‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 52 sur 131 · SÉANCE DU LUNDI 17 SEPTK.MBHK, LAN 1- DE LÉGALITÉ · texte numérisé non relu

SÉANCE DU LUNDI 17 SEPTK.MBHK, LAN 1- DE LÉGALITÉ

PRÉSIDENCE DE M. CUOUDIEU.

[Lecture du proct'S-vcrbal et do la correspondance.]

M. Faucuet. — Frères et amis, on m'a dénoncé pour avoir, dit-on, demandé un passeport en faveur de Narbonne, concouru à son évasion, et dit du mal de Marat. Je n'aurai jamais besoin d'autre défense que de la simple exposition de la vérité. La voici :

Quelques jours après la journée du 10 août, sortant de la salle de l'Assemblée nationale pour aller au Comité de surveillance, je rencontre dans le passage une persfmnc qui me demande s'il serait possible d'obtenir du Comité un passeport pour Narbonne; je lui réponds qu'il serait plus facile d'avoir un mandat d'arrêt qu'un passeport. Je rapporte cela mot pour mot au Comité; on me répond qu'en effet le mandat d'arrêt vient d'être expédié ; je ris avec mes collègues du passeport qu'il a donné à cet ex-ministre. Du reste jafQrmai ;»u Comité dès lors, i-t jt' réitère à la Soci(Hé aujourd'luii, que je ne savais dû était Narbonne; que je n'avais aucune relation ni directe ni indirecte avec lui, et que, si j'avais su (tù il était, je l'aurais déclaré, alln ([u'ou allât le saisir. Lorsqu'on exposa à l'Assemblée les dilapidations quil avait faites du Trésor public, j'opinai très bautement pour le décret daccusation : car, autant je suis disposé à défendre celui ([ui est inculpé sans pleuve, aiilaul je suis zélé i\ poursuivre celui (pii est légitinu^nienl prévenu d'avoir Irabi ses devoirs. J'ai cru lonulemiis ipie Narbonne avait été saisi à Passy, et qu'il était en prison. J'ai été le dernier à savoir que c'était une erreiu- et (juil avait écbappé. Quand je le défendis au nom de fleux Comités, je ne lui avais parlé de ma vie; il venait d'être cbassé du ministère, comme ()|»posé aux trabis<»ns des Deiessart et des Hertnind et eouime odieux à la cour, dont il ne voulait |i;>s sei\ir la scélératesse. (ï'ê'tail à ce moment-là un titre de re-

conimandation pour les patriotes, et je cédai aux instances des Comités, qui, dans Texamen des griefs particuliers qu'on lui reprochait alors, n'avaient unanimement rien trouvé qui fût à sa charge. Lorsqu'on a découvert depuis et prouvé qu'il était un dilapidateur des deniers publics, je me suis levé contre lui et je suis devenu son accusateur. Frères, voilà ma conduite; elle est irréprochable, elle le sera toujours.

Quant à Marat, j'ai répondu aux deux citoyens qui me proposaient de faire à l'Assembéle nationale la motion de lever l'ancien décret d'accusation porté contre lui que le moment n'était pas favorable et que je n'y réussirais pas, attendu que, ce jour-là même, Marat avait fait afficher à la porte de l'Assemblée que ses décrets étaient des chiffons qu'il fallait fouler aux pieds, et qu'on devait établir le triumvirat. Je leur observai que j'avais, en 1789, pris avec zèle le parti de Marat à la Commune de Paris, lorsque La Fayette le poursuivait; que je le prendrais encore volontiers à ce moment, s'il n'eût point dépassé les mesures de la sagesse, et si son placard ne plaidait plus efficacement contre lui, auprès de l'Assemblée, que je ne pourrais le faire en sa faveur. Voilà tout ce que j'ai répondu. J'atteste la vérité de ceux qui en ont rendu compte, et la justice de la Société sur le bon sens de cette réponse.

Frères et amis, je ne suis pas de ceux qui parlent toujours d'euxmêmes avec éloge, et toujours des autres avec injure. Je pourrais me prévaloir à plus juste titre qu'eux d'avoir eu les principes d'un républicain avant la Révolution, et d'avoir, depuis la journée de la Bastille jusqu'à ce moment, plus fait d'œuvres pour la cause de la liberté et de l'égalité qu'ils n'ont dit de paroles. Je ne me vante de rien, j'ai fait mon devoir; je n'ui été d'aucune coalition, je n'ai pris part à aucune manœuvre; j'ai marché droit dans le service de la patrie, j'ai eu cause commune avec tous les amis et tous les frères. Il existe beaucoup de citoyens aussi purs que moi dans l'empire, mais il n'en est pas qui le soient davantage. Votre amitié m'est due; je la mériterai, je la conserverai toujours.

M. Desfieux. — Sans doute, la justification que vient de donner M. Fauchet est complète, si les faits qu'il rapporte sont exacts en tous points ; mais voici le fait que j'ai avancé contre lui : M. Dareau ', député, membre du Comité de surveillance, m"a dit que M. Fauchet s'était pré-

1. On lit daus l'original : Darroz: mais il n'y avait pas à rAsseuibléi.' législative de député de ce nom. Il s'agit évidemment de Jean-Joseph Dareau-Laulmdèrc, député des Hautes-Pyrénées.

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sente depuis la journép du 10 août à ce Comité, pour demander un passeport pour XarlMuiiit,'. Cu hruit, qui [irenait une certaine consistance, pouvait avoir pour M. Fauchet lui-même des suites fâcheuses, dans II' temps de crise où nous nous trouvons: j'ai donc cru qu'il était important de le dénoncer ici publiquement, a lin iiur. sil était fondé, M. Fauchet fût exclu de la Société, et que, s'il était faux au contraire, M, Fauchet pût le faire cesser entièrement en se disculpant, comme il vient de le faire.

Plusieurs voix. — A l'ordre ihi jour, à l'ordre du jour!

M. Terrasson. — J'entends demander l'orih-e du jour, (juand un membre de celte Société, un membre de l'Assemblée nationale, est inculpé. Comment se fait-Il que des amis de la liberté et de l'égalité se laissent aller à un tel excès de faiblesse? Il faut que. M. Fauchet ou son dénonciateur soit expulsé. Ne nous accoutumons pas à prendre ces demi- mesures qui ne conviennent qu'à des hommes qui craignent d'abordei- la vérité face <à face; ne laissons pas de nuages sur des personnes qui ont eu quelque réputation de patriotisme; éclaircissons tous ces faits, et ne craignons pas de juger les coupables, s'il s'en trouve. .Je demande donc que les faits soient éclaircis, vérifiés, et qu'on nomme deux commissaires pour faire celte vérilîcation au Comité de surveillance.

M, VoiDEL. — Je suis de l'avis du préopinant, mais si je pense, comme lui, (ju'il faut vérifier les faits, ([u'il ne faut laisser subsister aucun nuage, je ne |)ense pas comme lui que ce soit parce que M. Fauchet est membre de cette Société ou de l'Assemblée nationale. Sous le règne de l'égalité, cette justice est due à tout citoyen inculpé. M. l'auchet vous rend compte des conversations qu'il a tenues dans le Comité de surveillance sur le sujet relatif à Finculpation qui lui est faite; si des membres de ce Comité attestent Tixactituiie de ce rapport, il me semlileipie M. l'auelirt est pleinement justiti(' à nos yeux, et que nous devons faire retomber sur son dénonciateur toute la sévérité île notre justice. Je propose donc d'arrêter que M. Fauchet sera invité à se procurer l'attestation des membres du Comité de surveillance qui étaient l)résents lorsque les faits (ju'il vous a aiuioncés se passèrent.

M... — Quoi qu'il en puisse- être, je ne puis taire (|ue les patriotes de Marseille ont été indif,'nés, dans le temps, de savoir ipie M. Fauchet eût lil.iiielii .NarboiUK' qu.-ind loiilr l.i I-'imucc -.ivîiil que N.irbonnc était un traître.

