‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 47 sur 131 · SÉANCE EXTRAORDINAIRE DU SAMEDI S SEPTEMBRE ' LAN I- DE L'ÉGALITÉ · texte numérisé non relu

SÉANCE EXTRAORDINAIRE DU SAMEDI S SEPTEMBRE ' LAN I- DE L'ÉGALITÉ

TRÈSIDEXCE I) K M. CIIOLDIKU

Après la lecture du jtrocès-vcrbal de la dernière séance, M. Voidel annonce cju'iin soldat, arrivant de Péronne, lui a assuré que le tiers au moins des cartouches cjue l'on distribuait aux soldats n'étaient remplies que de cendre. 11 demande et obtient que cette dénonciation soit portée au Comité de surveillance.

M. Mazlel. — Depuis que nous sommes dans Paris, nous n'avons fait encore que la révolution du 10 août. Depuis huit jours enfin, nous sommes organisés et nous formons un bataillon de 800 hommes; il ne nous manque que des armes. Ce n'est pas sans la jibis vive douleur que les fédérés ont vu que des citoyens de diverses sections se soient plusieurs fois présentés à la barre pour demander notre départ. Nous sommes les premiers à souffrir avec impatience qu'on nous laisse dans l'inaction; mais ce n'est que de ce matin qu'à force de sollicitations nous avons obtenu des casernes. Nous nous sommes adressés à M. Santerre pour obtenir enfin des armes. Quelle a été sa réponse? «Prenez des piques et partez. » Comment veut-il que do braves fédérés, qui ont affronté la mort au château des Tuileries, aillent s'exposer à l'artillerie ennemie armés de simples piques? Nous lui avons ensuite exposé l'élatde dénuement dans lequel se trouvaient beaucoup d'i nlre nous, et nous hii a\i>ns demandé de nous faindonner des souliers. 11 nous a répondu ipie des patriotes faisaient la guerre pieds nus, et n'avaient pas besoin de soidiers pour aller chercher l'ennemi qu'ils veulent combattre.

Ces réponses nous ont indignés de la part d'un homme qui passe pour |»atriote, et demain nous ferons une pétiticui à l'Assendilée nationale pour lui demander à être directement sous les ordres du pou-

1. Dnns l'original, cette séance est daléo i)ar crroiu' du dinianclic 7 st-ptciiibif. r.onune il est dif, à la fin du coinpli' rcnilu, que rAssciiiMrc s'ajourne au juin- .siiivfinl et f|ue la séance suivante tsi daféi- du dimanche 9 septenilire (le 9 seiifenihre \''.\-2 riait bir-n un diniam'iic , nous avons cru devoir datci' ci-lli' sr.incfli du samedi H aepleudire 1792.

voir exécutif, et non sous ceux de M. le commandant général de la garde parisienne.

M. YoiDEL. — Je monte à la tribune pour réfuter ce que vient de dire le préopinant. Sans doute il est possible qu'au milieu des occupations sans nombre dont il est accablé M. Santerrc ait fait, avec quelques mouvements d"humeur, les réponses que vient de nous raconter M. Mazuel, mais le patriotisme de M. Santerre est trop bien prouvé par trois ans de constance pour qu'on puisse le mettre en question.

Ciimme fédéré, je m'oppose de toutes mes forces à ce que vient de dire le préopinant, que les fédérés demandent à être directement ?ous les ordres du pouvoir exécutif: cela serait absolument intervertir l'ordre établi partout dans le service militaire, et les fédérés ne veulent ni ne demandent aucune exception.

J'étais présent à l'Assemblée nationale lorsque quelques commissaires de différentes sections sont venus demander que les fédérés partageassent avec eux l'honneur de défendre la patrie. Je n'ai vu dans cette démarche rien qui nous accusât de mettre de la répugnance dans notre départ.

