Moniteur, ibid
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M. BoL-RSAULT. — Qui peut se refuser de voir dans celte démarche du directoire du département de Paris son constant amour pour la liberté? Il s'est bien gardé de s'opposer à la pieuse insurrection de la portion d6 la garde nationale qui s'est armée pour obéir aux soldats du pape, et il ne perd pas un instant pour s'opposer à la réunion des citoyens des faubourgs, qui s'arment pour la liberté.
M. Camille Desmoulins. — Nul doute que toutes ces démarches ne fussent concertées; c'était un coup monté depuis longtemps. Les Autrichiens avaient ordre d'accorder une trêve pour procurer à ces messieurs le temps d'intriguer au dedans. Sans doute je regarde aussi l'insurrection comme indispensable, mais gardons-nous de toute insurrection partielle et veillons attentivement sur le roi, sa femme et son fils.
M. Uaueig.ny. — Dans un dîner de députés très patriotes, un député extraordinaire a dit tenir de M. Dumouriez que la lettre de M. de La Fayette avait effrayé le directoire lorsqu'elle lui était parvenue. On a en conséquence envoyé sur-le-champ un courrier à M. de La Fayette, avec ordre de faire toute diligence. M. de La Fayette, persistant dans son opinion, a répondu qu'il fallait absolument la présenter à l'Assemblée nationale, quel qu'en dut être l'cfTet; et au même moment le ministère a été rempli de ses créatures.
M... — J'ai cru vous faire plaisir, Messieurs, en venant vous rendre compte de ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale au sujet de l'adresse des Marseillais. Cette adresse énergique, qui semblait pétrifier les membres du côté droit, fut couverte d'applaudissements des tribunes et du coté gauche. La mention honorable demandée a excité la rage des aristocrates, ils ont invoque la question préalable : question préalable rejetée et mention honorable décrétée. Sur l'impression, même demande de question préalable : question préalable rejetée et impression décrétée; enfin, sur l'envoi aux quatre-vingttrois départements, question préalable demandée : question préalable rejetée et l'envoi aux quatre-vini^t-truis flépartcments décrété.
.\ucun orateur ne présente i)<)ur [)arlcr sur l'ordre du jnur. La séance a été levée à neuf heures.
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M. Lambert, de Toulon. — Vous connaissez tous M. Moreton, Messieurs; il s'est constamment montré l'ami de la Révolution, et je puis vous assurer que, quoique éloigné de vous, il n'en a pas moins toujours professé les principes de cette Société. Lié d'amitié avec cet officier général, je cesserais de l'être s'il cessait un instant de s'avouer de la faction jacobite et s'il pouvait renoncer à la défense de la chose publique, qui est le maintien de la déclaration des droits tout entière; et, pour en donner la preuve, je demande à la Société la permission de lui lire trois extraits très courts, mais bien prononcés, de diverses lettres que j'ai reçues de Dunkerque.
La Société consent à entendre M. Lambert, et applaudit à divers passages qui la confirment dans l'opinion qu'elle avait du patriotisme de M. Moreton, mais principalement à celui-ci :
« Le corps de troupes campé, depuis le 9, à une lieue d'ici, écrit M. Moreton, est parti hier matin sur un ordre de M. le maréchal Luckner. Son ordre contenait, pour ce qui me concerne : M. Moreton, maréchal de camp, restera à Dunkerque. J'ai donc été réduit à voir partir mes braves camarades, les larmes aux yeux, sans pouvoir les suivre, et mes regrets ont été doublés par les preuves de sensibilité et les marques honorables de confiance et de regret que les troupes ont données. La brigade des gardes nationales a adressé au maréchal Luckner une pétition pour me redemander à sa tête; et j'ai, moi-même, écrit à ce général pour lui demander d'aller porter un fusil dans le premier rang de son avant-garde, plutôt que de rester à Dunkerque inaclif et conserver les stériles honneurs du commandement. Je ne demanderai jamais d'autre grâce que d'être mis au poste le plus périlleux et de verser mon sang pour la patrie. »
M. L.\MBERT. — Pour moi, Messieurs, employé dans l'armée du Nord, dans une position où ma roture et ma misère ne m'auraient pas permis d'être admis sous l'ancien régime, et dont un jugement légal peut seul me priver, je ne craindrai jamais d'être traduit devant les tribunaux; et, si les citoyens soldats, et surtout les soldats citoyens, si souvent calomniés et si rarement vengés, ne jouissent point
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■sous mes yeux de la plénitude de leurs ^droits, je prends ici l'engagement de dénoncer les infractions dont ils seraient victimes, et alors seulement je croirai avoir acquitté les obligations d'un ami de la déclaration des droits, c'est-à-dire d'un vrai Jacobin. {Applaudi.)