M. Fauciikt. — .l'olivci vei-.ii d'iiJMird au luéopinant (puM-r n'evt pas Ui la (pipstion dont il s",i-it. <d (pi'en-uilr j'ai déjà éclairci ce l'ai! tl.ui-; cette miiue li'iliunr. Jai dit dan- le li-iups à mes coueilnyru- qui" ee

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rapport n'était pas mon ouvrage, mais bien celui des Comités de surveillance et militaire réunis. Je représentai même à ces Comités qu'entièrement étranger à la connaissance des délits militaires, j'étais moins propre que tout autre à faire ce rapport. Le temps pressait à cette époque; Narbonne n'était accusé que de délits militaires, et non pas des liaisons qui depuis l'ont rendu un objet d'horreur pour tous les bons patriotes; il venait d'être renvoyé du ministère, et ce renvoi paraissait presque pour Narbonne un brevet de patriotisme; on voulut que je me chargeasse de la lecture du rapport, voilà la seule part que j'y eus.

M. Deperi^et. — Je n'examinerai pas les détails relatifs au rapport que M. Fauchet tit à cette époque pour blanchir Narbonne, c'est à sa conscience seule cpie j'en appelle, et je ne fais aucun doute que M. Fauchet ne se soit reproché plus d'une fois d'avoir contribué à blanchir cet ex-ministre, à qui nous devons tous les maux que nous éprouvons maintenant, qui nous a assuré que nos places étaient dans un étal respectable de défense, lorsqu'elles étaient dans l'état de délabrement le plus affreux, qui a fait avec les Anglais un prétendu traité pour cent cinquante mille fusils qui, s'ils eussent été livrés, armeraient aujourd'hui les bras de cent cinquante mille patriotes qui ne peuvent offrir à la patrie que de stériles vœux.

M. Faucuet. — Ce n'est pas du tout là la question; à l'époque du rapport, les trahisons de Narbonne nous étaient absolument inconnues; les cent cinquante mille fusils n'étaient pas encore venus à notre connaissance.

M. Deperret. — Je n'ai pas prétendu, en vous soumettant mes réflexions, inculper en rien le civisme de M. Fauchet, qui depuis la Révolution a toujours développé un grand caractère de patriotisme, à quelques erreurs près, que sans doute il abjurera à la Convention nationale. (Applaudi.) J'ai voulu au contraire procurer à M. Fauchet l'occasion de se montrer à nous entièrement à découvert, et je conclus avec M. Voidel à ce que M. Fauchet fasse signer la déclaration qu'il vient de nous faire par les membres du Comité de surveillance qui étaient présents à sa conversation.

Plusieurs voix. — A Tordre du j<uir, l'ordre du jour!

M. Deperret. — Je m'oi)pose fortement à cet ordre du jour qu'invoquent sans cesse les âmes faibles. N'encourageons pas, par une telle faiblesse, les dénonciateurs qui viendraient, sans i)reuve, attaquer la propriété la plus précieuse à tout bon citoyen : l'estime de ses concitoyens; punissons le dénoncé, s'il est coupable, mais punissons le dénonciateur, s'il a été assez lâche pour dénoncer sans preuves.

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M. Desfielx. — M. Dareau, député à TAssemblée nationale, revêtu par conséquent d'un caractère respectable, me dit le fait dont je vous ai rendu compte, et me le certifie. Dans le même moment, le bruit courait que Narlionnc avait été arrêté, puis relâché par le moyen de M. Fauclict; j"ai donc cru qu'il élait du plus fj:rand intérêt, tant pour la Société que pour M. Faucliet lui-même, de faire part du tout à la Société.

M. Faucqet. — Je suis bien éloigné de croire que M. Desfieux ait eu aucune mauvaise intention en faisant ce rapport ; je dois même convenir (piil m'a rendu un trè^^ grand service en me procurant l'occasion de donner à mes concitoyens cette explication fraternelle. Je vais donc, suivant le désir que manifeste la Société, me procurer les signatures de mes collègues, et je demande que, sur le reste, on passe à Tordre du jour.

M. Rivage. — 11 existe dans cette Société, comme ilans celle de Strasbourg, un règlement qui oblige tout dénonciateur à communiquer le sujet de sa dénonciation à la personne qu'elle intéresse, avant de la rendre publique. Si M. Deslieux eût suivi cette marche, il se fût épargné la peine de nous faire une dénonciation vague, et il ne nous eût pas fait ainsi passer la moitié d'une séance à discuter des intérêts particuliers; je demande donc, avec M. Fauchet, de passer à l'ordre du jour, en improuvant toutefois M. Desfieux.

M. Depkrret. — Je suis d'un avis directement contraire à celui du préopinanl; certes M. Desfieux n'est pas coupable pour avoir rapporté dans cette Société ce que lui avait confié, sur le couqitc d'un de ses membres, un député de l'Assemblée nationale; mais s'il va un coupable, c'est .M. D.n-fau, lui ipii dit ;ivoir eniendu nu de ses collègues demander un passeport pour Narltonne, et ne l'a pas dénoncé sur-le-champ, dans la tribune de l'Assemliléo nationale, comme complice de ce traître. Si, comme M. Dareau ilil 1 ;i\oir été, j'eusse, moi, été t(''nioiii (i"iiiic It'lli' ilriii;iu(lc l'aitr |iai' lin di- mes collègues, je me serais élancé n la tribune pour le dénoncer, et je n'en serais descendu (ju"a|irês avoir olilenu coidri' lui un décriât d'accusation. Je dtMuande donc ipic. conlninicnirnl a relire (piil en a t'ailc Ini-uit'nic, M. Fanchet soit tenu de i-apporter les signatures de ses collègues, et ipi'il soit écrit, séance tenante, à M. Dareau, pour l'inviter ;i venir à la prochaine séance nous dire par quelle poliliipic, aprcs avnir gardé pen- (teuiianl huit jours le silcni'c sur une action inl.iuicdnnl il a vu nu Ai' SCS collcgues se souiller, il srinc sourdement la révélation dn tait (huit il dit avoir été Ic-inoin.

Les deux propositions, mises aux voix, sont adoptées à runanimité.

M. Laplancue. — Citoyens, il est des sensations qu'aucune expression ne peut rendre. Celle que j'éprouve en ce moment est de ce nombre. Je viens, au foyer des lumières et du patriotisme, prendre de nouvelles forces pour concourir à la régénération de l'empire français. Vous vous rappelez, sans doute, de m'avoir vu comme défenseur ofQcieux des officiers municipaux de Nevers. Les efforts que j'ai faits constamment pour propager le patriotisme dans le département de la Nièvre viennent d'être couronnés de la manière la plus satisfaisante pour moi : je suis nommé représentant du peuple à la Convention nationale. Si le fanatisme des prêtres hypocrites a fait de grands maux à la France, il ne tiendra pas au philosophisme d'un prêtre patriote ' de faire tous ses efforts pour les faire cesser. Je jure donc, et je dépose mon serment entre les mains des Amis de la liberté et de l'égahté, je jure de maintenir de tout mon pouvoir la liberté, l'égalité, et de mourir à notre poste, s'il est nécessaire. Je fais ce serment avec les sentiments d'un vrai Romain, et je le dépose dans votre sein. [Applaudi.)

M. DuBESSET. — Je viens avec empressement vous annoncer que tous les voleurs du Garde-Meuble, au nombre de dix, sont arrêtés [applaudi]., que tous les effets volés sont retrouvés. [Applaudi.) Je vous fais cette annonce d'après vingt-six gendarmes nationaux qui en font la proclamation à l'instant dans Paris, et que je viens de rencontrer. [Applaudi.)

M. Deperret. — Je crois que la municipalité de Paris et le Conseil exécutif provisoire ont le plus grand intérêt à porter le plus grand jour dans cette affaire. Sans doute les personnes qui ont pu méditer, exécuter ce vol, ne sont pas des voleurs ordinaires, et, si on suit avec soin le fil de cette intrigue, je ne doute pas qu'on ne trouve des ramifications entre ces voleurs et les personnes qui ont fait courir le faux bruit que les petits billets de parchemin n'avaient plus cours; avec les personnes qui ont voulu souiller Têcharpe municipale en s'en servant pour couvrir les vols qu'ils faisaient, à force ouverte, des boucles d'oreilles des femmes dans les marchés, et de l'argenterie dans les maisons. On trouvera même peut-être des ramifications entre ces voleurs et les personnes qui ont fait courir dans le corps électoral, il y a quelques jours, le bruit qu'une grande quantité de citoyens suc-

1. Jacques-Léonard Goyre-Laplanche, moine bénédictin, était, au moment de son élection à la Convention, vicaire de l'évèque constitutionnel de la Nièvre.

