Tome IV. :il
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pour avoir cherché la vérité trop loin que nos grands maîtres en philosophie se sont cassé le nez. Quelle est, en effet, la mesure à pren(h'e pour nationaliser cette armée? C'est tout simplement de dire que tel régiment forme deux bataillons, et, au lieu de dire : le régiment numéro tant, vous direz : les bataillons numéros tant et tant, et, par cette simple opération, vous ne perdrez que les colonels et les lieutenants-colonels, ce qui n'est pas une grande perte, car ils sont la crème de l'aristocratie. Quant à la difficulté de faire nommer les officiers par les soldat-, l'opération n'eût pas été longue, et, par là, nous aurions causé à l'armée une désorganisation bien moindre qu'en laissant à sa tête des scélérats comme Montesquiou, que nous avons été obligés de chasser aujourd'hui. C'est donc cncure une mesure qu'il faudra a^lopter, car elle est dans les principes, et ce n'est que dans les principes que l'on peut espérer de trouver les moyens de sauver le peuple; hors des principes il n'y a rien à espérer.
« Voilà deux des abus qu'il est instant de retrancher promptement; il en existe encore un troisième, c'est qu'il n'est pas juste que ceux de nos frères qui ne sont pas de la religion de Rome contribuent aux frais du culte de celte religion. Dans toute bonne association, la contribution doit être proportionnée à la part que chaque individu relire do l'objet auquel est appliqué le fruit de C(?tle contribution. Or, si un de nos frères circoncis contribue en quelque chose à l'entretien de notre prêtre romain, dont il ne retire aucun fruit, nous lui faisons une injustice, puisque nous ne contribuons en rien à l'entretien de son ral)bin. Or, tant qu'il y aura dans l'empire une caste privilégiée, vous n'aurez pas véritablement de république, et tant qu'il y aura des prêtres salariés par l'Etat, vous aurez une caste privilégiée; voilà le troisième abus qu'il faut déraciner.
« Sans doute, certains prêtres de cette religion ont servi la cause de la liberté. Ce sont eux qui, les premiers, ont confondu l'ordre du clergé avec le tiers état; ce sont eux qui ont prêclié la république dans les départements, qui y ont propagé l'esprit public. Le peuple n'est pas ingrat, et, certes, une couronne civi(jui', de la part du peuple, les dédommagera largement de leurs sacrifices. Ceux d'entre eux qui ont fait des avances pécuniaires, il est juste (jue la nali(Ui les en rembourse.
« Je vous ai proposé de remplacer les tribunaux par des arbitres, les régiments de ligne par des bataillons nationaux; je ne veux pas non plus désorganiser les prêtres, et ce n'est pas, je crois, les désorganiser (juc de supprimer les vicaires êpiscopaux et de laisser à M. l'évêque le soin de cbanlcr lui-même sa messe euri.-ile; ce n'est pas
désorganiser les prêtres que de donner à un évèque trois mille livres au lieu de douze ', et de le rapprocher davantage par là de l'état de simplicité de leur maître, né dans une étable, et expirant sur une croix. Je propose de continuer aux évêques mille écus, et aux curés douze cents livres jusqu'à leur mort; et, à cette époque, chaque canton, chaque paroisse les choisira et les salariera, comme les juifs font pour leurs rabbins.
« Il est un moyen bien simple d'obtenir ces changements sans rien désorganiser, c'est d'établir sur des bases inébranlables la religion de la loi. Ce fut la religion de Mo'ise, qui certes valait bien d'autres législateurs; c'est la religion de Jésus-Christ, fondée tout entière sur ces deux points : Aimez votre prochain comme vous-même, et ne faites à personne ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît. Pour établir cette religion de la loi, il faut que tous les citoyens, sans distinction, soient appelés à la confection de la loi. Il faut que tous les dimanches, après la messe, ou la cène, ou le chant des cantiques, on lise au peuple les opérations de la législature, que le peuple les discute, qu'il voie s'il croit pouvoir les adopter oui ou'non ; et, lorsqu'une loi aura été ainsi reconnue bonne par la majorité du peuple, ne craignez pas qu'un seul individu soit tenté de l'enfreindre.
« Je sais bien que l'on a distingué pour les objets à porter à la sanction (lu peuple entre les décrets constitutionnels et ceux qui ne le sont pas, mais je sais aussi que la déclaration des droits porte que la loi est l'expression de la volonté générale; or, le seul moyen de connaître cette volonté générale, c'est de la consulter, sans cela vous n'aurez jamais que le résultat de l'opinion des députés, qui n'est pas toujours d'accord avec la volonté générale; sans doute, par exemple, nous n'exprimions pas le vœu de la volonté générale lorsque nous avons blanchi La Fayette. Je dis donc, et je pose en principe, que le peuple doit toujours être appelé immédiatement à faire ses lois. » [Applaudi.)