M. MoËNiXE. — Je n'ai pris la parole que pour faire observer que notre frère Mazuel s'est laissé aller à un mouvement d'humeur contre M. Santerre, qui ne me paraît pas le mériter, car il est convenu que les fédérés étaient casernes et organisés, et cela par les soins de M. Santerre; je crois donc que, prenant en considération et le patriotisme connu de M. Santerre et l'humeur que vient de nous montrer le préopinant, nous devons passer à l'ordre du jour sur la dénonciation.

M. Mazuel. — Je n'ai nullement prétendu dénoncer M. Santerre; ce n'est pas une dénonciation que j'ai faite, je n'ai eu intention que de mettre sous les yeux de la Société les entraves que l'on met d'un côté au départ des fédérés, tandis que de l'autre on le sollicite avec acharnement.

La Société passe à l'ordre du joiu- sur cette discussion et accorde la itarnle au soldat annoncé par M. Yoidcl, qui répète les mêmes faits que lui; on demande qu'il lui soit nommé deux commissaires pour l'accompagner au Comité de surveillance. Cette proposition est arrêtée.

La Société écoute avec intérêt un soldat du régiment ci-devani Bourgogne, qui lui demande vm défenseur ollicieux pour olitenir justice. On arrête que M. Collot d'Uerhois, qui a déjà été chargé de cette

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iléfense, el qui même a fait i>liisieur> rapports à leur sujet, voudra hien leur continuer ses soins.

M. Le Fort. — Je viens dans le moment de visiter le département de l'Yonne. Jusqu'ici la Révolution s'y était faite d'une manirre très paisible. Les aristocrates s'ennuyèrent eux-mêmes de celte vie paisible, et ils troublr-rent, ces juurs-ci, la tranquillité dont ils jouissaient par le pari suivant : ils gagèrent qu'ils feraient baiser leur cl, en public, à l'aibre de la liberté. Ils choisirent pour cette opération le jour où, conformément au décret de l'Assemblée nationale, la garde nationale allait prêter, au pied de cet arbre sacré, le serment de maintenii- légalité, la liberté, de vivre libres ou de mourir. Trois d'entre eux, poussé- par je ne sais quel esprit de vertige, sortirent des rangs de la garde nationale, dans laquelle ils étaient, et vinient, en pi'ésence de tout le peuple, retrousser leurs habits et se donner des claques au pied de l'arbre.

Cette impudence échaufTa toutes les tètes; on voulut les assommer sur la place; on vint à bout de les entraîner à la municipalité iiour les mettre sous la sauvegarde de la loi. Le peuple vient bs demander à grands cris : la municipalité les refuse; bientôt la maison commune est escaladée; on entre par les fenêtres; l'un des coupables échappe, deux ont la tête tranchée.

Cet événement fit un très bon effet à Sens, où il réveilla le patriotisme, qui en avait besoin.

Dans la même ville, un citoyen, ne voulant pas marcher aux frontières, crut devoir résister à l'ordre qui lui était donné de livrer son fusil. La municipalité se présente à sa porte pour lui signifier cette loi; il se barricade, se met en état de défense; bientôt sa porte est enfoncée par le peuple irrité, et il paie de sa tète le refus de livrer .son arme.

Des personnes, se disant députées et envoyées par les Jacobins, se présentèrent au corps électoral pour lui demander que les électeurs ne fissent tomber leurs clioix ni sur des nujdcs, ni sur des prêtres. M. Le Peletier venait d'être nommé. Aussit«'it, posant -ur le bureau le bonnet rouge qu'il avait sur la tête, car c'était le cnslumc de tous les électeurs, de sorte que l'assemblée électorale semblait un cliamp de coquelicots, — posant donc le bonnet rouge sur le bun-au, il déclare ipic, bien ipii' la nominalion i|iit' MM. les électeurs venaient de l'aire en le cboisissant lût légale et le llallàt infiniment, cependant il les priait, dans le cas où ils croiraient encore pouvoir ne pa-^ le cboisir, <i raison de son litre daneicn privilégié, «le vouloir bien re^arilcr le

scrutin comme nul. D'une voix unanime le corps électoral confirma sa nomination, et les personnes qui se disaient députées des Jacobins eurent la lâche bêtise de faire des excuses à M. Le Pelelier, en lui disant qu'elles ignoraient qu'il eût été nommé.

