‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 6 sur 131 · Tome IV · texte numérisé non relu

Tome IV

18 SOCIÉTK DES JACOBINS [19 juin 1792

M. Dumouricz sollicite la permission de rejoindre l'armée de Luckner.

M. Scipion Chambonas, ministre des affaires étrangères, apprend à l'Assemblée qu'il est patriote'.

Les autres nouveaux ministres viennent faire la même notification; on a été fâché pour M. Duranthon de le voir dans cette compagnie.

M. Lajard communique deux dépèches du brave Luckner. Ce général est entré dan? le pays ennemi, s'est emparé de .Menin, a été joint par l'armée de Dunkerque et marche à Courtrai, où il espère faire une grande manœuvre. Son armée s'organise du cùté des besoins, mais la discipline a de la peine à s'établir dans plusieurs corps.

On reprend la discussion sur l'importante question du mode de constater civilement les naissances, mariages et sépultures.

Plusieurs orateurs ont été entendus et ont éclairé cette partie de la législation du flambeau de la philosophie; mais aucun n'a mérité et obtenu de plus grands applaudissements que M. Goliier.

L'Assemblée apprend avec une indignation froide que le roi a mis son veto au décret sur les prêtres et à celui du camp de vingt mille hommes. La fameuse lettre* exphque sufTisamment ce dernier veto. Comme, en faisant annoncer cette résolution, le roi avait oublié d'envoyer rex[)édilion des deux décrets avec la formule constitutionnelle, on lui a rappelé ce devoir par un décret.

M. Real. — Encore quelques vetos, encore un sur le décret qui abolit les droits féodaux, et je demande qu'on mette au bas de la statue de Louis XVI : le restaurateur de la liberté.

Ouant à la lettre de M. de La Fayette, elle me rappelle malgré moi celte sentence du même homme : I/insurrectictn est le plus saint des devoirs. Devons-nous, dans la circonstance actuelle, faire luic insurrection? Comment devons-nous la faire? Ces objets me semblent mériter notre attention. La cour, dans ses démarches, n'a ni plan de conduite, ni vues suivies. Mettons-en tlans tuutes nos démarches, et alors nous serons toujours supérieurs à la cour.

l'ouiquoi l'Assemblée constituante, qui a posé les bases des droits de l'homme, n'a-t-elle pas également organisé l'insurrection? Il faut

I. Cliaiiibonas avait louiplact- DiimiMirirz avi iiiinisd'iv des allaircs l'-lraiiyiTos. lu \- juin 1192.

1. Il s"af,'il de la lettie <|iic La Kayrllc avait (•crili', le Kl juin IT.lJ, à l'Asscnil)léc li'-f;islaliv(! contre le chili di's Jacuiiins : ci-ttc Ifltrc, iiu' dans la séance du 18, auienn un débat violent.

que TAssemblée législative détermine ce point essentiel, et pour cela il faut organiser les assemblées primaires autrement que par la convocation.

M. DE Sainï-André. — Ce qui fait qu'on attache communément une idée défavorable à celle d'insurrection, c'est qu'on y attaclie celle de révolte, de carnage. Mais ce n'est que l'insurrection d'un peuple esclave qui est accompagnée de toutes les horreurs. Celle d'un peuple libre n'est qu'une expression subite de la volonté générale de changer ou de modilier quelques articles à la constitution qu'il s'est donnée. Il faut donc y avoir recours pour conquérir sa liberté, il faut y recourir pour la soutenir lorsqu'on est en danger de la perdre.

Mais l'Assemblée nationale peut-elle organiser l'insurrection? C'est, je crois, ce qu'il est difficile de lui accorder, car l'insurrection fait partie de la constitution. Il faut que le peuple établisse une nouvelle Assemblée constituante pour cet objet. Jamais peuple ne peut être privé du droit de changer sa constitution; et. Messieurs, en principe l'Assemblée constituante avait-elle le droit de fixer l'époque de la ' revision? Non sans doute. Je crois donc que, dans les circonstances où nous nous trouvons, l'Assemblée nationale doit déclarer la nécessité de convoquer une Convention pour reviser la constitution.

M. Chabot commence une opinion sur la lettre écrite à l'Assemblée nationale par M. La Fayette, lorsque quelqu'un annonce qu'on vient de faire lecture à l'Assemblée nationale d'une adresse des Marseillais qui offrent de venir à Paris au secours de l'Assemblée nationale, et que cette adresse donne lieu à des discussions importantes, qu'il est même question d'appel nominal'. Alors M. Hérault quitte le fauteuil et M. Chabot la tribune pour se rendre à leur poste.

Quelques membres offrent des observations sur la lettre du général La Fayette, lorsqu'on annonce qu'on vient de présenter à l'Assemblée nationale un arrêté du directoire du département de Paris tendant à dissiper les rassemblements d'hommes armés qu'il dit savoir être préparés pour le lendemain ^. L'Assemblée nationale a refusé d'abord d'entendre la lecture de cet arrêté, parce qu'en lui donnant son approbation ou en l'improuvant elle se chargerait de la responsabilité qui devait peser sur 1^ département seul.

Knfin les cris du côté droit ont forcé d'entendre cette lecture, sur laquelle l'Assemblée a passé à l'ordre du jour. [Applaudi.)

^. Voir le Monihur. XII, 710.

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