L'admission, parmi les membres de la Société, est accordée à J. Payne^, qui la réclame.
M. Deperret, par forme de motion d'ordre, témoigne son étonnement de voir dans l'assemblée un aussi petit nombre de membres de la Convention; il fait sentir la nécessité, pour les bons citoyens, de se rallier, et leur prouve qu'ils ne peuvent le faire que sous les yeux du
1. Par décret du IS septembre 1793, la Convention réduisit le traitement des évêques à 6,000 livres et supprima celui des vicaires épiscopaux.
2 II faut sans doute lire Thomas Paine, qui venait d'être élu à la Convention par cinq départements, et avait opté pour le Pas-de-Calais.
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peuple, s'ils veulent échapper aux reproches de l'intrigue. Il insiste sur la nécessité de former un nouveau bureau, un nouveau Comité de correspondance qui, par son patriotisme, remplace le vide que laissent les journalistes prétendus patriotes, dont pas un ne se trouve au niveau de la Révolution; il propose d'imprimer la liste des membres de la Convention nationale qui se seront fait recevoir Jacobins. <« Il faut, ajoute-t-il, ipie nos séances se tiennent régulièrement, que nous nous v rendions tous, et que la Société soit encore l'écueil où viendront se briser les intrigues et les intrigants. »
Cet appel aux députés à la Convention fait désirer à quelques-uns tjue tous ceux d'entre eux qui sont présents se lèvent; cette proposition est acceptée, et, au moment où elle s'exécute, la moitié de l'assemblée paraît être remplie par eux.
Les applaudissements redoublés des citoyens des tribunes sont un témoignage non équivoque de l'opinion du peuple sur ce point, et les lettres de la correspondance sont d'accord avec les applaudissements des tribunes.
M. CoLLOT. — Et moi aussi, je vais commencer par une motion d'ordre : c'est que l'ordre de la parole soit strictement conservé au rang d'inscription, car, au milieu des amis de l'égalité, le premier arrivé a seul droit à la préférence.
J'avais demandé la parole pour faire quelques observations que vous a faites Chabot : je les rappellerai lorsque j'aurai appuyé ce qu'a dit Deperret. Certes, c'est un grand scandale que l'annonce qu'il vous a faite de députés qui se disent Jacobins et qui font des réunions particulières hors des Jacobins. Que vont-ils chercher ailleurs, ces patriotes? N'est-ce pas ici la serre chaude qui a fait germer cette plante républicaine qui étend ses rameaux bienfaisants sur l'empire français? N'est-ce pas ici, et ici seulement, cpi'il faut la cultiver? Oui, citoyens, c'est ici (juil faut que se réunissent tous ceux cpii prétendent à contribuer au bien de leur patrie. Cidui (jui est déjà bon, en se rendant ici deviendra meilleur, celui qui sera douteux se prononcera bientôt, celui qui sera faible se raffermira, enfin celui qui sera de glace se funilia.
Nous avons, il est vr.ii, reconnu la République à l'unanimité; mais, parmi les membres qui ont voté pour cette Républicpie, il est facile de distinguer trois classes. Les uns ont rcconiui la Répnl.Iiipii' ;iv(<enthousiasme, ceux-là sont les vrais Jacobins; d'autres l'ont reconnue par obéissance pour la majorité, d'autres enfin par devoir. Ces difTé-
rentes nuances disparaîtront et se fondront en une seule. Si tous ceux qui les composaient viennent ici, si nos séances sont nombreuses, vous les forcerez bientôt tous à se monter au ton de l'esprit général.
Chabot a prononcé une grande vérité en vous disant que les décrets qu'a rendus jusqu'ici la Convention peuvent donner une idée de son caractère général. Je ne parle pas du décret qui a" aboli la royauté : il était fait avant que nous le prononcions; il a été le produit d'un sentiment général, et tous les bons décrets seront rendus ainsi. Lorsqu'on nous a dit qu'il ne fallait pas rendre ainsi des décrets à la volée, on a dit une grande sottise, car tout ce qui est inspiré est bon, et un décret rendu à la volée est un décret inspiré.
