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Tome IV

258 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [3 sept. 1792]

réclamations et que, loin du non? iinprouver, peu de jours ne se passeront pas que vous n'ayez rendu à Texercice de ses droits un des meilleurs citoyens. »

[Lellre de Chàlons, en date du 30 août, sur la situation des prisonniers de guerre qu'on a internés en celte ville.]

La séance est levée à neuf lieure.^.

SÉANCE DU MKHCHKDl 5 SKt>Ti:MBliK, l/AN 1- DK LKGALITK

rHKSUiKNr.i-: dk m. ciioi imki

[La Société accueille et félicite une compagnie de volontaires de Bercy et Saint-Mandé. — On annonce, au milieu dos applaudissements, l'élection de nobespicrro à la Convention. — V. Moras dit qu'il a demandé à la Commune que personne ne pût s'enrôler dans la cavalerie sans un certificat signé de six citoyens de sa section, et que les hussards de la Mort tussent licfnciés. — M. Lagneau transmet l'adhésion de la Soçiélé populaire de Châlon-sur-Saônc à la politique des Jacobins. — M. Voidel fiit diverses motions sur les moyens de se procurer des armes et des subsistances. — Lettre de iMaubeugc sur la trahison des généraux et l'étal de l'armée. — Le curé de Schlestadt vient prôtcr le sorniont de maintenir la libcr'.é et l'éttalilé. — Lecture d'une adresse enthousiaste des citoyens d'Apt à ceux de Paris — La séance est levée h huit heures et demie.]

LU

SÉANGK DU VEMJHEDl 7 SKl'TEMMUi;, LAN I- DE 1. ÉGALITÉ l'RÉSIDENCI-: lu: M. ciiouniKU

[Lecture du procès-verbal cl communicalions divorsc!.]

M. l.'liiilini, nccupaut It; liuittuil, oIj.-livo iju'il no trouve inscrit aucun ordre du jour; il propose en conséquence de mettre en discussion l'intéressant objet de sav(»ir (piels sont les moyens à employer pour la défense extérieure et intérieure du royaume, ou quels sont les candidats qu'il est bon de porter à la Convenlion nali(iual«\

[7 SEPT. 1792 SOCIÉTÉ liKS JACOHINS 2o9

M..., fédère du Tara. — Étranger en celte ville, je n'entreprendrai pas de discuter la question des candidats, qui exige une connaissance des personnes que je ne puis avoir. Je me bornerai donc à présenter quelques idées sur les mesures à prendre pour la défense intérieure et extérieure.

D'après le rapport qu'ont fait à l'Assemblée nationale les commissaires qui reviennent de l'armée du centre, il paraît évident qu'au moment où nous avons déclaré la guerre à l'Autricbe nous n'étions pas en état de nous opposer à l'entrée d'une armée de cinquante mille hommes.

Les ministres d'alors, les administrations de département, étaient donc de connivence avec nos ennemis, car tous ces administrateurs savaient parfaitement que nos villes n'étaient pas en état de défense, que nos approvisionnements n'étaient pas suffisants. Je pense dnnc qu'une des premières mesures à prendre, et la seule peut-être qui convient dans ce moment, serait de déclarer traîtres à la patrie tous les administrateurs de ces départements.

M. Chabot. — Personne n'a été plus que moi à portée de connaître toute la corruption aristocratique départementaire. Au Comité de surveillance, depuis le commencement de notre session, nous avons été constamment en correspondance avec les départements et les Sociétés populaires. 11 était entré dans le idan d'insurrection que nous avions dirigé de laisser désorganiser tous les départements, et alors les Sociétés populaires auraient pu un moment remplacer ces administrations départementaires. Mais l'insurrection est veiuie avant le terme où nous l'attendions, et je crois parfaitement inutile de demander à l'Assemblée nationale qu'elle déclare ces administrations traîtres à la patrie, car elle n'aurait pas le temps de s'en occuper avant l'arrivée de la Convention nationale, à qui il faut laisser le soin d'organiser le gouvernement de l'empire suivant la forme qui paraîtra la plus propre à opérer le bonbeur de tous.

Dans le cas oii nous adopterions le gouvernement fédératif, que je suis bien éloigné de regarder comme le meilleur, je crois que ces administrations départementaires ne pourraient plus subsister, car toutes les portions qui formeraient la fédération n'auraient pas besoin d'intcrmédiairtj |)our être liées entre elles. Mais si, nous contentant d'un conseil national qui serait pi ésidé tour à tour par un délégué d'une des portions de l empire, nous conservons à notre gouvernement l'unité d'action, (jui S(nde peut avoir une grande énergie, alors les administrations départementaires deviennent encore inutiles, et les quarante-quatre mille administrations de cantons et

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municipalités seraient seules nécessaires et auraient une comnuuiication directe avec le Conseil exécutif, d"où, par ce moyen, rim[>ulsion serait instantanée du centre à toutes les portions de l'empire.

