SÉANCE DU LUNDI 3 SEPTEMBRE, L'AN I" DE L'ÉGALITÉ
PRÉSIDENCE DE M. CHOUDIEU
A l'ouverture de la séance, un membre porte plainte contre la démarche faite par MM. les électeurs, qui ont cru pouvoir mettre pour inspecter et garder la salle, dont la Société leur a laissé l'usage pour le moment seul de leur séance, le concierge que le département avait nommé à la garde de la salle de l'Archevêché, où ils tenaient leur séance jusqu'ici. La Société, considérant qu'elle ne peut se dessaisir un moment de la garde de divers objets et papiers qui lui sont confiés, et qui appartiennent à tout l'empire, arrête que deux de ses membres seront chargés de faire sentir à MM. les électeurs l'importance dont elle estime qu'il est qu'aucun changement ne soit fait dans les personnes auxquelles elle a accordé sa confiance, et qu'aucun étranger ne puisse les remi)lacer dans leurs fonctions, et de leur faire part de l'arrêté qu'elle prend à ce sujet, tendant à ce que son concierge et les personnes qu'elle a commises au soin de sa salle et à la garde de ses archives ne puissent être remplacés par qui que ce soit dans leurs fonctions, de l'exercice desquelles elle entend qu'ils soient seuls et spécialement chargés.
M. le Secrétaire lit une lettre adressée à la Société par M. de llell, membre de l'Assemblée constituante et fondateur d'une Société patriotique à Altkirch, où il fait sa résidence. Cette lettre ajoute une preuve de phis aux mille et une que l'on a déjà de la trahison de l'ancien pouvoir exécutif, en laissant nos frontières dégarnies d'armes et de munitions.
M. MoiiAS. — Aujourd'hui (jue la liberté triomphe, je suis bien étonné iiue les déi)utés (|ui se montreut patriotes et (|ui s"h(Mi(jrcnt do ce beau nom ne se soient pas liâtes de faire rap[iorter ce décret infâme qui laisse dans les liens d'une accusation le citoyen Marat ',
1. Marat avait été docrcté d'accusation le .'{ mai 1"'.)J et, le jour iu<"iiic où rottf (lucslion fut agitée aux Jacobins, la section de Marseille était venue demander à rAsscmblée lét,'i3lative le rapport de ce décret. Cette pétition fut renvoyée à la Coumiission extraordinaire. [Moniteur, \\\\, GIO.)
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Marat, l'ami du peuple, qui nous a toujours instruits à l'avance de tout ce qui est arrivé, qui nous a prédit les trahisons auxquelles nous avons été livrés. Je demande que, séance tenante, nous rédigions une pétition tendant à demander à l'Assemblée nationale le rapport de ce décret.
M... — Il est impossible que l'Assemblée rapporte un décret après un aussi long terme, depuis le moment où il a été rendu. Il me paraît donc impolitique de faire cette demande à l'Assemblée. Je crois qu'il serait plus convenable, et parfaitement dans les principes, de nous contenter de lui demander qu'elle se hàtàt de purger le décret du citoyen Marat.
M. MoRAS. — Il ne dépend pas de l'Assemblée de faire purger un décret d'accusation plus ou moins vite : l'accusé seul peut quelque chose à cet égard; mais elle peut, mais elle doit rapporter, annuler ce décret, pour se laver, sous le règne de la liberté, de cette tache dont Ta couverte, sous le règne du fayettisme, la faiblesse ou la corruption de plusieurs de ses membres qui ont eu la scélératesse de lui faire rendre ce décret avec précipitation, tandis qu'on a eu tant de peine à lui arracher le décret contre l'infâme Royou.
La Société arrête que M. Moras sera chargé de la rédaction de la pétition qu'il propose.
Une députation de la 29'= division de la gendarmerie à cheval se présente pour engager la Société à se joindre à eux [sic) pour obtenir la demande qu'ils ont faite à l'Assemblée nationale de partir aux frontières. L'Assemblée a renvoyé à sa Commission extraordinaire la pétition que lui ont adressée à ce sujet ces braves citoyens, qui craignent que quelque oubli ou quelque retard n'éloigne le moment qu'ils attendent avec une impatience bien digne de soldats français.
M. le Président loue leur courage et leur civisme brûlant ; il nomme un commissaire pour les accompagner de nouveau à l'Assemblée nationale, et accorde la parole au colonel de ce brave corps.
M. le colonel. — Je n'ai jamais été orateur, mais toujours bon patriote. J'ai trente-huit ans de service et trente-deux dans le grade de lieutenant, que je n'ai jamais franchi. Mes camarades m'ont élevé à celui de colonel, et ce grade me devient précieux puisqu'il va me fournir l'occasion de déployer le peu de talents qu'une vieille habitude de service et un brûlant patriotisme peuvent me donner. Nous souffrons de rester dans Finaclion tandis que tous nos camarades vont se mesurer avec l'ennemi. Si vous avez besoin de gendarmerie
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au milieu de vous, envoyez au moins la moitié du corps, l'autre moitié doublera son service.