Je vous prie, Monsieur le Président, de vouloir bien me dire s'il est vrai que la Société ait envoyé des députés aux corps électoraux, et qui sont ceux qui ont été chargés de cette mission auprès du corps électoral du département de l'Yonne.

M. LE Président. — La Société, Monsieur, n'a aucune connaissance de la députalion dont vous lui parlez. Sans doute, si elle eût pris cette mesure, elle n'eût pas fait tomber son choix sur des hommes assez faibles pour tenir la conduite que vous annoncez avoir été tenue par les personnes qui se sont présentées au corps électoral du département de l'Yonne, sous le titre de députés des Jacobins.

M. Le Fort. — Puisque la Société n'a envoyé aucune députation aux corps électoraux, je pense qu'il serait nécessaire d'écrire à celui du département de l'Yonne pour démentir la démarche des personnes qui s'y sont présentées coiume députées de sa part.

La Société passe à Tordre du jour, motivé sur ce que, n'ayant donné aucun pouvoir, elle n'a le droit d'approuver ni d'improuver lu conduite de citoyens, patriotes sans doute, mais que beaucoup de zèle et peu (le moyens avaient engagés à se charger d'eux-mêmes d'une mission au-dessus de leurs forces.

M. MoRAS. — Aujourd'hui que l'égalité et la liberté sont décrétées, il me parait souverainement injuste que les soldats de ligne reçoivent une paie inférieure à celle qui est accordée aux volontaires nationaux. Je demande donc qu'il soit fait une pétition à l'Assemblée nationale pour lui demander qu'elle abolisse cette différence, et accorde aux soldats de la troupe de ligne la même paie qu'aux volontaires.

M..., fédéré du Tarn. — I/Assemblée nationale s'occuitant à Tintant du moyen d'assimiler toutes les troupes de ligne aux gardes nationales, je pense que la pétition demandée serait absolument inutile. D'ailleurs, la différence de paie qui se trouve entre les volontaires et les troupes de ligne n'est pas aussi injuste qu'il le paraît au premier coup d'œil, si Ton considère que celles-ci ont le logement, le sel, et bien d'autres douceurs que n'ont pas les volontaires; que ceux-ci, après avoir rempli leur engagement de trois années, ne peuvent avoir l'espoir d'être employés, puisque, l'armée rentrant sur son pied ordinaire, les troupes de ligne seules seront conservées, ce qiù est un objet d'une très grande importance, car les volontaires, après avoir

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bien servi la patrie comme soldais, rentreront dans leurs foyers après avoir perdu ces trois années pour leur avancement dans leur état particulier.

Les prisonniers d'Orléans arrivent demain à Versailles au nombre dé cinquante-trois, pour y être jugés sur-le-champ; le détachement qui les accompagnait a ordre tl'y séjourner pour les garder: j"ai cru devoir annoncer cette nouvelle à la Société.

M. Moras nous a déjà éveillés sur le compte de la cavalerie, qu'il nous a dit être composée en [):irtie de mauvais citoyens. Je puis vous assurer, en conflrmalion de ce qu'il vous a dit k ce sujet, qu'un M. de Groy, député à l'Assemblée constituante, de Lille en Flandre, logé aux bains royaux, rue de Richelieu, qui a une maîtresse nommée ^jmc Pi'i,, 11 11,111 nie, rue de l'Échiquier, faubourg Saint-Denis, n" 8, au l" au-dessus de l'entresol, couche deijuis trois jours aux bains de la rue de Richelieu, depuis qu'on a lait les visites domiciliaires; cet homme s'est enrôlé depuis trois jours au district île Saint-Roch; c'est un chevalier du poignard, puisqu'il était au cliàteau lors de l'atlaire du 10 août. Son domestique attesterait qu'il a bridé beaucoup de papiers le lendemain de l'affaire du château, et vnilà l'un des cavaliers qui forment cette troupe.