Dans l'état actuel, au contraire, il faut que le poiivi»ir exécutif adresse ses ordres aux départements, qui les font passer aux districts l)our les soumettre aux municipalités, de sorte qu'à chacune de ces cascades il ne peut manquer d'arriver des lenteurs, des retards, si même il n'y a pas des oppositions dans rexéciition.

Vous voyez qu'il y avait de très grands vices dans cette organisalion, qui n'avait été organisée {sic) par nos sublimes constituants que pour se réserver des places lorsqu'ils seraient sortis de l'Assemblée. Mais maintenant que nous ne voulons plus faire des places pour les hommes, il me paraît évident que les administrations départemenlaires seront détruites par la Convention nationale.

Je crois donc (jue la pétition demandée serait aitsolumrnl inutile, parce que, l'Assemblée nationale n'ayant pas le temps de s'iii occuper, elle passerait à l'ordre du jour. Il serait très intéressant, à mon avis, que vous missiez à l'ordre du jour de toutes vos séances quelle est la meilleure forme de gouvernement à donner à la France, sans prêtres salariés, sans juges qui, ayant remplacé les anciens tribunaux, ont fait revivre tous les abus de la cliicanc.

Il faul dune (pie b's Parisiens nu''dUeul priifi)iid('mi'nl ci' princi[ie, et qu'ils le fassent connaître à tous les départements : c'est que, toutes les fois qu'un gouvernement sera un, il faudra que l'impulsion parte d'un centre commun et se communique simultanément à toutes ses parties; et alors, je le répèti', les administrations départementaires sont inutiles et nu'-me dangereuses : car, si, de trois départements, l'un exécute sur-le-champ l'ordre communiqué, l'autre y met de la lenteur cl le Iroisième de la mauvaise foi, il s'eu<uivra nécessaii-cmiMil une exécution très mauvaise, au lieu (pie, si le Conseil exécutif communique directement avec les municipalités, l'impulsion étant donnéo h une infinité de points à la fois, l'exécution est, [tour ainsi dire, simultanée. De plus, il est moraiemcid inipo-sihlc (|ii'uni' admiuistraticui (h'partemeulaire soit directement eliui par le peuple, el, di's lors, il y a toujours lieu de croire qu'elh- doil ('-Ire moins pure.

Le gouvernement fédératif nous (•(»nvii'nt-il ? Dans lo cas on il nous conviendrait, le moment actuel serait-il (-(dui «pi'il faudrait choisir pour le propctser? Dans le cas où il umus conviendi'ail dc> ce moment-ci, les administrations en grandes masses seraient-elles utiles ou dangereuses? Voilà les (piesliniis que je vous engage à médit(U', non <pie j(; prétende (pi'ii laille lai-si r iiuai:incr i|ne Paris

doive décider par son opinion le système de gouvernement qui convient à la France, mais parce que, Paris étant le centre des lumières où aboutissent celles de tous les départements, Paris doit être considéré moins comme un département séparé que comme un département appartenant à tous les autres, et que l'opinion générale de Paris ne peut être que le résultat des opinions de toutes les personnes des départements qui y abondent.

Je suis encore monté à la tribune pour vous parler des candidats, ou plutôt d'un seul candidat : je parle de Marat. J'en ai déjà parlé à plusieurs personnes, qui m'ont levé les épaules à ce seul nom. Eh bien, je déclare, moi, que je lui donnerai ma voix. A ces personnes qui n'ont pas grande foi à ses talents, je réponds qu'il a eu du courage, et un courage peu commun, celui de se montrer toujours le même depuis le commencement de la Révolution, Mais ce n'est pas cette classe d'hommes qu'il s'agit de convertir à Marat, c'est la classe des hommes modérés (pii disent qu'il est un incendiaire. Je dis que c'est précisément parce qu'il est incendiaire qu'il faut le nommer. En Angleterre, toutes les fois qu'un membre de la commune se montre forcéuient incendiaire contre le parti ministériel, la cour cherche à se l'attacher en l'achetant, et bientôt il devient constitutionnel. Ce que la cour fait en Angleterre par la corruption, nous devons le faire en France pour le bien public.

Je dis plus, je dis que Marat est peut-être le seul politique que vous ayez à la Convention nationale. J'ai dhié avec lui le jour qu'on porta le décret d'accusation contre lui; ce fut moi qui lui en portai la nouvelle; bien entendu que je lui promis de ne pas le trahir; je puis vous assurer qu'il reçut cette nouvelle avec tout le courage imaginable.

Il a la tête chaude dans le même sens que je l'ai, c'est-à-dire que c'est le cœur qu'il a chaud , car les modérés sont sujets à se méprendre à cette différence, et je vous réponds que c'est une des têtes les plus froides qui existent. On a reproché à Marat d'avoir été sanguinaire, d'avoir, par exemple, contribué peut-être au massacre qui vient d'être fait dans les prisons; mais, en cela, il était dans le sens de la Révolution, car il n'était pas naturel, pendant que les plus vaillants patriotes s'en allaient aux frontières, de rester ici exposés aux coups des prisonniers à qui on promettait des armes et la liberté pour nous assassiner.