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combaienl, vicliint's .lun poison subtil, aux Céleslins, tandis qu'il n'y avait que quelques f(.'mmes as[jhyxiées.

Je prie donc, au nom de Tintérèt public, tous ceux de mes concitoyens qui m'entendent, et qui ont quelques relations soit avec la Commune, soit avec les ministres, de les engager à poursuivre cette affaire avec toute la diligence et la sévérité possibles.

M. DuBESSET. — J'appuie d'autant plus la motion qui vient de vous être laite que, dans les lieux publics, les propos anticiviques recommencent; on recommence à vendre de l'argent.

Les Marseillais sont ])artis depuis quelques jours, le reste des fédérés doit partir sous peu; l'aristocratie commence à relever la tête, et, je ne crains pas de le dire aux braves Parisiens avant de les quitter, mais ils n'ont peut-être pas pris assez de précaiutions contre les traîtres qui sont au milieu d'eux. L'approche du moment où la Convention nationale va se rassembler semble ranimer l'espoir des intrigants; c'est donc aussi le moment où tous les patriotes, où tous les vrais amis de la liberté doivent se serrer étroitement. Depuis le 10 août, le nombre des membres de cette Société qui assistent à ses séances est considérablement diminué; je regarderais comme une mesure extrêmement utile d'écrire à tous les membres pour les engager à redoubler d'exactitude à se rendre à ce poste, qui «cra toujours celui de l'honneur.

M. Deperret. — Depuis (pie le despotisme est renfermé dans la loui' du Temple, il est certain que cette Société ne s'est jamais vue si dégarnie. J'appuie donc la motion du préopinant, et je ne doute pas que l'invitation ne fasse un très bon effet. Sans doute, il est de la dernière importance que tous les bons citoyens se rapprochent. On ne peut pas se dissimuler, en effet, qu'il n'existe dans ce moment les intrigues les plus crimincdles contre la cai)itale. On ne peut douter cpi'il n'existe un paili donl le plan est de l'aire coaliser le .Muli de la Kran<:e pour abandoiuier le Nord à ses propres forces. Mais, je vous le demande, vils intrigants (jiii ne voyez. <pie V(dre intérêt personnel, lorstpie la capitale a fait la journée du I '< jnillel 17S!», lorsqu'elle a fait celles des l\ et (» octobre, lors(ju'elle a fait la joiiiiii'e du 10 aoi'lt, lors(pu', dans ce moment encore, elle envoie au uoid, à tdie seule, une armée de jilus de cinquanle mille luMunu-s; ipiand le Nord se défend contre des eunrniis riond)r(Mix, |ire>(|U(' aviM' ses propres hjrces, je vous le ileniaiide. dis-je, (pud inl(';rèl |HMirrail porter le Midi à rechcrchei' cette espèce d'indépendance (pii le niellrail bientôt dans Tesc lavage?

Ci-iix qui \euli'iil riuib'-peinlaiicc du Midi \>iilenl la baui|ueidule.

Ceux qui veulent la banqueroute veulent la dissolution de l'empire. Ceux donc qui osent dire que la Convention nationale, que le centre de l'administration ne doivent pas rester à Paris, sont des traîtres qu'il faut démasquer et punir. Paris a commencé la Révolution : il la maintiendra, il l'achèvera. Il faut que les habitants du Midi apprennent que, le Nord une fois au pouvoir des despotes, leur liberté n'est plus qu'un songe.

On répand encore le bruit que le peuple de Paris est avide de sang. Et s'il était vrai que ce peuple aimât le sang, les lâches qui sèment ces bruits perfides existeraient-ils aujourd'hui? Loin de moi donc l'idée de cri tiquer les derniers châtiments infligés aux grands coupables : ce qui a été fait est bien fait; mais loin de moi aussi l'envie d'attribuer au peuple de Paris des idées sanguinaires.

Un des moyens de rallier tous les bons patriotes est sans doute de rendre à cette Société toute l'activité avec laquelle elle a contribué au maintien de la liberté. Des hommes qui avaient quelques talents s'en éloignent, et semblent se reposer sur quelques travaux utiles à la chose publique. Je sais qu'il est indispensable pour nous de nous rendre dans nos sections, mais la journée d'un patriote doit être tellement distribuée qu'il trouve du temps "pour tout. Donnons à nos occupations journalières jusqu'à cinq heures; rassemblons-nous ici depuis cinq jusqu'à huit; reportons à cette heure, chacun dans nos sections, les lumières que nous aurons puisées dans cette communication de lumières, et alors, à la fin de la journée, nous pourrons nous appliquer le mot de Titus.

Mettons à tous ces travaux un zèle que rien ne rebute :1e modéranlisme est un crime en temps de révolution. Ne jugeons personne, n'itlolâtrons personne : un vrai patriote ne peut accorder qu'une estime quotidienne. Rejetons loin de nous quiconque vient nous parler de tel ou tel individu, et ne nous fions sur personne du soin de nous sauver; que l'activité et le courage ne nous abandonnent pas d'un instant.

M. Fauchet rapporte les signatures de MM. Merlin, Basire et Montaut, qui attestent l'exactitude des faits contenus dans les déclarations qu'il a faites à la Société.

La Société nomme deux commissaires pour entendre les dépositions d'un déserteur autrichien, en faveur duquel elle ouvre une collecte, et accepte l'offre qui est faite, par une citoyenne des tribunes, d'un lit et de la table.

La séance a été levée à neul' heures.

304 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [19 sept. 1792J

SÉANCb: DU MERCREDI 19 SEPTEMBRE, L'AN P' DE L'ÉGALITÉ

PRÉSIDENCE Iti: M. CHOUniEU

Après la lecture du procès-verbal, M. Lv Forl lit l'extrait de la correspondance, dans laquelle une lettre de M. Charles de Hesse, qui accuse M. Montesquiou de plusieurs faits graves, attire l'attention de l'assemblée. (Voyez la Correspondance, n° lOG.) La proposition faite par M. Panis de renvoyer cette lettre au Comité de surveillance de TAssemblée nationale est arrêtée à l'unanimité.

M. VoiDEL. — D'après les différentes plaintes adressées à plusieurs reprises à la Société contre M. Montesquiou, et d'après la lettre de M. de Hesse, dont nous venons d'entendre la lecture, il me semble que non seulement M. de Montesquiou est coupable, mais il me paraît encore qu'il ne l'est pas seul, et que son état-major doit nécessairement partager ses sentiments, sans quoi il lui serait impossible de penser à se donner tant de torts; je crois donc qu'il serait prudent do demander le licenciement de cet état-m.ijor.

M. La Faye, président. — M. Simond, de Strasbourg, qui est dans votre sein, demande à vous faire part de sa nomination à la Convention nationale. {Applaudi.)

M... — Je vous annonce aussi que vous possédez au milieu de vous les citoyens Grégoire et Bancal, vos frères, nommés égalcnienl à la Convention nationale. (Applnufll.)

M. SiMOND. — Ce que vous a dit M. Il' Pi'ésidcnt est très vrai : je suis nommé à la Convention nationale, et ce qui est encore très vrai, c'est que j'en suis fort content : je le dis avec franchise, piirce que, dans le siècle de la liberté et de l'égalité, il n'y a qu'un hypocrite qui uv puisse pas ambitionner de remplir la place iuii)ortanle de représentant du peu|»Ie, je le dis donc franeheuicuil. J'avais senti le siècle de la liberté arriver plus do ilouze ans avant la Riholulion: depuis (pi'ellc est faite, j'ai aniiiilioniie de dovtMiir- repn'seiitaiit : mon désir est satisfait, je suis très e(Uiloul.

l-',n fpiillant SlraslKjurg, j'ai juri- de faire mon possible |iour i)er- |)éluer le réune- do l'égalité, car je n'ai jamais recoiniu f[uo trois manières utiles d exister dans la sociél''. Il n'y a d'utiles ipic ddis classes

de citoyens : celle qui habille l'homme par l'exercice de quelque art utile, celle qui le nourrit par l'agriculture et celle qui le défend dans le métier de la guerre. Otez ces trois manières d'exister, toutes les -autres seraient inutiles dans une société bien organisée, et ceux qui les exercent pourraient ne pas exister qu'on ne s'en apercevrait pas.