.le demande donc que Ton fasse une pétition au Conseil municiital pour lui demander qu'il autijrise les sections à envoyer chacune deux commissaires à l'École militaire pour y véritier les eertiticats de civisme de chacune des personnes enrôlées dans la cavalerie.

L'assemblée étant très peu nondueuse, la question est ajournée au jour suivant.

La séance a été levée à neuf heures.

TJV SKANCK 1)1 DI.MA.NClli: !» SÉl'TÉ.MRRK , LAN 1 ' DK l/KliALlTÉ

Après la lecture du procès-vcrlial, M. Durhoznl i)ropose (pielques réih'xions sur l'importance dont il serait ipi'à dt-faut ties nu^mhres de l'ancien (Comité dt; correspondance, qui sont tous employés à divers postes où rinl»'i'è| pulilie l('s a piacé'^, la Sociél*' nuiiniiàl une coin-

I. Le iliir (le liiuy, ilii aux l'^lals ^;i'iiiT,iii.\ |tar la imlilrssr ilu liaillia;;!' «lu Qucsuoy, avait flnimc sa «Iriiiissinii \<- !"■ dirinihic ILS".» cl avail cmi;.:!!'.

mission de six membres qui pussent les suppléer pour entretenir avec les Sociétés afTiliées une correspondance dont l'activité est plus nécessaire que jamais. Il propose encore de faire une circulaire qui sera envoyée à toutes les Sociétés pour les instruire de l'état des esprits et des choses.

Ces deux propositions sont arrêtées.

Un gendarme se présente à la tribune pour se plaindre de n'être ]jas encore armé.

M. Deperret. — La gendarmerie nationale nouvellement formée demande des armes. Il me paraît complètement ridicule de voir sur l'épaule d'un soldat, qui n'est peut-être dans la garde nationale que depuis le 10 août, un fusil en bon état, tandis que ces braves soldats sont sans armes. Je crois donc qu'il serait possible aux sections de Paris de les armer, en faisant à la gendarmerie l'avance des fusils qui se trouvent encore dans chacune d'elles. J'invite donc tous mes concitoyens à en faire la motion, chacun dans leur section respective. {Applaudi.)

M... — La question à l'ordre du jour étant la discussion des candidats à porter à la Convention nationale, je crois devoir proposer M. Sergent, dont le patriotisme vous est connu à tous. Vous avez tous été témoins de l'activité qu'il a mis, depuis le commencement de la Révolution, dans toutes les places où l'ont porté le vœu de ses concitoyens. Après lui, je crois pouvoir vous désigner M. Lulier, qui, par un patriotisme bouillant, a mérité l'honneur d'être assassiné dans la section Mauconseil.

M. Deperret. — Puisque l'on discute ici les candidats, je vous proposerai M. David.

U7ie voix. — Il ne vaut rien.

M. Deperret. — Il ne vaut rien! Cela peut être aux yeux de la personne qui le dit, c^est à elle à le prouver. Quant aux miens, il est excellent. Il est, sans doute, parmi les artistes, un très grand nombre de bons patriotes; mais je crois qu'il serait difficile d'en ti'ouver un qui, à patriotisme égal, pût prouver un aussi grand talent. Je crois donc que ce serait rendre un hommage mérité aux arts que de porter à la Convention M. David.

Après lui, M. Gonchon, l'orateur du faubourg Saint-Antuine, mérite que les électeurs portent sur lui leur attention. Il faut de ces hommes forts de patriotisme dans l'Assemblée conventionnelle...

L'orateur est interrompu par l'entrée d'une compagnietl'hommes de couleur, qui s'est formée pour voler aux frontières repousser l'en-

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nemi de dessus une terre qui, la itremièrc, a reconnu les droits de l'honimc. Cette compagnie entre au bruit des tambours, et l'orateur monte à la tribune au milieu de vifs applaudissements.