Il en est d'autres, au contraire, que nous avons eu grand'peine à faire passer, et il ne faut peut-être pas trop encore en vouloir à des hommes que de vieilles habitudes ont rendus un peu rétifs à la souveraineté du peuple; à d'anciens constituants, d'anciens avocats, bons patriotes d'ailleurs, mais encore encroûtés de la rouille des anciens préjugés. Il faut les amener ici, et le froissement qu'éprouveront leurs vieilles opinions les aura bientôt dérouillés. Ce que cela prouve bien évidemment, c'est que nous ne sommes pas encore arrivés à surmonter tous les préjugés, et, quoique Chabot ait fait un grand abatis dans la forêt des préjugés, car il vient d'en déraciner quatre ou cinq grands arbres, il a encore laissé à travailler à la serpe de l'émondeur patriote.
J'espère néanmoins que nous en viendrons à dire pour les tribunaux ce qu'il vous a dit pour les prêtres : c'est à ceux qui plaident à les payer. TS^ous en viendrons à n'avoir qu'un arbitrage, tribunal que chacun se fera, car il est absurde de dire : tel ou tel homme vous jugera, en qui vous n'aurez cependant pas de confiance; c'est à celui qui plaide à choisir son tribunal; je voudrais que l'on puisse dire à chaque procès : le premier passant nous jugera. Et maintenant que le divorce est décrété, il est indispensable qu'il y ait des femmes parmi les arbitres, car il est absurde qu'une moitié de l'espèce humaine prétende régler le sort de l'autre sans sa participation. {Applaudi.) Je prie les femmes et les mères de famille de vivre dans cette espérance que quelque jour nous en verrons dans les administrations, dans l'Assemblée nationale, et, en attendant, de nous faire toujours de bons citoyens pour défendre nos frontières. [Applaudi.)
Une autre observation que je dois à la Société, c'est que, dans le décret qui ce matin a destitué Montesquiou, nous avons vu se lever des membres qui jamais ne se seraient levés pour destituer un fonc-
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tionnaire public. Pourquoi donc Font-ils fait? C'est qu'ils craignaient pour Montesquieu plus que la destitution, et certainement ils avaient raison, car nous avons agi inipolitiqucment en ne le faisant pas arrêter avant de le destituer. Ceux qui s'intéressaient à lui ne p<»uvaient donc désirer rien de mieux pour lui, et, en cela, j'ai vu une véritable tactique. Ce sont de ces observations dont nous devons compte ici, parce qu'il est important qu'elles soient faites, et qu'il est impossible qu'elles le soient à la Convention, où le torrent des affaires ne laisse pas le temps de les placer.
Une autre observation, c'est que dans la Convention il n'y a plus de pouvoir exécutif, il n'y a et ne peut y avoir que des agents pour l'exécution. Or, quelque confiance que nous devions à ces agents, il y a loin de l'expression de cette confiance à l'espèce d'idolâtrie qu'on a témoigné ce matin pour un de ces agents, lorsqu'il n'a pas été possible à Billaud de parler sur un ministre'. On a craint une indiscrétion, a-t-on dit, mais ce sont de ces indiscrétions-là qui sauvent la chose publique, et le peuple français est assez mûr pour qu'on puisse lui tout confier. Un grand revers même, si nous en essuyons, il faudrait le lui dire avec franchise, et je garantis qu'il l'entendrait avec courage.
Voilà les observations que j'avais à soumettre à la Société. Je la prie encore de mettre, sans varier, à l'ordre du jour la discussion des objets à traiter à l'Assemblée nationale. Je prie les députés de venir ici les manipuler à la manière jacobine.
Il est maintenant un objet important à discuter, c'est la (jucstion des Comités; le point essentiel est de chercher le mode qui nous procure les avantages des Comités sans nous en introduire les dangers : car, il ne faut pas se le dissimuler, la forme actuelle est trop favorable aux paresseux qui veulent arriver à la Convention à midi pour aller diner à deux heures, et elle favorise trop aussi ceux qui veulent trop faire. Je propose donc cet objet à la discussion pour la jirochaine séance, et je fais ici ma profession de foi : quiconque sera infidèle aux Jacobins sera infidèle à la République et à la cause de la liberté. {Ajiplaudi)
MM. Monestier, Bonnet, Lacoste, L.iplauclK! , Creuzé , Isoré , J.-B. Massieu, Le Yasseur, Le Tourneur, Louis l-'ortier^, Serf et
{. En clM, (Jan.s la séance du 2.'{ .soplcnibro au malin, IUllaud-Varcnno avait conuncncé une vive critique des actes du ministre de la guerre. Vergniaud l'interrompit et nt passer à l'ordre du jour. {Moniteur, XIV, 20.)
