‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 62 sur 131 · SÉANCE DU LUNDI 8 OCTOBRE, LAN I" DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU LUNDI 8 OCTOBRE, LAN I" DE LA RÉPUBLIQUE

PRÉSIDENCE DE l'ETION

[Les aveugles des Quinze-Vingts dénoncent leurs administrateurs royalistes. La Société arrête de demander à la Convention justice en leur faveur. — Pétitions et affaires diverses.!

Bentabole. — L'ordre du jour dnit porter sur le jugement de Louis le dernier, et cet ordre se trouve lié avec toutes les opérations de la

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Conveiitiun nationale : je me crois donc obligé, pour montrer les moj'ens d'accélérer ce jugement, d'entrer dans quelques détails relatifs aux opérations de l'Assemblée conventionnelle. Citoyens , je m'aperçois que la cbose publique périclite; et, quand je parle ainsi, qu'on ne croie pas que je veuille sonner l'alarme, comme nos ennemis nous en accusent sans cesse; je ne viens donc pas sonner l'alarme, mais je viens engager tous les patriotes à se réunir dans cette enceinte : jamais l'impulsion salutaire des Jacobins ne lut plus nécessaire qu'en ce moment. On voit très peu de députés ici, et cependant une foule de considérations importantes devraient les engager à s'y rendre, parce que c'est là que les i)atriotes se concertent poui- déjouer les intrigues.

Deux objets principaux fixent en ce moment tous les regards par leur importanci^.

Premii-rement, le jugement de Louis .\V1, qui intéresse le snlul public. Tout le monde sait que, tant que Louis XVI existera, il y aura une faction contraire à la République. [Applaudissements .) On a fuit, de la part de la Commune, une démarche couverte de calomnies, une démarclie tendant à prouver les crimes de Louis : cette démai'che a bi(m obligé la Convriitidu de picudrc un parti, mais cUr se trouve contrariée. Voici ce que c'est : il a été nommé une commission de vingt-quatre membres pour dépouiller et inventorier toutes les pièces; sans l'effort de quelques patriotes, on serait parvenu à écarter les plus importantes peut-être : on voulait l'enlèvement en bloc; mais des bons citoyens ont montré de l'énergie, et il a été convenu de constater et d'inventorier les pièces sans les déplacer. Ce ])arti n"ti pas été i>ris sans )ii'iiif. II ost sensible (pien trois ou (lualrc jours vingt-(|uatre membres peuvent bien avancer cette opération; cefiendant, ces vingt-quatre ne font rien; le travail sera traîné en longueur, dans trois mois peut-être l'inventaire ne pourra èti-e encore présenté, et, quand vous demanderez le jugement de Louis Wl, '»n vous dira que l'inventaire n'est |»as fait, on vous reculera tant (pi'iui voudra, .le suis étonné de la noncbalance des vingt-quatre, et j'ai aussi lieu dèlrc surpris (|ue cette iminliîilancr ne soit pas dénoncée à la Convention, .le l'cviens dune à rupiiijdii (pi'il n'y a pas assez, de di-putés ici |)0ur se concerter et lairr valoir lu cause du j)atriotisme ; il faut pousser les commissions; si elles ne sont pas assez nonibreuscp, (pi'iiii liii)- donne des adjoints : la nation ne nianipn>ra pas ile suspecter ses l'epr(''senlants ilès qu'elle les veiia traîner les alVaiies en longueur.

En seeond lien, jr icnianpie un ;;i'and i-el;ielieini'nl dans la Con-

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vention; on tranche, presque sans examen, les questions qui intéressent le plus éminemment la chose publique, qui peuvent amener des démarches inconsidérées et compromettre le salut de la patrie : je veux parler du projet d'établir autour de nous une force armée, projet qui ne tend à rien moins qu'à faire une scission entre Paris et les départements et à laisser dominer une faction. Si, dès les premiers pas, la Convention se livre à une démarche inconséquente, comment peut-on espérer qu'elle conserve la confiance du peuple?