L'année dernière, ayant fixé ma résidence à Strasbourg, je fus reçu Jacobin et je prêtai le serment que prête tout Jacobin, de vivre libre ou de mourir; cette année, en partant du corps électoral, j'ai pris un nouvel engagement, celui de poursuivre un intrigant partout oii je le trouverai, de m'attacher à sa perte plutôt qu'à celle d'un aristocrate.

Il y a deux sortes d'hommes qui m'ont toujours déplu dans la législature actuelle : ceux qui ont voté pour La Fayette, et quelquesuns de ceux qui ont voté contre lui. 11 me semble même que les appels nominaux qui ont été faits ne sont qu'un raffinement de cliarlatanerie pour aider la cause de La Fayette et donner à quelques intrigants un moyen sûr de se populariser. Deux sortes de gens ont opiné pour La Fayette, les aristocrates et les sots ; or, comme ces deux classes réunies formaient la très grande majorité dans la législature, les plus fins se sont dit : laissons aller les appels nominaux, la cause que nous favorisons triomphera, et nous nous serons donné un renom de patriotisuie, une réputation de popularité.

Je préviens que dans ces réflexions je n'indique personne, que d'ailleurs tel homme qui me déplaît infiniment aujourd'hui, s'il se prononce bien demain à la Convention nationale, aura mon approbation ; s'il continue à se bien conduire une longue suite de temps, il aura droit à mon estime, car l'estime n'est qu'une approbation continue.

Une chose très essentielle à savoir, c'est que dans toute assemblée il se trouvera toujours trois sortes de personnes : des aristocrates, des patriotes, et de ces gens qui ne sont ni aristocrates ni patriotes, qui, avec du talent et de l'intrigue, sont tantôt l'un, tantôt l'autre, suivant les circonstances. L'aristocrate n'est pas dangereux, le patriote est intéressant, et ces métis du patriotisme et de l'aristocratie sont les seules êtres vraiment dangereux et qu'il faut surveiller sans cesse, parce que, sans cesse occupés de leur intérêt personnel, l'intérêt public n'est jamais pour eux à l'ordre du jour, et qu'à l'aide de leurs talents et de quelque apparence du patriotisme ils mettent les vrais patriotes dans un état fatigant d'anxiété sur leur compte.

Roppelez-voiis la journée du 10 août, journée politique j'entends, et que je fais durer huit jours. Vous avez vu les patriotes de tous les ToMK IV. 20

306 SOCIÉTÉ DES JACUUI.NS [IMsii-t. l7!t-2]

masques se jeter ;i corps perdu sur la cour, et cependant la cour, Narbonne et La Fayette, avant cette époque, avaient commis tous le> crime- qui les ont jetés dans l'abîme où ils se trouvent plongés. Kli bien, citez-moi, parmi tous les grands patriotes de l'Assemblée législative, un seul liomme qui, en tout temps, se soit fortement et constamment prononcé contre la cour, La Fayette et Narbonne. Vous n'en trouverez pas un : ils ont tous fait comme saint Pierre, qui suivait de loin Jésus-Christ à sa Passion, et qui le renonra lorsqu'il crut qu'il n'était plus bon ."i licn.

.le di- el j<' réprli^ que ceux qui (uil b' plus préjudicié à la chose publiipu^ sout ceux (pii, feignant d'attaquer la cour et ses complices sans les terrasser, se sont fait luie réputation de popularité en laissant toutefois sur b's crimes de la cour nu voili» qui empêchait Ir peuple de pouvoir se prononcer parce (pi'il n'y voyait pas assez clair, llappelez-vous la journée du 20 juin, où les patriotes ont échoué, car il faut en convenir aujourd'hui, et où ils ont échoué par ce défaut de maturité dans la connaissance du peuple sur les crimes de la cour. Lh l>ii;n, si la journée du 10 août eût été effectuée ce même 20 juin, nous n'aurions pas perdu toutes les provisions qui sont tombées au pouvoir de l'ennemi, nous serions entrés en Flandre, nous n'aurimipas donné deux mois aux préparatifs des Prussiens et des Autrichiens, que nous chasserons très aisément sans doute de la terre de la liberté, mais qui l'ont souillée enfin. Eh bien, vous rappelant tous ces faits, ne serez-vous pas forcés de convenir (pie tous ces maux sont dus à ceux qui, coimuissant les crimes de La Fayette et de la coiu\ ont cherché à les innocenter, ou du moins n'ont pas mis au grand jour tout ce qu'ils en savaient, et ont (-(tncouru par là à tenir en suspens sur les grands coupables l'opinion d'un très grand nrjmbre de bons citoyens à qui il ne mampjait que des lumières pour se joindre, avec les excellentpatriotes, contre Narbonne, La Fayetb; et la cour?. le ne j.uis pa'* dire (Hii a l'ail cela, paL'cc <pie, n'Iiabilaul pas cette ville, je suis peu au courant des personnes; mais je dis (pie cela a été fait, afin <pie les I*arisiens, (pii c(»muussent les visages, puissent fixer leurs opinions sur ceux eu (|iii ils croient pouvoir se coutier.

Mai- eulin le uial est fait, il faut songer à le réparer, et, grâce à l'éner^^ie avec h'upielb; le peuple français se prononce parbmt, il y a lieu d'espérer que ce ne sera pas très long. Les troupes étrangères, il {•v| \i-ai, occiipiul nu nu (b ii\ depaiti'ments, les Autricliiens désolent nos frontu-res. pillent, tueut, volent, se conduisent enfin comme les véi-italileK sat(dlile- de b'ri,i;ands couronm''s; mais nous avons été surpi is (!'• loule- pari- par la tralii-nn de ce pouvoir exi-culil' qu'heiireu-

sèment nous avons séquestré dans la tour du Temple; mais «le toiites parts les troupes se prononcent avec une uniformité «le courage propre à donner la plus belle espérance.

En venant ici, j"ai rencontré plus de soixante mille hommes de troupes françaises, tant volontaires que troupes de ligne. Celles de ligne sont clans un très grand état de délabrement quant au vêtement, à la chaussure; elles sont en général assez bien nourries, bien portantes; mais, quoique sans souliers, ces soldats sont gais, dispos, ne se plaignent pas, et n'ont à la bouche d'autre mot que : Ça ira.

Avant- hier, MM. Kellermann et Valence, commandant environ trente-cinq mille hommes, se préparaient à joindre «lans la journée M. Dumouriez; ils paraissaient ne pas douter de l'impossibilité de la part de l'ennemi d'empêcher leur jonction. « Nous ne pourrions pas, m'ont-ils dit l'un et l'autre, garantir tous les officiers possibles, quoique nous soyons sûrs que la très grande majorité en est bonne et que ceux que nous employons sont excellents, mais nous nous rendrions garants du patriotisme et de la bonne disposition de chaque soldat individuellement. »

Nous avons rencontré quarante- cinq ou cinquante bataillons de volontaires, tous chantant, gais, et ne s'écartant pas d'une toise du grand chemin, ne faisant pas le moindre gaspillage, et c'est un grand plaisir que d'avoir ce témoignage à rendre à la nation française, que peut-être est-elle la seule qui puisse fournir l'exemple d'une marche de neuf à douze cent mille hommes armés, sans le moindre dégât; au lieu que, dans l'armée ennemie, ils comptent maintenant quatorze à quinze mille malades de dyssenteries, de fièvres, suite des vols, des brigandages qu'ils ont commis, et de la vie licencieuse qu'ils ont menée.

Je me suis bien écarté de mon sujet, car je vous ai fait tous ces détails en vous demandant la parole sur la lettre de M. de Hesse pour vous faire à ce sujet une seule réflexion sur M. Montesquiou : c'est qu'il me paraîtrait infiniment à craindre qu'il ne fit en Savoie une entrée semblable à celle que La Fayette a fait faire à Luckner dans le Brabant : car, d'après la lettre qu'il écrivit à la Société de Marseille sur les Jacobins, il est évident que Montesquiou était ou un ignorant ou un traître; et, l'un ou l'autre étant également dangereux, je demande que cette lettre soit communiquée au ministre, car il est important de ne pas laisser un intrigant dans celte partie où, avec une force très peu considérable, on peut entrer d'une manière imposante.

