? Non, Français, je ne puis le croire, vous périrez tous avant de renoncera la liberté, et vos ennemis marcheront sur vos cadavres sanglants avani de vous avoir ravi ce bien inestimable.

Voyez accourir de tous les coins de l'empire ces nombreux citoyens, ces bataillons intrépides; ils portent sur leur front le présage de la victoire; partout où ils passent on commence par voler au-devant d'eux, et on finit par les suivre ; tout s'agite, tout s'anime, l'ardente jeunesse s'encourage, les vieillards renaissent, et, d'un mutuel accord, se disposent à mourir pour la cause de l'humanité et de la liberté.

Quels sont les ennemis qui pourront résister à de tels héros? On nous fait un monstre du plus petit désavantage, et l'on crie que tout est perdu au moindre échec; mais non, les revers conduisent à la gloire, et, si nous descendons dans la tombe, il faut y entraîner le dernier de nos traîtres.

Mais avant tout, citoyens, je le répète, foudroyons le traître Louis XVI ; traînons sur l'échafaud sa tête coupable, et montrons par son supplice, à tous les despotes de la terre, qu'on n'insulte pas impunément la majesté d'un grand peuple.

C'est à cet effort magnanime que l'univers vous reconnaîtra, et c'est alors que tous les peuples, imitant votre exemple, purgeront la terre des brigands couronnés qui la surchargent et qui la déshonorent.

Tel est, Français, le vœu que je forme pour votre bonheur et pour celui de tous les peuples du monde.

Si le malheur nous en voulait au point que, par la suite, nous soyons convaincus de nous être trompés dans le choix des mandataires, point de faiblesse, citoyens; que le premier des mandataires qui aura manifesté des principes contre-révolutionnaires soit démis de ses fonctions par son département : c'est le meilleur moyen de faire taire les partisans du ci-devant roi, s'ils avaient envie de se montrer.

Un gendarme national, M. Martin, partant pour la frontière, exprime l'inquiétude où le laisse le sort d'un jeune enfant qu'il a en nourrice; la Société, partageant les sentiments de ce père patriote, s'engage à payer les mois de nourrice jusqu'à son retour.

[M. le secrétaire lit une lettre adressée i\ la Société par MM. les officiers municipaux et notables de la commune de Thouars, déparlement des Deux- Sèvres, le 30 août.]

M. Barthélémy demande à faire connaître à la Société le rapport qu'ont fait les commissaires nommés par l'Assemblée nationale pour l'examen de son procédé pour la fabrication des poudres.

'loi SOCIÉTÉ DES JACODINS [2 sept. 17li2j

La Société se trouvant réduite à un très petit nombre de membres, cette lecture est ajournée au lendemain. La séance a été levée à huit iieiires.

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