Un cavalier. — Les larmes coulent de nos yeux de voir que nous ne sommes pas emplo3'és dans le moment où la patrie a besoin des bras de tous ses enfants. Obtenez-nous de partir, et vous serez pour nous des seconds pères; vous nous donnerez plu? que la vie, vous nous donnerez les moyens de défendre notre patrie.
Cette dispute de patriotisme élève Tàme de tous les spectateurs, qui témoignent leurs sentiments par les plus vifs applaudissements.
M... — La gendarmerie nationale à cheval a toujours été patriote. Si le peuple a eu quelque chose à reprochera ce corps, ces reproches ne peuvent être faits qu'à certains chefs aristocrates, dont ils ont eu soin de se purger. Je demande qu'il soit donné au colonel de la 29' division de la gendarmerie à cheval un extrait du procès-verbal de cette séance, qui servira à tout ce corps de diplôme auprès des patriotes de tout l'empire, et que les journalistes patriotes soient invités à insérer dans leurs feuilles la scène touchante dont nous venons d'être témoins.
L'une et l'autre motion sont arrêtées à l'unanimité; les gendarmes sortent, accompagnés du commissaire qui leur a été nommé, pour se rendre à l'Assemblée nationale. En s'en allant, un gendarme national tire de sa poche une aiguillette aux trois couleurs. « Nous la porterons, s'écrie-t-il, lorsque nous serons en face de l'ennemi, afin qu'il nous reconnaisse mieux pour les vrais citoyens de la nation. '>
La Société arrête la mention iionorablc, en son procès-verbal, de l'offre qui lui est faite d'une oraison funèbre en l'honneur des patriotes morts à la journée du 10, prononcée par M. l'abbé Grange, vicaire épiscopal.
Une députation de jeunes volontaires demande l'entrée de la séance, au nom de la compagnie, qui est dans la cour. La Société invite la cumpagnic entière à se rendre au milieu d'elle, recevoir le témoignage de reconnaissance qu'elle voue à tous les défenseurs de la patrie.
La compagnie entre au son du tambour et se range dans la salle ; l'orateur monte U la tribune.
« Une troupe de volontaires, dit-il, prête à |)artir pour les frontières, demande à prêter au niilicu (hi vous le serment de sauver la patrie, et de périr plutôt fjuc (h; souffrir qu'il soit porté atteinte à la liberté, à l'égalité, fpie nous jurons de défendre jusqu'à la mort. »
Ces jeunes citoyens prêtent tous le serment prononce par leur ora-
leur, au milieu des applaudissements qui retentissent de toutes les [)arties de la salle.
On propose, et la proposition est arrêtée à Tin^tant, de délivrer à leur commandant l'extrait du procès-verbal de cette séance; mais, comme leur compagnie n'est pas encore organisée, ils promettent de revenir mercredi, après leur organisation faite, recevoir ce brevet de patriotisme, qui leur est plus cher que tous les brevets que distribuaient les despotes,
[M. le Secrétaire lit à la Socii^lé une adresse républicaine rédigée par un citoyen de Marseille, Auguste Mossy.]
M. Barthélciny, inventeur d'une nouvelle machine et d'un procédé neuf pour fabriquer, avec épargne de temps et d'argent, la poudre à (•anon, communique à la Société le rapport qui a été fait de ses procédés à l'Assemblée nationale. 11 demande que la Société lui nomme des commissaires pour se joindre à ceux que les quarante-huit sections lui ont donnés pour l'examen de ses procédés et assister à une expérience qu'il se propose de faire au premier jour, dans le terrain lies Chartreux, d'un procédé propre à exterminer en très peu de temps les plus grandes armées.
La Société nomme trois commissaires et applaudit au civisme de M. Barthélem}^
M. Muras, chargé de rédiger la pétition en faveur du citoyen Marat, communique la rédaction suivante :
« Mandataires d'un peuple libre, c'est au nom de cette sainte égalité, que nous avons conquise le 10 août, au nom du plus juste des principes, celui de l'impartialité, que nous venons vous demander le raiiport du décret qui vous a été arraché par le fayettisme contre notre cher Marat, qui n'a d'autres crimes aux yeux de l'égalité que celui d'avoir dévoilé les complots des scélérats de la cour et de leurs infâmes prosélytes et de nous avoir prédit que, pour ne pas abattre^ en 1790, une centaine de tètes coupables, dont La Fayette était un <les chefs, nous nous verrions forcés par la suite d'en couper des milliers ; qui nous a prédit que nos armées seraient conduites à la boucherie ]tar leurs perlidcs généraux; et trois honteuses défaites ont signalé l'ouverture de la campagne.
« Il vous a prédit que les harrières du royaume seraient livrées à l'ennemi, et, aujourd'hui, nous en avons la preuve |>ar la trahison de Ivongwy.
« Nous attendons, législateurs, que vous efîectuercz nos justes