Aujourd'hui, le Comité, regardant comme absolument décidé l'établissement d'une force armée, a parlé seulement de l'organisation de cette force, et son projet, qui sera imprimé et distribué, va être discuté jeudi prochain. La Convention a-t-elle donc senti la conséquence d'une telle mesure? Quoi ! l'on décrète le principe dans un moment où il n'y a qu'un très petit nombre de membres, à la lin d'une séance; l'on profite d'un moment d'enthousiasme, et aujourd'hui l'on propose de s'occuper rapidement de l'organisation ! Pourquoi une force armée? La seule garde de la Convention, c'est l'amour du peuple. Je suis persuadé que, si les bons patriotes veulent montrer à l'Assemblée combien elle a été inconséquente, on la déterminera à changer d'avis.

On dit qu'il existe à Paris des agitateurs, que les opérations de la Convention pourraient être troublées; mais quelle a donc été la conduite du peuple de Paris jusqu'à présent? Ceux qui ont sauvé la France, sans lesquels l'ennemi serait aux portes de Paris, ceux qui, sans consulter l'intérêt particulier, ont aboli la royauté, et avec elle une liste civile de trente millions, ceux qui ont prouvé qu'ils respectaient la justice au point qu'un simple ruban a pu arrêter leur indignation, de tels hommes seraient des agitateurs ! Ah ! faites une bonne constitution, rendez des décrets fondés sur l'intérêt du peuple, et vous n'aurez pas à craindre une insurrection.

Le Comité a proposé de porter cette force armée à quatre mille cinq cents hommes, dont trois mille d'infanterie et mille cinq cents à cheval. Je demande à quoi bon. Ou cette force est destinée à relever la dignité de la Convention, ou elle est appelée à soutenir les décrets par la force des baïonnettes ; dans le premier cas, c'est une gloriole déplacée, la garde nationale de Paris suffit; dans le second, c'est la plus fausse de toutes les opérations. Si, par mallieur, la Convention faisait des décrets contre le peuple, et que ce peuple, qui, depuis trois ans, sacrifie et repos, et biens, et vie pour la cause de la liberté, las enlin d'être joué par ses représentants, voulût se porter à une insurrection, est-ce (jue quatre mille cinq cents hommes l'en empêche-

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raient? Cette mesure est donc inutile (juant à la force, illusoire quant à l'honneur.

Je craindrais bien aussi que l'esprit de cette garde ne fût pas l'esprit pulilic. On propose de la faire élire par les conseils généraux de départements, et, pour condition d'éligibilité, on exige des certificats émanés de ces mêmes conseils généraux. Dans les départements, l'esprit public est autre qu'à Paris, on n'y est pas au courant de la chose publique : à Paris, on est accoutumé de voir en grand, on y a appris à ilétester les courtisans qui dupaient et les tyrans qui opprimaient; les départements nous enverraient des hommes faciles à gagner et qui finiraient peut-être comme ceux du Cham[> de Mars.

Les promoteurs de celte mesure {on crie : C'est Roland, ministre de l'intérieur!) ne parlaient pas moins que de vingt-quatre mille hommes; on a vu des oppositions, on s'est réduit d'abord à douze mille ; et, comme on alléguait sans cesse que cette garde était dans l'esprit de la Convention et qu'il était naturel de faire garder les députés des quatre-vingt-trois départements par des volontaires des quatre-vingt-trois déiiartements, des patriotes ont prouvé qu'il fallait se réduire à «[uinze cents hommes, parce que deux hommes suffisaient pour servir de garde d'honneur à chaque député. On a senti alors tout le ridicule de cette mesure, et l'on s'est arrêté à quatre mille cinq cents. Mais, qu'on y prenne garde, si le projet est adopté, à la moindre i»elite insurrection, qu'on suscitera peut-être, on fera bientôt grossir ce nombre. Il faut que, lorsqu'il s'agira de prononcer, les [latriotes i-éclament l'appel nominal, afin qu'ils puissent toute leur vie justifier leur opinion. Je prie ceux qui ont infiuence dans l'Assemblée conventionnelle de faire valoir ces observations contre une mesure i|ui |)t'ut entraîner la (lissoliiliou, le démembrement de la Uépublii|uc, et établir des fédérations particulières. Je termine en rapiielant (ju'il est instant de faire réunir ici tous les patriotes: le peu de bons décrets qu'a rendus rAss(;nd»ltM' conslituaule, la nation les doit ù la fermeté des Jacobins; aujourd'hui, lOn n'a pas moins besoin de cette fermeté. Je fais la motion expresse (pi il soit adressé à tous les membres de la Convention une lettre pour les inviter à donner [in.'uvi' de palriotisine en fréquentant la Société.

