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par les besoins de toute la France? armé de son veto il en empêchait l'heureux efTet. Des hommes étaient-ils couverts du mépris public? il les appelait aux postes importants dont il avait la nomination. Une liste civile énorme lui avait été accordée, dans un moment de délire, pour soutenir la prétendue splendeur du trône : il l'employait à semer dans les quatre-vingt-trois départements les germes d'une corruption dont l'efTet devait amener l'anéantissement total des mœurs et de la liberté. Au dehors, ses agents n'avaient d'autre mission que de nous susciter des ennemis, et au dedans ses nombreux satellites et ses vils aiïidés déclaraient une haine ouverte à tous les bons citoyens, et leur faisaient une guerre sourde. Les administrations, les tribunaux, tout, jusqu'aux magistrats directement élus par le peuple, étaient gangrenés par cette influence pestilentielle. Déjà les vertus et l'austérité des hommes libres étaient punies comme factieuses, et le nom de patriote était un titre de proscription.
Pressé par le spectacle de ses crimes, peut-être par ses remords, ou averti par quelques élans passagers de l'indignation d'un peuple qui n'avait pas entièrement perdu le sentiment de sa dignité, ce roi perfide, à l'exemple du tyran de Syracuse et de Louis XL l'im de ses aïeux d'odieuse mémoire, se retranche dans son palais, élève des barrières et des grilles entre le peuple et lui, fait creuser des fossés, appelle autour de sa personne tout ce que la France renfermait de plus vil, en forme la garnison de son château, qu'il dispose en état de guerre au milieu de Paris. Du fond de ce repaire du crime, il lance des proclamations dans lesquelles il calomnie les meilleurs citoyens et insulte jusqu'à la modération du peuple.
Comme les maux étaient près de fondre sur nos tètes, l'ennemi n'attendait qu'un dernier signal des Tuileries pour avancer. Sa marche était sûre : un ministre perfide l'avait préparée, des généraux de son choix devaient la diriger. Nos soldats, sans armes et presque nus, ne pouvaient opposer aucune résistance; leur courage eût été paralysé par la trahison des chefs, et, même après la journée du 10 août, des commandants ont été assez lâches pour livrer nos places. L'élan de la liberté pouvait seul opposer une digue à l'invasion de notre territoire; cet élan formidable était comprimé. Embrasé du feu sacré du patriotisme, il allait nous consumer sans aucun avantage pour notre pays. Un instant encore, et la liberté était pour jamais anéantie; mais, à la vue d'un danger si imminent, de nombreux défenseurs accourent de toutes les parties de l'empire; réunis aux Marseillais, aux braves citoyens des faubourgs et de la ville, ils jurent ensemble d'exterminer les tyrans et de sauver la France. Les cris :
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Vengeance! Uberti;! haine des rois! «ucci-dent au morne silence do la douleur et aux sentiments d'une clémence meurtrière. Aussitôt le tocsin sonne, le peuple se lève, et le château des Tuileries est investi comme le dernier retranchement du despotisme. Louis le dernier, accompagné de l'exécrable Autrichienne, venait de passer en revue ses conjurés et de les encoura^^er aux carnages. « Une faction, leur disait-il, veut renverser la constitution et attenter aux jours de votrr roi; immolez cette canaille... » C'est ainsi que l'audacieux ai»pelait le jteuple français. Après que ce monstre eut reçu l'horrible assurance que des Français tremperaient leurs mains dans le sang des Français, trop lâche pour partager les dangers de ses complices, il se réfugie, à leur insu, à l'Assemblée nationale, où, dans l'es^xur du succès, il va, dans son cœur, désigner ses victimes parmi ceux mêmes qu'il espère devoir lui conserver sa vile existence.
Cependant, nus braves assaillants annoncent qu'ils viennent purger ce palais souillé par tant de crimes, en éloigner les auteurs des maux de la France rassemblés autdur du roi, et rendre ce prince à luimême, ou même au peuple, s'il en est encore digne. L'attitude fière d'hommes libres épouvante les esclaves composant la garnison du château : ils fuient ou se caclunt, et laissent aux Suisses le soin d'exécuter l'atroce forfait par eux conçu d'égorger le })eupli', n'ayant pas même le courage d'être des assassins.