L'orateur. — C'était aux Amis de la liberté et de Tégalilé qu'il a|>partenait de Sdllicitor, avec l'énergie dont ils sont capables, la réintégration de nos droits.

Témoins du zèle infatigable <pie vous avez toujours montré ilans toutes les occasions où il fallait relever lliomme de l'avilissement où le despotisme l'avait plongé, nous venons vous en témoigner toute noire reconnaissance, et, comme rien ne saurait mieux vous la prouver qu'en nous montrant les défenseurs de la liberté et de l'égalité, nous venons, Messieurs, vous offrir ce spectacle.

Oui, .Messiein'S,nous en serons tmijours les plus ardents défenseurs; nous avons eu trop à soulfrir du despotisme et de l'aristocratie pour ne pas nous exposer à mille morts plutôt que de voir ces fléaux de riiumanité se reproduire sur le sol d'où vous les avez détruits.

Tels sont, Messieurs, nos sentiments. Nous les déposons dans l'asile sacré des liommes vraiment libres; nous espérons que ce sera pour nous un titre à voiri' liiciiveillance, et, pcuu' uiioux aciiever de la mériter, nous volons aux coudrais.

M. LR Président. — Un préjugé barbare vous séparait des autres citoyens. Le peuple français a reconquis ses droits, il vous a rendu les vôtres. Aujourd'bui, les tyrans se liguent pour nous ravir la liberté et l'égalité; le tocsin d'alarme a sonné, la France s'ébranle; partez, frères et amis, allez grossir les pbalanges de la liberté; jurez de vaincre, et vous icvinidrcz vaiiMiumii's ; délcnilez vos droits, (pu soid les ui')tres, car nous sommes tous lièies.

La Société, a[qilaudissant au discours de l'orateur des noirs et à la réponse de M. le Seerélaire, faisant les buirtions de président, arrête l'iuipression de l'uu et de l'autre, préscule a la couipagnie «les liommes de couleui' un exliail du [(roci s-verbal de l;i ^é.ince, pour leur servir |iiès des Sociétés patiicjtiipies auxcpiellcs ils se présenteiont.

M. Miivds prononce un discouis éiiergi(pie sur la uécessilé île faire juger le roi par l'A-sendilée nationale, i/iiupres-ioii eu e>t deMiandt''e : la discussion, tant sur le Imid du discoiu's que sur l'impression, devient tumultueuse; eidiii l'Assendt^'o passe sur le li»nl à l'oi-die du jour, motivé sur ce que l'Asseudilée luitionale, ayant eonviKpn- une ( Idiis , iiliun [tdui- ')u:;er le mi, s'est déclarée ineonipaliMe '.

l. Il faut, sans iluulr lin' : iiir<ini}ii'lniti\

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M. Moras rappelle la motion, ajournée dans la dernière séance, au sujet de la cavalerie. Un membre de la section Mauconseil dit que cette section a envoyé des commissaires à M. Santerre pour lui communiquer ses craintes à ce sujet; M. Santerre leur a répondu que tous les certificats étaient en règle, bien qu'il crût que plusieurs pouvaient avoir été escroqués ; qu'enfin il n'y avait dans cette cavalerie tout au plus qu'une soixantaine de gardes du roi [mwmures), et que, ce corps étant de deux mille liomincs, la majorité serait bien en état de conduire cette minorité de mauvais citoyens.

Cette réflexion ne fait qu'appuyer la proposition de M. Moras, et on arrête qu'il sera rédigé, séance tenante, une adresse au Conseil municipal pour l'engager à ordonner la mesure proposée dans la séance d'hier, et à y ajouter celle de faire passer ce corps en revue devant le peuple, parce que beaucoup des individus connus pour suspects ne sont connus que de figure et non pas de nom.

Cette mesure est arrêtée.