[M... rend compte de ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale le malin, cl }l. Sillenj communique la lettre qu'il a reçue de MM. d'Orléans et Monlpensier au sujet de la prise de Courtrai.]
Avant de quitter le fauteuil pour se rendre à l'Assemblée nationale, M. Fauchet lit une lettre qu'il adresse à toutes les Sociétés populaires et à tous les citoyens du Calvados, dans laquelle il développe avec beaucoup d'énergie sa façon de penser sur le compte de M. La Fayette, et qui est un résumé de tout ce qui a pu être dit de plus fort contre ce général.
Plusieurs personnes demandent l'impression. M. Legendre s'y oppose, en félicitant M. Fauchet de sa conversion sur le compte de La Fayette, dont il a été si longtemps le panégyriste. — M. Chénier croit •au contraire que l'envoi aux quatre-vingt-trois départements en serait fort utile. La motion étant mise aux voix, on passe à l'ordre du jour.
-M... — Messieurs, j'arrive des Tuileries, où j'ai vu à une croisée le roi coifï'é du bonnet rouge; le peuple a désiré que je lui pai-lasse en son nom. Le roi était assis sur un siège un peu élevé, ayant à ses côtés trois ou quatre gardes nationaux et quelques députés. Le peuple en grand nombre avait pénétré dans cet appartement et criait : « A bas le veto, sanctionnez les décrets, vive la nation ! » Le roi avait le bonnet de la lil)erté sur la tète et buvait à même une bouteille à la santé de la nation, et ne pouvait se faire entendre; il a i)lusi('urs fois ■agité une sonnette pour obtenir la parole; enfin il a dit (pi'il aimait la constitution, qu'il voulait la constitution, qu'il jurait le maintien de la constitution.
Le peuple a crié que cela n'était pas vrai, (pi'il avait déjà trompé, qu'il tromperait encore ; et puis : « A bas le vet<i, sanctionnez les décrets, rappelez les ministres patriotes, vive la nation! » M. Petion est arrivé pendant ce tintamarre, porté sur les bras do bjut le peuple qu'il avait traversé; il l'a harangué en l'engageant à se retirer et lui disant que ce n'était pas par des cris qu'il fallait engager le roi à prendre des mesures.
Ouoi(pic très docile à écouli'i- M. Ptlinn, je peuple a r(''|)oiidu : ■■ Nous
voulons une réponse définitive, nous ne nous en irons pas sans l'avoir » ; et puis : « A bas le veto, sanctionnez les décrets, vive la nation I »
Je me suis alors approché du roi. » Sire, lui ai-je dit, votre conduite a excité le peuple contre vous. En voulant traîner le peuple à sa perte, vous vous entraînez vous-même à la vôtre. Vos ennemis ne sont pas à Paris, ils sont à Coblentz : car, quoique vous désiriez encore en ce moment aller auprès d'eux, sachez que, s'ils vous tenaient, ils vous assassineraient; au lieu que le peuple ne demande qu'à vous voir heureux en suivant la ligne de la constitution, et que, si vous la suivez de bonne foi, il vous aimerait encore, car, je vous le répète, il aurait du plaisir à vous aimer. Le peuple est mùr pour la révolution, il veut que la constitution marche, que vous sanctionniez les décrets, que vous rappeliez des ministres qui ont sa confiance. Oui, nous maintiendrons la constitution, mais il faut qu'elle marche ; nous périrons, s'il le faut, pour la défendre, mais alors nous vous entraînerons avec nous dans notre chute. »
M. Petion, assez étonné, était à côté de moi, et le roi ouvrait la bouche et me regardait avec ses grands yeux; puis il a répondu que jamais il ne sortirait de la ligne de la constitution.
u Vous nous trompez encore, Sire, lui ai-je dit, mais prenez-y garde! Le peuple ne veut pas entendre votre réponse par l'organe de M. Petion, il la veut de votre bouche. »
Le peuple criait toujours : « C'est inutile, il nous a trompé ! « Et puis le refrain : « A bas le veto, sanctionnez les décrets, vive la nation! » Plusieurs messieurs, avec des petites baguettes d'ivoire couvertes des fleurs de lis, disaient très poliment : « Respect à la loi! » Enfin, à force d'honnêteté, on a fait sentir au peuple que le roi demandait de la réflexion, qu'il y avait beaucoup de citoyens qui voulaient à leur tour voir le roi. Ceux avec qui j'étais ont filé, et moi avec eux.