2. Il n'y avait pas de conventionnel de ce nom. l'eut-f'trc s'agitil «le l.ouis- François Portiez (de l'tJiac).
Delelle ' , membres de la Convention nationale , sont admis au nombre des membres de la Société.
M. Moenne, secrétaire, lit une lettre adressée du camp à un membre de la Société, en date du 21. Elle confirme les détails contenus dans celle du général Kellermann, auquel un boulet a coupé riiabit en blessant son cheval; un sergent du 24'= régiment a eu la tête emportée. On ne saurait donner trop d'éloges au soldat ; et, au milieu du plus grand feu, M. de Chartres n'a cessé de crier : « Vive la nation! » « Je ne sais, ajoute l'écrivain, comment Tennemi a pu nous tourner, mais je crains que la colonne qui arrive de Paris ne soit attaquée avant que nous puissions la secourir. »
M. Lasource demande qu'on fixe l'ordre du jour.
« Je croyais l'avoir fixé, dit M. Chabot, en dénonçant à la Société trois ou quatre des abus principaux que la Convention a à détruire et en disant qu'il fallait la presser d'organiser notre gouvernement. Je vais donc en proposer un autre, et, pour remplir la tâche que je m'étais imposée, je vais continuer à poursuivre l'intrigue là où je crois l'apercevoir.
« Brissot (ou son croupier) a dit aujourd'hui dans son journal que la Convention paraissait déjà divisée en deux partis bien distincts, dont l'un est un parti désorganisât eur; ceci me paraît une des intrigues que Ton veut faire jouer pour éloigner des Jacobins les députés que les départements envoient à la Convention : on leur dira que c'est dans la Société que réside ce parti désorganisateur. Suivant Brissot, ce parti n'est composé que du tiers environ de l'Assemblée. Il eût été bien à désirer qu'il eût expliqué ce qu'il entend par ce parti désorganisateur : s'il entendait par ce nom un parti qui veut désorganiser tous les anciens abus, je me fais gloire d'en être, et tant pis pour Brissot s'il n'en est pas.
« Je dénonce donc cette intrigue qui me paraît faite pour dépopulariser Danton, Robespierre et Collot, et je dis que, si Brissot n'explique pas cet article de son journal, il est le plus grand des scélérats. Il fait entendre que Danton et son parti ont été forcés par cette majorité qu'il voudrait bien attirer, mais qu'ils n'auront pas : les principes seuls triompheront toujours. Qu'ils ne croient pas non plus compter sur leurs journaux : nous avons à la Convention les Robert, les Danton, les Camille Desmoulins, qui les teiTasseront , et la journée du 22 démasquera ces intrigants. Je demande donc que, si
1. Il n'y avait aucun conventionnel dont le nom se rapprochât de Serf et de Delelle.
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Brissot vient aux Jacobin?, il explique ce qu'il entend par son parti désorganisateur, et s'il ne rétracte pas cette calomnie atroce, capable d'étouffer l'esprit public, s'il ne vient pas s'expliquer, je demanderai alors sa radiation. Voilà donc encore une intrigue que je dénonce et une peine que j'y attache; voilà un ordre du jour. Si l'on en veut un autre, Collot vous a indiqué la question des Comités. Je n'en voulais pas dans la législature, je les crains dans cette Convention, parce que je redoute encore ces deux tiers, quoique j'espère que la Révolution de 1792 ressemblera à celle de 1789, et que le tiers écrasera les deux autres.
La proposition, appuyée par MM. Sadoux ei LaFaye, est mise aux voix, et l'on arrête que M. Brissot sera invité, par une lettre du président, à venir donner l'explication du passage de son journal dénoncé par M. Chabot.
M. Bourdon. — Dans les départements, on a toujours fait honneur au parti ministériel de l'Assemblée législative de la révolution du 10 août, et j'ai toutes les peines à faire entendre à mes collègues des départements que c'est à nous, à ce parti prétendu désorganisateur, qu'est due cette journée; il est donc important de les éclairer lù-dessus, ainsi que sur les intrigues qui s'emploient à la Convention. Je [)ense qu'il est très important que nous nous rassemblions tous ici sous les yeux du peuple, et je propose qu'on arrête qu'aucun membre qui fréquenterait des Sociétés particulières, telles que la Réunion, ne puisse être admis parmi les Jacobins. — Arrêté.
Le scrutin donne pour président M. l'etlon, M. lical pour vice-président, et pour secrétaires MM. Shnond, Deperret et Bodin. Cette nomination excite les plus chaudes réclamations de la pari de quelques membres qui se proposent de la faire déclarer nulle.
La séance a été levée à dix heures et demie.