M. Chabot. — Pour m'attirer votre attention, je dois commencer par vous dire que M. Simond n'a pas pensé à tous les ennemis que La

308 SOf.ll^:Tl': DES JACOlilNS [IOskpt. IT;i2J

Fayette avait dans l'Assemblée naliunale. Outre M. Le Coinlre et le trio cordelier, il en était encore au moins une cinquantaine qui auraient attaché le grelot, s'il avait été question de le faire, pour démasquer La Fayette.

J'ai appris que M. Fauchet vous avait été dénoncé comme ayant demandé un passeport pour Narbonne, et qu'il avait apporté, pour se justifier, un certificat des membres du Comité de surveillance. Je n'étais pas au Comité lorsque M. Fauchet a demandé le passeport; on (lit qu'on lui en avait demandé un ; mais jr sais que M. Bernard («le Saintes), président de ce Comité, m'a dit que M. Fauche! avait contribué à faire échapper Narbonne; j'appelle en témoignaiie de ce fait M. Loys cadet, et je demande que la Société écrive à M. Bernard (de Saintes) pour le prier de lui communiquer ce qu'il sait sur cela.

Je reviens à M. Simond; je puis lui assurer que, bien loin que les appels nominaux aient été le fruit de l'intrigue, ils ont, au contraire, toujours été le produit des eflbrls de la haute Montagne, et si ces appels ont été publiés, c'est moins pour engager les électeurs à nommer ceux qui avaient voté pour la bonne cause que pour leur indiquer ceux qu'ils devaient éviter de choisir.

Quant à la lettre de M. de Hesse, il est inutile de la renvoyer au ministre, car le ministre, indépendamment de cette lettre, sait fort bien qu'a la Commission des vingt-un M. Montesquiou a «léclaré que, si la déchéance était prononcée, il ne répondait pas de son armée. M. le ministre Servan n'ignore pas non |ilus (pi'il m'a dit lui-même tpie Montesquiou était, à ses yeux, plus coupalde que La Fayette. Pourquoi donc, dira-t-on, le ministre a-t-il conservé cet homme? J'entends, autour de moi, dii-e que cela est dû h la faiblesse du ministère. Non, c'est la faiblesse de l'Assemlilt'e nalion.ilt' (pi'i! faut en accuser, c'est <'i la faiblesse des commissaires (|u"elie a envoyée (pi'd faut s'en prendre.

Je sais bien que, si Montesquiou n'était pas un sceléi'at, il serait déjà entré dans le Piémont, car il sait bien (pie Paoli n'attend que ce moment pour se jeter sur la Sar.daigne. Il est donc évident, à mes yeux, (pie MontesqiMou est brauç(»up ])liis cnupable (pi(; La Fayette.

(Ju'a lait La Fayette? Il ;i l'ail maM(pier- l'opération >\\\ Hr.ili.mt, et voulu marcher sur Paris. l*our m;iii(|uer I iuvcision ilii Hrab.iid, il avait au moins le prét(^xte du très petit uombi-e lU^ troupes (pii étaient <'i sa disposition, au lieu (pi.i nue arnn'e iiomlirense et bien disciplinée Montesquiou joint la ressourct; d»; di-ux millions d'hommes armés de ces dé|»aitemeids méridionaux, (pii ne demanilent i|ii'à le suivre. Il est plus scélérat (jue I^a Fayette, car celui-ci n'a pa> o-é vous dire

qu'il avait en tète de nombreux ennemis, au lieu que Montesquiou a menti à la France en disant qu'il avait soixante mille hommes, quand il est faussissime [sic) que la Savoie puisse, dans le plus haut apogée de sa puissance, armer plus de vingt mille soldats.

Montesquiou est plus scélérat que La Fayette, car je regarde comme plus criminel qu'un scélérat celui qui vient flagorner un homme qu'il n'a cessé de mépriser dans tout le cours de l'Assemblée constituante. Au reste, quand il passera à l'ennemi, car il y passera, nous pouvons être tranquilles, il se trouvera des hommes d'un mérite au moins égal au sien qui prendront sa place.

Je vous ai dit que la cause de notre détresse venait de la faiblesse de l'Assemblée nationale, car les commissaires ont entravé la marche du pouvoir exécutif à l'égard de ces généraux, qui sont plus que douteux pour nous. N'adressez donc pas cette lettre au ministre, car elle ne lui apprendrait rien ; ne l'adressez pas non plus à l'Assemblée nationale, car elle n'en fera rien : adressez-vous à la Convention nationale, de qui nous devons attendre le remède à tous nos maux; portezlui votre vœu, pour que le patriotisme soit à la tête de toutes vos affaires; dites-lui de purger tous les commis de la nation, depuis le général d'armée jusqu'aux balayeurs de l'Assemblée nationale, qui pourraient n'être pas bons patriotes; pressez le moment où il n'y aura plus de distinction entre les troupes de ligne et les gardes nationales; pressez-la même de remettre la nomination des ofTiciers, même celle des généraux, aux soldats de la nation, et soyez sûrs que les soldats ne choisiront pas pour chefs des ignorants ou des traîtres.

Du moment que la Convention sera assemblée, il faut que les Parisiens attirent la surveillance sur toutes ses opérations : car, lorsque nous sommes venus à la légistature, nous étions au moins six cents de purs, et, aujourd'hui, sommes-nous six cents qui ayons mérité votre estime? Quand tous seraient d'ailleurs aussi purs que les Petion et les Robespierre, je vous dirais encore : « Surveillez-les, non pas avec des piques, mais en appelant sur leurs décrets toute la surveillance et la critique du peuple. »

M. Riva(;e. — J'appuierai d'un exem[)le ce que vient de dire M. Chabot sur la nécessité indispensable d'ôler tout commandement aux cid vaut nobles tant soit peu suspects et de faire nommer les officiers par les soldats.

Un sous-officier du ci-devant régiment de Saintonge avait tellement l'estime de ses camarades qu'aussitôt le moment où parut le décret qui réglait l'avancement des sous-olficiers ils le portèrent au graile de lieutenant, et, au bout de six mdis, ayant occasion de revoir ce régi-

310 SOCIÉTÉ DES JAColîl.NS [19 sept. 179!2J

ment, ses camarades me disaient tous, on me parlant de lui : « Voilà notre père, notre ami à ton?, qui prend l'intérêt du soldat comme un père prend celui de ses enfants. » Et la confiance en lui était extrême. Je regarde donc cette mesure comme très bonne à proposer, et je la recommande à ceux de nos frères qui vont rester auprès de la Convention nationale.

M. SiMOND. — Un des préopinants vous a dit que Monlesquiou pouvait, avec quinze mille hommes, entrer dans la Savoie; il ne vous a pas induit en erreur : <ar la Sardaigno ne peut [tas ai mer de grandes forces avec son petit revenu de quinze millions à jieu |)rés. Calculant sur la même base, vous verrez que lempereur ne peut comptei- de revenu que cinquante millions, et la Prusse soixante à soixante et dix. Je vous le demande : quelles sont les troupes que ces puissances peuvent entretenir avec d'aussi faibles moyens? Quand l'empereur a acquitté ses charges, il lui reste environ onze millions; or, si l'on s'en rapporte aux données connues, il faudrait avoir trois fois trente milliuns tie rente pour payer seulement les soldats qu'il a sur pied maintenant, sans compter les trains d'artillerie et autres dépenses.

Que faut-il induire de là? Il faut en induire, mm pas une défiance de nos généraux, non pas une méfiance i\u pouvoir exécutif, mais il faut en conclure (pie les elTorts immenses que fait l'empereur dans ce moment sont le produit des fonds que lui a fait passer M"° Veto, et que c'est nous qui ])ayons nos armées et celles (|ue nous combattons.

M... — On me paraît avoir [lassê un peu légèrement sur la nudion faite par un des préopinants de faire nommer les généraux par les soldats. Rappelez-vous les armées romaines et toutes celles qui ont nommé leurs généraux : vous verrez que toutes ont été des armées factieuses; vous verrez que César, que Sylla, avaient chacun leurs armées. 11 est temps enfin de donner nu gouvernement cette unité d'ensemble, ce poiul iinii)ni' d'excculiou ipii seid peut garantir à Ions les individus cpii vivent sous un gouvernement lexercice des droits imprescriptibles et inaliénables de l'homme. Il faut (pie la (^ionvention natitmale soit ce point de réunion, qu'elle soit !'■ h'vier (pii remue toute la machine politique, (ju'ellc seule nomme les généraux. Elle saura sans doute (piel cas elle doit faire d'un Enckiier, d'un Montesquiou, et peut-être il'iin .\rlliiii' Diilon. Je demande donc <pie la Société ajoiinie la qiie<liuii pi(q)ovêe >ui' l.i nuniin.-il iuii des yêui'raux à faire par les xddats.