M. Mathieu, secrétaire, lit le procès-verbal de la dernière séance, et M. Delacroix donne l'extrait de la correspondance.
M... — Vous savez sans doute ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale ce matin. Depuis la levée de la séance, plusieurs membres ont été avertis que le château était forcé. Douze députés s'y sont présentés et ont obtenu tout ce qu'ils ont voulu au nom de la loi, et tout s'est passé fort tranquillement.
Ce soir, à la tribune, M. Dumas o. débité beaucoup de faussetés à ce sujet et a eu entre autres l'impuiieur de dire que le peuple avait forcé le roi à s'avilir en portant le boiuiet de la liberté. Les murmures ont
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été si grands qu'il n'a pu continuer, et un autre membre est monté à la tribune, où il a rendu un compte fidèle semblable à ce que vous venez d'entendre.
Il parait que le roi a tenu une espèce de conseil; on dit qu'il a demandé vingt-quatre heures. On a arrêté d'envoyer une députation de vingt-quatre membres auprès de lui. Le cùté droit, toujours plus inquiet des dangers du roi que de ceux de la chose publique, voulait qu'on en envoyât soixante. Cette demande a été rejetée, et l'Assemblée nationale s'est déclarée permanente.
M. Daubigny. — Vous voyez qu'on commence à calomnier le peuple en disant qu'il a forcé le roi à porter le bonnet rouge. Eh bien, le roi l'a si bien mis de lui-même que, comme il était trop étroit pour sa grosse tète, il l'avait tiré de toutes ses forces en mettant la corne pardevant. On lui a attaché seulement deux cocardes aux deux côtés. On en a attaché une d'une grosseur prodigieuse sur la poitrine de la reine. Madame Royale, qui était à côté d'eux, paraissait prendre tout cela de fort bonne grâce, et une femme du peuple lui en a aussi attaché une sur la poitrine.
M. GuiRAUT. — Un fait très essentiel à relever, et qui se trouve déjà consigné dans quelques journaux, c'est que les pétitionnaires ont forcé la barre de l'Assemblée. Le fait est que le président, voyant que la délibération allait être rendue, a donné l'ordre à l'huissier de les faire entrer, de sorte qu'ils y étaient avant que le décret fût rendu, ce qui a causé quelque mouvement; mais aussitôt qu'ils se sont aperçus de l'erreur ils se sont retirés paisiblement, et ne sont rentrés qu'après le décret rendu.
M. DE Saint-Aubin. — On calomnie toujours le peuple, et jamais le peuple ne s'est montré plus grand qu'aujourd'hui.
La meilleure preuve que je puisse vous en donner, c'est de vous montrer l'arme avec laquelle j'ai fait toute la journée la police la plus exacte.
Ici l'orateur montre à la Société une épée d'arlequin.
On accorde l'affiliation à trois Sociétés, dont les pièces en règle se trouvent déposées sur le bureau ; on arrête de plus que, la suspension des alliliations étant levée, MM. les secrétaires rapporteront dimanche la liste de toutes les demandes pour y faire droit.
M. Marie Chénier, secrétaire, lit une lettre écrite par un volontaire du mulheuroux bataillon de la Côte-d'Or, qui a été taillé en pièces dans l'alfaire où M. de Gouvion a péri. 11 paraît que la perte de ce bataillon est due ù une fausse manœuvre du commandant, qui cxé-
cuta en sens contraire Tordre du général. Le nombre des morts monte à neuf otïiciers, onze sous-ofïiciers et cinquante et un volontaires. Celui des blessés est considérable, il en meurt tous les jours.