Les crimes médités par les rois ont un caractère datrucitè «[ui leur est particulier. La conduite des Suisses, en celte occasion, fut un nouvel exemple de cette triste vérité. Les fédérés se présentent aux portes des Tuileries; ils adressent des paroles île paix et d'amitié aux soldats du régiment suisse de la gai'de du roi; ceux-ci réiionilenl par des signes de fraternité et appellent nos malheureux frères, en oflVanl des fusils à ceux d'entre eux qui n'avaient (pie des piques. Séduits par ces démonstrations perfiiles, ils entrent sans rléfiance dans les cours du château, et ne s'aperçoivent du piège affreux qui leur est tendu qu'au moment où une décharge de mousqueterie, sortie de l'iidéricur, vient les assaillii- de toutes |»arls. Ct'lte lâche trahison porte rindigu.iliou au coinlilc; nos iiiln-piili's ciloycus nècoiili'nl \t\y\fque leur courage; cent IioucIh-s à feu sont bra(|U(''es sur le palais du l>lus noii- des scélérats; chaijue coup de canon détruit un prt'jugé, et le trône ihi tyr.m s'écroule sous les coups assurés de la foudre vcugoresse du peuple
Un nouveau jour luit poiir les l'r.uiçais; tout ce qui rappi'llc l'idée de l.i tyiMiinie royale r~l pi-o>cril ; les moinunenls (dcvc-s à l'orgueil j>ar la bassesse, les effigies, les noms de ces uionslrcs dévoraid- (jn'oM
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nommait les rois, disparaissent du sol de la liberté; et la Convention nationale, en décrétant l'abolition de la royauté, n'a fait que proclamer un vœu dont l'expression avait accompagné les députés qui se rendaient, de toutes les parties de la France, au poste où les appelaient leurs concitoyens.
Avant leur réunion, la liberté fut menacée par de nouveaux complots. On n'aura pas manqué de vous dire, frères et amis, que des ruisseaux de sang avaient coulé le 2 septembre; mais on se sera bien gardé de vous apprendre qu'à peine Louis le dernier fût-il plongé dans la prison où l'avaient précipité ses forfaits, les bordes des tyrans, jusqu'alors immobiles, s'avancèrent à grands pas sur nos frontières. On vous aura tu, sans doute, que cinquante mille citoyens partirent aussitôt pour aller à leur rencontre, et que, Paris se trouvant dénué d'une si grande partie de ses forces, les conspirateurs incarcérés formèrent le projet de forcer les prisons et d'égorger les épouses et les mères restées sans défense. On vous aura tu que cette trame infernale, découverte, amena, dans le premier moment d'une indignation profonde, la terrible vengeance du peuple.
Mais enfin, la scène est changée. Ahl frères et amis, que ne pouvez-vous être témoins des vertus qu'a fait éclore parmi nous la haine des rois et la naissance de la République! Au premier appel de la patrie, dégagée du tyran qui la déshonorait, des milliers de soldats se présentent pour sa défense.
La France offre le spectacle d'un camp de Spartiates prêts à mourir aux Thérmopyles, ou plutôt à triompher aux champs de Marathon, Les Romains ont écrasé, sans murs et sans soldats, la ligue de Porsenna, et nous, qui comptons autant de guerriers que de citoyens, nous avons déjà appris à nos ennemis qu'il n'était pas si facile d'approcher des murs de Rome.
Anglais, amis et frères, oh! vous qui, les premiers, avez secoué loi préjugé des haines nationales, atroce erreur que les tyrans avaient; trop su répandre pour enchaîner les peuples, réjouissez-vous avec! nous : vos frères de France sont libres et répidilicains; vous ne sauriez' être indifférents sur un si grand événement, qui avance de plusieurs siècles la liberté universelle.