M. .MoHAS. — Lors(pie M. Chabot vous a parlé de M. I'au( bel, j"ai laissé échfiit|Mr que j'espérais (pie ce M. Fauchet serait chassé de la Convention natinnnle. .luge/, si j'ai en tort : M. Dareaii m'a dit (pie le

[19 SKPT. J7!»2: SOCII'TÉ DES JACOFJINS 311

certificat tiue M. Fauchet vous avait apporté était signé de trois nieiiibres du Comité qui n'étaient pas présents à la séance dont il esL (juestion dans le certificat.

M. VûiDEL. — Ce qui me paraît évident, c'est que M. Fauchet, et peut-être même le Comité entier, est en faute dans cette circonstance: car, du moment où M. Fauchet disait qu'on lui avait demandé un passeport pour Narbonne, il est clair qu'il avait parlé à quelqu'un qui aurait pu lui indiquer où était Narbonne, et par le moyen duquel on aurait pu conséqiiemment l'arrêter. Si M. Fauchet a commis cette faute, le Comité s'en est également rendu coupable, soit vis-à-vis cet homme, soit vis-à-vis de M. Fauchet lui-même.

M. BoisSKT. • — J'ai parlé hier à un membre du Comité de surveillance qui était à côté du président du Comité lorsque M. Fauchet se présenta pour demander un passeport pour Narbonne. Le président lui répondit : « Monsieur, il serait plus facile d'obtenir dans ce moment un mandai d'arrêt, car il y en a un d'expédié. — Eh bien! il faut faire lever le mandat », lui répliqua M. Fauchet, Alors, le président l'interpella et lui dit : « Mais, [)ar votre demande, vous prouvez que vous savez où est M. Narbonne, et, certainement, vous nous aiderez à le trouver; déclarez-nous-le. » Alors M. Fauchet, s'étant replié dans des discours vagues, dit qu'il ne croyait pas s'être engagé si sérieusement par celte demande, qu'il n'avait pas faite en son nom, mais au nom d'une personne qu'il ne connaissait pas, et qui l'en avait chargé. Je demande donc que, si ces faits sont vrais, M. Fauchet soit chassé de la Société.

M. SiMOND. — Je vois bien là-dessus quelque chose poiu'la Société, mais rien pour le bien public, car, si le l'ail est vrai, qu'importe à M. Fauchet d'être ou de n'être pas Jacobin? Je désirerais donc qu'on prît tous les renseignements possibles, et qu'ensuite, s'il est prouvé que M. Fauchet se soit rendu coupable de cette trahison, il soit dénoncé à l'accusateur public, pour qu'il le poursuive : car, certainement, l'homme qui, après le 10 août, va solliciter un passeport pour un homme aussi connu que Narbonne, est bien justement soupçonnable d'être son complice.

On arrête, sur la proposition de M. /./ Fai/c, ((u'il sera écrit à MM. Dareau et Loys pour les interpeller de donner sur cfs laits toutes les lumières qui seront à leur connaissance.

La séance a été levée à neuf heures et demie.

312 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [21 sept. 1792]

SÉANCE DU VENDREDI 21 SEPTEMBRE, LAN I- DE L'Ér.ALlTÉ

PRÉSIDENCE DE M. CHOUDIEU

Apre? la lecture Hii procès-verbal de la dernière séance, M. le Président engage M. Loys jeune à rendre compte des faits dont il peut avoir connaissance relativement à la dénonciation faite contre M. Fauchet.

M. Loys assure tenir de M. Dareau que réellement M. Fauchet s'est présenté au Comité de surveillance pour y solliciter un passeport pour Narbonne, et que M. Bernard (de Saintes) l'accusait d'avoir contribué à l'évasion du prévenu.

M. Tallien. — Je ne puis donner sur M. Narbonne que deux faits : l'un qu'il était à Paris le 10 août, l'autre qu'il en est sorti avec un passeport signé au moins de quelques membres <lu Comité de surveillance.

Chargé par la municipalité de conduire hors des barrières M"" de Staël, qui avait été amenée à la maison commune, elle me dit pendant la route : « Narbonne est maintenant en sûreté : il est en Angleterre, où il s'est rendu au moyen d'un passeport. » Comme je fis quelques questions au sujet de ce passeport, elle se retranclia dans des propos vagues, du moment qu'elle s'aperçut que mes questions pouvaient avoir un antre but que le désir de satisfaire la sinqtic curiosité. Quant à M. Eanciiet, je ne sais rien d'assez positif sur son compte pour pouvoir rien dire (pii put le disculper ou di|)0ser contre lui.

M. Dei'EUHET. — !)<■ ipichpie manière que ces faits s'éclaircissent, il est toujours bien sc.inilaleux de voir l'évèipie du Calvados jouer un rôle si bas (lue celui de justifier M. Narboniu' dans toutrs les circ<uistances; de voir l'évèipie du (]alvad(js inti-iguer sans cesse dans le boudoir de M""" de Starl, d(»ut le nom seul rappelle l'idée (b- la jdus intriganli; di; t^nlis 1rs Icinuics. .le demandf donc (|nr, ponr sortir rnliu de frite pénible et dé.iAontaute discussion, la Société nomme sui-le-cli;nnp deux commissaires qui se rendront chez .M. Rernard (de Saintesj ù 1 idltl de recevoir sa déclaration, pai- oui mi p.ir nnn,

sur la question suivante : M. Fauchet a-t-il demandé au Comité de surveillance un passeport pour Narbonne?

M... — J'interpelle M. Tallien de nous dire positivement, puisqu'il se trouvait à la maison commune lors de l'arrivée de M"" de Staël, quel était l'homme qui raccompagnait alors, et que beaucoup de personnes assurent être M. Narbonne.

M. Tallien. — J'ai peu vu M. Narbonne, mais sa figure m'était néanmoins assez connue pour que je puisse assurer que ce n'était pas lui. Cette personne s'est dite secrétaire de M. de Staël et demeure encore dans l'hôtel de cet envoyé.

M. MoRAS. — Laissons de côté M. Narbonne et ne perdons pas de vue M. Fauchet. Il nous a promis de nous rapporter, sur la déclaration qu'il nous a donnée, la signature de M. Bernard (de Saintes); je demande qu'on lui écrive pour le sommer de tenir sa parole.

M. Deperret. — Terminons cette affaire, et sachons d'un mot si M. Fauchet peut ou ne peut pas rester parmi nous; s'il a, oui ou non, demandé un passeport pour un homme reconnu comme conspirateur. Ne nous occupons pas plus longtemps d'une affaire particulière; je vous prie donc, Monsieur le Président, de mettre aux voix la proposition que je viens de faire d'envoyer des commissaires chez M. Bernard (de Saintes).

La proposition, mise aux voix, est adoptée à l'unanimité. Les commissaires nommés sont MM. Zoys jeune et Baudin.

M. MoNTAUT. — Pendant que vos commissaires vont remplir la mission que vous leur avez confiée, je prie la Société de me permettre de lui donner, sur M. Fauchet, une explication que je lui dois, ainsi qu'à la vérité.

Dans les moments qui ont suivi la journée (hi 10 août, le Comité de surveillance était investi d'une grande autorité pour faire arrêter tout citoyen qui pouvait être suspecté. Il crut alors devoir décerner un mandat d'arrêt contre M. Narbonne. Une demi-heure après l'expédition de ce mandat d'arrêt, le sieur Faucbet entra et dit avec un air de confidence : « On vient de me demander un passeport pour Narbonne. » Le président lui répondit que le passeport qui lui convenait venait d'être expédié, que c'était un mandat d'arrêt.

J'observe à la Société que je ne me rends pas caution qu'on lui ait effectivement été demander un passeport, je ne dis pas non plus qu'il en ait délivré un, mais j'assure seulement qu'il est venu nous dire d'un air de confidence qu'on lui en avait demandé un.