M... — En quittant le bataillon de Saint-Étienne, j'ai traversé la cour du château. La gendarmerie à pied y arrivait, commandée par MM. d'Hermigny et Carie. Ce dernier, qui avait le commandement direct, leur a fait faire un grand front, et ensuite a commandé halte. A cette manœuvre, d'Hermigny s'est écrié : «Bon, voilà comme on en impose ! » Ensuite Carie dit : « Ils ont des canons, mais nous en avons aussi. )i 11 comptait donc sur ceux de la garde nationale, car on sait que la gendarmerie n'en a pas. M. Carie fit alors charger les armes. Sur le reproche que je fis à un officier de la gendarmerie de cet affreux commandement, il me répondit que c'était pour en imposer. Je lui tournai le dos, le moment n'étant pas favorable pour lui répondre plus énergiquement.
M. Re.wudin. — Il faut cependant rendre justice à la gendarmerie: car, lorsque le peuple s'est présenté, ils n'ont essayé à faire aucune résistance.
M... — Je dois confirmer le récit qui vient de vous être fait, car moi aussi, j'étais du cortège. En montant le grand escalier et passant devant d'Hermigny, je lui dis que nous venions avec des canons. « Qu'est-ce que cela fait, me dit -il? Ce sont des canons pour nous. — Ne vous y fiez pas, lui dis-je, car vous parlez à un capitaine qui ne vous lâchera pas ses canons, et qui n'est pas pour vous. »
Il faut aussi rendre justice au bataillon de l'Oratoire. Il gardait la grille royale, et, au moment où le peuple s'est présenté, les grenadiers ont fait un demi-tour à droite, et sans résistance le peuple est entré.
M... — Vous voyez, parla conduite que vient de tenir M. Dumas, que les aristocrates ne manqueront pas de défigurer les faits qui se sont passés dans cette journée ; je demande que, séance tenante, le Comité en fasse un résumé exact, qui sera imprimé sur-le-champ et envoyé aux Sociétés affiliées.
M. Real. — Il est impossible de faire cette rédaction ce soir d'une manière satisfaisante. Il peut y avoir encore beaucoup de faits qui viennent à notre connaissance, et je demande que tous ceux qui en pourront fournir les communiquent à des commissaires, qui alors vous présenteront leur rédaction demain.
Cette motion, appuyée et mise aux voix, est adoptée à l'unanimité. On passe à l'ordre du jour.
26 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [20 jun 1702]
M. Dufonrny entame une discussion sur l'origine du nom français et propose de changer le nom de peuple français en celui de peuple libre. Cette matière ne paraissant pas être précisément à l'ordre du jour, l'orateur est prié de la proposer flans une autre séance.
M... — Je partage bien sincèrement les regrets qu'a imprimés à tout soldat patriote la perte de M. de Gouvion, mais je vois avec peine que les mêmes regrets ne paraissent pas être donnés aux simples soldats et volontaires qui périssent également pour la défense de la patrie. Je désirerais que l'Assemblée nationale conservât leurs noms, imaginât un mole pour leur rendre les mêmes honneurs qu'aux généraux. [Applaudi.)
Personne n'ayant demandé la parole pour parler sur l'ordre du jour, M. Gerbet jeune propose de mettre à la discussion la question du veto royal appliqué aux décrets de circonstances,
M. tiiRARDix. — Cette question, qui n'est pas du tout inconstitutionnelle, a été faite à l'Assemblée nationale et renvoyée au Comité de législation, où vraisemblablement elle est morte: il serait bon de Feu déterrer.
M. Baicmier ouvre la discussion sur cet objet et pi'ouve, par tous les raisonnements dont peut s'étayer l'évidence, que le veto appliqué aux décrets de circonstances est absurde et contraire à l'esprit de la constitution.
M. fie Saint-André, embrassant la question du veto eu général, en démontre le danger et l'absurdité. I.es raisons qu'il donne à l'appui de cette opinion sont bien plus concluantes encore contre le veto apposé aux décrets de circonstances; cependant il croit que le droit de prononcer cette vérité et de l'ériger en loi ne peut appartenir à la législature, et qu'elle est du ressort d'une Convention nationale.
La séance a été levée à neuf heures et demie '.
I. Il faut iaj)j)orler aussi à cette séance un iiupiinié que je n'ai pu voir : c'est le Discours (Itin canonnier à cheval, prononcé à la Soriclc des Jacobins le saynedi 20 Juin 1192, an /!'. S. 1. u. d., ia-8 de i p. — Drilisli Muséum, F. 1{. 337, 2i Maurice Tonnicux, IHhl/of/raphie île l'aris, «" 9301).
jSOjuiN 1792] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 27