Un sentiment bien doux nous a portés à vous faire le tableau de l'état de notre patrie : ce sentiment, c'est l'amitié. Ne croyez pas qu'aucune crainte, qu'aucune pusillanimité ait souillé nos motifs; ils sont purs comme la vertu républicaine, cette vertu qui inspire autant d'horreur pour les rois que d'amour pour tous les peuples.
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SÉ\NCE Dr VENDREDI 5 OCTOBHK. 1/AN I- DK LA RÉFUBLIQUE
PRÉSIDENCE DE PETION
[Conlinualion du délmt sur la question de savoir si les élcclions municipalesdoivent avoir lieu au scrutin à liante voix ou au scrutin secret. On demande^ au nom de la liberté des suffrages, que la Société passe à l'ordre du jour. — Un grand nombre de Sociétés demandent si les députés de leurs départements respectifs se sont fait recevoir aux Jacobins et s"ils y sont assidus. Le Prcsi- (lent répond que il3 députés se sont fait inscrire. Quant à l'assiduité, Robespierre s'oppose à ce qu'on prenne aucune mesure cocrcilive. La Société charge son Comité de correspondance de répondre aux questions des Sociétés aftiliées. — L'adjudant général Puiliod prolcste contre la suspension dont il a été robjct : on lui donne pour défenseur oflicieux Collot d'Herbois ei Robespierre. — « Les dix membres nommés par le premier scrutin pour former le Comité de correspondance sont Chabot, Collai, Courselle, Dufourny, Deperret, Isambert, La Ftnje, Merlin^ Moennc et Robespierre le jeune. » — Séance levée à neuf heures et demie.]
SÉANCE DU DIMANCHE 7 OCTOBRE, LAN V' DE LA RltPUBLlQUE
présii>i:nt,i^ de pktion
[Lecture d'une Icllre écrite de Lille à Gerdrct par le colonel du G" régiment de cavalerie.]
Rkal, fircs/tlcnt. — On me charge d'annonrcr siir-ic-clianip à la SociL'ir- qui! arrive à l'insLnnl un courrier à la Cuinenlion national»; qui apporte Li nouvelle que le sièj:e de Lille a i-le le\(' \\\c\- À midi. [Toiilc In salir rclrn/il (les fihis ///> njtitlaudhscineiits.)
\C..., député do la Cliarenle, demande qu'on ne traite avec les Autrichiens n que leur tyran ne soit abattu >•. Robespierre le jeune dit que les Jacobins doivent laisser à l'armée le soin de lixer le sort de la guerre extérieure. C'osl Lt guerre intérieure qui doit surtout occuper la Société. Elle doit, par exemple, s'occuper des dénonciations entendues à la tribune de la Convention contre la Commune de Paris.]
A cet instant, un membre dénonce son voisin pour avoir tenu, dit-il, dans un lieu public, des propos injurieux contre la députation de Paris, avoir dit qu elle déshonorait la capitale, et qu'il méprisait les poignards de la Commune.
Le citoyen inculpé monte à la tribune et, pour toute réponse, atteste la vérité des faits qui lui sont reprochés. Un très grand mouvement suit ces déclarations.
[Dusaulx et Collot d'Hcrbois vengent la députation de Paris de ces injures cl la Société passe à l'ordre du jour, motivé sur son estime pour celte députation. — Moras, Chabot et C.., député de la Charente, veulent qu'on hâte le procès de Louis XVI.]
Hocher, guichetier de la tour du Temple, vient se plaindre de plusieurs dénonciations qui ont été portées contre lui et du nouvel ordre établi dans cette prison. La Société, considérant que la municipalité, qui s'est rendue garante de la personne de Louis XVI, peut seule s'occuper de ce qui intéresse sa garde, passe à l'ordre du jour sur ces plaintes.
Une députation de canonniers de Rhône-et-Loire vient prier la Société d'appuyer la demande qu'ils ont faite à la Convention de canons qu'ils puissent faire tonner contre les ennemis de la République. Le Président leur fait espérer que la Convention accueillera leur demande, dans ce moment où Tartillerie prussienne est prête à tomber dans nos mains et lui procurera la facilité d'armer tous les patriotes.
La séance a été levée à dix heui'es.