Je crois devoir encore dénoncer (pu'bpus abus : les commissaiii's des fronlièr»,'S sont nommés [)ar le pn-sident; pourquoi laisser à la fantaisie d'un seul des choix aussi ituporlaid-? Le fauleuil seiuMr <levoir (Hre accaparé par une faction: il faut assister régulièrement aux élections de présirlents. l'n autre abus, c'est l'ascendant que les ministres prennent sur la Convention; on dirai! (|ue, parce que le pou-

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voir exéculif n'est plus entro les mains du roi, le pouvoir royal a passé dans celles des ministres. Il faut que les ministres exécutent servilement, et très servilement, les ordres de la Convention nationale. Je finis, otje dis encore que ceux qui ne voudront pas venir ici ne sont pas de bons patriotes. [Applaudissements.)

Laurent. — Comme ce que vient d'exposer le préopinant semble inculper tous les membres du Comité militaire, je dois développer mon opinion sur le projet de ce Comité. Je pense qu'il est impolitique, inutile, dangereux : inutile, en ce que former une garde de quatre mille cinq cents hommes, c'est composer une force armée qui, dans aucune circonstance, ne pourrait avoir de succès; impolitique, parce que, la Convention voulant maintenir l'unité de la République, elle a besoin pour cet effet de la confiance générale, et qu'une telle mesure établirait des soupçons, et jettei'ait, pour ainsi dire, un nuage entre Paris et les départements; dangereux, car ce corps armé serait le noyau de la faction. Est-on assuré du civisme de tous les départements? Cette force ne serait-elle pas bientôt déchirée par elle-même? Ainsi, sous tous les rapports, cette mesure ne peut convenii". Quels sont ceux qui ont demandé une force armée? Ce sont les ministres, qui sans doute croyaient pouvoir en disposer; mais devez-vous entourer vos commis de baïonnettes? Bientôt ne se croiraient-ils pas les maîtres de vous donner des lois, et le pouvoir exécutif, qui ne tient que le second rang, ne pourrait-il point usurper le premier?

J'observe que la Commission des vingt-quatre rend justice au Comité de surveillance; je ne crois pas qu'on puisse traîner en longueur le jugement de Louis le Capet, que j'appelle Louis le capol : depuis le transport des pièces, il ne s'est écoulé que trois jours. D'ailleurs, de l'activité plus ou inoins grande des commissaires ne dépend pas la consommation du jugement. Vous avez des preuves plus que suffisantes contre le traître, et il y a longtemps qu'il aurait du être porté sur l'échafaud. Il ne peut y avoir de retard que pour les éclaircissements sur la corruption de quelques députés à la législature ' et autres aristocrates du même acabit. Sous peu de jours, vous aurez un rapport tendant à purger la République de tous les traîtres ; je suis moimême de la Commission des vingt-quatre, et je promets d'employer toutes mes forces pour que le tableau de tant de crimes soit mis enfin sous vos yeux, afin que la République fasse justice des monstres et les ensevelisse sous les débris de la royauté. Dès ce moment, je me transporte à la C nnniission. [Vifs applaudinscmenls.)

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