M. Simonne. — Dimanche dernier ou vous dénonça M. Fauchet;

3U SOCIÉTK DES JAC0I5INS [21 sf.pt. 1792]

lundi malin j(^ vis M. lia^ire et lui lis part de celle dénoncialion. « (]ela ne métonne pas, dil-il, car, quelques jours après l'alTaire du 10, M. Faiichet vint au Comilé demander un passeport pour Narbunne. « Comment, lui di.'s-je, un passeport! mais c'est un mandat « d'arrêt qu'il faudrait pour lui », et alors j'en fis la motion dans le Comité. Pendant qu'on était aux opinions, M. Fauchet disparut, ne rentra pas dans le Comité, et on ne retrouva plus Narbunne.

-M. Desfieux. — Une seule réflexion va lever l'espèce d'imbroglio qui parait avoir lieu ici. M. Fauchet s'est présenté deux fois au Comilé de surveillance relativement à Narbonne : une fois pour demander réellement un passeport, et une autre fois pour dire qu'on venait de lui en demander un.

M. Le Fort lil l'extrait de la correspondance, dans laquelle une lettre du Bausset, qui annonce qu'après le service célébré en l'honneur des citoyens morts à la journée du 10, le peuple avait pendu eu effigie Louis XVI et sa femme, paraît exactement ta Tordre du jour avec Tabohlion de la royauté, que la Convention nationale vient de décréter.

M. (iERBET jeune. — Nous nous sommes dit jusqu'ici les Amis de la constitution; la Convention nationale vient de décréter qu'il n'y aurait de constitution que celle qui serait acceptée et sanctionnée par lejpeuple, et c'est, je crois, le moment où nous devons aussi attendre à nous déclarer les amis de celte constitution. Mais, jusque-là, je demande que la Société prenne le titre des Amis de la Hépuhlique.

M. DEPiiHHiiï. — Sans doute nous ferons bien d'attendre (pie la constitution qu'on nous prépare soit achevée et acceptée par le peuple pour nous en déclarer les amis, quelque fondées qiu' soient les espérances que doi\rnt nous donner les premiers décrets de la Convention, car l'Assemiiléiî consliluanle avait commencé ses Iravaux ])ar nous donner la déclaration des droits et a Uni par nous mettre sous le joug du despotisme. J'appuie donc la molii.n (|u a faite le préopinant de quitter notre nom d'Amis de la conslilulion. Mais, au lieu de celui d'Amis de la Fiépublique, je proposerais de prendi-e celui d'Amis de la liberté et de l'égalité, car, telle constitution qu'on nous flonne, v\\v, ne sera bonne et nous ne la inairdiendrons qu'autant (pi'elle portera sur ces tleiix bases : la liberté et l'égalilc, que nous avon- juré de défendre au |>éril de notre vie.

M... — Le mot de Jacobins est celui sous lecpiel nous avi»n-^ intuité la bainr des tyrans cl les persécutions des ennemis de l'égalité : je

demande donc que, quelque dénomination que nous choisissions, nous ne quittions jamais celui de Jacobins.

Après quelques discussions, la Société arrête à l'unanimité qu'elle prendra à l'avenir le titre de Société drs Jacobins, arnis de la liberté et de r égalité. Elle passe à l'ordre du jour sur la proposition faite d'adresser une circulaire aux Sociétés afFiliées pour les instruire de €e changement; on arrête seulement que le Comité de correspondance sera chargé d'en faire note dans les lettres qu'il aura occasion de leur écrire.

La Société arrête encore, sur la proposition de M. Deperret, qu'elle fera mettre sur la porte des Jacobins, dans la rue Saint-Honoré, un tableau portant cette nouvelle dénomination.

M. Laurent. — Parmi un grand nombre d'abus qui ont lieu sur nos frontières, j'ai à vous en dénoncer un des plus criants, et auquel il est important de porter le plus prompt remède.

Dans nos villes frontières, nous avions élevé le patriotisme du soldat à son plus haut période par nos instructions publiques et la lecture des papiers patriotiques. Eh bien, nous avons eu la douleur de voir qu'aussitôt qu'ils ont été renfermés dans les camps, les généraux, pour pervertir leur esprit, s'il eût été possible, ont commencé par interdire l'introduction d'aucun papier dans le camp, sous prétexte que le soldat, qui avait la manœuvre à apprendre, n'avait pas le temps de s'occuper de lectures; et, si un particulier eût été pris colportant quelque écrit patriotique, il eût été jugé militairement et renvoyé en prison dans la ville.

Les soldats ont senti vivement la privation de leurs papiers patriotiques et sont venus nous solliciter de leur en faire passer clandestinement. Nous l'avons fait, et toujours avec le plus grand risque; mais le soldat, cpii a gémi de cette oppression, demande pourquoi il ne jouirait pas comme tous les citoyens du bénéfice de la liberté de la presse ? Si les généraux croient nécessaire à la discipline militaire d'exercer cette espèce de censure, qu'ils l'exercent donc sur les Durosoy, les Mallet du Pan, les Gautier, et qu'ils ne la bornent pas aux Carra, aux (iorsas.

Les généraux qui font de telles prohibitions ont sans doute leurs vues, qu'il n'est pas dilTicile de pénétrer: ils veulent royaliser l'armée, en la tenant étrangère à tout ce qui peut former son opinion dans un sens contraire. Je demande donc que nous fassions une i^étition individuelle à la Convention nationale pour obtenir d^elle la libre circulation des écrits dans les armées, et je dis que la conduite que tien-

316 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [21 sept. 1792J

dnint les généraux ?ur ce chapitre pourra servir de thermomètre pour juger de Topinion qu'on doit avoir de leur attachetnont à la cause de la liberté et de l'égalité.

M. le Prôsident annonce la présence de phisieurs députés à la Convention nationale qui demandent à être admis au nomiiro des membres de la Société.

Un soldat présenta la discussion cite plusieurs exemples des vexations nombreuses qu'éprouvent ceux d'entre eux qui se disent patriotes, relativement à la circidation des écrits dans les camps et les armées.

M. LoYS Jeune. — En exécution de l'arrêté pris parla Société au commencement de sa séance, nous nous sommes transportés, M. Baudin et moi, chez M. Bernard (de Saintes), à qui nous avons fait part de l'objet de notre mission. Voici les propres expressions dont il s'est servi en nous répondant : « 11 est très vrai que M. Faucliet s'est présenté au Comité de surveillance, où il a demandé, à moi et à mes collègues, un passeport pour M. Niirbonne. En ma qualité de président du Comité, je lui ai répondu : « Monsieur, le seul passeport que je puisse " donner à M. Narbonne, je l'ai signé il y a une demi-heure, c'est un « mandat d'arrêt.» Je lui ai dit ensuite : « Mais, puisque vous demandez « un passeport pour M. Narbonne, vous savez donc où il est? Au nom de « la patrie, rendez à la France le service de nous l'indiquer. » .\lors M. Fauchet a divagué, s'est retranché à dire ipTil ne savait pas où était M. Narbonne, que ce n'était pas de lui-même qu'il demandait ce passeport, mais qu'il avait été chargé de faire cette demande par quelqu'un qu'il ne connaissait pas; et, après quelques autres excuses aussi mauvaises, il est sorti très promplement du (comité. »

Je n'ajouterai au(!iine rétlexi(jn au rapport exact cpie je viens de vous îaire de ces expressions; la Sociélé jugera de leur conformité avec la dénonciation faite par M. Desfieux sur le rappm't de .M. Uareau.

M. MoMAS. — Ce rappoit vous prouve évidemment, je crois, que M. l''aucliet est traître à la patrie, et qu'en outre c'est \\\\ imposteur, car il vous a dit qu'il se faisait fort de vous lappiuler la signaturi; de M Ueruard (de Saintes) sur le certilicat (|u'il vous a apporté à votre avant-dernière séance, ri (|u il a imi soin de (aire siguei' à trois membres de ce Comité qui n'étaient pas présents à cette scène. Or, commi' nous ne pouvons pa- le renvoyci' de la Conventitin uatiiuiale. nous avons i\\\ mniii^ 11' ilniit de le eliasser d'au mili< ii de nous, ensuite nous p<iiM'roii-; |iorlfr iiolic deuonci.'iliuM à la ( '.iiii\ t'ul iiui.