On dit qu'il a été sanguinaire parce qu'il a demandé plus d'une f(ùs le sang des aristocrates, le sang des membres corromijus de rAsseml)léi' constituante. Mais il est connu que le [dan des aristo-

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craies a toujuui s élé et est encore de faire un carnage de tous les sans-culottes. Or, comme le nombre de ceux-ci esta celui des aristocrates comme quatre-vingt-dix-neuf est à un, il est clair que celui qui demande que l'on tue un [lour éviter quon ne tue quatre-vingt-dixneuf n'est pas un sanguinaire.

11 n'est pas non [)lus incendiaire, car, s'il a |)roposé de donner aux sans-culottes les dépouilles des aristocrates, il ne peut pas être accusé d'avoir voulu les incendier. Quant au système du partage des terres qu'en lui impute, il a une trop mauvaise idée des mœurs de ses concitoyens poui- être tenté de faire jamais une telle proposition, car le partage des terres et des |iropriélés ne peut avoir lieu qu'au milieu dliumuies parfaitement [jurs et tous vertueux; or, Marat, je le dis encore, est hien trop éloigné d'avoir une idée assez avantageuse de ses contemporains pour faire une pareille proposition.

J'ajoute encore, pour tous les modérés, que, quaiul tous les reproches qu'on lui fait seraient vrais, comme on le représente comme un désorganisateur, il faudrait l'attacher à l'organisation; ji? dis donc que par celte raison les modérés doivent le porter à la Convention. Par la même raison, les aristocrates doivent l'y porter : car, la Convention nationale n'ayant aucun droit sur la liberté de la presse, et le peuple ayant seul l'inspection de cette partie, si Marat n'est pas de la Convention nationale, il écrira contre eux, et certes le peuple ne se chargera pas du soin de les venger ; il est donc de leur intérêt de l'y faire entrer, pour lui donner des occupations ijtii le détournent de celle de les poursuivi-e.

Les chauds patriotes doivent également l'y |)orter, cai', quoique la députation de Paris s'annonce sous les meilleurs auspices et que j^espère Ijien (|ue le reste des choix répondra à ceux qui sont déjà faits, il ne faut pas se flatter que les départements vous envoient tous des Robespierre, des Danton, des Collrtt d'Ilerbois, des Manuel et des Billaud-Varenne ; je dis donc que, (piaud nous serions st'irs d'être cincpianle enragés à la Convention nationale, ce ne devrait pas être un motif pour négliger d'y faire entrer le cinquante-unième. Je dis donc que les chauds patiiotes floivent encore y porter Marat.

pour ii;v(!iiir- nuiinlenant à la i.roposjlioii (pie je vous ai faite, je d(Mnande (pie la Société arrele cpi'elle mettia à la disenssi(»ii de t(Uis les jours quelle est la forme fin gouvernement (pii convient le mieux à l'cmpiii' (laiHjiis, et (pTelie eoinmenec sa discussion parcelle (pieslion : le gouverni.'nnMit par administialions dép<'irlemenlairi,s peut-il, dans aucun cas, lui convenir?

La Société arrête la proposition de M. Chabot.

M. Taschereau. — Je pense, comme M. Chabot, que les patriotes doivent porter iMarat à la Convention nationale; je voudrais même engager Camille Desmoulins, dont le dernier discours à la Commune a eu tant d'influence sur les événements actuels, à parler pour cela.

M, le Secrétaire communique à la Société deux lettres de M. Weslermann : l'une de Sedan, en date du 31 août, l'autre du quartier général à Grandpré, le 3 septembre (voyez la Correspondance), qui invitent à faire passer des forces.

M. VomEL'. —Je pense, comme notre camarade Westermann, qu'il est pressant d'envoyer des forces à l'ennemi, mais nous n'avons pas encore d'armes ; je prie donc la Société de nommer des commissaires pour aller chez le ministre demander des armes pour les fédérés. Je propose en outre que, connaissant comme nous le faisons tous les membres pourris de la capitale, nous allions, avant de partir, prendre tous ces lâches; nous les ferons partir devant nous, et, quand nous serons en ligne, nous les mettrons en avant de la bouche du canon. Tout le monde connaît la supériorité des Français à l'arme blanche; nous épuiserons sur eux le premier feu de l'ennemi, et alors nous ferons valoir notre coura.ue au sabre et à la pique. [Applaudi.)

La séance a été levée à neuf heures 2.

1. Comme on le verra plus bas, dans le compte rendu de la séance du 9 septembre 1792, ce Voidel était le frère de l'ancien constituant.

2. Dans le Journal, ce compte rendu est suivi d'une note du rédacteur, qui se justifie d'accusations portées contre lui par Marat dans un récent placard.

2U SOCIÉTÉ DES JACOBINS [8 sf.pt. 179:i:

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