M.-VoiDEL. — Les fédérés, réunis en bataillun, se sont présentés à l'Assemblée nationale pour demander des armes; nous en aurons incessamment, et j'espère que nous partirons dimanche. Je vous demanderai de m'accorder un diplôme de Jacobin, qui est un brevet de mort si je viens à tomiier entre les mains des ennemis. Je puis vous en assurer, vous allez en juger vous-mêmes par ce qui m'est arrivé, il y a environ trois mois, à Trêves.

Conduit à Trêves par mes affaires particulières, j'y fus arrêté par des éuiigi'és et conduit à la grand'garde, « Êtes-vous Français?" — Oui. — Où allez-vous? — Est-ce que vous êtes chargé de la police de Trêves? — Quel est cet insolent? Allons, marche. » Arrivés dans le Conseil, nouvelles questions. « Êtes-vous Jacobin? — Non — Votre nom? — Yoidel. — Quoi! ce Voidel du Comité des recherches, ce gueux qui a fait couper des têtes, incendier des châteaux? — Non, mais son frère; c'est-à-dire frère du député, car je ne crois pas qu'il ait fait aucune des choses que vous lui reprochez. »

A ce nom, qui semblait être la tête de Méduse, les émigrés pi-ésents à mon interrogatoire sortent, et bientôt quatre mille émigrés s'assemblent autour de la maison du gouverneur, et foruient une haie d'hommes armés ilc pistolets, de sabres, de poignards, au milieu de laquelle je fus obligé de passer en sortant de là. Je m'armai de deux pistolets, bien déteruiiné à tuer le premier qui s'approcherait de moi et à me briller la cervelle ensuite; mais ils se contentèrent de lâcher contre moi les propos les plus infâmes et à foruier le projet d'aller

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in'attendre hors la ville, sur le cliomin par lequel jo devais passer.

Je sors effeclivemenl, et, à une demi-lieue environ, je vois quinze cents de ces scélérats déterminés à m'attaquer. J'étais un peu embarrassé. Je demande au caporal de garde à entrer dans le corps de garde pour me mettre à Faliri jusqu'à la nuit : il me refuse. Une l'oule (rouvriers de toute espèce s"était amassée à ce spectacle; alors je m'adressai à eux, et leur expliquant les desseins de ces messieurs, et leur cause, tous me jurèrent de me protéger et de les exterminer. Alors je me sentis un peu plus fort. J'avançai avec mon cortège. Les autres avaient dis[)aru, et je parvins, au travers des bois, à Remighes, à sept lieues de là. Ils y avaient envoyé des émissaires, de sorte qu'à mon arrivée je ne fus pas peu surpris que de uie voir traîné par cinq à six cents hommes chez le commissaire des guerres, qui, après m'avoir fait mettre tout à fait nu, me demanda encore si je n'avais rien de contraire aux droits. Nouvel interrogatoire. « Êtes -vous Français? — Oui. — Êtes-vous Jacobin? — Non. — Mais vous avez un frère? — J'en ai deux. — Mais ils sont Jacobins? — Cela [leut être. » lùifin on me mit dans un cachot, en m'annonçant que je serais {tendu à huit heures. ElTectivement, à celte heure je vis arriver une garde de huit hommes, de sorte que je puis bien dire avoir souffert toutes les angoisses de la mort.

Je me trouvai fort heureux de n'être conduit que dans un cachot sans jour ni sans air, et où je restai vingt-six jours; ce fut là que, pur une espèce de miracle, je vins à bout de faire connaître ma situalion à M. Petion, qui, par l'entremise des ministres, alors patriotes, obtint ma liberté. Je sais ce qu'il en coûte d'être prisonnier chez ces monstres; je jure donc de ne jamais l'être, et je vous demande un diplôme i]ui soit |)Our moi un brevet de mort, si je tombe jamnis vivant entre- leurs mains.

Accordé. — La Société arrête l'impression de ce récit. La séance a été levée à lUMif heures.

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