M... — Lorsque vous aurez prononcé la radiation, je demande par amendement que l'extrait du procès-verbal, contenant les motifs qui vous ont fait exercer cet acte de justice, soit envoyé à toutes les Sociétés du département du Calvados.

Quelques membres proposent d'entendre encore une fois M. Fauchet avant de prononcer sur sa radiation ; mais, sur l'observation que, M. Fauchet ayant déjà été entendu et ayant avancé des faits faux, il lui était impossible de se justifier de ce dernier tort, on met aux voix sa radiation de la liste des membres de la Société.

Cette proposition est arrêtée à l'unanimité, ainsi que l'envoi de l'extrait du procès-verbal aux Sociétés du département du Calvados.

M. Chevalier, officier invalide patriote, porté au grade de lieutenant-colonel de la gendarmerie, demande et obtient un diplôme d'affilié pour lui et les braves soldats avec lesquels il part [)0ur la frontière.

M. SiMOND. — La question qui vous a été soumise par le député Laurent me paraît de la plus grande importance. Ils sont en effet coupables d'une double forfaiture, ces généraux qui suppriment dans les camps les papiers patriotes : car, en même temps qu'ils défendaient l'introduction de toute espèce de papiers, ils étaient abonnés au Jouryial de Pm^is, à VAmi du Roi, au Journal de la Cour cl de la Ville, et, par une faveur qu'on avait soin de faire désirer, on communiquait, par l'entremise des aides de camp et de tous les autres valets, ces papiers au soldat avide de lecture, et quand par malheur un officier trouvait sur une pierre, dans une tente de vivanriier, un lambeau de papier patriote, il se mettait dans la plus belle colère contre ce vivandier, contre la tente, contre la pierre. Ce que je vous dis là est à la lettre, et, s'il vous en fallait une preuve, je vous rapporterais le jugement rendu contre un vivandier bon patriote, dans le camp près de Strasbourg. Dans l'acte d'accusation rendu contre lui, il n'est articulé d'autre fait que celui d'avoir proféré sur le roi des paroles trop grossières pour être répétées dans cet acte. Le juré de jugement a prononcé qu'il était coupable, et, sur ce prononcé, il fut condamné à deux années fie chaîne, dont l'a délivré la journée du 10 août. Vous pouvez juger parla du goût pour le royalisme que professent messieui'S les généraux.

Il est donc très important de faire une pétition à l'effet d'obtenir que le soldat qui va dans le camp se faire tuer pour le gros propriétaire endormeur de la liberté jouisse au moins, au milieu de ses tra-

318 SOr.lÉTfi DKS JAC.OniNS ,21 skpt. 179:2,

vaux et de ses périls, fies nièines avantages que ce riche propriétaire au milieu de l'oisiveté et de l'inutilité des villes. Or, un de ces avantages est, sans contredit, le droit précieux de jouir de la liberté de la presse dans toute son étendue.

Je demande donc qu'il soit rédigé une pétition à eet effet dans le sein de cette Société.

M. Laurent. — Je n'ajouterai qu'un mot sur l'observation de M. Simond, c'est qu'il n'est pas étonnant que cette discipline destructive de la liberté et du patriotisme se soit introduite' dans les camps de l'Alsace, puisque son auteur était le célèbre "N'ictor Broglie.

M. SiMOND. — Pendant que je vous proposais ma pétition, j'ai entendu quelques personnes parler d'avoir des presses à la suite de l'armée; c'est encore une mesure dont il faut bien se garder, car c'est un moyen infaillible pour corrompre ou égarer insensiblement le soldat, que d'avoir des presses aux ordres du général, qui seront nécessairement à sa dévotion. Pour (pie celte mesure fût adoptable, il faudrait que ce fût le soMat qui pût lui-même être l'imprimeur, le compositeur et le rédacteur, sans quoi ce serait mettre un moyen de plus entre les mains des généraux pour perpétuer l'crnMir.

\a{ proi»o-iliou lit' M. Simond est arrêtée ; la Société le charge, avec M. Laurent, de la rédaction de la pétition, pour la prochaine séance.

M. GuiRAUT. — Lorsqu'on a parlé de nous donner une conslilulion, nous avons vu que l'organisation des deux corps destinés à nous procurer ce bienfait a pris uu temps assez considérable. Trois ou quatre jours au moins ont été employés à celle organisation. La Convention nationale a commencé par nous prouver ce dont est capable le feu du patriotisme; elle n'a mis que cinq heures à cette opération, et déjà, dans sa première séance, elle a rendu quatre décrets à jaruais mémorabh's.

Par !•• premier, elle déclan; (pi'il no peut y avoii- de constitution Bielle n'est acceptée par le peu|tle.

Le si'cond annonce «pui la sûrelé des personnes et des |u-opriétés territoriales et induslrii-lle^ est mise; sous la sativeganle de la loi.

Le troisième règh; que les autorités et les contributions actuelles existeront provisoirement jusqu'à ce (pie la Convention les ail autrement organisées.

Kiifin l'Assemblée allait se séparer, lorsque le citoyen Collol d'IIcrbois, s'èlançant à la tribune, proposa de lorminor la sénnce pnr l'abolition de la rovaulé.

[21 SEPT. 1792] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 3i9

Un cri unanime de Vive la nation! a retenti de toutes parts à la reddition de ce décret. Les tribunes ont réuni leurs voix et leurs applaudissements à ceux de l'Assemblée, qui a encore décrété, au milieu des acclamations, que ce décret serait proclamé aujourd'hui dans Paris, et le procès-verbal de cette séance à jamais mémorable envoyé par des courriers extraordinaires aux quatre-vingt-trois départements et aux armées.

Nous devons donc tout attendre d'une Convention qui s'annonce sous d'aussi heureux auspices. Mais tous les patriotes doivent concourir à l'entourer de leur zèle et de leurs lumières, et, pour en venir à ce point, j'ai quelques mesures à vous proposer.

Vous savez tous que, comme adjudicataire de ce terrain, j'ai facilité moi-même le rassemblement de quelques députés dans une caserne qui en dépend, dans un moment oij des dissentiments d'opinions trop prononcés ne permettaient pas qu'ils se réunissent ici. J'ai cru faire le bien, et je crois encore l'avoir fait, car cette réunion a produit de très bons effets, au milieu des petits maux dont on ne peut se dissimuler qu'elle a pu être la cause, car ce fut là que s'agifa la grande question de savoir si on demanderait un décret d'accusation contre M. Robespierre'.

Aujourd'liui que toutes les vues doivent se tourner vers un même but, un même point de vue, je vous engage à faire tous vos efforts pour ramener ici tous les patriotes et ne souffrir aucun rassemblement dans cette enceinte : tous les patriotes, tous les amis du peupli^ doivent sans cesse être sous ses yeux. Mettez donc le scellé de l'amitié sur des portes qui doivent à jamais être fermées à l'avenir. Qu'ici seulement s'agitent toutes les grandes questions relatives à l'intérêt du peuple, et que tout bon citoyen poursuive et détruise les rassemblements secrets où l'intrigue seule peut chercher à le concentrer.

On m'a dit il y a quelques jours: « Les Jacobins ne resteront plus ici, ils se transportent à l'ancien local de l'Assemblée nationale. » Je ne sais sur quoi peut être fondé un pareil bruit. Aurait-on oublié que j'ai promis d'élever sur ce terrain un monument à jamais consacré à la liberté? Et, si j'ai pris cet engageuient sous le règne du despotisme, que ne duit-on pas attendre de mon patriotisme, sous celui de l'égalité? Je le répète donc, ce terrain, je l'espère, appartiendra toujours tout entier aux sans-culottes.

Vous n'ignorez pas que depuis longtemps j'ai témoigné la nécessité

1. Pcul-i'tre y a-t-il, à cet endroit du Journal, iino faute d'impression, et peutêtre au lieu du nom de Robespierre faut-il lire celui de La Fayette.

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dt^ faire un journal qui fût le tableau exact de l'Assemblée nationale; malgré le« oceupatinns sans nombre dont je suis excédé, je vais repren re ce travail, mai? pour y réussir il me faut des aides et des secours. Je les atten'is tous des bons patriotes qui m'entendent, et j'espère que parmi eux j'en trouverai quelques-uns (jui vomiront bien contribuer avec zèle, avec désintéressement, à celte œuvre vraiment patriotique. [Applaudi.)

La séance a été levée à dix heures.

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